‹ Des maladies nerveuses de l'estomacChapitre 2 sur 5 · DE L’ESTOMAC · texte numérisé non relu

DE L’ESTOMAC

La question de médecine que le sort m’a imposée était conçue ainsi : De la cardialgie, de la gastrodynie, des crampes d’es!omac ,et de la pyrosis. Dans le cours de mes études , préoccupé de connaître l’ensemble des connaissances médicales, ]e n’avais point dirigé mes travaux plutôt vers tel point que vers tel autre, je devais donc accepter simplement les questions de thèses que le sort m’indiquerait. Je commençai à traiter la première telle qu’elle se comporte ; mais j’ai bientôt remarqué que, n’ayant affaire qu’à des symptômes d’une affection , je louvoyais sans principe bien arrêté : je parlais d’un symptôme, et je n’avais rien dit de la nature de la maladie; je parlais du traitement, et contre quoi le diriger? contre une souffrance éphémère, qui demain sera remplacée par une autre de la même nature, et à tort souvent portant un nom différent; ce me semblait un dédale dont je n’avais qu'un moyen de sortir. Je devais parler de la nature , des symptômes , du diagnostic de la plupart des maladies nerveuses et cela à propos de la cardialgie, de la gastrodynie. 11 n’élait pas plus long, et il m’était plus avantageux de dire ce que c’est qu’une gastralgie, de parler d’elle en général , et, en son temps, décrire les quatre variétés de la maladie principale. Si je sors, en apparence, du cadre qui m’est tracé, dans le fond, je suis entré dans l’esprit de ceux qui ont rédigé la question ; car on ne peut vouloir me faire décrire des symptômes sans parler de l’affection; ce

sei aii vouloir qu’on se resti-eignit au symptôme [)aralysie , par exemple, sans parler du ramollissement du cerveau, ou de l’hémorrhagie céréiirale , qui seule fait toute la maladie, et contre lesquels seuls les efforts du médecin doivetjt être tournés.

Toutes les affections nerveuses de l’estomac sont généralement comprises sous le, nom de gastralgies ; d’après son étymologie, ce mot ne devrait s’appliquer qu’aux douleurs nen’euses de l’estomac, et non point aux névroses de cet organe, qui ne sont point compliquées par ie symptôme douleur : il n’en est point ainsi; sous cette dénomination sont rangées toutes les affections de l’estomac qui ne sont caractérisées ni par l’inflammation proprement dite, ni par aucune autre altération fie tissus accessible à nos moyens d’investigation ; aussi ne rencontrerons-nous pas toujours un état simple et identique, une maladie constamment semblable à elle-même; ce sera le plus souvent un ensemble de phénomènes morbides, variables dans leur forme, leur marche, leur durée, leur terminaison: et leur traitement.

Quand Broussais vint ébranler le vieil édifice médical, il prit le flambeau de l’anatomie pathologique, et déclara qu’un désordre de fonctions suppose toujours une lésion matérielle. Toutes les théories erraient dans le vide; on n’avait fait jusqu’alors que de la médecine de symptôme; l’immense majorité du monde médical se rangea sous les drapeaux du célèbre novateur, l’entrain fut tel , que presque tous les médecins'admirent les théories ‘du célèbre 'jlrofesseur sans aucune i-estriction. Mais bientôt’ l’observation démontra ‘que l’anatomie pathologique était inhabile à nous rendre compte de tous les désordres fonctionnels. Les émissions sanguines ’augmentaient souvent les désordres que les médecins physiologistes croyaient' produits par la gastro-entérite, et à l’autopsie, l’estomac apparaissait aussi sain que possible. C’est que les affections du système nerVetrx ne se ployaient pas volontiers aux exigences de la théorie; le système physiologique fut battu en brèche, et l’on reconnut que pour qu’une loi unique pût embrasser tous les faits, satisfaire toutes les exigences, donner la raison suffisante des désordres fonctionnels , 'il fallait qué la nature intime de

la coraposition des organes nous fût dévoilée : les ouvriersi sont loujoursà l’œuvre, le travail n’est pas encore fait/ Vienne ,p lus lard un maître, il reprendra nos travaux comme Brotissais, il pourra dicter une théorie 1*1, ouvelle : ainsi la science médicale tourne dans le même cercle; mais le cercle s’agrandit, les faits s’amoncellent tous les jours; la médecine devient. plus positive.

ISature des névroses. — Avant de parler des causes et des symptômes de la gastralgie , j’indiquerai une question difficile, puisqu’elle agite l’essence même des affections nerveuses, je veux parler de la nature des névroses. « Il suffit, dit M. Barras dans son 7'raité des névralgies, d’avoir considéré quelques maladies nerveuses du tube digestif, pour être convaincu qu’elles ne sont pas identiques dans leur nature, dans leurs causes, dans leurs sym[»tômes, et partant que le même traitement ne. peut leur être applicable. »

En effet, on a remarqué des névroses par Irritation ou excès de tonicité, et des névi'oses par faiblesse ou défaut de ton du système nerveux, comme on rencontre des inflammations sthéniques et des inflammations asthéniques, des hémorrhagies actives et des hémorrhagies passives. Les unes sont produites par une surexcitation de l’organe; les autres, par une débilité tro{> grande de l’estomac : ainsi il existe des névroses causées par l’abus du café et des stimulants, et d’autres, par un usage Immodéré d’eau; des névroses chez les individus qui ont fait usage d’un régime substantiel et excitant ; d’autres qui reconnaissent pour cause un usage constant de nourritures peu réparatrices et composées presque toujours de légumes farineux^ La première est nommée par M. Barras névrose par éréthisme, et la secontle, névrose par atonie; l’une est caractérisée par l’augmentation et le désordre de la sensibilité; l’autre, par un affaiblissement de cette propriété; le tétanos est le prototype de celle-là. et la paralysie le prototype de celle-ci. Souvent on sera embarrassé pour caractériser la nature d’une affection donnée : la maladie ne consistei-a qu’en une mobilité, une aberration des facultés digestives et de la sensibilité; cependant l’une ou 1 autre des deux affections existe, il y a surcroît ou manque de

forces nerveuses. La pathologie n’enseigne se£ secrets qu’à ceux qui l’interrogent; ici le commémoratif sera puissant, et si on n’obtient rien de satisfaisant, les tâtonnements thérapeutiques mettront seuls sur la voie. On pourra observer quelquefois ces modifications pathologiques se combiner et se remplacer mutuellement. Grimaud a bien connu ces deux genres d’affection d’une même maladie :« L’irritation , dit-il, et l’atonie sont les deux éléments combinés dans les affections nerveuses hypochondriaques. » Pour s’aider dans le diagnostic, il faudra tenir compte des divers tempéraments, des dispositions individuelles, des causes que le malade assignera à .sa maladie; il faut savoir que la température humide, les demeures malsaines, peuvent priver les fibres nerveuses de leur tonicité; que ceux qui apportent une constitution sèche et robuste seront plutôt atteints de névroses par éréthisme que ceux qui apportent une constitution faible, des chairs molles et la peau transparente. Je n’aurais point insisté sur cette distinction , qui pourra peut-être paraître subtile, si je n’avais pas cru qu’elle peut avoir une influence sur le traitement.

Etiologie.

De toutes les cau.ses prédisposantes que nous allons avoir à énumérer et qui peuvent produire une névrose de l’estomac, la plus puissante paraît être l’hérédité; non pas qu’il soit possible que le germe de cette affection soit transmis des parents à leurs enfants ; mais trop .souvent ceux-ci comp'ent dans leur héritage une organisation semblable, et partant une susceptibilité nerveuse aussi vive. Cette transmission est incontestable; est-elle plus mystérieuse que l’hérédité des tubercules? Schmidtmann en a observé un certain nombre, et il assure que la cardialgie héréditaire est très-commune dans son pays : Cardial gia , dit-il , instar aliorum multorum malorum sœpe numéro à parentibus in liheros descendit. Plus loin il ajoute avoir connu une multitude d’enfants affectés en même temps que leur père ou leur mère de ces mêmes névroses. Tous les âges n’offrent pas la même aptitude à la

contracter; c’est dans l’âge adulte ou dans l’adolescence qu’on est appelé le plus souvent à la combattre, et déjà ici nous allons trouver une différence avec la gastrite chronique : c’est qu’il est extrêmement rare de rencontrer l’affection nerveuse chez les vieillards, tandis que rien n’est chez eux plus fréquent que la gastro-entérite.

Faisons ici une large part au système nerveux. En effet, le tempérament délicat et irritable qu’une éducation molle et efféminée a souvent augmenté, constitue quelquefois un état permanent de gastralgie; aussi la rencontrerez-vous plus souvent chez les femmes que chez les hommes: leur extrême mobilité, leur sensibilité excessive, les prédispose dès longtemps à cette maladie; et quand elles viennent réclamer les conseils d’un médecin, il n’est pas rare de leur voir faire remonter cette maladie à dix ou quinze ans. Les tiraillements, les pesanteurs à l’épigastre étaient journaliers chez elles; leurs digestions, depuis un temps excessivement long, ne se faisaient pas sans renvois, sans borborygrnes, et toute leur vie elles avaient été constipées. Georgetditqne, par rapport à l’homme, cette fréquence est comme 10 est à 1 , et cette proportion ne nous semblera pas exagérée, alors que plus tard nous aurons vu les rapports qui lient l’utérus à l’estomac.

L’idé seule, et à plus forte raison la peur d’avoir une lésion organique ou une inflammation de l’estomac, peut donner lieu à une gastralgie: j’ai lu des exemples très-curieux de personnes qui n’étaient point malades dans le principe, mais qui, à force de tourner leur attention vers le tube digestif, finirent par éprouver les douleurs véritables de la gastralgie. Et qui n’a rencontré de ces gens qui, par crainte d’avoir une syphilis, dont il n’existait aucun signe, sont tombés dans une mélancolie et une hypochondrie qui ne disparaissaient que par un prétendu traitement antisyphilitique.

Les affections morales, les chagrins dévorés en silence, sont une des causes les plus constantes de l’affection gastralgique. Un philosophe a dit que les causes des maladies nerveuses ne resteraient jamais ignorées, si l’on pouvait fouiller dans les replis du cœur humain ; que c’é-

1840. — Rouvaht. 2

(ait dans ces replis qu’il fallait chercher l’origine d’une foule innornbrable de maladies. Certes, ce philosophe était un grand médecin. Les affections morales sont, en effet, la source de presque toutes les maladies nerveuses, de l’estomac; il semble que c’est à cetendroit que nous percevons les chagrins violents, la jalousie, les émotions brusques et inattendues, les passions contrariées ; il est d’ailleurs permis, jusqu’à un certain point, de se rendre compte de leur mode d’influence. Nous annonce-t-on un événement douloureux, une pensée pénible vient-elle nous assaillir, le cerveau la perçoit évidemment, mais elle glisse sur lui, elle n’y laisse aucune trace; mais elle nous est révélée à l’épigastre par une sensation douloureuse, par un choc pour ainsi dire électrique, une anxiété à la région précordiale, des battements convulsifs du diaphragme; et si ces désordres fonctionnels se représentent souvent, ne conçoit-on pas qu’il s’y fasse un appel considérable de fluide nerveux; il apparaît plus tard sans provocation appréciable, et cet état constitue alors la maladie qu’on a appelée gastralgie.

Tous les observateurs ont remarqué quelles accompagnent et suivent les révolutions politiques, qu’elles sont l’apanage presque exclusif des personnes ricliesi, ou qui ont tout à redouter de ces commotions. Les rencontre-t-on ailleurs plus nombreuses que dans les villes où le luxe déploie tout son faste ? et si on les voit à peine chez les habitants de la campagne, c’est qu’ils sont accoutumés à la sobriété et aux travaux corporels; c’est qu’ils ne sont point tourmentés par une ambition insatiable, et que les révolutions politiques leur sont étrangères; leur vie ne s’écoule pas dans la mollesse et le luxe, les émotions du jeu leur sont inconnues; ils ne comprennent pas les spéculations commerciales, et leur vie ne s’écoule pas toujours entre la crainte de se ruiner et le désir de s’enrichir; la civilisation n’a pas encore été leur apprendre qu’il est des lieux où l’on joue sa fortune et celle des autres, heureux si on n’y laisse que sa santé, et si l’honneur n’est souvent pas aussi malade que l’estomac. La révolution française a, dit-on, multiplié les névroses d’une manière remarquable; je crois que les progrès

de l’industrie n’ont pas moins fait pour elles depuis le commencement de ce siècle.

Avant de quitter la question des causes morales, il ne sera pas inutile de chercher si les passions et les chagrins ont un mode spécial d’agir sur le système nerveux. Je crois, avec M. Barras, que les chagrins et un certain nombre de passions agissent plus spécialement sur le système nerveux de l’estomac; la piété ardente, la superstition, l’exaltation des idées religieuses, produiront plutôt l’extase et la catalepsie; les passions libidineuses, les désirs effrénés de jouissances vénéiûennes occasionneront plus spécialement la nymphomanie et le satyriasis, tandis que les excès dans ces plaisirs, et l’onanisme produiront surtout l’imbécillité; les chagrins, la colère, les contrariétés et la jalousie sont, d’après mon expérience, dit M. Barras, les causes morales les plus fécondes en névroses gastriques. Schmidtmann croit cependant que la cardialgie était très-souvent aussi le résultat de l’onanisme. « Quand je suis consulté, dit-il, pour un adolescent affecté de cardialgie , je soupçonne d’abord qu’elle est due à l’onanisme, et les renseignements que je me procure ensuite confirment pleinement mes soupçons.»

Il existe des névroses par antipathie, et des névroses par sympathie ou par imitation. Les Actes des curieux de la nature rapportent une observation de cardialgie atroce qui se reproduisait chaque fois qu’une personne faisait usage d’ail; Bayle fait mention d’une personne sur qui le café produisait des effets plus intenses que ceux que déterminerait le tartre stiblé ; l’odeur seule l’incommodait gravement. Stalh dit avoir vu un jeune homme auquel l’ingestion d’une pomme occasionnait toujours des vomissements avec de fortes douleurs à l'estomac. Les névroses occasionnées par la présence d’une personne attaquée de névrose ne sont pas rares; on rencontre quelquefois dans les hôpitaux des personnes atteintes d’affection nerveuse par imitation; Boerhaave rapporte [Opéra omnia, liv. I, chap. 14), qu’à l’hôpital de Harlem, sous ses yeux, une petite fille fut prise de convulsions par l’effet de la peur, et les communiqua à tous les enfants qui étaient dans la salle. C’est à cette même imitation qu’il faut rapporter les con-

vulsions qui rendirent célèbre le tombeau du diacre Pâris, et que l’on attribuait à une cause supérieure. Pliilippe Hecquet, d’Abbeville, ancien doyen de la Faculté de médecine de Paris, et que je me plais à citer ici puisqu’il est un des hommes remarquables auxquels mon pays a donné naissance, fut obligé de publier un ouvrage ayant pour titre le Naturalisme des convulsions , dans lequel il prouva que dans les événements du cimetière de Saint-Médard rien ne sortait des lois de la nature, et que si la médecine n’en donnait pas l’explication , elle avait à opposer des faits semblables qui n’étaient rien moins que miraculeux. Rapportons à ces actes d’imitation involontaire cette sympathie qui s’exerce d’un sujet à l’autre, et qui produit des vomissements chez des personnes qui en votent d’autres vomir.

La vie sédentaire, les travaux de cabinet, l’étude prolongée et soutenue, surtout pendant la digestion; certaines professions , celles, de tailleur ou de cordonnier, qui exigent une position habituelle du corps dans laquelle l’estomac est comprimé, sont prédisposés à cette maladie. M. Barras range l’état de l’atmosphère parmi les causes de gastralgie : un climat modérément froid les guérit selon lui, et la température plus chaude les fait naître, ou contribue à les entretenir; mais, en tout cas, la chaleur humide, au milieu des temps orageux, alors que l’atmosphère est saturée d’humidité et de fluide électrique, est la condition la plus désavantageuse chez ceux qui se font remarquer par la mobilité nerveuse.

• Un autre ordre de causes a été signalé. Les saignées abondantes employées pour guérir des gastro - entérites , qui le plus souvent n’existaient pas, ont fait naître, dit M. Barras, une infinité de gastralgies. Les boissons mucilaglneuses, dit-il, n’ont pas été moins funestes aux victimes de la médecine physiologique. Hippocrate, Sydenham, et bien d’autres auteurs après eux, s’accordent à dire que les évacuations sanguines entraînent les névroses les plus variées. Une innombrable quantité d’observations publiées par le docteur Barras mettept cette proposition hors de doute. Tout son livre a pour but de prouver que l’immense majorité des névroses gastriques que l’on observe

actuellement sont dues au traitement qu’a fait naître la médecine physiologique. Certainement l’inflammation ne forme pas la seule maladie du tube digestif: elle est Infiniment plus rare qu’on ne l’a dit ; mais je regrette qu’un observateur aussi distingué que l’auleur du Traité des gastralgies, dont le livre, si plein de raison, porte le cachet d’observateur, soit précisément tombé dans l’excès qu’il reproche à Broussais et à sa doctrine. M. Barras fut atteint d’une gastralgie qu’il méconnut, et qui fut méconnue : le traitement antiphlogistique employé augmenta les douleurs, sa santé fut ruinée complètement; il n’avait plus d’espoir, et personne n’en avait, lorsque l’usage des toniques le sauva. Son ressentiment contre la médecine physiologique l’a rendu injuste. Non, toutes les affections de l’estomac ne sont pas des inflammations ; mais je ne verrai point partout non'plus la gastralgie. Toutes les observations rapportées par M. Barras ne m’ont point convaincu de l’erreur dans laquelle les médecins seraient tombés; et si souvent, après plusieurs mois d’un traitement débilitant, la méthode qu’il préconise a eu d’aussi heureux résultats, que je ne mets pas en doute , c’est que, d’après la forme meme de quelques observations rapportées, je suis convaincu que le traitement antiphlogistique a fait cesser un état primitivement phlegmasique : dans ces cas, une heu reuse hardiesse a substitué un traitement qui devait réussir, à un traitement qui avait réussi, mais qui ne pouvait plus que nuire. Le véritable médecin est celui qui, dans de pareilles circonstances, sait poser la limite d’un traitement, et qui juge, non point par idée préconçue , mais par le raisonnement des symptômes, qu’il est temps de recourir à un autre mode de médication.

Au reste, je suis convaincu que les antiphlogistiques ont causé et entretenu plus souvent des affections nerveuses. Tissot rapporte qu’une demoiselle de dix-neuf ans, bien portante jusqu’à cet âge, fut attaquée de maux de tête violents. On lui tira quatorze onces de sang au bout de six semaines. Cette saignée la jeta dans un état de spasmes, de mobilité nerveuse et de palpitations. M. Barras cite un bon nombre de cas dus seulement à l’usage des saignées inopportunes.

L’usage ou remploi inconsidéré des délayants, des boissons émollientes, donne lieu à un état particulier de reslomac; ces boissons sont toujours, suivant le même auteur, autant de fomentations et de cataplasmes appliqués à l’intérieur: de là tendreté et atonie de la membrane muqueuse, et son impressionnabilité plus grande que dans l’état normal. Une des exagérations dans lesquelles est tombé M. Barras, exagération que son ressentiment contre les' émollients, dont il fut la victime , excuse sans doute, est celle-ci : «Les ramollissenaents de la muqueuse digestive, dont on ne parlait pas autrefois, et dont on parle beaucoup aujourd’hui , sont-ils toujours dus à la phlegrnasie ? Je ne suis point éloigné de penser qu’ils pourraient bien être quelquefois l’effet de l’abus, contre lequel nous protestons. » Pour répondre à cette observation , il me suffira de faire remarquer que si , jusqu’au commencement de ce siècle, on ne parlait point de ramollissement, c’est que le tube digestif n’était point l’objet des recherches auxquelles il est soumis depuis les nouvelles idées de la médecine physiologique; et quant au ramollissement non inflammatoire, qu’il n’est pas éloigné d’attribuer aux délayants , il eût bien fait de nous citer une seule observation sur laquelle reposât son opinion.

1-es convalescences de longues maladies laissent longtemps des traces de leur passage dans l’économie, et le tube digestif en est souvent atteint. Les épidémies paraissent, au premier rang, apporter au tube digestif des désordres nerveux. Ainsi on rencontre encore bon nombre de personnes qui font dater leurs douleurs épigastriques, et les autres phénomènes qui les accompagnent, d’une atteinte de choléra; d’autres, qui ont échappé à celte épidémie, font remonter jusqu’à elle, néanmoins, leurs douleurs , et il n’est point difficile de l’expliquer : les inquiétudes que l’unanimité de la population éprouva justifient pleinement l’étiologie qu’ils donnent à leur affection. Serait-il juste peut-être de tenir aussi compte de l’abus qui a été fait des substances aromatiques, des boissons excitantes, telles que le ifié et la camomille. Sans remonter à une époque déjà loin de nous, les épidémies de grippe , qui assez souvent se renouvellent, ont paru donner

naissance à quelques gastralgies, et depuis longtemps les praticiens avaient remarqué la coïncidence des affections de l’estomac avec celles de la poitrine. Entrant aussi dans les vues de M. Barrai , nous devons tenir compte du traitement employé : les boissons mucilagineuses et délayantes sont une des causes les moins douteuses pour ce praticien.

L’observation du jeûne, l’usage du maigre et d’une alimentation peu abondante pendant le carême ^ et très- souvent pendant le cours de l’année , sont des causes reconnues d’affection gastralgique. On ne saurait s’imaginer, dit M. Barras, combien il y a d’affections nerveuses gastro-intestinales qui proviennent de ce genre de vie, et combien nous sommes consulté souvent après le carême. C’est dans les couvents de religieuses, dans les pensionnats où s’observe cet usage, qu’il faut chercher ces exemples : «J’ai vu, dit-il , la moitié d’un couvent affecté de gastralgie nerveuse. » Il y a loin de ces idées raisonnables , sans doute, à celles que professait Ph. Hecquet , que je citais plus haut. Ce médecin de Port -Royal, essentiellement religieux, publia un ouvrage portant ce titre : Traité des dispenses du carême, dans lequel on découvre la fausseté des prétextes qu'on apporte pour les obtenir, en faisant voir, par la mécanique du corps, les rapports naturels des aliments maigres avec la nature de l'homme, et, par l' observation, leur convenance avec la santé , 2 vol., 1741. Il parle souvent des maladies des nerfs de l’estomac, qu’il différencie assez mal de l’inflammation, qu’il décrit cependant, et, ehose remarquable, il recourait toujours au maigre, à l’eau pure, souvent chaude. Tout le monde connaît le spirituel portrait du docteur Sangrado, et chacun sait que Le Sage avait en vue Philippe Hecquet, dont la réputation était immense.

Les boissons acides paraissent occasionner des gastralgies. Lorry en rapporte un exemple causé par l’abus de la limonade, et qui céda au traitement alcalin. Les boissons excitantes, telles que le café, les substances irritantes, comme le cubèbe et le copahu , ont les mêmes résultats souvent après leur administration pour la blennorrhagie; et ee que je dis de ces excitants doit s’appliquer aux vomitifs et aux

purgatifs: ainsi, il est fréquent d’observer un léger embarras gastrique avec une gastralgie. 11 faut, dans ce cas, se garder, autant que possible, de l’administration de ces médicaments , ou il faudra employer de légers minoratifs, comme l’huile de ricin; encore a-t-elle fréquemment augmenté cette affection : il sera bon alors d’associer l’opium à la substance ingérée.

Un écoulement abondant de salive a paru, au dire de Boerhaave, occasionner des gastralgies. Suivant cet auteur, l’hypochondrie est fréquente aux Indes, et elle a souvent pour cause la mastication du bétel; l’usage du tabac en fumée devrait, ce me semble, l’occasionner, dans des proportions moindres toutefois, et je ne sache point qu’on l’ait remarquée.

J’ai déjà dit un mot de l’onanisme ; je le considère comme une cause très-fréquente de maladies gastralgiques. Après avoir parlé de l’abus des plaisirs vénériens , citerai-je la rétention du fluide séminal. Galien l’avait indiquée comme une cause de gastralgie , et M. Barras en cite un exemple bien surprenant chez un vertueux prêtre des environs de Paris, qui était tourmenté en même temps d’un priapisme cruel , et qui aima mieux supporter les douleurs que de faire une concession à sa conscience en détruisant les causes d’une double affection. Buffon et Cabanis en citent aussi des exemples.

La suppression d’un exanthème, d’une hémorrhagie habituelle, d’hémorrhoïdes , doit être notée. Stalb et Schmidtmann ont rapporté des faits de gastralgies dues uniquement à la suppression des règles ; et les exemples d’hommes bémorrhoïdaircs sujets à des cardialgies et à des coliques nerveuses à l’époque où l’écoulement sanguin avait coutume de venir, sont rapportés par Hoffman, Tissot, Lorry.

Les névroses occasionnées par la lactation sont extrêmement fréquentes. La plupart des nourrices sont affectées de douleurs d’estomac, qui disparaissent par le sevrage ou par un régime plus réparateur.

Presque toutes les femmes enceintes sont sujettes aux maux d’estomac, qui se manifestent, tantôt par une douleur, tantôt par un sentiment d’ardeur, le plus souvent par des nausées et des vomissements, la dé-

pravation du goùl et de l’apj étit. Cel état , qui se rencontre aussi chez les demoiselles chlorotiques, tient, dans le premier cas, à la sympathie qui unit Tutérus à l’estomac; dans le second , à une anémie générale.

Il me resterait à parler des Hueurs blanches ; mais je me propose de traiter ce sujet sous le titre de cardiolgie leiicorrhëique.

Je termine cette trop longue éntimération en parlant des vomissements occasionnés par le roulis des navires, et en laisant remarquer qu’ils se rencontrent fréquemment sous l’influence d’une maladie du cerveau, à la suite de chutes sur cette partie, dans les cas de tuberculisation, de compression, ou de simple phlegmasie de l’encéphale. On en conçoit la raison en se rappelant les liaisons intimes qui unissent le système nerveux à l’estomac.

Je me suis étendu peut-être tro[) longuement sur cette partie de la question ; mais je suis ronvaincu que, dans la majorité des cas, il n’y a point de traitement rationnel sans la connaissance de la cause, et déjà nous avons vu quelle est l’importance d’un bon traitement dans cette maladie, combien les méprises sont préjudiciables. C’est surtout dans les affections de l’estomac, dit M. Jolly, que le praticien ne doit rien négliger pour s’entourer des lumières propres à éclairer l’étiologie de la maladie , car c’est du rapprochement et de l’appréciation des causes qu’il parvient souvent à constater la nature de la maladie et à fixer les bases de son traitement. Je n’ai point indiqué toutes les causes; et qui pourrait le faire ? j’ai noté les principales ; les autres sont communes à la gastralgie et à la gastro-entérite chronique.

Sym ptomalohgie .

Comme je me propose de parler de chacune des variétés de gastralgies qui ont reçu un nom particulier, j’insisterai peu sur les symptômes qui appartiennent plus spépialement à une de ces variétés, que je décrirai plus loin. Je vais me borner à parler des symptômes qui 1840. — Bouvaist. i 3

appartiennent à toutes, et en même temps je m’efforcerai de montrer les caractères distinctifs, les différences de la gastrite chronique, avec laquelle on l’a si souvent confondue.

En premier lieu vient le symptôme douleur ; dans la gastralgie , elles sont souvent d’une violence extrême; elles présentent ce caractère, qu’elles sont souvent diminuées, quelquefois même elles disparaissent entièrement par la pression ; elles sont rémittentes ou intermittentes : per inten’alla vexât cardialgia, dit Schmidtmann, et remittit et intermittit. Celte douleur s’irradie ordinairement au dos, aux épaules, sur les parois thoraciques. Je connais une dame qui souffre beaucoup plus certainement de la douleur du dos que de la douleur hypogastrique. M. Barbier, d’Amiens , en rapporte un exemple ; mais il donne ce fait pour une irritation des méninges compliquant une cardialgie. Evidemment M. Barbier s’est mépris; rien n’est fréquent comme d’observer des douleurs insupportables du dos. Qu’elles soient sympathiques. je n’en sais rien; mais il paraît aussi probable qu’elles sont dues à une irritation nerveuse de la partie de l’estomac qui s’applique contre la colonne vertébrale. Ces douleurs disparaissent toujours avec la maladie, et M. Barbier dit lui-même qu’elle céda au bout de quelques heures à une médication opiacée.

Les douleurs de l’estomac ne sont pas toujours intenses; souvent on ne rencontre qu’un malaise, avec une anxiété continuelle, et quelques nausées. Tantôt cette douleur s’acharne sur un point particulier, et le malade a un sentiment de morsure, ou elle s’irradie un peu plus loin: alors le malade aura un sentiment de formication, il croira qu’une araignée séjourne dans son estomac. Cet organe devient le siège de sensations particulières. «Le principe de tous mes maux, écrivait une dame à Pinel , est dans mon ventre; toute espèce d’affections morales, les peines , la douleur, le plais'r, ont là leur principe; un simple regard désobligeant me blesse cette partie si sensiblement, que toute la machine en est ébranlée ; je pense par le ventre, si je puis m’exprimer ainsi. » La gastrite chronique diffère sensiblement de cette affection dans le symptôme douleur. Cette douleur est le plus souvent

obtuse; elle augmente, ou quelquefois ne se révèle que par la pression; elle n’est jamais intermittente, et ne présente pas surtout ces sensations particulières qui seules sont l’apanage du système nerveux.

Dans la gastralgie, la langue est toujours blanche, large et humide; la salivation abondante, la soif presque nulle; la bouche est seulement pâteuse; l’appétit offre une bizarrerie inaccoutumée , quelquefois il diminue ou bien augmente, le plus souvent il j’este dans l’état ordinaire; la faim se fait quelquefois plutôt sentir la nuit que le jour; mais en tout eas , les aliments sont digérés avee plus ou moins de temps, avec plus ou moins de douleurs. Quand les douleurs existent, elles n’apparaissent point immédiatement après l’ingestion ; au contraire, le malaise semble être calmé , et l’on peut croire que la digestion est finie quand alors elles apparaissent vives , brûlantes; la sensibilité de l’estomac est telle, que le malade sent le contact des aliments sur la membrane muqueuse, il croit en saisir parla pensée les contours; alors les battements, les nausées, les borborygmes , les éructat'ons le tourmentent, mais la digestion finit par se faire; si cependant la sensibilité de l’estomac est portée à un point extrême, il y a vomissement, mais avec ce caractère remarquable, que les matières liquides et écumeuses seules sont rendues; l’estomac tolère les substances soliiic? ; nous verrons plus tai’d que, dans un assez grand nombre de cas, il peut supporter une matière compacte, et qu’un bouillon ne peut être toléré. Il est extrêmement rare de rencontrer la diarrhée; dans l’immense majorité des cas, il y a constipation. Barras et Johnson ont remarqué que les malades se trouvaient mieux d’être un peu constipés que d’avoir le ventre trop libre. Les urines abondantes rendues souvent et en petite quantité à la fois, sont limpides et ne laissent déposer aucun sédiment; et cependant les forces et l’embonpoint sont conservés, malgré les douleurs qui peuvent subsister très-longtemps; le teint se conserve souvent des plus frais; des personnes ont pu être affectées de cette maladie pendant dix ou douze ans sans que rien à l’extérieur ne fît soupçonner l’affection. Schidlman dit avoir vu une religieuse tourmentée de cardialgie depuis sa jeunesse jusqu’à l’âge de quatre-»

vingt-quatre ans; mais un de mes amis m’a donné la preuve que l’amaigrissement peut devenir excessif, surtout si le traitement antiphlogistique est employé. La fièvre est rare; elle accompagne presque toujours la gastrite ch - onique. Comparons les symptômes de la gastrite qui se rapportent à ceux que nous venons d’énumérer : la langue est étroite, rouge sur ses bords et à sa pointe, le milieu couvert d’un enduit sec et jaunâtre; l’haleine est fétide, la bouche amère, la soif toujours vive et inextinguible quelquefois: l’appétit manque toujours, et il y a toujours un dégoût prononcé pour toute espèce d’aliments; si le malade , en voulant vaincre sa répugnance, se hasarde à manger, les souffrances sont réveillées aussitôt après l’ingestion , et bientôt après les aliments sont rendus; le malade parvient-il à tolérer les aliments, alors il y a un malaise, une fatigue indicibles ; des rapports acides, nidoreux , fétides et corrosifs, lui font payer cher l’alimentation qu’il s’est donnée; la diarrhée est fréquente, le ventre presque toujours douloureux à la pression ; l’amaigrissement ne tarde pas à paraître , le marasme peut arriver jusqu’à ses dernières limites, et la mort le suit si les ressources de l’art ne sont pas employées ou ne peuvent le sauver.

On observe dans les gastralgies des étourdissements, des vertiges, des palpitations; tout à coup le malade est pris de tremblements, un sentiment de chaleur ou de froid parcourt tout son corps; on observe sur quelques parties du tronc des battements anormaux appréciables surtout aux hypochondres et à l’épigastre; Schildman les croit produits par les oscillations spasmodiques des plans musculaires des intestins; Albert de Brème les attribue à une influence spasmodique sur les gros troncs artériels de l’abdomen , et M. Dance, dans le Dictionnaire de médecine, les attribue aux ramifications du plexus solaire, il rapporte une opinion d’Everard Home , pour constater l’influence des nerfs sur les artères; la carotide ayant été mise à nu sur un lapin, et la potasse caustique appliquée sur un des filets voisins du grand sympathique, il vit à l’instant même cette artère battre avec violence: mais comment percevoir ces battements à l’extérieur? Ce ne sera que dans

une extrême maigreur, ou alors que l’eslomac sera distendu par des gaz; on pourra confondre quelquefois ces phénomènes avec l’anévrysme de l’aorte ou du tronc cœliaque. Laennec avoue avoir commis lui-même cette erreur; cependant la marche rémittente, irrégulière des pulsations, le défaut de synchronisme avec les battements du cœur, seront des signes qui, ajoutés à ceux mêmes de l’cslomac , seront précieux.

Diagnostic différentiel des différentes gastralgies.

Il est rare de rencontrer une affection nerveuse de l’estomac simple ; les différentes variétés qui en ont été données ne sont que des symptômes différents d’une même affection, la gastralgie. Ces symptômes variés constituent rarement une individualité morbide; elles peuvent se succéder, se remplacer, s’associer de mille manières, mais on ne peut en donner une exacte description qu’en en multipliant les histoires particulières; et comme on les rencontre simples aussi, je vais les décrire séparément; j’entrerai ainsi dans le texte même de la question qui m’a été posée.

De la dyspepsie, ’

i\l. Dalmas distingue trois variétés de dyspepsie:

1° La dyspepsie simple, dans laquelle il y a conservation de l’appétit : la langue est naturelle, mais les digestions sont lentes et pénibles ; toujours elles sont accompagnés de pesanteurs épigastriques, d’éructations, de borborygmes , de sensations de plénitude et de renflement à la région de l’estomac, de dyspnée, de bouffées de chaleur; le plus souvent elle se dissipe après.' quelques heures de souffrances, et le malade se trouve aussi bien qu’auparavant. Elle accompagne souvent les affections organiques de l’estomac; om l’observe en même tem|)S que la phthisie,ila chlorose, l’hystérie : elle est souvent aussi sympto-

matique d’une aFfection de cerveau, une plaie de tête, une encéphalite, les tubercules, etc., mais aussi elle se présente seule; l’émission d’une grande quantité de gaz inodore par la bouche, et vers la fin de la digestion, une constipation habituelle, l’aptitude à digérer certaines substances, sa marche intermittente, sauront la faire reconnaître.

2° La dyspepsie asthénique ; elle est caractérisée par la nature des causes qui la produisent : ces causes sont les hémorrhagies, les jeûnes, l’usage d’aliments peu réparateurs, les excès vénériens, la lactation, l’anémie, la chlorose, les émissions sanguines excessives; ses symptômes sont l’état de faiblesse et de langueur, la pâleur de la face, l’anorexie plus ou moins grande, la difficulté des digestions, l’absence de soif et de fièvre, et l’influence heureuse d’une médication tonique.

.3° La dyspepsie par altération du suc gastrique ; personnes,

sans douleur, sans symptômes aucuns, ne digèrent, si avant leur repas ou après elles ne font usage d’un liquide excitant ou acide. M. Dalmas pense qu’il y a altération, soit dans la qualité, soit dans la quantité du suc; qu’il y a souvent défaut d’acidité pour élaborer les substances élémentaires. >

Cette variété de gastralgie se l’encontre principalement chez les femmes d’un tempérament délicat, qui sont molles et efféminées, qui vivent dans le luxe et le plaisir, et qui apportent en naissant une susceptibilité nerveuse générale ; la prédisposition à cette maladie consiste, dit Lorry, en une sensibilité exquise que l’on apporte fréquemment en venant au monde, et qui vient souvent aussi d’une mauvaise éducation.

De la cardialgie , de la gastrodynie , des crampes d estomac , et

de la pyrosis.

Ces questions, que le sort m’avait données, ne comportaient certainement pas une longue description; ces maladies ne sont qu’une

forme de douleur à l’épigastre, il est assez difficile de les différencier; cependant elles existent assez souvent isolées. La cardialgle est une douleur qui occupe surtout la moitié gauche du viscère, ou les environs du cardia; elle est accompagnée de tendance à la lipothymie, et occasionne même des syncopes; la gastrodynie n’offre pas ces deux derniers caractères, elle est plus étendue, elle occupe tout l’estomac. Dans les crampes, la douleur ne se manifeste qu’à des intervalles plus ou moins éloignés et avec une grande intensité; Buchan dit qu’elle est due à une constriction subite et très-douloureuse de l’estomac, causée par un état spasmodique des fibres musculaires de cet organe.

La pyrosis, que l’on rencontre souvent dans les gastrites chroniques et dans le cancer de l’estomac , a été, suivant quelques auteurs, rangée à tort parmis les névroses. Elle se caractérise par un sentiment de chaleur brûlante, une véritable ustion, qui s’étend jusqu’à la gorge, avec éructation de matières liquides d’une acidité fort considérable; si on en croit Linné, cette affection règne endémiquement chez les Lapons et les Suédois, qui font un très-grand usage d’aliments salés, de lard rance et de boissons alcooliques.

Ces affections peuvent se rencontrer à tous les états intermédiaires, entre la simple douleur d’estomac et la douleur la plus intense accompagnée quelquefois de délire et de convulsions. Àliquot nolavi mu- Ueres, dit Schmitdmann, perquam sensibiles ferociente cardialgiæ paroxfsmo, delirio atque nervoruindistensionibuscorreptas.QA\?i(\ue personne a un mode de sentir la douleur, et la caractérise ordinairement parune expression énergique; ainsi celui-ci vous dira qu’il sent son estomac se tordre sur lui-même; cet autre, qu’il lui semble qu’un animal le ronge; d’autres auront le sentiment qu’on les presse dans un étau; celui-ci craindra qu’il ne se rompe par la distension , il semblera à d’autres malades qu’ils sont perforés ou qu’on les presse dans des tenailles. Ces sensations sont très-inégales dans leur force, leur durée elles intervalles qui séparent les douleurs; règle générale, cependant, les digestions les réveillent, et ce n’est souvent que quelques

heures après l’ingestion des aliments. Les substances les plus digestives feront éprouver un jour les douleurs les plus intenses, et le lendemain les mêmes aliments ne produiront aucun phénomène fâcheux ; les substances les plus réfractaires à l’acte digestif pourront être tolérées, et un simple bouillon , une cuillerée de lait ou de sirop mettront le malade dans l’état le plus affligeant. 11 n’existe pas de maladies qui fassent plus le désespoir des malades et des médecins que ces sortes d’affections, véritables protées qu’on ne sait par où saisir, et qui votif échappent après quinze jours d’une médication en apparence favorable, et alors que votis les croyiez disparues pour longtemps.

Vomissement nerveux. — Il est incontestable que le vomissement peut être indépendant d’une autre maladie, et constituer une névrose essentielle. Beaucoup de faits ont prouvé cette assertion ; comme beaucoup d’affections nerveuses il est idiopathique, symptomatique et sympathique.

Dans le Dictionnaire des sciences médicales, t. LVllI, M. Louyer- Villermay rapporte des exemples qui sont des types des vomissements nerveux. Un homme bien portant mange avec appétit et plaisir du poisson préparé au beurre, et chaque fois il le vomit sans presque aucune douleur; peu d’instants après , il peut faire un second repas qu’il digère très-bien. Un autre déjeune avec des tartines de pain et de beurre, qu’il arrose d’eau rougie, et bientôt l’estomac a rejeté cet aliment , qu’il conserve au contraire si le déjeuner se termine par du vin pur; dira-t-on, ajoute M. Louyer-Villerraay , que c’est un commencement de lésion organique ? Mais cette disposition existe depuis plus de trente ans et ne se produit jamais, ou presque jamais, sans l’influence de cette même circonstance : on ne peut voir dans ces faits qu’un vomissement nerveux, qui reconnaît pour cause une antipathie de l’estomac. Le vomissement produit par le roulis du vaisseau a été rangé tantôt parmi les vomissements idiopathiques et tantôt parmi les vomissements sympathiques; en tout cas, le système nerveux pst influencé, soit que la cause agisse directement sur l’estomac, soit

que l’estomac reçoive son excitation sympathique du cerveau, primitivement influencé. Le vomissement n’est pas difficile à connaître, quand il s’y joint d’autres symptômes de gastralgie; il est encore essentiellement nerveux, s’il est compliqué d’hystérie. Une demoiselle de dix-neuf ans, dit M. Louyer-Villermay , par suite d’un amour contrarié, éprouva, après quelques jours de malaise, des accès d’hystérie caractérisés par la suffocation , le sentiment d’une boule, des palpitations, une sorte de cri ou de c/awg'or analogue au bruit qui accompagne la toux dans la coqueluche. Au bout d’un mois, il s’y joignit le vomissement de toutes les matières solides et liquides. Ce vomissement avait lieu une heure après le repas sans efforts , et comme par régurgitation ; il résista pendant quinze à vingt jours à l’eau de Seltz, à l’eau de gomme , aux vésicatoires sur l’épigastre et aux sangsues : peu après, il céda au vin d’absinthe pris chaque jour à la dose d’une demionce. Je ne ferai que parler du vomissement nerveux qui accompagne les affections du cerveau , celles de l’utérus , l’état de grossesse. J’ai vu chez M. Rostan un individu qui depuis longtemps était tourmenté d’un vomissement opiniâtre; on le croyait idiopathique, lorsqu’on remarqua un strabisme assez prononcé; ce seul symptôme jeta du doute sur la certitude du premier diagnostic. Y avait-il là une affection organique du cerveau ? Les symptômes de la gastrite et ceux du cancer de l’estomac suffiront, dans un grand nombre de cas, à différencier l’espèce de vomissement; cependant il ne le sera pas toujours possible, et la plus grande attention devra être apportée. Voici les symptômes les plus ordinaires : le vomissement nerveux idiopathique se présente une fois ou plusieurs fois par jour, sans douleur à l’épigastre, sans fièvre, sans chaleur à la peau, sans la teinte jaune-paille. Ordinairement le vomissement ne se compose que de matières liquides séreuses, d’autres fois de liquides verts ou jaunâtres qui ont la saveur de la bile. Les matières souvent les plus lourdes et les plus indigestes sont tolérées parfaitement, un instant après les malades sont aptes à prendre une nouvelle nourriture, iis peuvent sortir et vaquer à leurs affaires sans paraître incommodés.

)840. — Bouvaist, 4

Il est des cas où l’on peut regarder comme nerveux un vomissement produit par une maladie dont on ne soupçonnait pas l’existence. Leroux, dans son Cours sur les généralités de la médecine pratique, rapporte l’observation d’une femme qui vomissait tous les aliments qu’elle prenait: elle mourut dans le marasme au bout de plusieurs mois. A l’autopsie, on trouva l’estomac parfaitement sain , et la partie inférieure du grand épiploon adhérente à la paroi antérieure de l’abdomen. Je citerai encore ici une observation du même praticien , qui se rapporte du reste plutôt à la gastralgie qu’au vomissement nerveux. «Il y a des estomacs , dit cet observateur, d’ailleurs très-sains dans leur texture, qui font éprouver des tiraillements. J’ai vu plusieurs de ces cas chez des personnes qui sont mortes d’une autre affection que celle de l’estomac, mais qui, depuis un grand nombre d’années, se plaignaient de douleurs après avoir mangé. A l’ouverture du corps, j’ai trouvé des brides membraneuses formées par une espèce de prolongement de l’é[)iploon, qui avaient contracté des adhérences avec le péritoine qui rampe sur les os du pubis et sur la crête de l’ilium; les sujets avaient vécu bien des années avec cette affection. » Dans ce cas, il est impossible de poser un diagnostic : si tout au plus on peut soupçonner cette affection, ce n’est que par les antécédents de la phlegmasie, et encore il faudra toujours douter du diagnostic qu’on aura porté.

Malade , pica. — Rien n’est plus singulier et en même temps plus fréquent que les dépravations de l’appétit et du goût qui se rencontrent chez les personnes affectées de malacie et de pica ; la différence qui existe entre ces deux affections paraît consister en ce que, dans la malacie les substances inusitées pour aliment, mais cependant pouvant servir à la nutrition, sont appétées par les malades, tandis que dans la seconde affection, les malades désirent et mangent des substances qui ne contiennent aucune partie nutritive : à cette dépj’avation se joint aussi, suivant quelques auteurs, l’aversion pour les aliments usités.

Je serai extrêmement réservé sur les exemples , et je passerai vite-

ment sur ces observations, rapporlées d’ailleurs par des auteurs de bonne foi et de talent, tout extraordinaires qu’elles soient. Sauvages rapporte qu’une fille lui avait avoué qu’autrefois elle avait mangé avec un plaisir infini la croûte qui s’attache aux murailles des latrines; M. Barras dit avoir vu une femme qui faisait sécher ses excréments et les mangeait; Zacutus Lusitanus a connu une demoiselle qui, ayant par mégarde goûté ses excréments, en fit sa nourriture favorite, et ne pouvait s’en passer sans être malade. J’aurai plus de mal à croire et à attribuera l’affection nerveuse cette observation de Laugiiis, dans laquelle une femme, pour satisfaire son appétit dépravé, tua son mari, en mangea la chair, et en sala une grande partie pour prolonger son plaisir. Mais qui n’a point vu chez des femmes enceintes ou des filles chlorotiques ces désirs impérieux de manger de la craie, du charbon, du marc de café? J’ai connu moi-même, dans ma famille, une servante chlorotique qu’on fut obligé de renvoyer, parce que tous les jours , par délice, elle mangeait une livre de gros sel. Ces dépravations s’observent surtout chez les femmes enceintes et dans la chlorose : elles ont été remarquées cependant chez les personnes faibles et délicates, chez les enfants surtout. Notons que , dans quelques cas , ces malades obéissent à un instinct intelligent; et c’est parce qu’il sont tourmentés de rapports acides, de nausées, de vomissements de matières glaireuses, qu’elles introduisent dans l’estomac de la craie, du plâtre, du charbon, etc.

Anorexie. — Rien n’est plus rare que de rencontrer l’anorexie essentielle, c’est-à-dire indépendante de toute affection, et constituant par elle- même la maladie. Cependant M. Blache dit que ce phénomène peut exister pendant un temps assez long, sans que l’estomac présente après la mort une altération appréciable dans sa texture; mais il complique souvent les maladies inflammatoires, et souvent aussi les affections nerveuses. Idiopathique, elle a été observée, après une diète rigoureuse, chez les Individus livrés à une vie sédentaire, chez les hommes de science , chez les personnes minées par les chagrins

violents, ou épuisées par les excès vénériens : elle est caractérisée par un défaut d’appétit, dans lequel on n’a aucun désir de manger, sans éprouver précisément de répugnance ou de dégoût proprement dit pour les substances alimentaires.

Boulimie. — La boulimie est une exaltation désordonnée et maladive du sentiment de la faim; elle est caractérisée par un appétit violent qui survient tout à coup; le malade se jette avec avidité sur tous les aliments, quels qu'ils soient, et les dévore avec une précipitation effrayante, et en quantité excessive. On la distinguera facilement, si elle corpplique l’hypochondrie, ou quand elle a lieu chez des malades atteints de folie. On sait que les aliénés mangent souvent avec excès; mais on pourra la confondre avec la faim sympathique, qui se rencontre dans les premiers mois de la grossesse ; avec la faim symptomatique des affections vermineuses, et principalement dans celles qui sont dues à la présence du tænia. Mais il deviendra difiicile de se tromper, si, dans ce cas, on tient compte de la dilatation des pupilles, du prurit des fosses nasales, des coliques violentes, des urines jumenteuses, de la fétidité de l’haleine, et des renseignements que pourront fournir les malades sur l’expulsion antérieure d’un ou de plusieurs helminthes : elle complique souvent l’hystérie. «J’ai eu longtemps dans mes salles, dit M. Rostan, une fille qui engloutissait tous les jours une grande quantité d’aliments; cette faim n’était pas continuelle, elle revenait par intervalles. Dans ses accès, elle se portait quelquefois à de cruelles extrémités; elle était dans un délire tel, qu’elle eût mordu tout ce qui l’approchait; elle portait même sur ses bras et sur ses mains les marques de ses propres morsures. Se trouvant un jour chez une dame dont elle recevait des bienfaits, elle fut prise subitement de sa faim dévorante : on ne trouva rien de mieux ce jour-là, dit encore M. Rostan, que de lui livrer, pour l’apaiser, la soupe de vingt-quatre convives qui étaient attendus. » On a dit que la boulimie était idiopathique; mais on a sans doute le plus souvent méconnu une affection gastralgique ou de la nature de celles que nous

venons de rapporter. Une conformation anormale de l’estomac, des voies biliaires, peut souvent faire croire à une maladie idiopathique; mais, dans ce cas, la maladie n’offre pas l’intermittence qui caractérise les affections nerveuses, elle est continue toujours.

De la polydypsie.

A côté de la boulimie quelques auteurs ont placé la polydypsie qui l’accompagne quelquefois; elle a paru exister comme maladie essentielle. Quand elle est idiopathique, elle est causée probablement par une modification du système nerveux, qui est le siège de la soif, le pharynx, l’œsophage et l’estomac. Elle est presque toujours symptomatique d’une autre affection et accompagne les maladies fébriles, le diabélès, etc.; elle peut aussi avoir pour siège le centre même de la sensibilité; elle consiste alors dans une soif imaginaire, et n’est que le résultat d’une véritable hallucination mentale; on a très-rarement occasion d’observer cette maladie comme névrose isolée. L’absence de tout symptôme concomitant mettrait sur la voie et la ferait reconnaître.

' Quelques affections peuvent compliquer les gastralgies, et un nom leur a été donné suivant les symptômes qui prédominaient, qui se présentaient plus souvent ou qui passaient pour être la cause de l’affection; c’est ainsi qu’on a fait une gastralgie leucorrhéïque , hépatique, hypochondriaque. J’aurai bien peu de chose à dire de la gastralgie leucorrhéïque, elle est certainement due à l’écoulement de flueurs blanches qui tourmentent tant de femmes, et la meilleure preuve que l’on puisse en donner, c’est qu’elle se développe avec cet écoulement et qu’elle disparaît aussitôt que lui; elle dépend évidemment de l’empire que les parties génitales exercent sur le principal organe de la digestion, et elle se traduit par un tiraillement d’estomac, une oppression qui se décèle par de profondes inspirations, la décoloration générale, l’amaigrissement, la bouffissure, etc. La gastralgie hépatique doit être admise avec plus de réserve; il était tout naturel de

penser que deux organes si voisins, qui ont entre eux tant de sympathie , devaient dans l’affection qui nous occupe , montrer cette sympathie par des actes pathologiques. Le foie se trouve souvent influencé par la gastralgie, mais il est des cas où ce trouble donne à l’affection un caractère particulier, c’est ce qui l’a fait distinguer par les auteurs qui en ont fait une gastralgie hépatique. Elle se rencontre surtout chez les personnes d’un tempérament bilioso-nerveux ; à tous les symptômes de la gastralgie que nous avons notés, il s’ajoute un malaise à l’hypochondre droit, l’amertume de la bouche, la fétidité de l’halelne,un ictère général; les déjections enseignent d’une manière positive que le foie a pris part à cette affection ; les matières sont blanches ou noirâtres ; les coliques viennent augmenter les douleurs des malades, et s’il faut en croire Johnson, le désir du suicide vient les tourmenter, désir qu’il a vu s’exécuter dans les paroxysmes. Je ne décris cette maladie, peut-être mal observée, que pour me conformer aux divisions de quelques auteurs, avec la réserve et le doute convenables.

Gastralgie hypockondr laque. — Je n’ai point la prétention de traiter une question aussi vaste, elle ferait la matière d’une thèse seule : la maladie principale dans ce cas n’est point la gastralgie; cependant, quand la maladie a commencé par l’organe de la digestion et quand les symptômes encéphaliques ne sont pas trop prononcés , ils peuvent être considérés comme simples symptômes de la gastralgie; aux troubles des organes digestifs se joignent des vertiges, des étourdissements, une céphalalgie continuelle, des hallucinations de l’ouïe, des perversions du goût et de l’odorat; d’autres fols ces sens sont développés et leur sensibilité en harmonie avec celle de l’estomac, les odeurs et les saveurs ont une précision dont les plus habiles gourmets seraient à juste titre jaloux; l’intelligence ne tarde pas à être troublée, le jugement se déprave. Le malade est défiant, des craintes continuelles sur sa santé viennent l’obséder, il est morose, impatient, égoïste, incapable de tout travail intellectuel; il est des cas cependant où les fa-

cultés sont exaltées , les idées plus claires que dans l’état normal : Buffon et Cabanis en ont rapporté quelques exemples. Les malades semblent tomber dans l’enfance, les chagrins les plus minimes les affligent profondément , et la vie domestique les occupe sans cesse ; presque toujours ils se plaisent à augmenter leurs souffrances si on les interroge, et à considérer quelle impression ce récit produit sur ceux qui les entourent; tout dans le médecin est observé, l’oeil inquisiteur du malade scrute et interprète les moindres paroles et les mouvements, il a en lui une confiance sans bornes, mais elle dure peu de temps, il en change souvent; cependant il veut suivre à la lettre ses moindres indications, il surveille ou prépare luimême sa nourriture, il ne dérogerait en rien aux prescriptions. Des frictions avaient été ordonnées à un hypochondriaque, il écrivait quatre pages à son médecin , pour lui demander si ces frictions devaient se faire de haut en bas ou de bas en haut. Il renaît vite à l’espérance, et plus vite encore il tombe dans le désespoir, invoque la mort, et personne ne la redoute autant.

Je suis loin d’avoir terminé la liste des complications de la gastralgie. Les phlegmasies, les lésions organiques, la syphilis, la goutte, les scrofules viennent souvent se joindre à elle; elles n’offrent, du reste , que la concomitance des symptômes particuliers à chaque maladie, et l’œil exercé d’un médecin habile saura toujours démêler ce qui appartient à la névrosé , et quelle maladie la complique.

Marche., durée et pronostic. — Les gastralgies que nous venons de passer en revue se rencontrent rarement simples, mais moins souvent encore avec tout le cortège des maux indiqués dans les monographies; rarement cette maladie débute d’une manière brusque , sa marche est presque toujours lente, ignorée quelquefois ; les désordres nombreux qui souvent l’accompagnent ne sont remarqués qu’après plusieurs mois, pendant lesquels le malade attribue à mille causes sa mauvaise humeur pendant les digestions , les gaz développés dans l’estomac. Peu après des coliques tourmentent les malades, des maux de tête

s’ajoutent à la fatigue de tous les membres ; ils sont d’une mobilité d’humeur qu’ils ne conçoivent pas eux-mêmes, brusques avec ceux qu’ils aiment le plus; la moindre chose les fatigue; vous les verrez se mettre en colère après une porte qui bat, un enfant qui joue; si vous les interrogez, leurs réponses s’élèvent bientôt jusqu’à la colère; ils deviennent inquiets, sujets à des terreurs et à des émotions enfantines; enfin les douleurs s’aggravent, et l’hypochondrie se joint à la première affection.

La durée de ces maladies ne peut être soumise à un temps limité. Si la gastralgie est simple, souvent après quelques semaines elle disparaîtra, sans que rien puisse faire présumer la cause de l’invasion et celle du départ. Si elle est survenue brusquement, elle disparaîtra souvent en très-peu de temps, avec les secours de l’hygiène seuls; dans le cas contraire, si elle a mis un temps considérable à arriver au summum de la douleur , les malades seront exposés à la voir disparaître en suivant une marche tout aussi longue et fatigante. J’ai cité l’observation de Schmidtmann, dans laquelle nous voyons une religieuse tourmentée pendant plus de soixante ans. Dans les cas ordinaires, le pronostic ne nous paraît donc pas grave; cependant, que de malades n’a-t-elle pas conduits au tombeau , parce qu’elle déterminait des lésions profondes, que l’art ne pouvait plus atteindre ? Combien d’hypochondriaques n’ont pas franchi le pas qui séparait leur affection de la démence, et dans ce cas le pronostic n’est-il pas plus terrible que celui de la mort? D’autres , et les relevés statistiques sont fort curieux à cet égard, surmontent enfin leur pusillanimité, et ont le courage de trancher une vie que la médecine pouvait encore sauver, ou quand même elle les avait abandonnés, alors encore qu’ils étaient en droit d’attendre tout de leur jeunesse , et de ces secrets de guérir que la nature seule s’est réservés.

On a cité des cas où la mort avait terminé de simples maladies nerveuses essentielles. Ainsi le docteur Marchai, dans sa thèse {Considérations sur la soif, Paris, 1808) , cite deux cas où la polydypsie essentielle a causé la mort; dans l’un il s’agit d’un militaire qui, après un repas

d’adieux, est pris d’un choléra-morbus s«ivi d’une soif ardente; ce malheureux s’arrête à toutes les fontalties pour calmer sa soif, qu’il ne parvient jamais à éteindre : il succombe après plusieurs mois de souffrances. La seconde est relative à un individu qui fut pris de cette maladie à la suite d’un empoisonnement par le sous-acétate de cuivre. Dévoré par une soif inextinguible, quand il manquait d’eau il buvait son urine. Il mourut au bout de deux mois, au milieu des tourments de la soif. M. Roux, dans le Journal général de médecine , rapporte qu’une jeune fille, à la suite de chagrins vifs et profonds, fut prise de vomissements continuels ; elle succomba au bout de deux mois dans une émaciation complète. A l’autopsie, l’estomac fut trouvé sain. Je ne sais si, dans les deux premières observations, l’autopsie a permis d’appeler ce vomissement purement nerveux; la seconde observation paraîtrait en faire douter, et on pourrait aussi bien attribuer le vomissement à une gastrite causée par la substance toxique.

Traitement. — Le traitement de la gastralgie n’offre pas la même unité, et satisfait moins l’esprit, on pourrait aussi dire le malade et le médecin , que celui de la gastrite : celle affeclion se joue souvent des médications en apparence les plus appropriées. Si vous avez saisi la substance qui modifie la sensibilité de l’estomac, usez-en soigneu sement, vous ne retrouverez peut-être plus un autre moyen. Du reste , je crois que le médecin trouvera souvent plus de ressources dans les moyens hygiéniques que dans la thérapeutique.

La matière médicale presque tout entière a été mise à contribution. Quand on a lu une faible pai tie de ce que contiennent tant d’ouvrages d’hommes célèbres dans la science, on n’éprouve qu’une confusion, un chaos, dont il paraît difficile de tirer des idées bien précises, ce qui prouve évidemment que la plupart de ces médications sont insuffisantes, et ont rendu peu de services. Je diviserai ce que j’ai à dire du traitement, en moyens thérapeutiques et en moyens hygiéniques. Mais comme nous avons admis deux grandes catégories de maladie# 1840. — Bouvaist. â

nerveuses, les ^gastralgie» par éréthiisme, et celles par atonie, dans le traitement, deux indications se présenteront dès l’abord. Dans le premier cas, le but qu’on doit se proposer, c’est de diminuer la sensibilité maladive de l’estomac; dans le second, c’est de rendre à cet organe la tonicité qui lui manque. Mais pour remplir la première indication, il faut être bien convaincu que la douleur est puretnent nerveuse, qu’elle ne tient pas à l’inflammation qui souvent complique la gastrafgie. Dans ce cas, une application de sangsues à l’épigastre devrait être ordonnée, pour faire disparaître l’élément qui ici est le plus à redouter. L’usage des narcotiques alors est destiné à donner un grand soulagement au malade. L’opium marche en première ligne. Lorry préconise beaucoup ce médicament dans les maladies de l’estomac sans matière, sine materia. Galien l’avait employé avec un succès constant; cependant il avoue qu’il ne guérissait jamais les bypochondriaques, qu’il palliait seulement 1: s douleurs , et que l’abus les rendait plus opiniâtres. Le reproche le plus grave qu’on puisse lui adresser, c’est qu’il occasionne la constipation. Détruisez la vertu constipante de l’opium , écrivait un malade, et ce sera le souverain remède contre les gastralgies. Cependant il est des cas où il fait cesser la constipation : c’est alors quelle tient à l’état spasmodique des intestins. Fodéré en fait l’éloge le plus brillant :« Le divin opium, dit-il, remplit à lui seul toutes les conditions favorables : à peine a-t-il touché les parois intérieures de l’estomac et des intestins, que le spasme est rompu; l’opium est, par conséquent, le premier des antispasmodiques, et c’est sur lui qu’il faut principalement compter. » Le docteur Mahot regarde l’opium dépouillé de sa partie résineuse comme le meilleur moyen. On rencontre quelquefois des idiosyncrasies qui ne peuvent supporter ce médicament, et dont il irrite les douleurs; l’administration parla méthode endermlqne viendra apporter alors un premier moyen de soulagement ou de guérison. Le docteur Dawson {Journal des connaissances médicochirurgicales^ recommande de hautes doses de teinture d’opium , cent gouttes dans un peu d’eau froide. Le docteur Mac’Adam [Journal de médecine et de chirurgie] emploie l’acide hydrocyanique , quatre à cinq

gouttes dans de l’eau distillée, dans un looch blanc, ou dans, une in> fusion de quinquina. lia égaiiunent des succès par la teinture ou l’extrait,de jusquianoe, ou bien encore avec cette teinture combinée avec l’eau distillée de laurier-cerise. L’ammoniaque unie à la magnésie et à lajusquiame, dans de l’eau de menthe, coupent court bien souvent à un paroxysme. La belladone, le datura stramonium, l’aconit, sont des succédanés de l’opium, dont on retire quelquefois de Irès-heurcux résultats , préconisés tour à tour avec un emphase ridicule , la plupart des médecins les emploient avec réserve.

M. Trousseau et M. Lombard, le premier dans le Bulletin de thérapeutique, et le second dans la Gazette médicale, font du sous-nitrate de bismuth un moyen héroïque dans les gastralgies. M. Barras, qui paraît avoir décidé à peu près que la matière médicale est impuis santé dans les névralgies du tube digestif, contredit les résultats obtenus par ces expérimentateurs distingués, en disant que souvent il avait augmenté les douleurs au point d’avoir été obligé de le suspendre. 11 cite l’observation d’une dame à laquelle une de. nos célébrités médicales avait prescrit six grains de cet agent, et qui produisirent chez elle tous les symptômes de l’( mpolsonnement : M. Orfila , dit-il , a fait des expériences sur des chiens, il a administré le sous-nitrate de bismuth à forte dose, et il a vu survenir une violente gastro-entérite. M. Lombard a rapporté lui même l’observation d’un empoisonnement produit par deux gros de sous-nitrate de bismuth introduits par méprise. D’un autre côté, en Angleterre, M. Mac’ Adam dit que le médicament auquel on doit accorder la plus grande confiance, qui réussit dans tous les cas, est le sous nitrate de bismuth : il n’a jamais vu qu’il ait produit le moindre accident; si quelques-uns ont été signalé.sc, ils tiennent sans doute à la mauvaise préparation de cet agent : on sait qu’il contient beaucoup d’arsenic, dont le traitement par la potasse ne le délivre pas entièrement. Mais M. Trouss au dit, dans son ouvrage de thérapeutique, que lat plupart des maladies nerveuses de l’estomac sont heureusement modifiées par lui. Odier, Carminati l’avaieut conseillé dès l’année 1786. 11 convient, dit M. Trousseau, aux

personnes dont les digestions sont ordinairement laborieuses, et s’accompagnent d’éructations nidoreuscs et de tendance à la diarrhée ; il réussit encore dans les vomissements spasmodiques, chez les femmes nerveuses; il est utile dans la gastrite subaiguë, dans la gastrite chronique, et dans la gastralgie qui se complique d’un état inflammatoire.

Le docteur Boileau a adressé à l’Académie de médecine, au mois de septembre 1837, un mémoire sur l’emploi de l’huile de croton tiglium dans les gastralgies Sept observations ont trait à des individus affectés depuis longtemps de douleurs à l’estomac, avec ou sans vomissement, fièvre, insomnie, maigreur générale. Parmi ces faits, l’un fait mention d’une femme enceinte dont l’estomac ne pouvait recevoir ni solides ni liquides. Huit gouttes d’huile de croton en frictions répétées à l’épigastre ont débarrassé en peu de temps tous ces malades de leur affection gastrique.

M. Trousseau signale aussi certaines gastralgies qui sont sous la dépendance de troubles hystériformes , et qui cèdent à l’emploi de la valériane. Il en est de même des flatuosités qui surviennent après les repas chez les femmes nerveuses, chez les hypochondriaques. L’éther a aussi paru réussir, et doit être employé dans les vomissements convulsifs ; des cardialgies atroces ont disparu inopinément par de hautes doses de cette substance.

M. Barbier, qui a expérimenté la codéine, dit qu’à la dose d’un à deux grains elle agit d’une manière spéciale sur les plexus nerveux du grand sympathique, ce qui, dit-il, la rend très-utile dans le traitement des gastialgies et des entéralgies.

M. Trousseau cite encore des observations de maladies nerveuses de l’estomac, compliquées de maux de tête violents , guéries avec le cyanure de potassium. L’infusion de menthe est, suivant cet auteur, trèsutile chez les jeunes filles chlorotiques, sujettes aux douleurs nerveuses: après les repas, l’infusion, bue en place de thé, les prévient ou les dissipe. Je passerai sous silence les séries d’antispasmodiques qui ont encore été ajoutés à ceux que nous venons d’énumérer; je ne

m’arrêterai pas non plus au moyen si dangereux de la noix vomique, vanté par Schmidtmann, et qui , du reste, n’est employé par per* sonne. Mais j’arrive enfin aux moyens plus rationnels, et qui me serviront de transition pour parler des moyens hygiéniques. Ceux - ci seront surtout employés dans la seconde catégorie des maladies nerveuses de l’estomac : les amers y jouent un grand rôle. C’est ainsi que la chicorée sauvage, le houblon , la fumeterre, la racine de patience , la petite centaurée, l’absinthe ont été préconisés, et ont donné des curations véritables. Kt il devait en être ainsi; car, si calmer est la première des indications à remplir dans l’excitabilité nerveuse, fortifier est le moyen de rendre à l’estomac la tonicité qu’il avait perdue, et en première ligne, le fer, les pilules de sous-carbonate ou de lactate de fer, l’eau ferrée atteindront Irès-fac'ilemenl ce but. I/écorce de quinquina a aussi été employée, et on en obtiendra souvent de bons effets. Barras se loue beaucoup de l’emploi du gland de chêne torréfié et réduit en poudre : il l’administre en infusion, sous forme de café, pour aider à digérer, ou en extrait, à la dose de six grains à un gros, peu de temps avant les repas. Enfin, comme moyen externe, je citerai l’emplâtre de thériaque et d’assa fœtida, saupoudré de six à quinze grains d’acétate de morphine, les frictions avec la pommade stibiée , les ventouses, etc. Les révulsifs ont été conseillés, mais je craindrai toujours l’irritation qui en résultera; cependant, dans une douleur fort mobile, une crampe d’estomac, par exemple, la douleur sera complètement révulsée. Selle dit avoir obtenu de bons effets d’un vésicatoire saupoudré de camphre.

M. Larrey fait un grand éloge des moxas, qu’il applique à profusion ; c’est, selon moi, un moyen dangereux; cependant j’ai pu voir une guérison obtenue par lui, sous cette influence, chez une dame que je connais : il est vrai qu’une affection de la colonne vertébrale se déclara en même temps et je crois qu’elle fit plus pour l’affection nerveuse que les moxas.

Parlerai-je de la saignée et des purgatifs ? Ils doivent être , h mon avis, en général proscrits. Il ne faut pas croire que la contraction, la

dureté du pouls, l’obscurcissetïieut de la vue soient des n30tifs suffisants pour saigner; que les nausées,, l’anaertume de la bouche soient une raison de prescrire les purgatifs. Dans la majorité des cas, l’expectation, l’hygiène, les toniques et les antispasmodiques prouveront que ces moyens eussent été dangereux; Comparetti en signale les inconvénients, en disant qu’il avait souvent remarqué que les vertiges, la douleur de tête, le sentiment de plénitude à l’épigastre, étaient souvent interrompus par l’application des sangsues, mais qu’il était bien plus, fréquent encore que la tristesse, les lassitudes, les doul urs générales et la faiblesse intellectuelle succédassent à ces applications. Je ne prétends cependant point les proscrire; mais je crois qu’elles doi vent être faites avec la plus grande circonspection. Quelquefois une légère phlogose augmente ou entretient la douleur; dans le cas de doute, elle pourra être le plus précieux moyen de diagnostic; car une soustraction même modérée de sang, chez des sujets qui n’offrent pas le tempérament sanguin, exaspère en général les douleurs, sanguis moderator nervorum est. On a des exemples de gastralgies qui se compliquèrent d’affection mentale, par suite du traitement antiphlogistique. Ces cas, tout extraordinaires qu’ils paraissent, ne répugnent cependant pas à la raison . et on peut croire que l’affection qui a produit l’hypochondrie produira la folie chez les personnes d’un esprit faible et prédisposées à l’affection mentale. Pinel plaçait dans les viscères abdominaux le point de départ d’une quantité de vésanies; M. Esquirol, dont l’autorité est incontestable, se range à cet avis, et Boerhaave l’avait formulé, en disant: Dementia, id est ahsentia principii ratiocinantis , in hornine hahet sœpe sedem et causant in syslemate nervoso venlriculi. Soyons donc sobres de ce moyen si puissant en d’autres cas, et ne nous laissons pas éblouir par les résultats obtenus à l’aideï d’émissions sanguines, quand l’indication n’était pas positive. ('es résultats sont momentanés; la douleur disparaît par la révulsion causée par les piqûres, et non par la déplétion des vaisseaux sanguins; et on verrait bientôt les tristes fruits de cette médication, si, encouragés par ce succès éphémère, les médecins revenaient au

même traitement : on ferait courir au mala'de de grands dangers; car il peut encore arriver que l’irritation prodiiite par les piqûres tourne au profit de l’irritation nerveuse, en sorte qu’on a augmenté la douleur de deux manières, par la soustraction du sang, et par l’irritation sympathique qui n’existait pas dès l’abord.

Ainsi donc la ‘thérapeutique consiste en deux inclicaiions, calmer et fortifier : les antispasmodiques et les sédatifs pour la première; les médicaments amers et les toUiques pour la seconde. Mais c’est surtout dans l’hygiène quMl faut chercher les moyéns les plus vrais et les plus durables de guérison, ün médicament suspendra momentanément une douleur vive; mais il ne rendra pas à l’économie les forces qu’elle a perdues, et il ne rétablira pas l’équilibre entre les divers systèmes. L’emploi de ces moyens hygiéniques n’a rien d’absolu; il doit varier avec l’âge, le sexe, et surtout les habitudes du sujet; on devra aussi consulter les causes, la marche et l’ancienneté de' la maladie; des nourritures seront accordées, mais avec'un choix bien grand dans les substances alimentaires, et une précision exacte dans l’heure des repas. Croire qu’il faut manger peu et souvent est un précepte qui est dans toutes les bouehes , mais qu’ici je ne conseillerais pas ; il faut , au contraire, se garder de satisfaire ce‘préténdu.appetit'qui à ch’âqUe instant se réveille; il faut que le 'malade hé répOnde pas aux appels de son estomac, quand ll lui sera démeintré que cet appétit n’est qu’ün pliénomène nerveux; il 'faüt alcrs acCoütumër l’organe à nWe motitrer exigeant 'qn’à'Certaitlâ’intCrvallésî Mais s’il y a dès inconvénients a ob^ir à ce besoin déréglé, îl y ‘en a ub' bièn^ plus grand à hé' pas satisfaire la faim véritable, et j’ailberais mifeux ne pas obéira eèlte loi, donnez te repos à V^rgahe rr\àfàtde\' dè laisséfla douleur de l’a ÎFaim s’ajouter aux douleurs nervbbè’és. ’Céla posé , '‘l’étendue d'él’appétît, les goûts, fussent-ils capricieux, doivent être pris en considération ,' pourvu que les aliments qtî’iî désire hë Soient pas' évidemment nuisibles; cependant fe chèî'x' déa aliments ne "s'èra pas ‘toujours laissé à son libre arbitré'*: Satnifia îri dHgeiidis' et* in süméndis éit>is*èt pdtibus ponenda est diU'gentiù. Lès aHViïé'nïs ' qti i ^débi 1 î t éW ’ 'trop ' 'ex pose n t *à"d es * fia t il os U e*

fort i liCOin modes ; ceux qui sont trop excitants sont fréquemment nuisibles : ainsi on doit proscrire tous les aliments, soit du règne végétal, soit du règne animal, dans lesquels les matières aqueuses, mucilagineuses et grasses prédominent, comme aussi ceux qui contiennent des principes trop stimulants. Ceux qui se rapprochent de ce dernier genre conviendront aux maladies nerveuses paratonie, et les premiers aux maladies nerveuses par éréthisme. M. Barras recommande les matières sucrées: « Ün gastralgique auquel j’ai donné des soins, dit-il , vomissait l’eau pure un quart d’heure après l’avoir prise, tandis qu’il ne rendait l’eau sucrée qu’une heure après, et, chose étonnante, cette eau, rendue par le vomissement, avait perdu son sucre.»

Le lait, quand il réussit à être digéré, est une des substances les meilleures à employer: il calme souvent mieux que tout autre moyei> l’éréthisme nerveux, le lait d’ânesse surtout; mais il est loin de pouvoir être supporté par tous les gastralgiques, et peut-être serait-il bon de le proscrire toujours dans l’atonie nerveuse. On lui a reproché de porter à la mélancolie : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il émousse la sensibilité et l’irritablité nerveuse, puisqu’il parait que les nations qui en font un usage presque exclusif ont besoin d’une dose plus forte d’émétique pour procurer le vomissement.

Il faut toujours tenir compte des singularités qu’offrent les idiosyncrasies, comme aussi des observations des malades; car personne mieux qu’eux ne connaît leur estomac, qu’ils étudient à chaque instant , quoique ce soit une mauvaise condition pour guérir. Détournez son esprit de sa digestion , et faites en sorte qu’il n’ait aucune inquiétude sur les souffrances qu’il craint d’éprouver, et souvent il digérera facilement. M. Fouquier attache une grande importance à ce que les aliments soient pris froids : des succès incontestables ont confirmé ce mode d’administration.

Les boissons les plus convenables seront celles qui seront toniques et les moins excitantes : le vin de Bordeaux vieux présente ces deux qualités; riche en tannin , il est un de ceux qui contiennent le moins d’alcool ; mélangé avec l’eau glacée, il a aidé puissamment aux diges^

lions. On sait que des morceaux de glace avalés ont suspendu tout à coup les vomissements. Les eaux minérales ferrugineuses ont été aussi employées avec succès.

L’usage des bains froids ou des bains de mer ne doit pas être négligé, il est d’ailleurs un des plus salutaires exercices ; l’habitation à la campagne, les promenades, l’équitation, la chasse, les voyages, les fatigues musculaires, en un mot, remplissent un double but ; «L’exercice des muscles locomoteurs , dit Broussais, est le meilleur moyen de détruire la mobilité convulsive; il agit en déplaçant les irritations viscérales, en consumant une activité superflue, en appelant les forces vers la nutrition et vers les tissus exhalants et sécrétants. »

Mais si c’est en suivant les conseils d’un médecin judicieux que le malade peut espérer une guérison , celui-ci doit comprendre que son rôle ne se borne pas à puiser dans l’hygiène et la pharmacie des ressources souvent stériles ; il aura à faire la médecine du moral. Ici je ne puis indiquer comment il obtiendra la conBance du malade, comment il devra plaindre avec lui ses maux et ses chagrins, puis profiter des moments heureux pour faire revivre et l’amour-propre, et l’ambition, et tout ce qui attache l’homme à la grande famille ; relever son courage abattu, montrer sa place au milieu de citoyens utiles à leur pays , rendre à cette âme usée l’enthousiasme et les nobles passions : Hic opus , hic labor.

1840. — Bouvaist.

Page 1