DE LA PARALYSIE OU INERTIE
Dans la paralysie à la suite de l’accouchement ^ l’utérus ne revient point sur lui-même, ou ne forme pas de tumeur sphérique et dure dans la région hypogastrique. On sent au toucher que l’orifice du col n’a pas de tendance à se contracter. Cet orifice reste béant , et la femme n’éprouve aucune douleur qui annonce les contractions de l’utérus. Les forces vitales sont alFaiblies ; à la plus légère traction sur le cordon , l’utérus tend à accompagner le placenta et à se renverser sur luiinéme. Quelquefois il survient une hémorrhagie violente, le sang coule à flots, ou est retenu dans la cavité de l’utérus qui se dilate, et le ventre prend la forme d’un ballon ; une pâleur effrayante se manifeste sur la face de la malade , qui tombe ordinairement en syncope.
Enfin , dans l’inertie à la suite de la délivrance , loin de revenir sur lui-même et de former une tumeur dans la région hypogastrique, l’utérus se renverse quelquefois complètement (i); souvent il se manifeste aussi une hémorrhagie foudroyante tant interne qu’externe.
Ce sont ordinairement les personnes d’une faible constitution, tourmentées par de longs chagrins, fatiguées par de mauvaises digestions , épuisées par des maladies antérieures , par des hémorrhagies dans le cours de la grossesse , ou par un travail long et pénible, et dont l’utérus a été distendu
(i^ ' oy. Uu licTH'drsenniil ae Vulirus.
DE l’utébus. 479
par deux enfans ou par beaucoup d’eau , qui sont expost''es à celle paralysie.
Celte maladie peut tenir à ce que les fibres de Tutérus ont perdu leur contractilité par trop de distension , comme cela se remarque pour la vessie dans certaines paralysies de cet organe. .
Un travail trop long , des contractions utérines trop fortes , trop réitérées , peuvent avoir le même résultat. Lorsqu’on soumet un muscle , dans un animal vivant , à l’action d’un appareil galvanique , il se manifeste des contractions , d’abord Irèsvives, qui s’affaiblissent bientôt, et finissent par cesser. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’elles se reproduisent avec énergie.
La paralysie de futérus peut encore dépendre de ce que ce viscère ne reçoit plus d’influx nerveux à raison d’une congestion sanguine dans le cerveau ou d’une maladie de ce viscère.
M. Jacques ayant donné, en 1826, des soins, dans un accouchement , à une dame atteinte depuis long-temps d’une hémiplégie , s’aperçut, dès les premiers momens du travail, que les contractions de l’utérus étaient lentes et peu fortes ; ce qui rendit l'accouchement plus long. 11 survint ensuite une perte utérine intense. En portant la main dans futérus , M. Jacques s’assura qu’il n’y avait de contractions dans ce viscère que du côté sain du corps , et que le côté correspondant à l’hémiplégie était dans une inertie complète , et
48ü D£ LA PARALYSIE OU INERTIE
paralysé. 11 parvint à faire revenir le viscère sur luimême, et à arrêter la perte utérine. La malade se remit entièrement.
La paralysie de l’utérus est un accident grave , surtout lorsqu’elle est générale, qu’elle arrive pendant le travail de l’accouchement , et qu’elle est compliquée d hémorrhagie. Elle est un peu moins dangereuse dans les autres circonstances.
Son traitement varie suivant qu’elle est simple ou compliquée d’hémorrhagie, et suivant l’état de r utérus*
La paralysie a-t-elle lieu pendant le travail, et n’existe-t-il point d’hémorrhagie? On cherche à relever l’action de l’organe par des frictions légères, à l’aide de la main ou avec une serviette froide , sur la région hypogastrique ; on se trouve mieux quelquefois d’appliquer sur cette partie du corps des linges chauds , un liuiment ammouiacé ou spiritueux ; on irrite légèrement le col de l’utérus avec l’indicateur; on donne pour boisson une infusion froide de feuilles d’oranger ou de fleurs de camomille , et l’on prescrit les lavemens avec les mêmes infusions. On peut faire prendre à la malade un petit verre de vin d’Alicante, et une potion fortifiante dans laquelle on fait entrer les eaux spiritueuses de mélisse , de menthe , de canelle , l’extrait de quinquina.
On emploie aussi avec des avantages variés le café à l’eau un peu fort , les excitans qui paraissent avoir une action plus spéciale sur l’utérus ,
DE l’utérus.
lels que le safran , la rhue , l’armoise , les aristoloches. M. Lobstein recommande le borax à la dose de quelques grains. La teinture de strychnine est aussi très-utile; on en fait ajouter quelques gouttes dans une tasse d’infusion de tilleul, que l’on réitère plusieurs fois à une heure d’intervalle l’une de l’autre.
Le moyen le plus préconisé , et qui a le plus de succès , est le seigle ergoté en poudre. D’après les effets de ce médicament , il paraît produire une excitation spéciale du cerveau et provoquer l’ac^ tion de ce viscère sur l’utérus.
On le donne à la dose d’un gros et demi û deux gros, par paquets de 24 grains , délayés dans un demi-verre d’eau sucrée , à demi-heure de distance l’un de l’autre.
Quelquefois le seigle ergoté irrite l’estomac , et occasionne des éblouissemens , des pesanteurs à la tête, des vomissemens ; il faut alors en suspendre l’usage , ou en modérer la dose , en observant néanmoins que lorsqu’elle est trop faible il fatigue inutilement sans aucun résultat.
Il est rare qu’après la première ou la deuxième prise de ce médicament l’utérus ne reprenne pas son énergie, et que les douleurs ne se réveillent pas de manière à procurer l’expulsion de l’enfant.
S’il arrivait néanmoins que ce viscère restât engourdi , et qu’il y eût du danger pour la femme à ce que le travail se prolongeât , il faudrait terminer l’accouchement en faisant la version de
DE LA PARAYSIE OL INEKTIE
î’enfaüt , en le ramenant par les pieds si la téfc n’était pas engagée dans le détroit supérieur, ou avec le forceps si elle y était engagée.
Si l’inertie était compliquée d’une hémorrhagie un peu forte , on terminerait promptement l’accouchement en se comportant de la même manière.
C’est encore d’après les mêmes principes qu’on se conduit dans cette maladie avant la délivrance.
S’il n’y a pas d’hémorrhagie , on attend que l’utérus ait repris son ressort ; et s’il y en a une , on procède à l’extraction du placenta, en évitant qu’il ne soit suivi de Tulérus, qui , dans ce cas , a une grande tendance à se renverser.
Enfin, lorsque l’inertie n’a lieu qu’après l’expulsion du placenta , on s’assure si l’utérus n’a pas éprouvé de renversement , et on le rétablit , s’il est nécessaire , dans sa position. On exerce ensuite avec la main une pression sur la région hypogastrique ; et l’on y applique quelques serviettes pliées en carreau et trempées dans l’eau et le vinaigre , qu’on maintient avec un bandage de corps médiocrement serré (1).
Pour remplir la même indication, M. Rouget (2) a proposé l’introduction d’une vessie dans la cavité de l utérus et son insufllation , afin d’exercer parla une compression intérieure sur les
(1) Voy. Ves Hémorrhagies utérines.
(2) Mélanges de it/t-J. et de CJùrurg. Paris , i8io>
DE LUTÉRTiS. 4^5
parois de cet organe, tandis qu’on en fait une extérieurement avee la main. Ce moyen peut , en ollet , être utile , quand on a la vessie à sa disposition.
D’autres procédés ont encore été proposés (i) ; mais la compression bien exercée est sulTisante. On continue l’usage des boissons toniques et légèrement calmantes . jusqu’à ce que l’utérus ait repris son ressort, et que le retour de l'hémorrhagie ne soit plus à craindre.
Des Hémorrhagies propres aux femmes.
Ces hémorrhagies tirent presque toutes leur source de l’utérus et de ses dépendances. Les mamelles en présentent trop rarement et de trop faibles pour qu’on en fasse un examen particulier.
Quelques auteurs désignent sous le nom d’hémorrhagies utérines tous les écoulemens de sang de l’utérus et du vagin , même les flux périodiques. D’autres n’y comprennent que ceux qui ont lieu hors le temps des règles , et celles-ci elles-mêmes lorsqu’elles sont immodérées ou trop prolongées : c’est cette dernière acception que nous adopterons.
Ces maladies sont rarement primitives; le plus
(i) Voy. Des Hémorrhagies utérines.
/l8| DES HÉMORRHAGIES
souvent elles ne sont que l’effet secondaire d’uno autre maladie.
Les idées que l’on s’en est formées ont beaucoup varié, en raison des progrès de l’anatomie et de la physiologie. Les anciens avaient profondément médité sur la manière dont s’opère l’écoulement du sang. Suivant eux, ce fluide peut sortir des vaisseaux par érosion, par rupture, par solution de continuité , par la dilatation des vaisseaux capillaires ( anastomose ) , ce qui correspond à ce que nous appelons actuellement exhalation; enfin, par l’écartement des fibres des vaisseaux.
Dans des temps plus modernes, on ne croyait l’hémorrhagie possible que dans le cas de la lésion des vaisseaux ou du tissu de l’utérus. Il appartenait à Bichat de faire revivre la théorie de l’anastomose , et de la démontrer par une suite d’expériences non moins ingénieuses qu’utiles. Ses recherches ont prouvé que l’hémorrhagie peut avoir lieu par une pure exhalation des vaisseaux capillaires produite par une exaltation ou par une diminution des propriétés vitales de ces vaisseaux.
En effet, on ne trouve souvent, à l’ouverture des corps , ni érosion , ni ulcération qui puisse faire soupçonner la rupture des vaisseaux sanguins , ni cicatrice qui annonce une rupture antérieure ; et l’on remarque au contraire que la membrane muqueuse qui fournit le sang est plus épaisse et plus rouge.
La plupart des auteurs classent ces hémorrha-
gîes d’après l’âge du sujet, les divers temps de la grossesse ou de raccouchement. Ces divisions offrent des avantages ; mais elles sont peu exactes : la même hémorrhagie peut avoir lieu à ces diverses époques, tandis qu’à l’une d’elles on en remarque de nature différente.
Il est des auteurs qui ont confondu toutes les espèces d’hémorrhagies ; d’autres les ont trop multipliées , et en ont établi qui rentrent les unes dans les autres , et n’ont de variétés que dans les causes , sans qu’elles diffèrent pour le traitement.
Au lieu d’en présenter une nouvelle classification , je les ai rapportées à celle qui est admise pour les autres hémorrhagies : en actives , en passives et en hémorrhagies par lésions des vaisseaux ; les premières ont lieu généralement pendant la vacuité de l’utérus; la dernière, durant son état de développement.
Dans un article très-bien fait, sur les hémorrhagies (i) , M. Choniel les a divisées en spontanées ou idiopathiques , en traumatiques et en symptomatiques ; mais les dénominations de spontanées ou d’idiopathiques, qu’il propose à la place de celles d’actives et de passives , me paraissent moins appropriées. La première , trop générale , peut convenir à toutes les hémorrhagies ; elle exprime une indication de temps , peu conforme à l’esprit des dénominations actuelles :
(i) Dict, de médec. en 21 vol.
48G DES HÉMORRHAGIES
autant vaudrait distribuer les hémorrhagies en rares, d’un quart d’heure, d’un jour, ce qui serait insoutenable.
La dénomination d’idiopathique indique une hémorrhagie causée par une alTection propre de l’iitérus ; ce qui peut n’être pas exact. Une femme est dans le moment de la menstruation : on lui apprend une nouvelle désagréable ; elle éprouve une perte utérine effrayante , idiopathique , suivant cet auteur : cependant il est douteux que le principe en soit dans l’utérus, et ne se trouve pas dans le cerveau.
Outre que cette dénomination peut n’ètre pas juste, elle est, comme la première, trop générale, sans spécification.
La dénomination de traumatique est aussi trop restreinte pour y comprendre toutes les hémorrhagies par lésions des vaisseaux sanguins. Il en est, qui arrivent sans plaie, contusion ni violence extérieure , telles que celles qui surviennent par suite des progrès de la grossesse, lors de l’insertion du placenta sur l’orifice de l’utérus ou de la marche d’une maladie, comme dans le cancer.
La qualification de symptomatique est au contraire trop vague ; elle embrasserait la plupart des hémorrhagies, puisqu’il en est peu de primitives.
Les dénominations d’actives et de passives, indiquant les principaux caractères et l’essence même de l’hémorrhagie , me paraissent devoir être préférées.