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CHAPITRE DEUXIÈME

COMPARER LES MALADIES SPASMODIQUES AUX MALADIES AVEC LESQUELLES ELLES ONT LE PLUS D’AFFINITÉS.

XX Le spasme, avons-nous dit, se présente dans toutes les maladies ; il y apparaît comme élément constitutif, et imprime à ces maladies , considérées dans une période déterminée, une physionomie commune. Mais il est susceptible de subir quelques changements; et alors , ou bien il se dessine avec plus d’énergie , ou bien il s’efface d’une manière complète. C’est au moment où ces transformations s’opèrent, que les maladies perdent les traits communs qui, dès le début , les rapprochent et leur donnent tant de ressemblances.

Nous n’avons donc pas à comparer le spasme simple aux états morbides avec lesquels il s'associe, mais bien avec les maladies qui paraissent se rapprocher le plus de cet état , soit par leur nature , soit par leur mode de manifestation. Il faut donc établir deux grandes classes de maladies au point de vue de cette comparaison :

1° La classe des maladies qui se rapprochent des spasmes par leur nature ;

2° Celle des maladies qui leur ressemblent par leur manifestation.

Dans la deuxième classe est naturellement indiquée la distinction des trois groupes suivants :

a. — Lésions d'organe aiguës et qui se traduisent par des mouvements spasmodiques.

b. — Lésions d’organe établies avec lenteur, et qui simulent par quelques-unes de leurs manifestations des maladies spasmodiques.

c. — Enün , maladies dans lesquelles le spasme est un accident sympathique.

XXL Nous avons établi dans la première partie de ce travail , que l’action des forces sensitives et celle des forces motrices, considérées isolément , devenaient la source de phénomènes distincts , désignés sous les noms d e phénomènes de sensibilité et de phénomènes de motilité. Le rôle que joue séparément dansles maladies chacun de ces phénomènes , autorise cette division qui n’est pas sans doute rigoureuse , puisque tous les actes de la vie sont liés ensemble et exercent l’un sur l’autre une influence réciproque , mais qui n’en est pas moins utile , comme le témoigne l’expérience clinique. La douleur et le spasme , l’anesthésie et la paralysie sont la traduction de certaines altérations de la sensibilité et de la motilité. Nous avons donc à comparer ici les maladies essentiellement constituées par une altération

de la sensibilité , avec celles dans lesquelles le spasme domine.

Ces deux sortes de maladies ont une certaine analogie ; elles agissent l’une sur l’autre à chaque instant, elles se succèdent et le plus souvent se confondent ; cependant il est des différences qui les séparent et qui se rapportent non-seulement à leur origine , mais encore à leur symptomatologie , et enfin , aux modifications qu’amènent dans l’économie les moyens thérapeutiques employés pour les combattre.

XXII. Irrégulière dans ses allures comme le spasme, la douleur, qui est une des altérations de la sensibilité, apparaît , se dissipe avec la même rapidité et se produit au milieu de conditions analogues. Eu effet , les sujets doués d’un tempérament nerveux , d’une complexion délicate , qui se livrent aux excès de tout genre, etc., se trouvent également exposés à la douleur et au spasme ; mais , malgré ces ressemblances, chacun de ces états a ses caractères propres qui l’individualisent, et qui contribuent à spécifier deux ordres de maladies , les névralgies d’une part, les spasmes de l’autre.

Le spasme et la douleur, envisagés, séparément et dans leur état de simplicité , n’indiquent pas l’emploi des mêmes agents thérapeutiques ; en

effet , l’un réclame les anesthésiques ou les narcotiques , et le second les anti-spasmodiques.

Ainsi , malgré quelques analogies , il reste toujours des différences entre les états morbides dont nous venons de parler. Ces différences se retrouvent dans les cas les plus simples , qui malheureusement sont les plus rares. La névralgie , quel que soit son siège , ne tarde pas à se compliquer d’un état spasmodique, et les deux éléments se mêlent, se combinent et s’influencent réciproquement; chacun d’entre eux, par sa persistance et sa répétition , peut donner naissance à l’autre : ainsi , la douleur provoque le spasme et celui-ci produit la douleur. Dans ces circonstances , il arrive souvent que l’effet consécutif prédomine et masque l’impression de l’état morbide générateur ; remarque importante au point de vue du diagnostic et de la thérapeutique.

XXIII. Il est certaines vésanies qui pourraient, au premier abord, simuler des états spasmodiques essentiels. L’extase, par exemple , se rapproche de la catalepsie , car dans l’une et dans l’autre il y a suspension des mouvements volontaires et de l’exercice des sens ; mais une analyse un peu précise ne tarde pas à dissiper cette confusion. Dans la catalepsie , les facultés de l’àme sont dans

nu repos absolu ; l’extase , au contraire , est un phénomène essentiellement intellectuel. C’est l'exaltation de quelques idées, de quelques sentiments qui acquièrent une énergie excessive ; c’est la concentration de toutes les forces de l’entendement sur un objet déterminé. Aussi, les individus conservent le souvenir de toutes les phases de l’accès , et l’on sait que nulle part l’extase n’est aussi bien décrite que dans la vie de sainte Thérèse, racontée par elle-même. — Enfin, l’extase s’accompagne ordinairement d’hallucinations qui sont étrangères à la catalepsie , et l’on peut ajouter que si , dans cette dernière affection , les membres gardent leur position première ou celle qu’on leur donne pendant l’accès , ce phénomène n’a point lieu dans l’extase , ou n’y est qu’accidentel et nullement essentiel.

On ne saurait encore confondre la paralysie avec un état spasmodique , bien que dans certaines circonstances , comme au début de la paralysie générale des aliénés , les phénomènes extérieurs aient quelques analogies avec les spasmes simples. L’étude de toutes les circonstances antérieures doit éclairer alors puissamment le diagnostic. Quant à la paralysie complète, elle n’offre aucun rapport avec l’état spasmodique , puisque toute action des forces motrices est abolie.

Il est encore d'autres états qui peuvent avoir des analogies avec le spasme , comme certains accidents d’empoisonnement, etc. ; mais leur distinction sera facile , si l’on tient compte des principes généraux que nous établissons dans ce travail.

XXIV. Les lésions dont nous avons à nous occuper, et qui par leur expression simulent les maladies spasmodiques, résident principalement dans la cavité crânienne et la cage thoracique ; elles intéressent les méuinges encéphaliques et rachidiennes , la substance du cerveau ou de la moelle, le cœur ou ses enveloppes.

Nous ue considérerons ici que le cas où la lésion a été rapidement déterminée par un travail morbide général , et où elle dépend de la fixation d’une fièvre , ainsi que le disait Sydenham au sujet de la pneumonie.

Parmi ces lésions ou maladies d’organes, nous signalerons l’hydrocéphalie et toutes les inflammations des enveloppes cérébrales , celles de l’encéphale , du cœur et du péricarde. Il est bien entendu que nous n’envisageons ces divers états qu’au point de vue de notre comparaison et d'une manière générale.

Les inflammations des enveloppes du cerveau se révèlent par l’agitation excessive du malade , les

vomissements , la rétraction des muscles de l’abdomen , la carphologie , les soubresauts des tendons, la roideur du tronc, des mâchoires ou des membres , le strabisme et les convulsions.

Les mouvements spasmodiques sont cloniques au début des inflammations encéphaliques ; ils sont brusques et se traduisent par des contractures auxquelles peut succéder la paralysie. Quant aux autres symptômes , ils ne diffèrent pas de ceux qui appartiennent à l’inflammation des méninges.

Si l’inflammation gagne l’axe spinal et qu’elle intéresse surtout la substance de la moelle, l’intensité des mouvements convulsifs devient extrême ; la colonne vertébrale peut être infléchie à un degré considérable, et présenter toutes les formes qui appartiennent à quelques espèces de tétanos. Les exemples de ce genre ne sont pas très-rares, et, pour notre compte, nous avons pu en observer plusieurs dans les hôpitaux.

Il est évident que si l’on se tenait renfermé dans la stricte observation de l’appareil symptomatique, comme quelques praticiens ont pu le faire avant les travaux des anatomo-pathologistes, ces états phlegmasiques pourraient être confondus avec ceux dans lesquels le spasme est le seul élément : confusion grave, car elle aurait un puissant retentissement sur la thérapeutique. Dans un cas , en effet, le spasme

étant simple, les agents dits anti-spasmodiques sont parfaitement indiqués, et s’ils ne sont d’aucune utilité , ils ne peuvent nuire. Il n’en est pas ainsi lorsque le spasme se trouve subordonné aux lésions dont nous venons de parler et dont il est un symptôme. Le musc, par exemple, et les autres agents anti-spasmodiques seraient ici nuisibles ; ils ajouteraient à l’intensité des désordres.

La distinction de ces états morbides est donc fondamentale , et doit être basée sur l’étude des conditions qu’embrasse leur constitution.

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XXV. Pour les besoins du diagnostic , il ne faut pas s’arrêter exclusivement à la symptomatologie , puisqu’elle est à peu près identique dans les deux cas ; mais il importe encore de s’éclairer par l’étude de l’étiologie, de la marche , des modes de terminaison et des effets thérapeutiques. On aura donc égard aux considérations suivantes:

1° Les phlegmasies sont précédées d’un mouvement fébrile subordonné à une affection dont la nature est variable (fièvres inflammatoire, catarrhale, etc.). Ce mouvement ne se présente presque jamais au début des maladies essentiellement spasmodiques.

2° Les spasmes plus uniformes, plus continus, quand ils dépendent d’une inflammation et qu’ils

survienneut dans les conditions que nous avons énoncées, sont irréguliers, se dissipent, et se reproduisent généralement sous la forme intermittente dans les cas contraires.

3° Les crises jugent souvent les affections phlegmasiques ; elles sont moins appréciables dans le spasme essentiel.

4° Si les malades succombent aux phlegmasies qui forment un des termes de notre parallèle, la nécropsie fait découvrir le plus ordinairement les traces de ces lésions ; tandis que, dans les cas où la mort survient sous l’influence des maladies spasmodiques, l’anatomie pathologique ne nous fournit aucune donnée précise.

5° Enfin , la nature des agents thérapeutiques employés daus les deux cas est différente. Pour les phlegmasies, ces moyens sont variables, et en rapport avec la nature de l’affection générale et ^'intensité de la lésion consécutive. Dans le spasme, ils sont toujours les mêmes quant au fond , et ne subissent de modifications que dans la forme.

XXVI. L’affection rhumatismale porte fréquemment son action sur le cœur et ses enveloppes , et la lésion qu’elle produit alors se manifeste par des symptômes tellement analogues à ceux qui dépendent de l’état spasmodique simple, que l’on a pu

se méprendre sur leur interprétation. Nous avons vu, en pareil cas, la syncope et de violentes palpitations de cœur se déclarer avec impétuosité , cesser et revenir plusieurs fois à de courts intervalles , comme le démontre l’observation suivante.

Une jeune femme , douée d’un tempérament lymphatico - sanguin et d’une complexion assez forte, était en proie, depuis quatre ans, à une affection rhumatismale, dout elle avait déjà présenté les symptômes à quatre reprises différentes, La maladie s’était déclarée, pour la première fois, à la suite d’un refroidissement prolongé et avait offert beaucoup de gravité. Depuis un an environ , cette femme jouissait d’une santé passable. Le 5 octobre 1846, elle s’exposa pendant quelques heures à un froid assez intense, à la suite duquel éclata une nouvelle attaque de rhumatisme. En peu de jours , toutes les articulations furent envahies. Les moyens les plus convenables furent aussitôt mis en usage, et le douzième jour cette malade semblait entrer en convalescence, lorsque, s’étant levée et exposée à l’intempérie de l’air, elle fut prise tout-à-coup de malaise et d’un sentiment de constriction à la région mammaire gauche. L’engorgement des articulations disparut, et, au moment où nous fûmes appelé, il existait déjà un

épanchement dans le péricarde, appréciable par l’irrégularité des battements du cœur, la matité plus étendue dans la région précordiale et un léger bruit de souffle. Les révulsifs irritauts employés immédiatement calmèrent l’état d’anxiété; mais des syncopes , qui se répétèrent pendant la nuit , et les violentes palpitations de cœur obligèrent à recourir à des agents plus énergiques. L’application de vésicatoires sur les parties qui avaient été primitivement atteintes, et dont l’action fut soutenue pendant sept à huit jours , aidée d'un régime sévère, amena la guérison.

Il importait sans doute ici, comme dans tous les cas, de remonter aux antécédents pour déterminer la véritable cause des accidents morbides ; mais il convenait aussi de découvrir la lésion secondaire qui donnait naissance à l’état spasmodique. Or, cette lésion existait dans l’enveloppe du cœur, et on pouvait la reconnaître, en réfléchissant à la brusque disparition de l’engorgement articulaire , aux sympathies morbides qui existent entre les articulations et le cœur, et en s’éclairant des données fournies par l’auscultation et la percussion. Les résultats de la médication employée confirmèrent pleinement la justesse du diagnostic.

Il existe encore d’autres lésions qui revêtent la forme du spasme essentiel ; il suffit d’avoir signalé

les plus importantes , ou celles dont il est souvent difficile de déterminer la présence.

XXVII. Parmi les lésions chroniques qui simulent les maladies spasmodiques essentielles, nous indiquerons seulement les lésions du cœur et des poumons. Ces lésions se traduisent par les symptômes d’un état spasmodique simple; les palpitations de cœur, avec toutes leurs variétés d’intensité et de rhythme ; la toux convulsive et les accès de suffocation, auxquels s’ajoutent quelquefois la syncope ou d’autres formes de l’état spasmodique.

Tout en reconnaissant que les palpitations ne constituent pas un signe pathognomonique des altérations matérielles du cœur , puisqu'elles se montrent à la suite d’une impression morale, même légère , et qu’elles sont constantes dans certaines affections indépendantes ' de toute lésion de tissu comme dans la chlorose , il ne faut pas oublier cependant que ce symptôme a une trèsgrande valeur pour le diagnostic des maladies organiques du cœur. En effet, les palpitations apparaissent au début de l’hypertrophie , et leur intensité et leur fréquence sont généralement en rapport avec les progrès de la lésion. On les retrouve encore lorsque des dépôts calcaires incrustent les orifices vasculaires, et lorsque des fausses membranes ou

des liquides se irouveut contenus dans le péricarde.

On voit , d’après ce que nous venons de dire , que si l’on se bornait à constater l’existence des palpitations, on s’exposerait à se méprendre sur leur signification ; il faut , pour retirer quelque utilité de leur étude, s’environner d’autres données non moins importantes.

Faisant abstraction des conditions individuelles ou générales qui ont présidé au développement de ce phénomène morbide , arrêtons seulement notre attention sur celles qui sont révélées par l’exploration directe au moyeu de la percussion et de l’auscultation.

La percussion donne des signes positifs dans les cas où les palpitations dépendent soit d’une hypertrophie du cœur , soit de la présence de fausses membranes ou d’un liquide dans le péricarde. S’il existe avec les altérations du cœur un emphysème pulmonaire, la percussion seule ne suffit pas pour découvrir les lésions; il faut encore par l’auscultation percevoir des bruits particuliers qui éclairent le diagnostic. Ces bruits sont, dans l’hypertrophie : 1° un souffle qui peut être sec ou doux et qui se présente surtout pendant la systole ; 2° des battements énergiques accompagnés souvent de tintement métallique. Ces battements se perçoivent au

débul daüs une étendue beaucoup plus grande que dans l’état de sauté; et si la lésion devient encore plus marquée , on les constate dans toutes les régions de la poitrine.

Si les palpitations dépendent d’un épaississement ou d’une ossification des valvules , on trouve l’intermittence et l’irrégularité dans les battements , la rudesse et la sécheresse dans les bruits. Nous ferons remarquer, en passant , que ces altérations coïncident assez fréquemment avec des phénomènes spasmodiques, parmi lesquels on peut citer l’angine de poitrine et la syncope. Si les palpitations dépendent de la présence des pseudo-membranes dans le péri carde , le diagnostic sera éclairé par le bruit de frottement, appelé aussi bruit de cuir neuf , et dans le plus grand nombre des cas par la matité.

XXVIII. Les considérations dans lesquelles nous venons d’entrer à l’égard des palpitations du cœur, trouvent encore leur application auxdyspnées : c’est dire que celles-ci sont subordonnées tantôt à un état spasmodique essentiel, et tantôt à des lésions matérielles plus ou moins anciennes.

Le diagnostic précis de ces deux espèces de dyspnée ne laisse pas que d’offrir quelquefois des difficultés sérieuses, vu l’analogie et presque l’identité des symptômes extérieurs qui traduisent ces deux états,

malgré la différence de la cause qui les produit.

Que d’analogies trompeuses , par exemple, entre l’asthme essentiel et la dyspnée qui est symptomatique de certaines variétés de l’emphysème pulmonaire ! Gêne de la respiration , anxiété, sentiment de suffocation , quelquefois orthopnée durant les attaques , retour de ces attaques à des intervalles plus ou moins longs . tels sont les traits les plus saillants de la dyspnée essentielle.

Or, ces mêmes symptômes se retrouvent dans une variété de dyspnée due à un emphysème pulmonaire. 11 est évident que cette lésion prédispose singulièrement l’appareil respiratoire à devenir l’aboutissant des mouvements fluxionnaires , surtout lorsqu’elle est elle-même un effet de catarrhes bronchiques intenses. Cette susceptibilité morbide étant mise en jeu à l’époque où les intempéries de l’air sont très-prononcées , il se fait aux mêmes époques, sur la membrane muqueuse des bronches , des fluxions catarrhales et subites, dont les effets se traduisent par une dyspnée considérable. On conçoit que, dans ces cas , les anciens, privés des ressources que nous fournissent la percussion et l’auscultation, aient pu confondre des états si voisins en apparence. Cette erreur n’est guère possible aujourd’hui. La sibilation générale que l'on constate dans la poitrine . la résonnance exa-

gérée des parois thoraciques et l’absence presque complète de bruit vésiculaire, font reconnaître l’existence d’un catarrhe très-intense et d’un emphysème ; et ces données auront encore plus de valeur si elles sont corroborées par l’appréciation des circonstances générales ou individuelles au milieu desquelles cet état morbide s’est développé.

Il serait facile de multiplier le nombre de faits dans lesquels les lésions d’organes simulent l’état spasmodique : mais les précédents sont ceux qui se présentent le plus ordinairement à l’observation. Nous ferons enfin remarquer qu’il n’est pas toujours aisé de déterminer l’existence de la lésion organique, et, par suite, de préciser le diagnostic. La lésion peut, en effet, rester sans traduction symptomatique pendant la vie , comme nous avons été à même de l’observer plusieurs fois et principalement sur un sujet dont on a publié l’histoire et qui succomba à une péritonite aigue dans les salles du professeur Broussonnet. L’autopsie fit reconnaître une large perforation sur la face postérieure de l’estomac ; celte perforation elle-même était consécutive à une dégénérescence cancéreuse. Malgré ces graves désordres , qui certainement remontaient à une époque très-éloignée, ie sujet avait joui en apparence de la plus belle

santé , n’avait jamais éprouvé de vomissements; ii était malade seulement depuis huit jours.

D’une autre part, ces lésions doivent être considérées comme des espèces d’agents provocateurs, qui seraient restés sans effet si l’économie n’avait été préparée à réaliser l’affection. Dans tous les cas, il n’y a pas de rapport nécessaire entre la manifestation et la lésion , ce n’est qu’un rapport contingent ; ce qui explique comment des lésions matérielles très-graves peuvent rester silencieuses au sein de l’économie, et comment des symptômes très-marqués , ordinairement liés à des lésions graves , ont cependant existé sans ces mêmes lésions.

XXIX. Le spasme n’est pas seulement essentiel et symptomatique ; il peut encore apparaître sympathiquement avec toutes ses variétés. Hippocrate a fait observer que les enfants constipés sont trèssujets aux convulsions , et cette remarque a été vérifiée par la plupart des pathologistes. Stoll décrit, sous le nom de convulsion interne des enfants, une éclampsie occasionnée par la constipation et très - fréquente en Allemagne.

M. Brachet rapporte qu'une dame accoucha pour la première fois , avec lenteur, mais heureusement , d’un enfant mâle, gros et jouissant de toutes les apparences d’une bonne santé. Deux jours après sa

naissance, cet enfant eut le sommeil inquiet et agité, il offrit les grimaces du spasme cynique, dormit les yeux entrouverts et se réveilla fréquemment Cet état dura 24 heures et fit place aux con vulsions les plus variées ; tout le corps y avait part. Il fut impossible de juger si l’enfant avait perdu connaissance ou non. La cause du mal fut d’abord difficile à apprécier; rien ne paraissait avoir dû l’occasionner, ni de la part de la nourrice, ni de la part de ceux qui entouraient l’enfant. (Potions anti-spasmodiques , préparations de zinc, jusquiame, sinapismes aux pieds, j Les convulsions ne se modérèrent point et continuèrent avec la même violence pendant deux heures. Comme l’enfant n’avait pas eu d’évacuations alvines depuis sa naissance, on prescrivit, à dix minutes d’intervalle , deux petits lavements avec l'huile d’olive tiède, qui amenèrent l’expulsion de tout le méconium. Les convulsions se soutinrent d’abord un peu , mais se ralentirent ensuite si rapidement , qu’elles parurent avoir cédé subitement. Le maintien de la liberté du ventre prévint toute espèce de récidive (1).

La trop grande réplétion de l’estomac , la présence dans ce viscère de matières, soit bilieuses, soit

(i) Brachet, Mémoire sur les causes des convul. chez les enfants , p. 195.

muqueuses ; celle des vers dans l'intestin, oelle des calculs engagés dans le canal de l’urèthre , et celle des graviers dans les reins, ont pu décider l’apparition de certaines maladies spasmodiques à formes très-variées. Ces maladies ne disparaissent que lorsqu’on a d’abord dirigé l’action des moyens thérapeutiques contre la cause provocatrice. Ce principe reçoit tous les jours son application.

XXX. Pour s'élever à la véritable cause du mal , il faut , en parail cas , s’environner de toutes les données que fournissent les conditions générales et individuelles , et la symptomatologie particulière de ces maladies. Van-Swieten a vu un enfant épileptique chez lequel l’accès , que précédait toujours un tremblement de la lèvre inférieure , cessait au moment où se déclaraient des vomissements. Des évacuants ayant été employés et répétés pendant long-temps , amenèrent la guérison définitive

Dans ces cas , le tremblement de la lèvre inférieure qui précède si souvent le vomissement , et les vomissements eux mêmes doivent servir à éclairer le diagnostic.

Le pointillé de la langue , le prurit du nez , l’œdème de la face, le grincement des dents , le claquement des mâchoires , réunis a la fétidité de l’haleine et à la présence de douleurs très-vives et

rapides dans le ventre et dans le thorax , sont autant de symptômes qui peuvent nous faire reconnaître la présence des vers. Bartholin, Stahl,Vandenbosch , etc. , citent plusieurs exemples d’épilepsie provoquée par cette cause.

Ce sera donc en étudiant attentivement l’influence de toutes les conditions au milieu desquelles la maladie se sera développée, et les caractères qui peuvent compliquer les traits de l’état sympathique, que l’on pourra arriver à une notion précise.

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