C... (J. Edme) âgé de trente-cinq ans, travaillant
sur le port. Entré à Bicétre le 4 août 1841. Sa femme
nous donne les renseignements que voici : Elle a à
peine connu la famille de son mari ; elle n'a jamais
entendu dire qu'il y ait eu des aliénés. G... est d'un caractère doux, patient ; pas de maladies antérieures ; point d'habitudes d'ivrognerie ni de masturbation. II est père de deux enfants, qui tous deux jouissent d'une bonne santé. Il y a huit ou dix jours, il s'est plaint, à diverses reprises, d'avoir la tête brûlante « comme un feu; » d'éprouver à l'occiput une douleur vive, mais passagère. Au mois de juin dernier, G... fit une chute sur l'épaule droite, pour laquelle il fit un séjour de près d'un mois à la Pitié.
A sa sortie de l'hôpital, il ne pouvait encore se ser vir de son bras, ce qui parut lui causer de vives inquiétudes. Bientôt il s'imagina qu'il était condamné à mourir de faim, lui, sa femme et ses enfants. <k On en veut à ma vie, répétait-il souvent, je n'irai pas loin..., etc. » Il prétendait qn'en sortant de la Pitié, une femme lui avait dit de se sauver au plus vite, qu'on allait lui tirer un coup de pistolet dans le dos. Sa femme ne tarde pas à devenir l'objet de ses soupçons; elle le trompait, disait-il, depuis longtemps. Il entendait autour de lui des personnes qui s'entretenaient des infidélités de sa femme, et racontaient comment elle trouvait moyen de s'échapper chaque nuit de chez elle pour aller coucher avec des hommes. Il lui arrivait souvent de s'éveiller en sursaut ; il voyait autour de son lit des personnes qui lui en voulaient; il lui sembla, plusieurs fois, voir la muraille s'entr'ouvrir pour laisser passer des animaux difformes qui gambadaient devant lui. Une nuit, plein de terreur, il
se lève précipitamment et se sauve chez sa mère ; il y est suivi par ses hallucinations. Enfin, sous prétexte de lui faire donner une consultation pour son bras
dont il souffrait encore, on le conduit au Bureau central et de là à Bicétre.
Le jour de son entrée, C... nous entretint des persécutions auxquelles il est en butte, de ses visions, etc. 11 n'a pas la moindre conscience de son état. Il se montre parfaitement incrédule quand on lui dit qu'il sera facile de le débarrasser de toutes ces terreurs, de tous ces chagrins qui n'ont d'autre origine qu'une exaltation de son cerveau. — a Je sais bien que je passe pour fou; M. P. de la Pitié m'a dit que j'étais un extravagant, que le remède de mon mal c'était la douche... » — Vous n'aurez point de douches, dit M. Moreau ; il suffira d'une potion calmante. — Une potion ! une potion ! Vous êtes donc comme les curés qui chassent le diable avec de l'eau bénite?
Le soir, on eut beaucoup de peine à lui faire avaler un julep additionné de 20 centigrammes de datura. Le lendemain matin, C... qui était encore sous l'influence d'une légère intoxication, a les traits tout bouleversés. Il se plaint de coliques, de sécheresse à la gorge, d'étourdissement. « Il est brisé, rompu; il ne s'en relèvera jamais. » On ne peut obtenir de lui aucim renseignement sur ce qu'il a pu éprouver pendant la nuit — Une tasse de café à l'eau ; deux potages au lait. Maintenir le malade sur son séant.
A partir de cette époque, C... n'a eu qu'une fois ou deux des hallucinations dans l'espace de trois semaines. Ses convictions délirantes, ses préventions jalouses se sont dissipées graduellement, et il a quitté l'hospice le 22 octobre, dans un parfait état de santé. (Obsertion recueillie par Valude, interne provisoire.)