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CHAPITRE PREMIER

I. 1/ observation attentive des principaux actes qui s’accomplissent au sein de l’économie humaine, permet de constater, à part les phénomènes purement intellectnels , l’existence de divers ordres de faits généraux que l’on peut ranger sous trois groupes; savoir : les phénomènes 1° de sentiment, 2° de mouvement 3° d’assimilation.

Ainsi nous percevons l'impression des objets au

milieu desquels nous sommes placés ; tous nos organes sont animés d’une sensibilité qui leur est propre et qui est la cause déterminante de leur activité; en outre , l’hommes’approcheou s’éloigne des objets qui l’entourent , suivant l’impression qu’il en reçoit. Enfin , toutes les parties vivantes sont agitées d’un mouvement intestin , en vertu duquel s’opèrent , d’une manière incessante , des actes de compositiou et de décomposition dans l’agrégation de leurs éléments.

Autour de ces faits généraux viennent se rallier tous les faits particuliers dont l’ordre, la succession et l’ensemble composent la vie. Les uns et les autres supposent et démontrent à la fois l’existence de causes primordiales, sous la dépendance desquelles ils se trouvent placés, que le physiologiste appelle forces scnsilives , forces motrices et forces 'plastiques ou digestives, et qui sont liées entre elles par l’unité vitale. Ces forces s’exercent dans le système entier, ainsi que daus les parties dont les combinaisons diverses forment des systèmes secondaires soumis aux mêmes lois. Ce sont là tout autant de conditions de ce consensus ou de cette harmonie que nous offre l’état de santé.

II. L’exaltation, la diminution de ces forces, considérées isolément ou dans leur combinaison ,

l’inégalité de leur distribution et enfin leur dépravation , deviennent causes essentielles de maladies (1).

Ce sont quelques effets de l’altération des forces motrices qui doivent être l’objet de notre étude.

Le rôle de ces forces consiste à imprimer aux parties organiques des mouvements par lesquels elles se rapprochent ou s’écartent les unes des autres. Ces mouvements, dont la manifestation n’est pas toujours saisie par l’observateur, peuvent subir de nombreuses modifications. Lorsqu’ils s’accomplissent irrégulièrement ils produisent le spasme (2 .

Le spasme est donc un éicil morbide caractérisé par l’action irrégulière des forces motrices.

Quelque difficulté que l’on éprouve, dans notre science, à formuler des définitions rigoureusement exactes, néanmoins nous avons cru devoir émettre celle-ci , et nous la préférons , à cause de sa plus

(t) L’expression maladies nerveuses est un terme générique qui représente à l'idée celle grande classe de maladies , appelées maladies sans matières. Cette classe comprend 1° ks maladies qui dépendent d’une viciation des forces sensitives; 2° les maladies liées à une viciation des forces motrices: ce soi.t les étals morbides dont nous avons à nous occuper ; 5° les maladies qui ont leur phénomène initial dans les facultés intellectuelles.

('2) GKzay.oî de erraw , je tends, je contracte , je resserre •

grande généralité, à celle que nous trouvons dans F. Bérard , et que ce professeur n’a fait, du reste, qu’emprunter à Barthez et Bichat. Le spasme , suivant ces auteurs, est tout mouvement excessif et contre nature d’un organe musculaire ou contractile, jouissant, dans l’état physiologique, d’un mouvement à progrès sensible (I),

III. Hippocrate et plusieurs médecins de l’antiquité ont fait le mot spasme , synonyme de celui de convulsion {2). Cette confusion se retrouve encore dans les œuvres de Galien (3) , d’Aétius, de Paul d’Egine , de Cœlius Aurelianus (4) c-tde Roérhaave. Ces deux expressions a’ont pas cependant une signification identique , car le spasme est un genre dont la convulsion est l’espèce. Celle-ci peut , à son tour, devenir elle-même un genre par rapport aux diverses variétés de convulsions ; aussi Cullen et la plupart des auteurs qui sont venus après lui, ont-

(t) Application de l’analyse à la inéd.-prat. , p. 409.

(2) Incoac. Hippocr. Duret, Comment , pag. 15.

(o) Meth. medendi , lie. 2, chup. I, et conmilsio quod spasnta dicilur.

(4) Jcni. passion., lib.lll , cap. FI, pag. 254, est autem juxta definitionis formant conduclio quant o-Tracu-ov (Wœci appellunl , inculunlaria tensio et conduclio parti um cura veheineiilia et actilo dolore vb striclurœ nimielateni .

ils tracé la distinction qui existe entre ces deux mots , et signalé leurs principales variétés connues sous le nom de spasme tonique , spasme clonique. La première variété est produite par l’action irrégulière et permanente des forces toniques. Si , au contraire, cette action irrégulière se caractérise par une série de mouvements de contraction et de relâchement, elle est appelée spasme clonique ou convulsif.

A ces deux espèces , il faut en ajouter une troisième indiquée par Barthez, et dont M. le professeur Lordat a signalé les caractères : nous voulons parler du spasme dilatatoire ; la turgescence trachélienne que l’on remarque si souvent chez les femmes hystériques , au moment de l’attaque , en est une variété.

IV. Le spasme se présente à des titres divers: tantôt il joue le principal rôle et subordonne à son action tous les phénomènes morbides , c’est le spasme idiopathique; tantôt, au contraire, il est lié à un autre état morbide , et est placé sous sa dépendance à des conditions variables. Dans cette seconde catégorie se rangent les spasmes symptomatique et sympathique.

Le spasme est général ou local. Dans le premier cas, il envahit tout le système et alfecte diverses

formes ; dans le second , il se retranche sur un point plus ou moins limité du corps.

Bien qu’il domine dans les maladies que les anciens appelaient sans matière et dont il forme luimême une classe , on le constate encore dans toutes les maladies avec matière , depuis la fièvre éphémère jusqu’aux états morbides les plus graves , tels que le choléra-morbus , la peste , la fièvre jaune, etc. Le plus souvent il entre dans la constitution régulière d’une maladie , comme dans les fièvres intermittentes normales , la fièvre catarrhale, etc., etc. Pour la première de ces deux maladies , il n’apparaît que dans la période de concentration ou de frisson , tandis qu’il semble presque continu dans la seconde.

V. Le spasme , en prolongeant sa durée , peut changer complètement la physionomie et la nature de la maladie, dont il ne forme ordinairement qu’une période. On peut se convaincre de la vérité de cette proposition en étudiant cet état dans les accès de fièvre intermittente. S’il dure peu de temps , il n’indique aucun danger; mais sa trop longue durée menace d’une terminaison funeste, et il caractérise alors une espèce de ces fièvres que l’on appelle fièvre intermittente pernicieuse algide. Sa présence peut contrarier l’ordre des mouvements naturels,

comme il est facile de le coostater quelquefois dans le cours d’une fièvre exanthématique. Cela arrive ordinairement dans la période d’incubation , ou lorsque l’éruption va se produire ; car cet état morbide peut compliquer les deux premières périodes. Nous avons été souvent à même d’observer ces sortes de complications dans les hôpitaux. La prédominance du spasme devient, en pareil cas, une source importante d’indications qu’il faut se hâter de remplir.

Quelquefois , malgré l’énergie des moyens méthodiquement employés, la complication persiste pendant toute l’incubation et ne se dissipe qu’au moment de l’éruption. Nous en avons recueilli nous-même , l’année dernière , un exemple trèsprobant. Il s’agissait d’un enfant de 4 ans , sujet depuis sa naissance à des mouvements convulsifs , que l’on avait rapportés à une prédominance du système encéphalique : il n’offrait aucune trace de vaccination. Les premiers symptômes que nous observâmes chez ce jeune malade, furent des convulsions tellement fréquentes pendant trois jours , qu’elles semblaient continues. Les moyens le plus rationnellement indiqués furent mis promptement en usage, et l’on déplorait leur inefficacité, lorsque, au quatrième jour , l’apparition de quelques boutons de variole mit fin à tout accident. A

compter de cette époque, les mouvements convulsifs cessèrent, la variole suivit une marche régulière , et la convalescence ne fut point troublée. Nous ajouterons que, depuis cette époque, les convulsions ne se sont pas reproduites. Cela tient-il au progrès de l’âge qui aurait diminué la prédominance du système encéphalique , ou à la modification profonde qu’aurait imprimée à l’économie cette fièvre éruptive? Il est difficile de s’expliquer nettement à cet égard ; l’on peut supposer toutefois que l’une et l’autre de ces causes ont dû avoir leur part d’influence.

VI. Il n’est point d’organe qui ne puisse être atteint de spasme. La peau se resserre et se contracte vivement sous l’impression du froid et dans la première période de la fièvre. Une constriction spasmodique diminue le diamètre de l’œsophage et y rend la déglutition impossible ; celle du larynx décide l’aphonie. Le spasme produit un resserrement si violent des intestins dans certaines espèces de coliques , que ces organes ne peuvent recevoir aucun liquide. La contraction du canal de l’urètre rend impossible quelquefois l’introduction de la sonde, etc.

VII. Le spasme s’accompagne souvent de la douleur, phénomène qu’explique l’étroite relation entre

l’action des forces sensitives et celle des forces motrices. Cependant, malgré cette union si intime, la distinction des deux forces n’est pas le produit d’une pure spéculation ; elle dérive de l’observation directe. Le spasme et la douleur peuvent exister isolément, concourir l’un et l’autre à la formation de maladies séparées , et devenir ainsi la source d’indications différentes. Quelques faits de perte de mouvement, avec intégrité ou même exagération de sentiment , en sont la preuve évidente. Ces faits démontrent que le système locomoteur peut être frappé d’immobilité , alors cependant que la sensibilité est non-seulement conservée, mais encore exagérée. D’une autre part, on a vu des cas plus rares où la sensibilité était abolie malgré l’intégrité des mouvements; néanmoins, nous le répétons, ces deux sortes de puissances conservent le plus ordinairement de grands rapports , et exercent l’une sur l’autre une influence si grande que certains pathologistes. Huffeland entre autres (1),

(t) Prenant le mot spasme dans son acception la plus large , nous entendons par là toutes les anomalies de l’activité nerveuse, non pas seulement celles du mouvement ( spasmi tonici et clonici convulsiones ) , mais encore celles du sentiment ( pseudaesthesùz ) , tant leur exaltation que leur perversion. ( Huffeland , Manuel de médecinepratique, pag. 222.)

ont pu en confondre les effets , et les réunir ainsi dans une même description.

VIII. Après avoir donné la signification du mot spasme , signalé l’origine de cet état morbide et indiqué le rôle qu’il peut jouer , il est facile de s’élever à la notion d’une maladie spasmodique.

Nous comprenons sous cette dernière dénomination tout état morbide dans lequel le spasme, élément principal , subordonne à son influence tous les phénomènes pathologiques , et devient ainsi la source essentielle des indications à remplir.

Les solidistes et les mécaniciens, tels que Hoffmann , Whytt, Cullen , etc., faisant dépendre les maladies d’un vice de mouvement des solides, accordent une importance exclusive à ce vice de mouvement qui amène le spasme, condition première du développement de toute maladie. C’est ainsi que Cullen , par exemple , explique la production de la fièvre, des inflammations et des hémorrhagies par le spasme des petits vaisseaux. Pour ces auteurs donc, toutes les altérations embrassées dans le cadre nosologique seraient des maladies spasmodiques. Cette opinion ne saurait être acceptée, car elle ne tient compte que de l’une des faces de l’économie. Or, il ne faut pas l’oublier, c’est le

système vivant qui est le sujet de notre observation , et son étude doit comprendre l’ensemble des éléments qui le composent. En effet, ce ne sont pas seulement les solides qui se trouvent affectés dans l’état de maladie , mais encore les fluides qui les parcourent et les forces qui les animent.

Toutefois , il est aisé de reconnaître que , dans certaines circonstances , bien que l’ensemble soit modifié anormalement , cette modification vicieuse porte d’une manière plus spéciale sur telle ou telle partie. Ainsi se trouvent légitimées les classifications nosologiques, qui, à la rigueur, ne peuvent représenter des distinctions absolues, et qui trouvent spécialement leur source dans les besoins de notre intelligence. Elles sont donc le produit d’un artifice de l’esprit plutôt que l’expression de la réalité même : aussi, tout en admettant une classe de maladies spasmodiques ou de maladies dans lesquelles le spasme prédomine , on ne doit pas méconnaître l’existence d’autres maladies où ce dernier est tout-à-fait secondaire.

IX. Les maladies spasmodiques sont idiopathiques , symptomatiques et sympathiques : tantôt , comme dans le tétanos, elles parcourent leurs périodes avec rapidité; tantôt, et plus fréquemment, elles prennent les allures des affections chroni-

ques (épilepsie, hystérie); le plus souvent elles disparaissent pour reparaître à des intervalles plus ou moins éloignés. Elles affectent rarement la forme périodique ; nous en trouvons néanmoins plusieurs exemples dans les annales de la science. Un de ceux que nous a laissés Dumas, dans son ouvrage sur les maladies chroniques, mérite une mention particulière : « Un homme , âgé de 25 ans et doué d’un tempérament nerveux et lymphatique, ayant fait une chute, ressentit la plus vive émotion et fut à l’instant même frappé d’une attaque d'épilepsie. Il eut, dans l’espace de trois à quatre mois, six autres accès bien décidés ; le septième fut immédiatement suivi d'une fièvre continue qui dura sept jours, et qui se termina par des sueurs abondantes. Cette fièvre étant dissipée , l’épilepsie fut suspendue. Celle-ci reparut l’année suivante à la même époque , mais cette fois il y eut quatorze accès au lieu de sept. La fièvre survint également après le quatorzième . se continua pendant cinq ou six jours , et procura l’écoulement d’une sueur aigre et copieuse (1). » Dumas ajoute que les attaques d’épilepsie cessèrent entièrement.

Cette observation est remarquable à double titre,

(t) Dumas, Doctrine générale des maladies chroniques, T. Ier, pag. 176.

car non -seulement elle témoigne des caractères que peuvent revêtir les maladies spasmodiques , mais en mèmps elle met en relief l’utilité relative du mouvement fébrile dans ces mêmes maladies.

A côté du fait précédent, il nous sera permis de rappeler celui recueilli par Stahl (1) , et dans lequel l’épilepsie revenait chez un jeune homme, tous les mois , à la même époque de la lune ; ainsi que l’observation d’une femme qui , au rapport de Boërhaave , éprouvait des accès d’épilepsie périodiquement deux fois dans le courant de l’année , et présentait dans chaque accès des symptômes trèsgraves. Enfin , ajoutons que Tissot a vu cette même maladie affecter le type tierce.

Cette forme périodique se remarque plus souvent dans l’hystérie que dans les autres espèces de maladies spasmodiques. Cette circonstance ne peutelle pas être rattachée, avec quelque raison, à l’influence exercée sur l’économie par les fonctions menstruelles, qui offrent elles-mêmes dans leur accomplissement des intermittences régulières ?

X. Il y a des maladies à spasme tonique, d’autres à spasme clonique. Dans le premier cas , l’action morbide conserve pour ainsi dire le même

(l) Theoria mediea vera.

ton , comme dans le tétanos : ce ton subit des variations dans le second , ainsi que la chorée et la coqueluche nous en fournissent la preuve. Quant à la variété de spasme appelée spasme dilatatoire, elle a quelque point de ressemblance avec le spasme tonique.

La perte momentanée des facultés intellectuelles caractérise quelques maladies spasmodiques , comme l’épilepsie par exemple. L’intégrité de ces fonctions est ordinairement conservée dans un grand nombre d’autres (hystérie, chorée). Ces maladies peuvent frapper les organes du mouvement volontaire (tétanos, convulsion , épilepsie, etc.), ou s’adresser à ceux de la vie organique (vomissements , palpitations de cœur, etc. ).

Mais une des divisions qu’il importe le plus de signaler, car elle sert de base aux indications principales , est celle que dicte l’appréciation de la nature des conditions générales au milieu desquelles ces maladies se développent. Parmi ces conditions se trouvent la pléthore , la faiblesse : Hippocrate avait déjà parlé des convulsions à repletione et inanitione (1). Il faut aussi rappeler l’action des vices rhumatique , goutteux, syphilitique, etc., et surtout celle du vice herpétique.

(1) Hipp. Aphor. 59, sect. VI.

XI. Après avoir indiqué succinctement les divisions principales que comportent les maladies qui sont l’objet de notre étude, nous allons en tracer les caractères. Ceux-ci sont fournis par l’examen des circonstances qui favorisent leur manifestation , par les formes variées que revêt l’affection , par ses modes de terminaison , et enfin par les efiTets des moyens thérapeutiques employés pour la combattre.

Les sujets doués d’un tempérament nerveux se trouvent essentiellement prédisposés au spasme ; et comme le tempérament uerveux prédomine habituellement dans l’enfant et chez les personnes du sexe , c’est aussi dans ces deux classes d’individus que l’on observe le plus souvent cet état morbide.

Les conditions d’âge et de sexe influent encore sur la fréquence des maladies spasmodiques et sur leurs caractères : ainsi, les convulsions apparaissent le plus ordinairement à l’époque de la dentition et de l’accroissement. L’épilepsie peut se trouver liée aux diverses phases de la révolution pubère. Plusieurs enfants, observés par Tissot, n’ont commencé à devenir épileptiques qu’à l’âge de sept ans.

Dans tous les cas , la manifestation de la maladie dépend de la modification profonde qui s’opère dans

le système vivant à ces diverses époques de l’existence ; modification que révèlent une irritabilité , une susceptibilité, une mobilité telles que la maladie se réalise sous l’impression de la cause la plus légère.

Cette fâcheuse aptitude est, du reste, encore plus prononcée chez les jeunes filles, et la plupart des pathologistes n’ont pas oublié d’en faire la remarque. On la trouve nettement exprimée dans Baumes (1); Louyer - Villermay (2) appelle l’époque de la puberté chez les filles , la période des affections hystériques. A l’énoncé des conditions de tempérament qui rapprochent la femme de l’enfant, au point de vue des prédispositions morbides , il faut joindre l’influence de certains actes physiologiques propres au sexe, tels que l’établissement , les désordres et la cessation naturelle de la menstruation, l'état de grossesse, la lactation et l’âge critique. Ces conditions physiologiques sont encore aidées par l’influence plus active de l’imagination.

L’hystérie , en effet , se manifeste assez habituellement par suite des dérangements de la menstruation. Pendant la grossesse se déclarent les

(1) Baumes, des convulsions dans l’enfance, pag. 299

(2) Louyer-Villermay, Traité des maladies nerveuses, T. Ier, pag. 42.

crampes d’estomac, les vomissements , l’éclampsie. C’est aux effets d’une trop vive imagination qu’il faut rapporter ces états spasmodiques provoqués par une sorte d’imitation, et dont les pathologistes nous ont tracé de nombreux tableaux. « Une demoiselle , dit Alibert , était en proie à un accès d’hystérie convulsive ; la servante de la maison entrant dans la chambre en ce moment , tomba aussitôt dans le même état (1). » Les exemples semblables sont loin d’être rares : les commissaires chargés , vers la fin du dernier siècle , d’examiner les faits de magnétisme , rapportent qu’à une cérémonie de la première communion , dans l’église Saint-Roch de Paris, une jeune fille ayant eu des couvulsions , cinquante à soixante en eurent de semblables dans l’espace d’une demi-heure : on ne put les guérir qu’en les séparant les unes des autres (2).

Des causes prédisposantes d’un autre genre agissent spécialement sur l’homme: ce sont les écarts de régime, l’usage long-temps continué d’aliments épicés et aromatisés , des boissons spiritueuses , l’abus des exercices corporels , les efforts démesurés, les veilles prolongées; il en est de même

(t) Alibert, nouv. élém. de thérap., T. II, pag. 32. (2) Dictionn. scienc. méd. T. VI, pag. 254.

d’une vie trop sédentaire, etc. L’exposition à des alternatives d’une chaleur et d’un froid trèsprononcés, et même l’impression seule du froid, prennent place dans cette étiologie. Zimmermann rapporte qu’une femme vaporeuse éprouvait subitement, par le seul refroidissement du bras, un spasme général si terrible , si profond , qu’elle se croyait soumise à une véritable torture (1 ) .

Bien que l’homme soit généralement plus exposé aux causes que nous venons d’énoncer, néanmoins la femme n’en est pas entièrement à l'abri , et en ressent des effets analogues.

A ces diverses conditions favorables à la production des états spasmodiques , nous ajouterons la puissante influence de l’hérédité. Zacutus Lusitanus et Boërhaave ont vu mourir épileptiques tous les enfants d'un père qui avait été lui-même affecté de cette maladie. Lorry a observé une famille dont le père, la mère et tous les enfants des deux sexes étaient pris de convulsions pour la cause la plus légère ; tous en étaient atteints malgré la diversité de l’éducation (2). Il n’est sans doute pas nécessaire de rapporter un plus grand nombre d’exemples; car l’influence de l’hérédité sur toutes les

(4) Zimm. de l’expér. en méd. , T. II, liv. V, p. 246. (2; Baumes , des convuls., pag. 21 .

maladies en général, et sur les affections spasmodiques en particulier, est un fait incontesté depuis Hippocrate et vérifié par l’expérience de tous les jours.

XII. Quelle que soit la puissance de toutes les conditions générales ou individuelles dont nous venons de parler, elles restent sans effet si l’économie ne porte pas en elle une aptitude propre à réaliser des maladies de cet ordre. Il nous est impossible de déterminer l’essence de cette cause occulte, ou de cet état spécial à la faveur duquel la provocation la plus énergique comme la plus insignifiante peut amener le développement d’un appareil morbide formidable. C’est la cause cachée inhérente à l’économie, qui peut rester en germe ou se développer à l’occasion de l’excitation la plus légère.

XIII. L’invasion d’une maladie essentiellement spasmodique peut apparaître brusquement et sans symptômes précurseurs ; d’autres fois elle est annoncée , tantôt par le refroidissement des extrémités , ou un sentiment de froid ou plutôt de fourmillement sur le trajet de la colonne vertébrale; tantôt par la tension épigastrique ; quelquefois par un sentiment de resserrement de cette dernière région ; le plus habituellement par des tiraillements,

des pandiculations, des tremblements, des anxiétés, des palpitations de cœur, des douleurs de tête , des bourdonnements dans les oreilles, des vertiges, etc. Quoique la maladie intéresse tout l’organisme , le pouls ne présente ordinairement rien d’anormal ; quelquefois cependant , et par exception , on y remarque de la fréquence , de la vitesse et de l’irrégularité ; la respiration est laborieuse et accélérée. Quant aux fonctions gastro-intestinales, elles paraissent rester étrangères au désordre ; l’appétit se maintient, et les diverses périodes de la digestion s’accomplissent sans difficulté II n’en est pas ainsi, néanmoins, dans toutes les maladies spasmodiques ; et nous ne pourrions pas dire, avec Cullen , que l’appétit se conserve habituellement pendant toute la durée du tétanos (1). Sur cinq sujets atteints de cette maladie, nous avons toujours constaté une altération dans les fonctions de l’appareil digestif. Ce n’est donc qu’en l’appliquant aux maladies spasmodiques en général , qu’il est permis de répéter l’affirmation du nosographe écossais.

XIV. Le spasme peut suspendre les mouvements des parties qui en sont frappées, les diminuer ou

(t) Cullen , Elém. de méd. prat., T. il , pag. 523 , trad. de BosquiUon.

les pervertir. Si l’orgaoe atteint n’a sur le reste de l’économie qu’une action peu marquée , les désordres se circonscrivent dans des limites en quelque sorte déterminées. Il n’en est pas ainsi quand le spasme intéresse un organe important , ou , comme disaient les anciens, un organe noble, dont les fonctions sont indispensables à l’existence de l’individu. La gravité des effets qui en résultent se trouve en rapport avec les fonctions dévolues à ce même organe , avec la multiplicité et la puissance de ses connexions. Ainsi , le spasme de l’encéphale détermine une espèce d’apoplexie que l’on est convenu d’appeler apoplexie nerveuse.

Niée par quelques pathologistes , l’existence de cette sorte d’apoplexie ne nous paraît pas devoir être l’objet d’un doute. Nous empruntons à une autorité dont on ne récusera pas la compétence , l'histoire de deux faits très-probants dont voici l’analyse succincte.

M. le professeur Lallemand nous a rapporté dans ses cliniques , qu’une blanchisseuse de Paris, sèche, grêle, très -vive, fut atteinte subitement d’une hémiplégie complète ; le lendemain, le côté paralysé reprit tout-à-coup le mouvement et la sensibilité normaux : huit attaques se manifestèrent ainsi successivement à des intervalles variables et eurent la même solution.

Le second fait communiqué par le même professeur est le suivant : Appelé auprès de la femme d’un médecin , M. Lallemand reconnut une hémiplégie avec tout le cortège des symptômes ordinaires, distorsion de la bouche, etc. Le mari voulait pratiquer une saignée, et M. Lallemand s’y refusait à cause du tempérament frêle , sec et délicat de la femme. Pendant qu’ils discutaient, l’hémiplégie disparut complètement , et la femme raconta que cet accident lui était déjà arrivé et qu’ ensuite elle avait rendu chaque fois des vers lombrics; en effet, des vermifuges administrés prévinrent tout nouvel accident.

Si le spasme est peu intense , les accidents qu’il provoque sont moins graves ; aussi les maladies spasmodiques de ce genre se dissipent-elles avec facilité , quoique l’organe affecté jouisse d’une trèsgrande influence , comme on l’observe dans le vertige.

XV. Les maladies spasmodiques sont essentiellement irrégulières dans leur évolution. Il est difficile de trouver dans les caractères de leurs manifestations actuelles , la raison suffisante des symptômes qui se développent dans la suite. Quelquefois tout l’acte morbide se résume en un léger mouvement imprimé à la paupière supérieure , comme nous

avons pu l’observer chez quelques épileptiques , et cet état spasmodique, qui, dans certains cas , remplace l’accès et semble le prévenir , annonce d’autres fois l’apparition de ce dernier. Chez d’autres sujets , au contraire , les désordres éclatent violemment dans le système musculaire ; ils se succèdent avec une grande rapidité (hystérie), ne durent que quelques minutes , ou bien persistent pendant une durée variable qui peut aller jusqu’à deux ou trois jours, ainsi que l’observe Louyer-Villermay (1) , et alors ces sortes de maladies spasmodiques prennent la forme syncopale. Pline le Naturaliste a conservé l’histoire d’une femme qui paraît bien avoir été hystérique et qui resta sept jours dans un état que l’on prit pour une mort véritable. Au rapport de Lancisi , une jeune personne donna des signes de vie pendant que l’on célébrait son enterrement à l’église (2). Vésale allait disséquer le corps d’une femme qui depuis long-temps ne donnait plus signe de vie. L’expression de douleur que détermina le premier coup de scalpel , fit reconnaître chez la patiente un simple état de léthargie. Le Medical Times ,

(t) Louyer-Villermey, Traité des maladies nerveuses, T. 1", pag. 63.

(2) Traité des malad. nerv. ou vapor., T. Ier, pag. 64.

du 21 octobre dernier, renferme les détails suivants que nous reproduisons sous toutes réserves. Il existe à Faningtou , dans le Devonshire , Ann Cornes, fille d’un maçon, James Cornes, qui est sans connaissance depuis plus de quinze ans : beaucoup de personnes pensent qu’elle est en extase; sa mère affirme que depuis plus de 11 ans elle n’a pas pris la plus petite parcelle de nourriture. Elle est constamment couchée ; un sourire placide erre sur ses lèvres , et quoique vivante elle ne sent ni ne voit rien. Elle a été visitée par plusieurs médecins qui ont constaté cet état (1).

XVI. Quelquefois la maladie spasmodique semble se présenter momentanément sous la forme d’une autre affection. Ainsi Alibert rapporte qu’ une femme présentait tour-à-tour les symptômes d’une fièvre catarrhale et les accès violents d’une maladie hystérique. Il est évident qu’on ne peut voir dans ce fait deux affections différentes , car souvent la forme seule est changée , la nature de l’affection restant la même. Les mêmes réflexions nous sont suggérées par l’histoire de cette dame dont parle Baker, et qui éprouva pendant plusieurs années des attaques d’hystérie, auxquelles succéda un asthme

(t) Gazette médicale de Paris, 6 janvier 1849.

violent qui alternait avec des crampes d’estomac fort intenses

XVII. Il n’y a pas toujours une exacte relation entre l’intensité de l’appareil symptomatique et la réalité du danger. Il est bien entendu qu’il s’agit ici des maladies dans lesquelles le spasmeformel’élément essentiel , car, dans les circonstances opposées, les conditions ne sont plus les mêmes. Ainsi, quelques attaques convulsives sè manifestent avec un ensemble de symptômes redoutables , et cependant elles ne tardent pas à se dissiper en laissant le sujet dans un état voisin de celui qu’il offrait auparavant. L’bystérie chez les femmes, l’épilepsie, les convulsions chez les enfants , revêtent fréquemment ce caractère. Sur un sujet dont nous avons déjà parlé, et qui se trouvait sous l’imminence d’une fièvre éruptive , nous avons craint plusieurs fois une issue funeste, tant les attaques convulsives étaient intenses et leur durée prolongée ; et cependant l’apparition d’une éruption discrète fit disparaître tout motif de crainte.

L’état spasmodique peut amener la douleur , comme on le voit dans le tétanos (1) , dans les

(t) Cette intensité d’action peut être portée à un si haut degré qu’elle surpasse toute action volontaire; le

crampes ; la douleur à son tour produit le spasme ou l’augmente quand il existe. Ce fait démontre d’une manière incontestable , comme il a été déjà dit au commencement de ce travail, l’association de l’action des forces sensitives et motrices, et l’influence réciproque que ces deux puissances peuvent exercer l’une sur l’autre.

Enfin, pour donner un nouveau caractère symptomatique , nous dirons que , dans presque toutes les maladies spasmodiques , les urines restent limpides pendant la durée des accès. Cette observation n’a pas échappé à la sagacité des grands Maîtres de l’art , et nous la trouvons clairement exprimée dans la dissertation de Sydenham sur l'Hystérie (1).

Une énumération plus complète de tous les symp-

tétanos fléchit le tronc , soit en avant, soit en arrière, avec tant de violence, qu’il est certainement plus difficile de le redresser que lorsque les plus grands efforts de la volonté font agir les muscles qui opèrent cette flexion. (Dumas.)

(Ij Un autre symptôme essentiel, de la maladie et qui en est presque inséparable , consiste en une abondance d’urine claire comme de l’eau de roche , que les femmes hystériques rendent dans l’accès. Cette urine est presque toujours un signe pathognomonique. ( Méd.-prat. de Sydcnh T. II, pag. 480. )

tomes des maladies spasmodiques serait une œuvre difficile à réaliser , tant ils sont divers et même opposés les uns aux autres. Ces maladies, en effet, prennent une infinité de formes , et les symptômes par lesquels elles se traduisent ne sont le plus souvent qu’un assemblage confus et irrégulier de phénomènes. Cette confusion est encore plus apparente, lorsque des complications viennent ajouter de nouveaux traits au tableau déjà si complexe de la maladie. Nous ne pouvons donc émettre à cet égard que quelques principes généraux.

XVIII. Il nous reste maintenant, pour compléter l’étude des caractères des maladies spasmodiques, à signaler leur mode de solution. Or, il existe tant d’irrégularité dans la marche de ces maladies , que les modes de solution ne peuvent être assujettis aux règles fixes , et jusqu’à un certain point invariables, que comportent les maladies synergiques. Il existe néanmoins des terminaisons critiques , et l'observateur peut les reconnaître quelquefois. C’est ainsi qu’Hippocrate , qui nous a transmis des notions si exactes sur la physiologie pathologique, et, après lui, tous les bons observateurs ont constaté que l’apparition de la fièvre jugeait le spasme , et ont reconnu la vérité de cet aphorisme: Febris spasmum solvit. N’est-ce pas, en effet , à la

réaction ou au second stade des fièvres intermittentes, qu’on doit rapporter la solution du premier stade caractérisé par un état déconcentration? Mais pour être utile , il faut que ce mouvement fébrile soit généralement dépouillé de toute complication ; alors il ramène le calme et peut même résoudre certains engorgements qui entretiennent et compliquent quelquefois l’état spasmodique.

XIX. Quel est le mode d’action de la fièvre en pareil cas ? Il n'est pas facile de s’expliquer à cet égard, bien que l’on ait cherché à donner une théorie. Ainsi, Hufteland , attribuant les maladies spasmodiques à l’influence de l’action irrégulière de la sensibilité sur l’irritabilité , a considéré la fièvre comme un moyen régulateur. Pour nous , nous nous bornerons à constater le fait pratique , laissant à d’autres le soin de l’interpréter. La maladie peut encore se dissiper à l’aide d’une sueur abondante. Celle-ci, pour être favorable, doit être générale, amener le bien-être, et s’accomplir au moyen de mouvements synergiques décelés par la détente et par le rétablissement régulier de toutes les fonctions.

Un mode de solution analogue est encore obtenu par l’apparition de certaines éruptions cutanées , d’excrétions abondantes d’urine , etc. Nous pou-

vons y ajouter le retour des menstrues et hémorrhagie dans le cas où le spasme est entretenu par la pléthore. Ces sortes d’évacuations ont une utilité incontestable. Mais , pour en faire une appréciation exacte , il est bon de remarquer qu’elles s’adressent surtout aux actes morbides , en un mot à la maladie; car, pour détruire l’affection spasmodique elle-même , c’est-à-dire la modification intime qui la constitue , il faut ordinairement un travail plus soutenu , des révolutions plus profondes et surtout plus durables , préparées d’une manière lente et graduelle. On retrouve ces puissantes influences dans toutes les périodes de la vie où surviennent des événements importants (puberté, menstruation, ménopause, etc.). Il est vrai de dire que les révolutions qui marquent les diverses périodes de la vie sont quelquefois l’occasion du développement de ces mêmes états morbides , mais le plus ordinairement elles les font disparaître par une véritable métasyncrise.

L’apparition de diverses éruptions dartreuses à marche chronique (1), de certaines formes de l’affection scrofuleuse ( ulcères , engorgements) , a

(t) Il est remarquable , du reste, que ces éruptions n’apparaissent guère que dans le cas où l’affection spasmodique est entretenue par un vice humoral.

produit, dans quelques circonstances, des résultats analogues. Parmi le grand nombre de faits qui démontrent leur utilité, nous nous contenterons de rappeler l’histoire de cette fille de neuf ans , épileptique depuis cinq, parce qu’on avait fait résoudre un gonflement du cou, et qui ne fut guérie que lorsque la nature eut reproduit l’intumescence de cette partie ( Stahl ).

Nous n’avons parlé jusqu’à présent que des terminaisons heureuses ; il en est d’autres qui annoncent un grand danger ou même une issue funeste.

On a vu l’épilepsie se terminer par une apoplexie mortelle. Quelquefois la maladie spasmodique abolit les fonctions d’un organe en y déterminant des lésions graves ; néanmoins , le plus souvent ces événements sont plutôt des symptômes successifs que de véritables terminaisons : on en trouve la preuve dans l’abolition des facultés intellectuelles , ou dans leur altération si souvent constatée à la suite de l’épilepsie.

Tels sont, en abrégé, les caractères les plus saillants que fournissent à notre élude les maladies spasmodiques , considérées au point de vue le plus général. Leur tableau recevra d’ailleurs son complément des notions que nous puiserons dans la thérapeutique de ces maladies.

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