DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Si la Providence a mis tous ses soins à former l'homme, son plus bel ouvrage, elle a placé aussi à coté de cette machine animée et merveilleuse, une foule d’agens prêts à la détruire, lorsqu’elle méconnaît la main qui lui donna l’être, ou les régies quelle daigna lui prescrire pour sa conservation.
Ces agens amènent dans notre économie des changemens connus sous le nom de maladies.
Les unes sont héréditaires, et furent créées pour punir les pareils qui, corrompus parle vice, •transmettent à leurs rejetons des germes de mort.
Les autres sont communiquées par des nourrices mercenaires auxquelles des mères, ou plutôt des marâtres, confient, sans nécessité, leur avenir le plus précieux.
Ici j ce sont toutes les affections dépendantes dune mauvaise éducation et d’habitudes aussi honteuses qu’exténuantes.
Là, les maux causés par l’influence des climats divers, par celle des astres, par les changemens de saisons, leur intempérie ; par les situations plus ou moins variables de l’atmosphère.
Plus loin, les altérations que font éprouver à nos fonctions vitales ces principes invisibles et impondérables que l’on nomme miasmes, certaines émanations animales, végétales ou minérales.
Ailleurs, les égaremeus de nos facultés plus particulièrement attribués à la colère divine, et si communs de nos jours, parce qu’il faut revenir aux principes qu’on avait oubliés, à la moralité qu’on avait abandonnée ; parce qu’enfm les facultés morales s’usent par suite des combats des passions, comme le corps se détruit par les fatigues et les excès. On ne quitte pas sans remords, ni sans crainte la route de la vertu,
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et ce sont cette crainte et ces remords qui conduisent souvent à ces différentes aberrations de l’esprit, dont les noms font frémir, et qui devraient seules suiïire pour retenir la raison humaine.
Nous avons réservé, pour terminer la courte énumération des maladies auxquelles l’homme est exposé, celles qui reconnaissent pour causes éloignées 1 âge, le sexe et la prédominence de tel ou tel tempérament ; ainsi le tempérament sanguin prédispose aux inflammations, aux hémorragies passives, souvent à l’apoplexie , etc.
Le bilieux, aux embarras des voies digestives, au choiera— morbus , à la fièvre bilieuse, à la mélancolie, etc.
Le lymphatique, aux catarrhes, à lhydropisie passive, aux engorgemens glanduleux, aux scrofules, etc.
Le nerveux, aux névroses variées, à l’hystérie, aux convulsions, au tétanos, à l’épilepsie , etc.
Nous nous bornerons, dans cet essai, à ces dernières affections, c’est-à-dire, à celles aux-
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quelles nous condamne un système nerveux bien tranché.
C’est donc des névroses que nous allons nous occuper spécialement, et parmi elles l’épilepsie, dont il ne sera question qu’à la fin de notre travail, fixera toute notre attention, puisque cette maladie a été l’objet particulier de nos études et de nos recherches.
La tâche que nous nous sommes imposée n’est nullement facile; car s’il est aisé de déterminer pendant la vie le siège d’un exanthème, d’une liydropisie, et de leur appliquer des remèdes utiles; si l’on peut reconnaître, après la mort, qu’uné hépatite, un épanchement, ou tout autre phénomène morbide, ont existé; il n’en est pas de même des maladies que nous avons la témérité d’aborder.
Les anti- spasmodiques les plus énergiques ont-ils le même succès dans le traitement des névralgies (i), que la saignée dans celui de la pneumonie la plus intense?
(i) Nous nous servirons alternativement des deux expressions névrose et névralgie, attendu qu’elles signi-
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Hâtons-nous d’entrer dans l’histoire des névroses, afin de démontrer plus évidemment que, jusqu’à notre époque, la description de ces maladies, de leurs causes, de leurs symptômes, et des traitemens tour-à-tour préconisés, n’ofïre qu’incertitude.
Ce n’est pas chez les anciens qu’il faut chercher des renseignemens sur les névroses. Les Egyptiens et les Hébreux, qui tenaient leur peu de science médicale des premiers, ont cependant connu quelques maladies nerveuses.
La mélancolie de Saul , qui fut calmée par la
fient à-peu-près la même chose, c’est-à-dire, maladie nerveuse; et, en effet, qu’un nerf soit irrité, enflammé, en état d éréthisme, d atrophie, etc. , c’est toujours le meme tissu qui est affecte. Le mot névralgie , sans doute, exprime plus particulièrement la douleur d’un nerf, mais la douleur n’est-elle pas la sensibilité altéiée, et cette altération n’est-elle pas opposée au bien
ou à la santé du corps? Tandis que le mot de né-
< rose, d apres Pinel, rend plus facilement la lésion du sentiment et du mouvement sans inflammation, ni dérangement de structure.
harpe de David • la fièvre maligne à laquelle Lazare succomba ; ce démoniaque guéri par un J uif, au rapport de Y espasien, etc. , attesteraient, au besoin, ce que nous avançons, s’il n’était pas parlé de 1 épilepsie , surtout dans l’évangile. On se rappelle cet enfant qui fut présenté à Jésus- Ch ri st lorsqu’il descendit du mont Tliabor.
Arrivons promptement au véritable fondateur de la médecine. Hippocrate s’est occupé de plusieurs névroses, principalement de la sciatique ; mais cette douleur, qui commence dans l’articulation supérieure de la cuisse , qui parcourt toute l’étendue de ce membre et delà jambe, est-elle toujours une névrose?
Peu de temps après la naissance de Jésus- Christ, les médecins romains et grecs écrivirent sur quelques affections spasmodiques très incomplètement, il est vrai ; ainsi Cclse n’en dit presque rien.
Arètée parle de l’épilepsie, qu’il attribuait au démon.
Galien nous laisse dans la même obscurité sur les névroses proprement dites. Comme le
prince de la médecine, il confond toutes les maladies de l’articulation' de la hanche dans la sciatique; ainsi Galien n’a pas toujours dit non. Le médecin de Pergame avait cependant, de plus que le vieillard de Cos, des vues certaines sur la section des nerfs, soit comme affection , soit comme moyen curatif des névroses; il connaissait la danse de Saint -Guy qu’il a décrite sous le nom de scélotirbe.
Les médecins qui viennent après Ceise et Galien, nous entretiennent légèrement des maladies nerveuses, et, dans ce qu’ils en disent, on voit qu’ils n’ont fait que copier ces derniers, et principalement Galien.
De ce nombre sont Platon, qui appelait l’épilepsie morbus divinus ; Dioscoride, moins médecin que naturaliste; Pline, avec ses erreurs; Aëtius ; Paul d’Egine, grand partisan des bains de sable chaud, et plusieurs autres qui se sont contentés de chercher des remèdes plutôt que d’étudier la nature de la maladie qu’ils voulaient combattre, négligeant cet adage si vrai, si important : Principiis obsta , etc.
Le s nécroses ne purent rester inconnues aux Arabes , qui puisèrent la plus grande partie de leurs connaissances dans des sources grecques.
Le musicien, le chimiste, le philosophe Rhazès , le plus célèbre des médecins arabes , fut celui qui fit le plus d’efforts pour étudier les nerfs et les altérations de ces parties.
C’est lui qui a découvert que le nerf récurrent (nerf de la trachée-artère, ainsi nommé
parce qu’il remonte vers son origine) est quelquefois double du coté droit. Rhazès a parfaitement connu la fièvre lente nerveuse ; il découvrit aussi que l’epilepsie pouvait tenir à la présence des ganglions (i) dans les nerfs.
Avicenne a lui-même etc atteint de 1 epilepsie , à laquelle il donna le nom d 'analepsie , comme l’avaient désignée avant lui d’autres célèbres médecins orientaux.
Mais jusque-là les médecins n’avaient pu ac-
(j) Renflemens ou nœuds particuliers qui se rencontrent sur le trajet des nerfs. Leur substance intérieure est formée par V union des fibres nerveuses.