‹ Des maladies mentales et nerveuses v. 2Chapitre 3 sur 40 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

En reproduisant le travail qui suit nous sommes forcés de reconnaître que la méthode de traitement des liallucinations & laquelle il se rapporte n'a pas été généralement adoptée. Cela tient sans doute, pour ce qui regarde les établissements d'aliénés de la Seine, à ce que les hallucinations dans ces établissements procèdent presque toujours de Talcoolisme et à ce que, dans les cas d'alcoolisme aigu, elles cessent ordinairement avec la cause qui les produit, sans que Ton ait besoin d'agir spécialement sur elles.

Nous déclarons, pour ce qui nous concerne, qu'ayant, en dehors de Talcoolisme, eu recours à la méthode de traitement inauguré par M. Moreau de Tours, nous en avons obtenu de bons résultats.

On sait que, pour l'emploi du datura stramonium, dans les observations publiées par lui d'abord, et par nous ensuite, M. Moreau s'est fondé sur ce fait que le datura causant des hallucinations, les hallucinations pouvaient être guéries par le datura en vertu du principe thérapeutique : similia simUibus qui (ait la base de la méthode dite substitutrice, comme elle faisait celle de la doctrine homéopathique, avant que les exagérations d'Haneman et de ses disciples l'eussent fait dévier de Tidée générale sur laquelle elle reposait et en eussent fait une doctrine ridicule dans ses applications.

En octobre 1841, M. Moreau, médecin de Bicêtre, publia, dans la Gazette Médicale, un mémoire sur le

traitement des hallucinations par le dalura straimonium.

Les considérations physiologiques développées daas ce mémoire, étayées de faits peu nombreux, il est vrai^ mais précis et concluants, attaquent dans sa base une méthode de traitement qui, dans l'immense majorité des cas d'aliénation mentale, exclue les moyens physiques, et dans tous, généralement, assigne aux moyens moraux une supériorité marquée.

Ayant été attaché pendant une année à Bicêtre, au service de M. Moreau, j'ai été à même de constater l'efficacité de l'extrait de stramonium contre les hallucinations. Les observations que je rapporte sont de nouveaux témoignages en faveur d'un mode de traitement qui, par la pensée théorique qui l'a inspirée, et dont M. Moreau cherche à étendre de plus en plus l'application, nous semble offrir un vif intérêt.

Nous diviserons nos observations (qui sont au nombre de huit) en deux séries.

La première comprendra les cas aigus, ou du moins ceux dans lesquels l'affection mentale ne remontait pas à une époque très éloignée.

La deuxième est formée de cas essentiellement chroniques.

Pour les malades de la première catégorie, la guérison a été prompte, l'action du remède évidente, incontestable.

Ces cas nous semblent, autant que possible, à l'abri du reproche, si légitime trop souvent en thérapeutique du : posihoCy ergo propier hoc. Je crois inutile d'insister sur ces cas, qui ne sont que la reproduction sous d'autres noms, en quelque sorte, des faits aux-

quels M. Moreau a consacré le mémoire dont nous avons parlé en commençant cet article.

Seulement, qu'il me soit permis de rappeler ici la distinction admise par M. Moreau , entre les hallucinations préventives, c'est-à-dire ayant précédé tout autre désordre mental, et formant comme la première phase du délire, et les hallucinations consécutives, qui ne sont apparues que dans le cours de la maladie, et semblent être engendrées par l'aberration de l'intelligence, des sentiments et des instincts.

Cette distinction est d'une grande importance thérapeutique ; car, lorsque les hallucinations sont préventives, il est rare que la médication par le datura n'en fasse pas promptement et irrévocablement justice. Les hallucinations consécutives, au contraire, cèdent difficilement et menacent souvent de reparaître à la suite des convictions délirantes, si celles-ci n'ont pas été en même temps supprimées.

Les guérisons ont été obtenues, trois dans la première quinzaine du traitement, une en un mois, une dans deux mois.

Il y a eu deux fois légère intoxication. Dans trois cas la dose du médicament a été faible et graduée.

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