OBSERVATION 248 DU MÊME AUTEUR
Homme, quarante-cinq ans, célibataire, tailleur.
Abolition des facultés intellectuelles. Évacuations involontaires. Perte de la parole. Station chancelante. Cécité. Progrès de la paralysie. Mort subite.
Encéphale, 1089. — Cervelet, 0,147.
Épaississement et opacité de l'arachnoïde dans toute l'étendue des parties supérieures et latérales des hémisphères. Adhérences multiples de la pie-mère à la substance cérébrale, dont le plan externe s'enlève par larges plaques et laisse à nu une surface mamelonnée rouge et ramollie. Les circonvolutions sont, en général, petites, minces, surtout à l'extrémité des lobes antérieurs, où, mesurées dans leur partie moyenne, elles n'offrent, en général, que 5 millimètres d'épaisseur. Ventricules dilatés.
ADDITION AU MÉMOIRE QDI PBÉCÈDE.
Ayant eu occasion d'observer depuis l'impression dudit Mémoire, un nouveau cas d'amaurose consécutive à la paralysie générale, j'ai cru devoir, à raison de la rareté des faits de ce genre, en publier l'observation dans une note additionnelle.
Ce nouveau fait m'a paru d'autant plus digne d'intérêt qu'il s'accompagne d'un symptôme qui n'a pas encore été signalé dans la paralysie générale, je veux parler de la paralysie de la troisième paire cérébrale.
Je serai heureux de faire suivre cette relation de celle d'un fait analogue qui m'a été communiqué récemment par M. Jules Falret.
Dans une publication ultérieure, j'ai l'intention de compléter ces recherches sur les lésions de l'œil, chez les paralysés généraux, par l'énoncé du résultat de l'application de l'ophtalmoscope à cette étude.
Jeanne-Marie Tr..., âgée de trente-huit ans, domestique, célibataire, entre à l'asile le 3 février 1860. Son père est mort d'apoplexie. Aucun autre antécédent héréditaire connu. Cette fille n'a jamais eu de maladie grave ; mais, depuis un an environ, elle était sujette, dit-on, à des congestions cérébrales. Le premier accident de ce genre a donné lieu à une impossibilité de parler qui a duré de un à deux jours, et depuis ce mo-
ment la parole n'a plus été aussi nette qu'auparavant.
Les premiers signes bien évidents d'aliénation mentale remontent à environ trois semaines avant l'entrée à l'asile. Abstraction faite des accès congestifs qui n'étaient probablement que les prodromes de l'affection actuelle, on n'assigne d'autres causes à cette dernière, qu'un excès de fatigues, et que de fréquentes contrariétés résultant de dissentiments avec les autres domestiques.
État mental au moment de l'admission : agitation, penchant à la violence, délire général avec prédominance d'idées de grandeurs et de richesses. On constate en même temps de l'embarras dans la parole. Cet état reste stationnaire jusque vers le milieu de l'année 1861. A cette époque, l'agitation cesse ou diminue sensiblement; le délire des grandeurs persiste ; mais les symptômes de paralysie générale se prononcent de plus en plus ; la démarche est devenue tellement vacillante que la moindre impulsion suffit pour faire tomber la malade.
De l'information rétrospective à laquelle nous venons de nous livrer, il résulte que, dès cette époque, la malade a présenté un léger affaiblissement de la vue contre lequel elle protestait en se fâchant lorsqu'on le lui faisait remarquer. Les progrès de cet affaiblissement ont été d'abord très lents, et n'ont commencé à être rapides qu'il y a quatre mois ; mais à partir de cette époque leur rapidité a été telle qu'en moins de deux mois la perte de la vue s'est trouvée consommée. Les pupilles sont dilatées et le plus souvent d'une manière inégale. La plus grande dilatation, dans ce cas, porte sur la pupille droite. Il n'existe, d'ailleurs, ni my-
driase ni strabisme. En même temps que Tamaurose, nous constatons une chute de la paupière supérieure du côté droit qui ne laisse aucun doute sur l'existence d'une paralysie partielle de la troisième paire cérébrale. L'examen des milieux de l'œil et de la rétine à l'ophthalmoscope constate leur parfaite intégrité.
La démence est aujourd'hui complète, mais les progrès de la paralysie générale sont restés stationnaires.
Dans le fait suivant qui m'a été communiqué de mémoire par M. Jules Falret, la paralysie de la troisième paire cérébrale, pour avoir précédé la paralysie générale, ne semble pas s'y rattacher moins intimement, et sous ce rapport sa relation me paraît oflrir un véritable intérêt.
Une malade, artiste dramatique dans les théâtres de la banlieue de Paris, fut admise en 1846, dans le service d'Auguste Bérard, à l'hôpital de la Piété, pour une paralysie supérieure, strabisme externe, etc., etc. Elle fut même l'objet de plusieurs leçons cliniques de ce si regrettable professeur, qui, après avoir éliminé toutes les causes locales possibles de cette paralysie du moteur oculaire commun, avait conclu à l'existence d'une affection cérébrale comme cause de cette paralysie localisée.
Trois ou quatre ans plus tard environ, cette même malade fut admise comme aliénée paralytique dans le service de M. Falret, à la Salpêtrière. Elle présentait tous les caractères de la paralysie générale type, sous sa forme de satisfaction générale, avec idées de grandeurs, mais sans grande excitation. Elle est peu à peu tombée dans la démence et a parcouru les phases
ordinaires de la paralysie générale. Elle est morte au bout de plusieurs années dans des attaques convulsives. L'autopsie a démontré l'existence du ramollissement caractéristique de la couche corticale du cerveau.
Nota. — Depuis la publication de mon travail dans le cahier de novembre de ce recueil, et par une coïncidence dont je ne puis que me féliciter, il a paru, dans le cahier de janvier des Archives de médecine^ un remarquable Mémoire dont il est impossible de méconnaître les rapports avec l'objet spécial de ces recherches.
M. le docteur Lancereaux, auteur de ce Mémoire, en établissant pour l'amaurose cérébrale en général ce que je n'avais cru pouvoir établir que pour celle qui se rapporte à la paralysie générale, savoir qu'elle résulte non pas, comme le pensent M. de Graefe et quelques autres auteurs, d'une compression de l'appareil nerveux qui préside à la vision, mais bien d'une altération de structure des nerfs optiques, ce savant confrère, dis-je, a apporté à l'élucidation de la question, même dans ce qu'elle a de spécial aux paralysés généraux, un complément précieux de lumières.
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i INTERVALLES DITS LUCIDES
Mémoire lu à l'Académie de Médecine dan» la téance du
96 Mars 1867.
Q que se rapprochant par le titre du travail que nous I publié dans le Cahier des Annales Médico-Psychologiques de i 1852, ce Mémoire s'en éloigne par beaucoup de points et spécialement par son caractère médico-légal. 18 y avons, comme nous Pavons dit plus haut, traité incilent la question des classifications en pathologie mentale tiqué Texpédient par lequel nous suppléons à leurs vice et isaiice.
. croyance traditionnelle à des intervalles ou mots lucides chez les aliénés soulevant pour ces des des questions de responsabilité dont Timpor- 3 s'apprécie de reste, il m*a paru intéressant de ercher si Fexistence de semblables intervalles ou
moments constituait bien un fait que Ton dût admettre sans réserve, et de fixer dans tous les cas le sens qu'il convenait d'attribuer à cette dénomination. C'est ce double point que je demande à T Académie la permission de traiter aussi succintement que possible pour ne pas abuser de ses instants.
Cette question se liant à celle des intervalles lucides, qui semblent constituer la 3eule condition dans laquelle un aliéné puisse accomplir un acte empreint de raison et de lucidité, il y a lieu, ce me semble, de s'entendre tout d'abord sur le sens d'une locution, dont on me parait abuser généralement. Avant de rechercher si un aliéné peut commettre des actes raisonnables dans un intervalle lucide, il importe, en effet, de savoir ce qu'il faut comprendre sous cette désignation, si même il est rationnel d'admettre chez les aliénés l'existence de semblables moments. C'est ce point préjudiciel que je me propose d'examiner premièrement, en m'inspirant du souvenir de quelques élucubrations antérieures.
Je pourrais, d'abord, disais-je dans une note sur ce sujet, instruire le procès de la qualification de lucide, dans son application aux mots : intervalles et moments; mais je ne veux pas faire ici une dispute de mots. Aussi bien, il est évident qu'il ne peut s'agir de la lucidité d'un moment et d'un intervalle. Je ne reche^ cherai pas davantage par quelle altération de sens, par quelle corruption de langage, le mot Iticidili est devenu synonyme de raison^ et bien que l'on puisse à bon droit s'étonner de la synonymie de ces deui termes, lorsqu'on voit les gens les plus raisonnables manquer de clarté dans l'exposition de leurs idées, tandis que des aliénés, au contraire, se distinguent
itlIGO-LiSlLIS