‹ Des maladies propres aux femmesChapitre 14 sur 58 · PROPRES AU\ FEMMES · texte numérisé non relu

PROPRES AU\ FEMMES

Dans l’article précité , M. Cliomcl met en cloute l’excès d’énergie ou d’atonie des vaisseaux exhalans dans les hémorrhagies ; mais ces deux états sont démontrés par les symptômes mêmes de ces maladies , par les causes qui les déterminent , et ]iar l'analogie de ce qui se passe dans la menstruation et dans les hémorrhagies qu’on produit à volonté.

11 est vrai c[u’il est des hémorrhagies difficiles à classer, mais ce sont les écoulemens faibles et de peu de durée ; c’est un inconvénient attaché à la plupart des maladies dans leur principe. Lorsque les hémorrhagies sont intenses et se prolongent, les accidens qui les ont précédées , ou ceux qui les suivent, permettent ordinairement de les rapporter à une des divisions établies. On a encore émis l’opinion que les hémorrhagies , de quelque nature qu’elles soient, ne sont que l’effet d’une irritation , et exigent toutes l’emploi des débilitans : c’est une assertion peu exacte. Il est vrai qu’il y a moins d’hémorrhagies par débilité qu’on n’en admettait autrefois ; mais ce serait tomber dans un autre extrême que de méconnaître un état de débilité chez les personnes qui ont éprouvé des hémorrhagies utérines fréquentes et anciennes , lorsqu'elles sont pâles , décolorées. Dans certains cas d’affections chroniques et lentes , combien de fois ne voit-on pas des hémorrhagies, rebelles à la saignée et aux adoucissans, céder promptement à l’usage des toniques et des astringens !

DES HÉMORRHAGIES ACTIVES

Des hémorrhagies actives de l’utérus.

Ces hémorrhagies ont pour caractère essentiel , suivant Cullen , d etre unies à un certain degré de fièvre. Ce signe n’est pas caractéristique. On en voit dans lesquelles la fièvre n’est pas sensible, tandis qu’elle survient dans des hémorrhagies par défaut d’action et par lésion des vaisseaux sanguins. 11 est un caractère plus général pour les hémorrhagies actives , dans l'excitation , l’exaltation des propriétés vitales des systèmes qui en sont le siège.

Ces hémorrhagies présentent deux variétés : elles sont avec irritation et pléthore du système artériel , et avec excitation et spasme du système cérébro -nerveux , en observant que ces conditions peuvent exister ensemble ou séparément. L’excès d’action du système artériel est plus ou moins général, ou s’il est borné à l’utérus : celui du système cérébro-nerveux peut avoir son siège dans le cerveau , dans quelque point du système nerveux, hors des organes propres aux femmes , ou dans les nerfs mêmes de ces organes.

Les hémorrhagies actives , par irritation et pléthore générale du système artériel , arrivent spontanément, ou bien elles ont des symptômes précurseurs et s’annoncent par un sentiment de pesanteur à la tête , des éblouissemens ; la face est colorée , les paupières s’ouvrent à peine , la malade éprouve des lassitudes dans les jambes , une

DE L UTERUS.

tension et un gonflement dans les mamelles , des douleurs gravatives dans les régions hypogastrique et lombaires, un prurit et des démangeaisons vers l’utérus , quelquefois un mouvement fébrile marqué par un sentiment de froid dans les membres , une légère horripilation suivie de chaleur et de l’écoulement par le vagin d’un sang vermeil plus ou moins abondant; le pouls est variable ^ moins fréquent à mesure que le sang coule , souvent faible, petit, irrégulier, inégal, à cause de l’inquiétude qu’éprouve la malade: il se développe par la saignée lorsque les forces n’ont pas été épuisées par l’hémorrhagie.

Le col de l’utérus n’est ni dilaté , ni engorgé , et n’a aucun caractère d’affection locale.

Le sang que l’on retire de la veine présente une couenne semblable à celle qu’on observe dans les maladies inflammatoires , quoique moins épaisse, moins blanche , imitant moins la forme d’un champignon.

Si l’hémorrhagie est peu abondante , de peu de durée , les malades se trouvent bientôt soulagées ; l’accablement se dissipe , et il est suivi d’un bienêtre général.

Quand l’écoulement se prolonge immodérément pendant plusieurs jours , ou se renouvelle fréquemment , il est quelquefois suivi du renversement incomplet de l’utérus , qui contribue luimême à entretenir l’hémorrhagie ; les forces se perdent, l’appétit disparaît, les malades éprou-

DES IlÉMOiniHACIES ACTIVES

vent une grande faiblesse d’esprit , des palpitations, des syncopes dangereuses, si elles se prolongent, et utiles quand elles ont peu de durée; elles font que le sang s’arrête de lui-niêine, et que toutes les parties tombent dans le relâchement. Les extrémités deviennent froides ^ œdémateuses ; la marche est pénible , le teint plombé , l’oppression se fait sentir après le moindre exercice , la débilité devient générale , les digestions se détériorent, la nutrition se fait incomplètement , les organes s’alfaiblissent , et il survient diverses maladies, telles que riiydropisic , le marasme.

Les hémorrhagies par irritation et pléthore, bornées à l’organe utérin , s’annoncent par <le la pesanteur, de l’engourdissement dans le bas-ventre et dans les reins, et par un prurit, des élanceraens vers l’orifice de l’utérus. Bientôt , à la suite d’une sensation de froid dans les membres , d’une légère horripilation, le sang s’échappe de l’utérus avec plus ou moins d’impétuosité : il est ordinairement vermeil ou mêlé de caillots; son écoulement a plus ou juoins de durée : quand il se prolonge plusieurs jours, il occasionne une débilité générale? , des faiblesses , des vomissemens , et peut jeter la malade dans un état de marasme.

Les hémorrhagies s|)asmodiques , provenant du cerveau, ou de quelque portion du système nerveux éloignée de l’utérus, surviennent ordinairement sans symptômes précurseurs, dans l’intervalle

DE l’utérus.

des règles, à leur approche ou pendant leur durée. Le sang s’écoule avec abondance; il est ordinairement [)âle , décoloré , par caillots ; souvent il contracte une odeur désagréable : son écoulement dure plusieurs heures, ou même plusieurs jours ; il s’arrête pour se reproiluire peu de temps après ; la malade éprouve fréquemment des symptômes de spasmes du cerveau (i), et spécialement des douleurs de tête, un sentiment de serrement dans cette partie ; les pieds , les mains, le bout du nez, sont glacés; le pouls est serré, fréquent, inégal; les douleurs de tête continuent après que l’écoulement du sang a cessé ; quelquefois elles précédent de quelques instans sa réproduction. On doit ranger dans cette division tous les retards des règles hors de leur époque ordinaire, si fréquens à la suite de quelque passion exaltée. Les hémorrhagies dépendant d’un spasme borné au système nerveux des organes sexuels, dilfèrcnt peu des pré^ cédentes , et se manifestent surtout à l’approche des règles, ou pendant leur durée. Les femmes éprouvent les symptômes locaux de ces spasmes (2) ; et le sang s’écoule avec plus ou moins d’abondance et de continuité.

Les hémorrhagies actives ont lieu pendant l’état de vacuité de l’utérus , et quelquefois pendant la grossesse, surtout durant les premiers mois.

( I ) Voy. Du Spasme de Vuléi us.

(3) Ihid.

DES HÉMORRHAGIES ACTIVES

Il est vrai que , dans ce dernier cas , beaucoup d’auteurs n’en admettent pas de cette nature , et nient la possibilité d’hémorrhagies qui ne dépendraient pas du décollement du placenta , de la rupture du cordon ombilical, ou d’une lésion du tissu propre de l’utérus. Mais c’est à tort ; on en rencontre fréquemment de très abondantes , qui s’arrêtent au bout d’un certain temps , et ne portent aucun trouble dans le cours de la grossesse , tandis qu’elles produiraient l’avortement , si elles provenaient d’une lésion des vaisseaux de l’utérus ou de ses dépendances : observons cependant que la plupart des hémorrhagies utérines , qui surviennent après un retard d’un ou de deux mois dans les règles , et qu’à raison des circonstances qui les accompagnent, on serait tenté de regarder comme actives , ne Ifr sont cependant que par rupture des vaisseaux , par décollement du placenta, et donnent ordinairement lieu à l’avortement.

Les hémorrhagies par irritation et pléthore du système artériel , arrivent principalement aux personnes d’une constitution forte avec prédominance de ce système. Elles se manifestent surtout au moment où la menstruation s’établit , et à celui du retour d'âge : on les voit chez les jeunes personnes en bas âge, ou même dans un âge avancé; mais c’est rare.

Une vie sédentaire , une nourriture trop succulente; la suppression du flux menstruel, des héinorrhoïdes , ou d’une saignée habituelle , et gé-

DE l‘uTÉRUS.

néralement tout ce qui peut augmenter la pléthore disposent à ces hémorrhagies. Il en est de même de l’exposition à une forte chaleur, dont l’effet est de stimuler , d’irriter les systèmes nerveux et vasculaires , de raréfier le sang, et d’augmenter sa congestion dans les vaisseaux. Aussi les habitations trop chaudes, ou les chaleurs excessives de certains climats , produisent-elles fréquemment ces hémorrhagies. La diminution subite du poids de l’atmosphère peut aussi , quoiqu’avec une moindre intensité, avoir le même effet : il en est de même du froid appliqué extérieurement ; il crispe la peau , change la distribution du sang, et le dirige vers les parties internes.

L’abus des préparations mereurielles , principalement du muriate sur-oxygéné de mercure, qui est une cause si fréquente de l’hémoptisie, peut encore porter atteinte au système sanguin, et déterminer l’hémorrhagie de l’utérus. On doit attribuer les mêmes effets aux irritans , soit généraux soit locaux , qui peuvent aceroître l’exaltation des forces vitales , et par suite l’activité de la circulation : de ce nombre , sont l’abus des liqueurs alcoholiques, un exerciee violent, les secousses d’une voiture à l’époque de la menstruation , trop d’ardeur pour les plaisirs des sens , surtout pendant la même période, une longue course à pied.

Les hémorrhagies par excitation locale du système artériel sont produites par une irritation des parties sexuelles , telle que l’union des sexes , pen-

DES IlÉMOnRHAGlES ACTIVES

dant la menstruation ou trop peu de jours après raccoucheinent; l’usage deschaufl’erettes, le cahotement d’une voiture, une marche forcée, etc. Quelquefois cette hémorrhagie est déterminée sympathiquement par une phlegmasie, ou toute autre maladie grave dont le siège est éloigné de l utérus , et qui transmet à ce viscère ue.e irritation laquelle devient la cause de l’hcmorrhagie; c’est à ce genre d’afieclions qu’on doit rapporter les hémorrhagies utérines, qui ont lieu spontanément dans le courant d’une maladie aiguë, surtout dans les aliëctions exanthématiques, comme la petite-vérole , la rougeole, les éruptions miliaires, et que pour cette raison on a désignées sous le nom de critiques.

Les hémorrhagies par spasme arrivent ordinairement à la suite d’un mouvement de colère , d’une frayeur, d’un accès spasmodique, et des autres circonstances qui sont propres à déterminer l’excitation des nerfs des organes génitaux , et celle du cerveau ou du système nerveux dans quelque organe (i).

Il est souvent diflTicile de distinguer les unes des autres les dillérentes hémorrhagies , et surtout de ne pas confondre ensemble celles qui dépendent d’une excitation générrile du système artériel d’avec celles qui proviennent d’une excitation locale du même système. Ou y parvient cependant avec un peu d’attention.

(i.) Voy. Conùdérat. sur h Spasint : Du Spasme du l ulerus.

DE l’dtÉRUS.

Dans l’hémorrhagie par excitation générale, la face est colorée , les yeux sont vifs , la chaleur du corps est élevée , la soif ardente , le pouls accéléré, fébrile; le sang est rutilant , rouge, épais, pou séreux : tout annonce un excès de forces dans la constitution.

Dans l’hémorrhagie par excitation locale, la malade est , en général , faible : son visage est pcâle, ses mamelles sont alhûssées : elle a peu d’appétit et éprouve diverses affections , par suite de l’atonie , telles que l’hy dropisie , l’anasarquc , etc. L’énergie vitale est très-bornée , et ne paraît pas s’étendre au-delà des organes qui sont le siège de la maladie.

Ces caractères , à la vérité , ne sont pas toujours suffisans pour distinguer ces deux sortes d’hémorrhagies. IMais , dans les cas douteux , les erreurs dans le traitement sont peu dangereuses: elles proviennent de la réunion des symptômes d’une excitation générale à ceux d’une excitation locale; et l’on ne peut mieux agir qu’en traitant la malade comme si elle éprouvait à-la- fois ces deux genres d’irritation.

On distingue les hémorrhagies par excitation du système artériel , d’avec celles qui proviennent du système nerveux d’après les circonstances qui les ont précédées ou qui les accompagnent , et d’après les accidens propres à ces deux états (i).

Ci) Voy. De rirrit. des organes propres aux femmes^ cl de leur spasme.

49^ des hémorrhagies actives

Les hémorrhagies utérines par irritation du système artériel, tant qu’elles sont peu abondantes , n’entraînent pas avec elles beaucoup de danger : elles peuvent n’être qu’un effort salutaire de la nature ; et il y aurait alors de l’inconvénient à les arrêter. On pourrait accumuler les forces vitales sur un autre organe , et y déterminer une congestion sanguine.

Quand elles sont plus fortes , il faut toujours s’assurer , au moyen du toucher , si elles n’ont pas occasionné le renversement de l’utérus ; et l’on cherche à les arrêter , avant qu’elles produisent dans toute l’économie un affaiblissement qui pourrait avoir un résultat fâcheux. 11 est cependant bon d’observer que les femmes qui ont perdu souvent une énorme quantité de sang, se rétablissent ordinairement avec promptitude , surtout quand elles et sont jeunes , et qu’elles ne sont affectées d’aucune maladie du tissu de l’utérus.

Lorsque ces hémorrhagies sont fréquentes et habituelles, elles déterminent un affaissement des vaisseaux, qui se remplissent plus facilement; elles deviennent plus sujettes au retour, et sont plus difficiles à guérir.

Les hémorrhagies par irritation locale sympathique, sont quelquefois, comme il a été dit, critiques, et indiquent fréquemment une terminaison heureuse des maladies aiguës ; d’autres . fois , surtout dans les maladies exanthématiques , elles annoncent une grande prostration de forces.

DE l’utérus.

Les hémorrhagies spasmodiques sont généralement de peu de durée ; mais elles se reproduisent facilement. Le danger qu’elles présentent est en raison du spasme qui les a déterminées.

Le premier objet du traitement des hémorrhagies utérines actives, quelle qu’en soit la variété, est de modérer ou d’arrêter l’écoulement du sang, du moment où il est trop abondant , et d’en prévenir le retour.

On commence par recommander le repos absolu , et par diminuer la chaleur générale , qui contribue à entretenir l’éréthisme des vaisseaux , et , par suite , l’hémorrhagie ; on ote une grande partie des couvertures , et l’on fait transporter la malade dans un lieu froid.

On lui donne avec abondance des boissons légèrement acidulées , telles que de l’eau avec du sirop de limon ou de vinaigre , une très-légère quantité d’acide sulfurique délayé dans une dé^ coction d’orge avec un peu de sucre , jusqu’à agréable acidité; du petit lait, avec addition d’une once de sirop de grande consolide , de dix grains de nitre, ou de cinq grains de sulfate d’alumine, pour une pinte de petit lait; du bouillon de poulet, dans lequel on a fait cuire des amandes ; du bouillon de veau , etc. ; on frotte les tempes avec de l’eau et du vinaigre.

Si ces moyens étaient insuffisans , on appliquerait sur le bas-ventre des compresses trempées dans de l’eau et du vinaigre , et l’on chercherait

/igS DES HÉMORRHAGIES ACTIVES

à opérer une révulsion des forces vitales sur un autre point de l’économie.

Quand la constitution est forte , le pouls développé , et qu’on remarque de la pléthore , on tire du bras une ou deux palettes de sang , opération que l’on peut réitérer plusieurs fois.

Si la frayeur s’est emparée de la malade , si elle est pâle ou blême , si les extrémités sont froides 5 si le pouls est petit, éteint, quoiqu’il y ait peu de sang répandu , la saignée ramène le calme et rétablit les forces ; mais elle est dangereuse , ainsi que les autres évacuans, lorsque les accidens sont l’effet d’une grande perte de sang.

Des vésicatoires au bras, à la nuque, au-dessous des seins, parviennent aussi à arrêter cette hémorrhagie j lorsqu’elle est rebelle.

Les vomitifs , les purgatifs doux , comme débilitans et révulsifs , peuvent encore être utiles, administrés avec circonspection.

Lorsque l’hémorrhagie paraît tenir à une irritation localè de l’ntérUs , il faut chercher à modérer cette irritation : i.“ par l’application des sangsues au périnée , par des vapeufs émollientes dirigées sur les parties génitales, ou par des injections dans ces parties , par des lavemens ëmolliens.

2." Par l’usage des boissons mucilagineusês êt acidulées , par l’emploi des révulsifs , tels que les sinapismes , les ventouses sèches , sur les membres supérieurs, l’immersion des mains dans l’eau chaude; par les purgatifs et par les vomitifs.

DK I.'UTKUDSv

Ces moyens doivent être continués avec persévérance; il est bon quelquefois, suivant Desessarts , de faire précéder l’apjilication des sangsues par une saignée générale.

Une dame d’environ trente ans , d’une taille svelte, qui avait éprouvé de violens chagrins, et qui avait fait , pendant plusieurs années de suite, des Voyages fatigans , était sujette depuis quelque temps à des pertes utérines qui devenaient de plus en plus abondantes et douloureuses : plusieurs saignées du bi’as avaient été sans succès. Desessarls fut appelé , et il observa les symptômes suivans : une hémorrhagie utérine qui durait depuis huit jours, avec évacuation de caillots noirâtres et de sang rouge et liquide ; le pouls petit , dur , précipité ; les yeux brillaiis ; des douleurs aiguës se succédant rapidement , et suivies d’une faiblesse pendant laquelle se faisait l’évacuation ; la région hypogastrique tendue , excessivement douloureuse ; l’urine rare et mêlée de sang. Ce praticien fit faire l’application de quatre sangsues au périnée , et ordonna qu’elle fût répétée douze heures après. A la seconde application , il survint un calme parfait , les règles continuèrent quelques jours en diminuant graduellement , et tous les accidens disparurent.

Une jeune femme , dit le même auteur, d’un tempérament sanguin , était accouchée heureusement de son second enfant depuis deux mois

5<>0 DES HÉMORRHAGIES ACTIVEs'

el demi. Le retour des règles s’annonça par les symptômes ordinaires ; mais il s’y joignit une sorte de tension dans tout le bas-ventre, accompagnée de chaleur brûlante : deux jours après , les règles parurent en petite quanlilé, et à dilFérentes reprises : elle se supprimèrent le lendemain. Il survint un mal de tète, une oppression de poitrine, une tension dans la région hypogastrique ; la malade éprouva le sentiment d’un feu dévoraùt dans l’abdomen.

Les sangsues , les fomentations émollientes , les boissons adoucissantes , restèrent sans effet. La fièvre se déclara ; on pratiqua deux saignées au bras et une au pied ; les symptômes persistèrent. Desessarts , consulté , proposa une nouvelle application de sangsues : l’inutilité de la première fit d’abord rejeter ce moyen ; cependant on finit par l’adopter : elle produisit une évacuation de sang considérable. Durant cet écoulement , la fièvre diminua, la respiration devint plus douce, et la malade s’endormit d’un sommeil paisible : sa santé fut promptement rétablie.

Desessarts conclut de cette dernière observation, qu’il est quelquefois nécessaire, pour faire réussir la saignée locale , de la faire précéder de la saignée générale ( i ) .

Lorsque la maladie tient à un déplacement de

(i) Rec. périod. de la Soc. de mêd.., toni. XXIU , messid. au xin.

DE LUTÉRliS.

5oi

l’utérus , l’on ne peut en espérer la guérison qu’en cherchant à rétablir cet organe dans sa position naturelle (i).

Il en est de inême quand elle est entretenue par la présence d’un corps étranger : l’on doit alors s’attacher à faire l’extraction de ce corps (a).

L’hémorrhagie par irritation sympathique et critique n’exige aucun traitement particulier, même lorsqu’elle est abondante ; on ne ferait que troubler les elForts de la nature, dont l’hémorrhagie est un effort secondaire. ;

Quand l’hémorrhagie active a duré long-temps, et qu’il existe un état de faiblesse dans toute l’économie , la maladie semble changer de caractère. Après avoir été occasionnée par un excès de force , elle se trouve entretenue par un état d’atonie des vaisseaux capillaires. Il faut avoir recours alors aux toniques astringens : on prescrit des décoctions légères de grande consoude , de simaroubâ, de tormentille, debistorte, de cachou , de quinquina, de noix de galle, de tannin , le suc 'd’ortie , une marmelade de parties égal^^s de conserve de roses et de cynorrhodon , avec quantité suffisante , pour sa confection, de sirop de gomme arabique; l’eau de Rabel tant intérieurement qu’extérieurement. On diminue la chaleur générale par l’usage de l’eau à la glace. On prescrit

( I ) \ oy. Des Déplaceuiens de V utérus.

(ï) Voy. Des Corps élraiigers coiilciuis (hiii.i rulcnis.

r>ü2 l>liS IlÉM01lRHAGIj:S ACTIVES

des potages de riz , et des alimens doux et réputés incrassans.

]j'héniorrhagie arrêtée , on cherche à en prévenir le retour, en détruisant la cause qui y a donné lieu. La maladie est-elle due à une irritation passagère , telle que le cahotement d’une voiture , on se contente de prévenir l’exaltation dés forces vitales par des boissons mucilagineuses. Dépend-elle de la suppression d’une autre hémorrhagie, on cherche à rendœ au flux sanguin son écoulement naturel. Dans tous les cas , on doit prescrire des bains , une diète légère, et des alimens de facile digestion , composés de viandes blanches , en petite quantité , et de légumes herbacés. Ces alimens doivent être pris froids.

Lorsque l’hémoiThagie provient d’un spasme tant cérébral que nerveux , éloigné de l’utérus ou concentré dans cet organe , on prescrit de même des boissons adoucissantes , rafraîchissantes et légèrement astringentes , telles que le petit-lait avec addition de sirop de grande consoude ou de roses rouges , le bouillon de poulet nitré. On insiste , au besoin, sur les sédatifs opiacés du système nerveux ou sur les sédatifs non opiacés, tels que l’acide hydrocyanique, la digitale pourprée. On peut aussi avoir recours, lorsque l’airection se prolonge , aux excitans de ce système qui ont été rangés dans les antispasmodiques , tels que les infusions de feuilles d’oranger , de tille ul , la valé-

de lüteuls.

riane , l assa fioetida , le castoréuni , le musc , le camphre , l’éther , en les unissant aux boissons émulsionnées. On recommande d’éloigner les passions vives , d’éviter la contention d esprit , et de se livrer autant que possible à la gaîté et à la dissipation.

Si l’on reconnaissait quelque cause permanente du spasme, comme la présence d’un tœnia ou ver solitaire , dans le conduit intestinal , on employerait, après que l’hémorrhagie serait passée , les moyens propres à la détruire ( j ) .

Des Hémorrhagies passives.

Les hémorrhagies passives présentent deux variétés ; elles peuvent tenir à une débilité générale des systèmes artériel et veineux , ou seulement à une débilité locale des mêmes systèmes. Le collapsus des systèmes cérébral et nerveux contribue peu à leur production.

Les premières s’annoncent par une faiblesse dans toute l’économie , par un dérangement dans les fonctions., par une pâleur générale. La face est bouffie , plombée ; les gencives sont saignante» et gonflées; l’écoulement de sang se manifeste sans elouleurs, sans tùméfaction de la région hypogastrique , sans monveipent fébrile , sans auçpn symptôme de ^spasme ni de plétjiore.

(^) Vçj. Du Spasiv^c des orQQues j.rppres aux femmes.

DES HEMORRHAGIES

Le sang est séreux , peu consistant , pâle, décoloré.

L’hémorrhagie peut durer long-temps , et se renouveler plusieurs fois dans les intervalles de la menstruation. Si on ne parvient pas à la faire cesser, les malades tombent dans le marasme, ou du moins dans un grand état de maigreur. L’hydropisie et divers engorgemens chroniques des viscères peuvent en être l’effet, lorsqu’ils n’en sont pas le principe.

, Cette maladie survient aux personnes d’une constitution débile , ou affaiblies par une menstruation trop prolongée , des grossesses pénibles , des avortemens nombreux , des accouchemens laborieux , des lactations peu proportionnées à l’état des forces; elle survient encore par l’exposition à des causes débilitantes locales , comme une mauvaise nourriture, des boissons trop relâchantes , des bains pris en trop grande quantité , des injections chaudes trop fréquentes dans le conduit vulvoutérin, des maladies antérieures, par l’abus des traitemens antiphlegmasiques , etc. Cette hémorrhagie peut avoir lieu pendant l’état de vacuité de l’utérus, ainsi que durant la gestation ; il est rare cependant qu’elle se manifeste dans ce dernier cas.

Quelquefois elle est une terminaison naturelle d’une hémorrhagie active. Le plus souvent , elle est l’effet d’une autre maladie , telle que l’affection scorbutique , un engorgement chronique de l’utérus , produit par le vice cancéreux , etc.

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