‹ Des maladies nerveuses en général, de l'épilepsie en particulier, et des moyens de les combattre avantageusement; recherches précédées d'un court examen physique et moral du système nerveux, et mêlées de réflexions sur quelques changemens à faire subir à notre législationChapitre 30 sur 33 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Sur un cas fort rave cV épilepsie , et sur les précautions à prendre dans les questions qu on est forcé d'adresser aux personnes atteintes de cette névrose.

Ene demoiselle, âgée de 26 ans , née d’une des premières familles de France, fraîche, jolie , robuste , d’une sensibilité exquise, très spirituelle et passionnée pour les études abstraites , est affectée d’épilepsie depuis l’époque de la puberté.

Rien n’a été négligé pour mettre un frein à cette horrible maladie , mais aucun traitement n’a réussi. Les parens sont au désespoir. Un médecin de Genève est consulté , et conseille le mariage. La malade est presqu’aussitôt unie à un jeune homme ( de son choix ) , d’une santé brillante, de mœurs douces, d’un caractère aimable, enfin plein d’égards et de soins pour sa malheureuse épouse. Les accès d’épilepsie continuent de se manifester avec la meme violence.

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Le médecin est consulté de nouveau ; il répond que, « lorsque la malade aura mis un enfant au monde, elle sera entièrement débarrassée de

ses attaques d’épilepsie. » Cette dame devient mère , et rien n’est changé à son état de maladie , qui plonge son mari dans une tristesse profonde.

La malade nous est présentée après deux ans de mariage. Nous la rassurons sur ses crises ( car il faut bien se garder de prononcer le nom d’épilepsie devant les personnes qui en sont atteintes ) , et lui demandons la permission de nous entretenir avec ses père et mère avant de rien entreprendre.

Un jour est fixé pour cet entretien. Le mari et la nourrice de la malade y prennent part. Il résulte de cette entrevue que les pareils sont sains et l’ont toujours été ; qu’ils sont fortement constitués ; que le père est d’un tempérament sanguin , et la mère lymphatique ; que ni l’un ni l’autre n’ont été enclins à aucune mauvaise habitude ; qu’ils

n’ont point éprouvé de maladies , ni d’accidens capables de fixer notre allen! ion ; qu’ils n’ont fait usage d’aucun remède violent ; qu’aucune cause morale n’a troublé leur félicité avant le malheur arrivé à leur lille bien-aimée ; que leurs

deux autres enfans sont dans le meilleur élat de

santé j que la nourrice de la malade est encore une femme remarquable par sa douceur , sa force et sa fraîcheur ; qu'aucun vice particulier n’a souillé son existence ; que l’enfance de la malade a été calme et paisible; qu’elle n’a fait aucune chute violente ; que l’écoulement périodique s’est déclaré sans orage, a continué de même et avec la plus grande régularité.

Entreprendre le traitement d’une maladie dont les causes paraissaient si décourageantes , 1101 s parut, nous l’avouons, une entreprise au moii s hardie. Mais les parens nous ayant pressé vivement de nous charger de diriger leur malade, nous nous décidâmes à la voir, et voici l’examen que nous lui finies subir.

Demande. Depuis quel âge vous apercevezvous de vos crises nerveuses ?

Réponse. Depuis l’âge de seize ans.

D. Aviez-vous antérieurement ressenti quelque douleur particulière , des mouvemens nerveux, des palpitations de cœur ?

R. Non.

D. Avez -vous éprouvé, toujours avant vos crises , une frayeur quelconque ?

R. Non.

D. Vous n’avez été témoin d’aucune scène attendrissante , à la suite de laquelle vous ayez été sensiblement émue ? Vous n’avez fait aucune perte qui ait pu ébranler vos nerfs ?

R. Non.

D. Assistiez-vous souvent au spectacle ? Quel est le genre de spectacle que vous préfériez ?

R. Je n’ai été que très rarement au spectacle ; l’opéra - comique est celui qui me plaît le plus.

D. Quel est l’effet que produit sur vous une excellente musique ?

R. L’effet d’une chose un peu plus qu’ordinaire.

D. Avez - vous éprouvé de violentes contrariétés ?

R. Jamais.

D. Avez-vous beaucoup lu ? quels sont les ouvrages que vous préfériez?

R. La physique , les mathématiques , l’Histoire Ancienne, ont particulièrement fixé mes goûts , ainsi que les trois règnes de la nature.

D. Vous occupiez-vous sérieusement de pratiques religieuses ?

R. En chrétienne raisonnable.

D. Vous livriez-vous à beaucoup d’exercice, à des occupations amusantes?

R. Rarement.

D. Vous rappelez -vous avoir fait une chute sur la tète 7 sur le dos , sur le siège , ou sur les pieds ?

R. Non.

D. Etiez-vous sujette aux maux de tête , à quelque douleur du col , de la poitrine , aux crachemens de sang , aux hémorragies du nez ,

aux écoulemens des oreilles ; aux vomissemens , aux digestions pénibles ?

■ R. Je me suis toujours bien portée , grâce à Dieu !

D. Avez-vous éprouvé quelque dérangement du ventre ?

R. Non.

D. Vous êtes-vous quelquefois piquée ou coupée au point d’en ressentir des douleurs aiguës? R. Non.

D. Avez-vous été sujette à quelqu’affection de la peau , à des ulc'eres , à des varices , à une sueur habituelle des pieds ?

R. Jamais.

D. Étiez-vous sujette aux crampes des membres j aux rêves pénibles ?

R. Non.

D. Dormiez-vous long-temps ; aimiez-vous

le lit ?

R. Oui.

D. Fréquentiez-vous les bals , les soirées nombreuses ?

R. Rarement et sans plaisir.

I) . Quelle était votre vie alimentaire?

R. Toujours saine et peu copieuse.

J) . 1 reniez — vous et laites— vous encore usaee de café , de thé , etc. ?

R. J ai souvent pris du café , parce que j’en sentais le besoin j ] y ai renonce depuis que je suis malade ; pour obéir à mon médecin.

D. Aviez -vous l’habitude de vous baigner souvent ?

R. Quelquefois.

D. Vous trouviez-vous bien pendant et après le bain ?

R. Constamment..

D. Vos crises reviennent-elles à des époques régulières? vous apercevez-vous de leur approche ?

R. Oui.

D. Comment?

R. Un frémissement se manifeste au creux de 1 estomac y que vous nommez épigastre , messieurs ; ensuite à la poitrine , à la gorge , puis à la tete; mes facultés s’anéantissent alors. Mes pareils vous diront le reste.

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