‹ Des maladies nerveuses en général, de l'épilepsie en particulier, et des moyens de les combattre avantageusement; recherches précédées d'un court examen physique et moral du système nerveux, et mêlées de réflexions sur quelques changemens à faire subir à notre législationChapitre 11 sur 33 · Des Réactions morales sur le physique · texte numérisé non relu

Des Réactions morales sur le physique

« L’âme, à son tour, continue M. Àlletz, peut réagir sur les organes. Sa joie intellectuelle ranime la langueur de l’économie animale ; son ardeur imprime au sang inactif un véritable mouvement , et sa constance réfléchie triomphe de la faiblesse des organes qui l’enveloppent. C’est là vraiment ce qu’il faut nommer le caractère. Avoir du caractère , c’est demeurer volontairement fidèle, dans la pratique de la vie, aux règles de conduite adoptées par notre raison. L’homme de caractère, c’est Caton, dont l’âme , au milieu de l’univers dompté, demeure seule invincible. C’est l’homme de bien que les débris du monde écraseraient lavant de l’avoir fait pâlir. 11 faut

donc reconnaître à-la-fois l’empire qu’exercent sur notre aine nos organes formés , au moment de la naissance, d’une certaine manière, et la réaction ultérieure que produit sur ces organes le développement de l’intelligence. »

Les matérialistes attribuent tout à la nature. Voyons d’abord ce qu’ils entendent par ce terme. Les uns en font leur Dieu unique; les autres la puissance créatrice de l’univers; ceux-ci l’ensemble

des êtres créés; ceux-là l’ordre éternel ou âme du monde. Tous n’admettent point d’âme, mais bien une mécanique capable de se soutenir d’ellemême, et qui ne cesse d’exister que lorsque les

rouages sont usés. Mais par qui et comment cette machine a-t-elle été formée, où est son régulateur ? Nous savons de quelle manière se fait une horloge et par quels moyens ses mouvemens s’entretiennent; mais dites-nous, philosophes de toutes les sectes, où est le premier moteur de la pendule humaine ?

^ ous le sentez, vous le voyez même; mais vous

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n’osez en convenir , parce qu’il vous faut une célébrité. Vous avez beau faire, il existe un principe spirituel, qui est Dieu , et cette nature que vous expliquez de tant de manières diverses , n’est que l’émanation de ses décrets éternels.

L’homo duplex existe donc : nous avons donc une âme, et un Dieu qui la dirige.

Revenons maintenant au véritable but de cet article, et prouvons, par quelques faits frappans, que le moral, à son tour, est susceptible d’in- Üuencer le physique.

Un entrepreneur de bâtimens qui réunissait toutes les apparences d’une santé parfaite, apprend brusquement que sa fortune va s’écrouler par suite d’une banqueroute considérable. Il tombe et meurt. On l’ouvre, on cherche dans toutes les cavités les causes d’une fin aussi subite ; rien ne se présente à l’habileté du scalpel auquel on a eu

recours.

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Un médecin, dont noire pays s’honore, arrive au milieu de quelques braves que le fer des Musulmans n’avait point intimidés , mais que la frayeur inspirée par la peste est. près de moissonner. L’illustre Desgenettes imprime à leur esprit une autre direction, et fait ainsi sortir, de leur ame, l’idée du danger, qu’ils ne redoutaient que parce que les guerriers de la France préfèrent mourir les armes à la main.

Un chevalier qui n’est ni sans peur , ni sans re proche y est violemment tourmenté par la crainte de perdre un emploi lucratif, parce que, dit-il , d est depuis long- temps souffrant des nerfs , et que les médecins les plus distingués de la capitale n’ont pu changer sa constitution, qui est prédisposée aux ébranlemens du système sensible; aussitôt une débilité générale se manifeste dans les organes circulatoires, le sang arrive à peine aux vaisseaux capillaires , la face devient pâle ; les étouffemens, l’oppression et d’autres phénomènes attestent que la respiration est gcnce, la digestion interrompue, etc. Le médecin, nouvellement

appelé, s’empare de l’esprit du malade, le rassure, et lui annonce que dans trois mois il reprendra ses fonctions pour ne plus les quitter, et qu’en conséquence il conservera sa place.

Cet officier supérieur, par son grade, continue de servir très activement , élève des maisons en France au lieu de bâtir des châteaux en Espagne, et rien n’annonce qu’il soit menacé de retomber dans le même état de maladie, puisqu’il y a plus de trois ans que ce fait a eu lieu, et que ce serviteur , quoique faible , n’a encore éprouvé aucun symptôme nerveux. C’est ainsi qu’on magnétise l’imagination d’un homme pusillanime.

Le jeune militaire nouvellement arraché aux foyers paternels, aux habitudes, aux inclinations de son enfance, aux tendres penchans de la nature, regrette les lieux qui l’ont vu naître, alors même çppq Es a quittes volontairement, toutes ses idees se réunissent sur un seul objet, il 11e songe qu au pays natal, le désir d’y retourner l’enflamme, irrite son imagination, et l’impossibilité de satisfaire

ce besoin impérieux, développe en lui la cruelle maladie , dite nostalgie.

L’art combat vainement la nostalgie , elle moissonne une foule de sujets ; il n’est qu’un seul moyen auquel elle cède momentanément, c’est la permission de revoir ses loyers, et souvent le nos t algique est à peine en route qu’il a recouvré la santé. Nous avons eu occasion d’observer un grand nombre de nostalgiques , et nous les avons vus maigrir, se miner, s’éteindre insensiblement sans que rien pût prendre le moindre ascendant sur eux : tout leur moral était affecté, et la plaie profonde faite à leur cœur ne pouvait se cicatriser; il semblait meme que tous les moyens de distraction, auxquels nous avions recours, ne donnassent que plus d activité à leur humeur sombre; et lorsque nous les quittions, ils retombaient dans une mélancolie qui absorbait toutes leurs facultés. Abandonnes à eux-memes, ils éprouvaient de bien plus terribles angoisses.

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