L. SIMON
aux médecins et aux malades un trop juste effroi.
Cette maladie avait paru au moment où Christophe Colomb rentrait en Espagne, après son premier voyage en Amérique^ au moment aussi où les armées de Charles VIII envahissaient Tltalie. Cette coïncidence fit que chaque peuple accusa son ennemi; elle porta les médecins et les malades à donner à la syphilis des noms divers. Les Espagnols prétendirent avoir puisé le mal en Amérique^ et les habitants du Nouveau-Monde soutinrent que leurs conquérants leur avaient apporté ces nouvelles souffrances en même temps que les chaînes de la servitude ; les Français accusèrent les Napolitains ; et ceux-ci, nos compatriotes. De là les noms de mal américain, mal espagnol, mal de Naples, mal français y dont les médecins firent d^abord usage. De toutes ces dénominations celle de morbus gallicus fut la plus populaire, la plus généralement employée.
Le mal français, à son origine, parut être épidémique. Mais après plusieurs années d^observation, lorsque son intensité première diminua, les médecins apprécièrent plus exactement son mode de transmission. A partir de cette époque, on le reconnut pour être essentiellement contagieux, et communicable surtout par le coït. Cette raison parut suffisante pour le faire regarder comme un résultat immédiat de la débauche, et pour substituer le titre de maladie vénérienne, lues venerea, à celui de morbus gallicus.
Selon Kurtz Sprengel (1), au témoignage duquel il
(I) Voyez Kurtz Sprenge], Eist. de la médecine, t. III, p. ^Q.
faut joindre celui de MM. Robin et Littré (1)^ Jacques Béthencourt aurait été Fauteur de cette substitution. Paracelse Fadopta également et la justifia de la manière suivante (2) : « Quamobrem autem veneris noce men illi a quibusdam inditum sit, hsec serè causa est, « quod Venus hujus morbi quasi mater qusedam sit, « et quod eo ipso tempore Veneris influentia in sua « exaltatione fuerit... Itaque, rectissime illud nomen « (veneris scilicet influxionis) retinetur^ cùm Vene- « rem hujus morbi matrem esse comprobatum jam « sit^ adhsec constet, nullum omnino hominem hoc af- « fectu corripi^ nisi qui actum venereum vel vere, vel a cum perfecta imaginatione perficiat (3). »
Fracastor remplaça ^expression de lues venerea par celle de syphilis, voulant rappeler de cette manière le nom du berger qu^il avait représenté comme la première victime de ce terrible fléau^ effet manifeste de la colère des dieux.
.... Primus, régi qui sanguine fuso Instituit divina, sacrasque in raontibus aras, Syphilus, ostendit turpes per corpus achores, Insomnes primus noctes, convulsaque membra Sensit, et a primo traxit cognomina morbus, Syphilidemque ai) eo labem dixêre coloni (4).
(1) Voyez Robin et Littré, Dictionnaire de médecine, de Nysten, Paris, 1858, moi Ve'ne'rien.
(2) Paracelse, De causis et origine luis Gallicœ, lib. I, cap. m.
(3) La dernière condition, vel cum perfecta imaginatione, ne peut plus être admise aujourd'hui.
(4) J. Fracastor, Syphilis ou le Mal vénérien, poëme en vers latins avecla traduction en vers français et des notes, par Prosper Yvaren. — Paris, 1487, p. 338.
On trouve dans ce passage du Poëme sur la syphilis la justification du titre créé par Fracastor, et les véritables caractères de la maladie à laquelle cette expression se rapportait. On voit par cette citation même que le mot syphilis, comme celui de lues veneo^ea, s^'appliquait à une affection débutant par des pustules auxquelles succédaient d'horribles ulcérations^ rinsomnie accompagnée d'atroces douleurs dans les membres, l'ulcération des os.
Lorsque le caractère contagieux et vénérien du mal français fut établi, les médecins rangèrent à ses côtés les autres maladies contagieuses des organes génitaux. P. Maynard joignit les végétations aux autres symptômes de la syphilis, et Musa Brassavole ajouta la gonorrhée aux condylômes. Astruc d'abord, Hunter après lui, adoptèrent cette manière de voir. Il est même juste de dire que, de nos jours, la blennorrhagie, le chancre, les bubons, les végétations et les formes morbides qui leur succèdent, comprennent ce que la plupart des auteurs appellent maladies vénériennes ou syphilitiques.
Il y a, cependant, un certain nombre de syphilographes pour lesquels ces expressions ne sont pas absolument synonymes, et qui réservent le terme de syphilis pour désigner une diathèse commençant parle chancre induré, se continuant par les syphilides, les ulcérations des muqueuses, les gommes, les maladies des os, et se terminant par un état cachectique auquel la mort vient mettre un terme. La première expression a pour ces médecins un sens beaucoup plus large que la seconde ;
aussi^ est-elle plus ordinairement employée par eux, lorsqu^'il s^agit de désigner d'une manière générale les maladies contagieuses des organes de la génération, maladies parmi lesquelles la syphilis occupe le premier rang.
L'histoire de la syphilis justifie cette distinction. Les pathologistes se sont souvent demandé si les anciens avaient connu les maladies vénériennes, et leurs recherches les ont conduits à faire sur cette question deux réponses contradictoires. Les uns, parmi lesquels il faut placer les contemporains de l'épidémie du quinzième siècle, crurent à la nouveauté de la maladie, et il fut admis pendant longtemps que celle-ci avait été rapportée d'Amérique par les matelots de Christophe Colomb. Mais tandis qu'Astruc défend cette opinion par toutes les ressources de la dialectique et de l'histoire, d'autres médecins, Sanchez en particulier, montrent, en comparant les dates, que le mal français ravageait l'Europe avant le retour des Espagnols. Dans l'opinion de ces auteurs la syphilis existait de toute antiquité, et les ouvrages des anciens en renferment des preuves manifestes.
Lorsque, pour reconnaître la vérité sur ce point, on consulte les livres des médecins grecs et romains (1),
(1) On n'est pas plus heureux lorsqu'on interroge les historiens et les poètes. Il résulte même de notes nombreuses recueillies par un de nos confrères les plus érudits, M. le docteur F. Andry, qu^il n'y a rien, dans ces auteurs, qui puisse être rigoureusement appliqué à la syphilis. Et cependant on sait quelle était la liberté de langage des anciens, et jusqu'où allaient leurs confidences.
on n^y trouve rien de précis relativement à la maladie qui nous occupe. On y rencontre, il est vrai, des traces de ce qu^on nomme aujourd'hui maladies vénériennes primitives; mais, comme le caractère contagieux de ces affections n'est point mentionné, comme aucune forme morbide secondaire ne se trouve rattachée aux formes primitives, il est impossible de dire si ces auteurs ont véritablement connu la syphilis, si cette maladie existait de leur temps.
Quelques exemples prouveront, je Tespère, la vérité de cette proposition.
Et d'abord, pour ce qui est des ulcérations, il est vrai de dire que les anciens ont reconnu leur présence sur les régions mêmes où nous les observons, qu'ils les ont décrites avec les caractères de quelques-unes des variétés qu'on admet aujourd'hui.
Hippocrate, par exemple, les indique chez les femmes. Il parle des ulcérations de l'utérus et de celles des grandes lèvres (1). Dans le troisième livre des^/9zdémies (2), il nomme d'une manière générale les ulcérations des parties génitales.
(1) Voyez Hippocrate, Œuvres complètes, t. VIII, Paris, 1853, Des maladies des femmes, liv. I, p. 2i5, trad. de M. Littré.
Oribase, Synopseos, lib. VII, cap. cxii, parle aussi de vulvœ inflammationes, dolores, ulcerationes, etc. Paul d'iEgine, De re medica, lib. III, cap. lxvi, décrit les ulcérations de l'utérus, De ulceratione uteri.
Arétée, dans le livre II, De curatione acut. morb., étudie au chap. XI, les maladies de l'utérus, De uteri morbis, parmi lesquelles il signale l'ulcération.
(2) Épidémies, llv. III, § 7 : «Beaucoup eurent des aphthes et des ulcérations danslabouche. Fluxions fréquentes sur les parties génitales, ulcérations, tumeurs en dedans et en dehors, etc.
Galien signale les ulcères de la verge : « Quœ in a pêne sunf, ulcerum magis etiam siccari postulant, » ceux du gland : « et quœ extra hune etiam finem (( ej'us, qui glans dicitur, infectant; » ceux qui siègent sur la peau de la verge : « atque et his minus, quœcuma que in reliqua sunt cute, quœ totam colem vestit (1).» Enfin les ulcères des parties génitales : ulcéra pudendi, rimœ pudendi, sont étudiés par Aëtius (2), Paul d'JEgine (3), etc.; tandis que Celse (4) décrit les affections des parties honteuses^ et Actuarius (5), celles des organes de la génération.
Les caractères accordés par les anciens à ces ulcérations prouvent qu'elles affectaient toutes les formes sous lesquelles on les rencontre aujourd^'hui. Il serait difficile en effet de voir autre chose que le chancre simple dans ces ulcères avec phlyctènes, dont parle Hippocrate (6), ces ulcères creux signalés par Aëtius (7), les exulcérations indiquées par Oribase (8)^ et Vulcus
(1) Galien, Method. medend., lib. V, cap. x"v.
(2) Aëtius, TetrabiL, cap. xiv, xvii, x\'iii.
(3) Psiulà'JEg\ne,Deremed., lib. III, cap. lix, Pudendorum ac sedis affectiones.
(4) Celse, lib. VI, dont la section xviii est consacrée aux maladies qui appartiennent aux organes génitaux : « ea quœ ad partes obscenas pertinent. »
(5) Actuarius, De methodo medendi, lib. I, cap. xxii : De morborum qui partes génitales tum mariura, tum fœminarum tentant dignatione.
(6) Hippocrate, Œuvres complètes, Paris, 1853, t. "VIII, p. 215, traduction de M. Littré.
(7) Aëtius, TetrabiL, cap. xxxni : De cavis ulceribus non malignis.
(8) Oribase, De locis affect.curat., lib. IV, cap. ii : Uicera sine inflammatione, uteri vesicseque exulcerationes.
purum dont parle Paul d^^gine (i). Le chancre phagédénique se retrouve dans Galien(2), dans Geîse (3), qui lui donne son véritable nom, dans Aëtius qui le désigne avec les médecins grecs sous le titre de nomas (4). L'ulcère gangreneux, carbunculus, est signalé par le même auteur (5) et par Celse (6), tandis que Aëtius indique l'ulcère végétant (7), décrit également par Oribase(8).
(1) Paul d'iEgine, Dere med., lib, III, cap. lxvi.
(2) Galien, Method. medendi, lib. XV, cap. xvii, où il nomme, « serpens ulcus, qui herpès Grsecis dicitur. »
(3) Celse est celui qui le décrit le plus exactement. Il dit , lib. VI, cap. xvni, § 4: «Nonnunquam etiam id genus cancri quod ^a-^E^aiva a Grœcis nominatur, oriri solet. In quo minime dilTerendum, sed protinus iisdem medicamentis occurrendum est ; et, si parum valent ferro adurendum. Quœdam etiam nigrities est, quae non sentitur, sed serpit; ac, si sustinuimus, usque ad vesicam tendit, neque succurri postea potest. »
(4) Aëtius, loc. cit. cap. xvn, « ad Nomas pudendis. »
« Ulcus depascens (nomen Grseci vocant) aut erosio fiat, laxa forinsecus apparet pars erodenda ; et, si circumprimatur, humorem tenuem subcruentum excernit; deinde fseculentum. >> Il le traite par les astringents.
(6) Ibid. Gap. xviii, « Carbunculus pudendorum. »
(6) Celse, loc. cit., § 5 : «Carbunculus autem ibi natus, ut primum apparet oriculario clystere eluendus estj deinde ipse quoque medicamentis urendus... ubi is excidit, liquidis medicamentis utendum est, quae ad oris ulcéra componentur. «
Il faut rapprocher de l'ulcère phagédénique et de l'ulcère gangreneux cette autre espèce à laquelle les auteurs donnent le nom d'ulcus sordidum (P. d'vEgine) et ceux qui sont décrits par Aëtius au chap. xl, sous ce titre : « De malignis et œgrè recipientibus cicatricem. »
(7) Aëtius, loc. cit., cap. xxxvi : « De ulceribus in quibus caro superexcrescit. »
(8) Oribase, Synopseos VII, cap. xxxix, « Thymus est ulcus aspera et squalida carne excrescens. »
Quant à Tulcère induré^ les écrits des anciens sont moins explicites à son égard. Cependant, on trouve dans Hippocrate, in Hominis liber ^ le passage suivant : « Ulcus callosum factum, ubi quod durum est medi- « camento putrefaciente expuleris , demum occluden- « dum(\). )) « Occalescit etiam in cole interdum ali- « quid, dit Celse, idque omnipene sensu caret; quod ipa sum quoque excidi débet (2). » Aëtius (3) semble plus précis encore dans son chapitre sur les gerçures du prépuce. 11 les rapporte, par erreur évidemment, à la distension éprouvée par un prépuce trop étroit, les distingue en gerçures récentes et en gerçures anciennes, et ajoute : « Antiqua vero callosa sit , et rursùs c< quum violenter disparatur, rupta rursùs critentetur^ « proinde ad curam festinare oportet. Ubi vero anti- (( quatœ fuerint, et callosœ factœ curationem distule- (( rinty nihil proficientibus medicamentis, confert cuit, tem abducerCy et callosa rimarum labia supino scal- 0 prOy quantum ejus fieripotest, super ficiaria sectione a diducere. » On pourrait dire sans doute que tous les caractères locaux du chancre huntérien se retrouvent dans cette citation, et que le titre de callosus (4), auquel les auteurs s'arrêtent, ne peut présenter une si-
(1) Voyez Artis medicœ principes^ t. ï, p. 81.
(2) Celse, loc. cit., § 5.
(3) Aëtius, Tetrah., IV, serm. ii, cap. xiv : « De rimis in pudendis, Leonidse. »
(4) Castelli, dans son leajfçwe, art. « Callositas, » confirme cette interprétation du mot callum, lequel, d'après Paracelse, indiquerait la malignité de la syphilis : «Interdum etiam malignitatem luis gallicse subesse testatur. »
gnification douteuse. Userait alors vrai de dire que les anciens ont connu les ulcères des organes génitaux^ qu^ils les ont décrits comme on le fait de nos jours ; qu'ainsi^ en se tenant à leurs ouvrages^ on peut soutenir que cette forme primitive des maladies vénériennes existait de toute antiquité.
Cette opinion se trouverait même appuyée par la mention de deux symptômes, compagnons ordinaires du chancre, et sur lesquels les auteurs dont je parle se sont expliqués, je veux dire le bubon et le gonflement du prépuce auquel on donne le nom de « phimosis )) ou de « paraphimosiSj » suivant la position qu^il occupe.
Le gonflement inflammatoire du prépuce est le premier symptôme dont parle Celse, en abordant l^étude des maladies des organes génitaux. Il dit (1) : « Igitur si ex inp.ammatione coles intumuit, reducique
a summa cutis, aut rurshs induci non pote s t » Et
il indique la véritable cause de cette complication: « Sive autem hoc modo vicia erit, sive nunquam repu- « gnaverit, ulcéra vel in cutis ulteriore parte, vel c( in glande, ultrave eam in cole, reperiuntur. » Paul d'^gine consacre tout un chapitre à Tétude du phimosis (2) ; il dit : a Duplex phimoseos, id est prœputii circa glandem constricti, causa est. Quandoque enim. prœputium ita intexit glandem ut rursus detrahi non
(1) Celse, De re medica., lib. VI, sect. xviii.
(2) Voyez Paul d'^gine, in Artis medicœ principes. De re medica^ lib. VI, cap. lv : « De phimo, sive precputio circa glandem constricto.
possit ; quandoque rétro abductum, non amplius induci potest : quœ species proprie paraphimosis appellatur. »
Quant aux tumeurs des glandes inguinales, on les trouve indiquées par Hippocrate au septième livre des Épidémies, mais sans indication du rapport qui pourrait exister entre elles et les ulcérations de la verge (1). La même remarque s^applique à la maladie décrite par Aëtius sous ce nom^ de glandularum inguinis inflaminatione. Ici encore cet engorgement des ganglions inguinaux n'est point rapporté à Texistence d'un chancre, mais seulement à la stase des humeurs et à un ulcère de la cuisse ou des doigts des pieds (2). Oribase, au contraire, après avoir parlé d'une espèce debubonsdurs et volumineux, non accompagnés de suppuration, et existant pendant la peste, ajoute : « Parfois cette espèce « de bubons pourrait bien survenir à l'occasion d'une « affection des parties génitales, de même que Vulcere c( pestilentiel et la fièvre qu'on nomme pestilentielle (3). »
Ces citations sont incomplètes sans doute; elles montrent cependant que les médecins de Fantiquité observaient des ulcérations des organes génitaux accompagnées de phimosis et de paraphimosis, quand elles existaient sur le prépuce, et pouvant donner lieu à des bubons. De semblables ulcères seraient sans
(1) Dans ce livre Hippocrate parle de bubons survenant chez des foulonS;, et accompagnés de toux, de fièvre et de tumeurs semblables, et causant la mort. 11 n'y a là aucune " analogie avec le bubon vénérien.
(2) Aëtius, Loc. cit., cap. xxï.
(3) Oribase, Œuvres, Paris, 1858, t. 111, p. 608, traduction de M. Daremberg.
doute reconnus aujourd'hui pour vénériens. Toutefois ces auteurs ne parlent pas de deux caractères essentiels, presque pathognomoniques, et dont Fabsence laisse toujours du doute sur la véritable nature des chancres, alors même qu'ils occupent les organes de \sL génération. Aucun d'eux ne dit expressément que ces ulcères fussent contagieux, ni qu'ils pussent être suivis de symptômes consécutifs.
On pourrait, il est vrai, induire cette transmission par le contact en se rappelant jusqu'à quel point la débauche était portée dans l'ancienne Rome, et en rapprochant ce fait de l'existence habituelle de ces symptômes sur les organes génitaux, en tenant compte aussi de la surveillance dont les prostituées étaient l'objet de la part des édiles (1), en recueillant quelques aveux échappés aux historiens (2) et aux poètes; mais cette induction reste tout à fait hypothétique en face du silence gardé, sous ce rapport, par les médecins.
De plus, si la syphiUs eût existé de leur temps, elle e serait présentée, comme elle le fit plus tard, avec
(1) Parent Duchâtelet, De /apro5hÏMhbn,Paris,1867,t.I,p. 345.
(2) Gicéron, ad Fam. VII, 6. « Ego autem, quum omnes morLos reformido tum quo Epicurum tuum stoici maie accipiuni;, quia dicat ^ucTouptJcà jcai ^uaevTspaa iràôy) sibi molesta esse, quorum alterum morbum edacitatis esse putant, alterum etiam turpioris intemperantiœ. »
C'est ici le lieu de parler de l'observation de Héron, observation rapportée par l'évéque Pâlladius, et dont Swédiaur nous a donné le texte et la traduction. [Traité du mal vénérien, t. I, p. 22.) Il y est question d'un ulcère destructeur de la verge, contracté par ce même Héron pour avoir cohabité avec une danseuse de pantomime.
une série de symptômes successifs, et il y aurait lieu d'être surpris de voir les médecins hippocratistes, si habiles à rattacher les unes aux autres les différentes formes morbides d'une même épidémie, méconnaître d'une manière générale le rapport qui existe entre les symptômes primitifs de la syphihs chancreuse et ses formes secondaires et tertiaires. Or, rien ne prouve que ces affections consécutives aient été reconnues et décrites. Rien ne nous autorise à voir des ulcères secondaires de la bouche et une syphilide dans les symptômes dont parle Hippocrate au § 116 du deuxième livre des Maladies des femmes , lorsqu'il indique une espèce de leucorrhée caractérisée par un a écoulement blanc comme de turine d'âne, » un gonflement dans le visage, le dessous des yeux, etc., et qu'il ajoute : « La peau est blafarde et se couvre de phlyca tènes... Il survient aux mâchoires peu à peu une érup- (.( tion rougeâtre, petite, aqueuse et de mauvaise nature.
« Les jambes enflent la bouche s' emplit de salive
« des aphthes naissent dans la bouche (1).» La même réflexion s^appliquerait à ce second exemple du § 118, où il est question d'une autre leucorrhée ainsi décrite : a Le « flux est abondant et comme de l'urine de mouton. La c( femme est décolore'e^elle est toute gonflée: aux jambes a s'élèvent des boutons (2).» On s'est demandé souvent s'il fallait reconnaître une syphilis épidémique dans la constitution rapportée au troisième livre des
(1) Foyes Hippocrate, Œuvres complètes, trad. E. Litlré, t. VIII, Paris, 1853, Des maladies des femmes, loc. czY.,liv.II, § 1 16, p. 251. {2)Ibid., § HP, p. 255.
Épidémies, Rosenbaum l'a cru, mais M. Littré ne peut accepter cette opinion, les signes indiqués par Hippocrate n^étant pas assez' caractéristiques pour qu'il soit possible de prononcer sur ce point.
On lit en effet au § 3 Fénumération des maladies, dont l^auteur va parler, et on trouve parmi elles : « Les aphthes dans la bouche et les tumeurs des parci ties génitales (1). » Au § 4 il signale des érysipèles survenant « sur les lésions les plus vulgaires, sur de « toutes petites plaies (2). » Et il ajoute : « De toutes « ces lésions, les plus fâcheuses étaient celles qui avaient a pour siège le pubis et les parties génitales (3). » Mais il ne faut pas oublier que, si, dans cette épidémie, les ulcères des organes de la génération devenaient le centre d'érysipèles, au même titre que les lésions les plus vulgaires et les toutes petites plaies répandues sur la surface du corps, cette condition n'oblige pas d'accorder la même nature à l'érysipèle et à l'ulcère qui lui servait de point de départ.
Il semblerait qu'on pût être plus affirmatif à l'égard de la description donnée dans le § 7 « Beaucoup^ y « est-il dit, eurent des aphthes et des ulcérations dans la « bouche ; fluxions fréquentes sur les parties génitales,
(1) Hippocrate, Épid., liv. III, t. IH, p. 7i.
(2) Ibid.
(3) Ibid., § 4.
Il faudrait rapprocher de ce passage l'aphorisme 21, sect. m. « En été régnent quelques-unes des maladies précédentes, et de plus des fièvres continues, des cancers, beaucoup de fièvres tierces... des ulcérations de la bouche, des pourritures des parties génitales et des sudamina, symptômes qui n'ont rien de syphilitique. »
a ulcérations j tumeurs au dedans et au dehors, gonfle- « ment dans les aines, ophthalmies humides, longues et « douloureuses, qui firent iperdre la vue à beaucoup de c( personnes, et qu'on nomme fies. Les autres plaies et « les parties génitales étaient le siège de beaucoup de a fongosités (1). » Cependant cette description est trop incomplète pour qu^il soit possible de juger en dernier ressort le véritable caractère du plus grand nombre de ces symptômes. Qu'étaient ces ulcérations de la bouchC;, sur lesquelles Fauteur n'insiste pas? Que faut -il entendre par cette autre expression: Fluxions fréquentes sur les parties génitales^ et sur les tumeurs qui existaient au dedans et au dehors ? Il serait vraiment difficile de le dire. Il serait plus difficile encore de vouloir reconnaître un lien entre des formes morbides aussi diverses, et dont Tordre de succession n'est point établi. Tout en admettant donc qu'il existe certaines analogies de forme entre cette épidémie et celle du seizième siècle, il faut ajouter que ces analogies sont trop insuffisantes pour établir la nature syphilitique de celle qui fut observée par Hippocrate. Aussi plusieurs auteurs y ont-ils vu une épidémie de variole j Rosenbaum une affection syphilitique, et M. Littré « une fièvre rémittente ou pseudo-contic( nue (causus et phrenitis) compliquée,, par l'influence « du génie épidémique^ d'érysipèle^» d'ulcérations qui « présentaient cela de particulier qu'elles attaquaient
(1) Hippocrate, Œuvres complètes, trad. E LiUré, t. III, Paris, 1841. Épidémies, livre 111, p. 85.
c( parfois les parties sexuelles et donnaient lieu à l'en- « gorgement des glandes inguinales^ à des éruptions « diverses et à la gangrène (1). »
On comprendra maintenant comment le savant traducteur des œuvres d'Hippocrate a pu dire encore : a Dans tout le cours de ces livres sur les maladies des « femmes, on ne rencontre rien qu'on puisse décidé- « ment et sans contestation attribuer à la syphilis. En « ceci, ils ne diffèrent pas des autres renseignements c( provenant de l'antiquité. Aucune trace positive de 0 l'affection syphilitique ne s'y fait voir; mais une « foule d'affections des organes génitaux y sont notées ; c( et, si l'on veut, c'est-à-dire, si l'on suppose l'existence, « dans l'antiquité, de cette affection, on en trouvera, c( dans les descriptions transmises, des vestiges suffi- « sants. Si, au contraire, on part de l'hypothèse opc( posée, les mêmes descriptions ne seront rien de plus « que des lésions générales portant sur les organes gé- (( nitaux et sans aucune spécificité (2). d Ce qui revient à dire, qu'en matière de syphilographie, on peut soutenir les opinions historiques les plus contradictoires ; mais que si l'on veut s'en tenir à ce qui est, sans vouloir démontrer ce quon suppose, on est obligé de dire que les médecins de l'antiquité, tout en décrivant des ulcérations des organes génitaux analogues à celles qui
(1) Voyez GEuv. complètes d'Hippocrate, trad. de M. Litlré, t. III, p. 9 et 11. Cette opinion de M. Littré se trouve justifiée encore par l'aphorisme que j'ai rapporté plus haut, dans lequella pourriture des parties génitales est placée à côté des maladies aiguës et épidémiques, des cancers, des fièvres tierces et des sudamina.
(2) Voyez Hipp., lac. cit., t. VIII, p. 523.
caractérisent la première période de la syphilis chancreuse, n^ont su y rattacher aucune forme morbide consécutive, qu^ainsi la syphilis ne leur a pas été véritablement connue.
Ceci serait vrai d^Hippocrate, et aussi de ses successeurs. Plus on s'éloigne de Tépoque où écrivait le médecin de Cos, plus Tincertitude augmente. Les médecins, en effet, au lieu de continuer à rattacher les unes aux autres les formes morbides qui se succèdent dans le développement d'une même diathèse, les décrivirent à titre de maladies distinctes , de sorte qu'il est impossible, en lisant leurs ouvrages, d'établir entre ces affections le moindre lien de dépendance. On ne peut donc décider s'il faut considérer comme des ulcérations secondaires celles dont parle Oribase en ces termes : « Tesficulos « vero ulcère aphthis simili co7Teptos (1), » ces aphthes étant décrits à la suite de l'inflammation du testicule, sans que l'auteur essaye de les rattacher aux ulcérations des parties génitales, qu'il étudie cependant dans le chapitre précédent.
La même difficulté se présente pour les inflammations et les engorgements du testicule (2), engorge-
(1) Oribase, De locis affedis curât., lib. IV, cap. m.
(2) Ces inflammations du testicule sont indiquées par Celse [loc. cit., § 6), où il est dit : « In testiculis vero, si inflammatio sine ictu orta est, sanguis ex talo mittendus est... si iidem induruerunt, imponi débet lini vel fœni grœci semen ex mulso coctum... si vetustior jam durities est, maxime proflcit cucumeris agrestis radix in mulso cocta. » — Aëtius, Tetrab. IV, cap. xxi, parle aussi de l'inflammation des testicules et de ses suites.
ments qu'on ne doit pas assimiler au sarcocèle vénérien, faute de pouvoir établir aucun rapport entre ces tumeurs et les ulcères des organes de la génération. Un fait ressort, au contraire, de la lecture des ouvrages des anciens ; c'est que, pour eux, toutes les affections dont j'ai parlé jusqu'ici étaient considérées comme des maladies locales de l'appareil génital, et non comme des états diathésiques (1), preuve dernière de l'ignorance où ces auteurs se sont trouvés par rapport au véritable caractère de la syphilis, c'est-à-dire, à l'infection générale qui est la cause de toutes ces manifestations.
L'embarras diminue lorsqu'il s'agit des végétations.
Les ouvrages des médecins de l'antiquité prouvent sans réplique la connaissance qu'ils avaient de ces maladies. S'il fallait même en juger par l'exactitude des descriptions, on devrait penser qu'elles étaient fréquemment observées par eux.
Ces végétations, nous les avons trouvées déjà dans les passages d'Hippocrate indiqués plus haut (2); Galien (3) en parle également ; elles sont décrites dans les livres de tous ceux qui se sont occupés des ma-
(1) La preuve de ce fait se trouve dans le premier paragraphe du quatrième livre de Celse. « Hactenus, » dit cet auteur, « reperluntur ea gênera morborum, quae in totis corporibus ita sunt, ut iis certsesedes assignari non possint; nunc de his dicam quee sunt in partibus. » Et c'est dans un des livres suivants, le sixième, qu'il décrit les maladies qui appartiennent aux organes génitaux, « quae ad partes obscenas pertinent. >> Oribase, de son côté, range ces mêmes affections parmi les maladies locales : de locis affectis,
(2) Hippocrate, Œuvres complètes^ t. III, Paris, 1841. Epid., liv. III, §7.
(3) Galien, Method. med.^ lib. XIV, cap. xvii.
ladies de Tanus et des organes génitaux, où on les voit désignées sous des noms divers^, qui n'étaient pas toujours synonymes. Je signalerai parmi ces expressions celles de condyloma, thymus^ ficus, myrmecia, verruca. Celse (1) définit le condylôme : « Tuberculum qiiod ex quadam inflammatione nasci solet. » Paul d'^gine (2) dit de son côté ; « Thymi carnosœ sunt eminentiœ^quandoque in glando, quandoque in pjxeputio consistentes, et il les divise en deux catégories: celles qui sont malignes^ et celles qui ne le sont pas : « Ex his aliqui suntmaligni, aliqui non. » Oribase (3) fixe à son tour le sens du mot ficus: aFicus appellant germina quœdam admodum ulceris rotunda subdura, rubentia, quœdolor etiam comitatur. » Le mot myrmecia employé par plusieurs auteurs^ entre autres par Galien, est considéré par Castelli (4) comme synonyme de formica, [xupfjtY)^, et ainsi défini : « Formica quoque dicitur verrucœ species, quœ « grœce [xupjxYixia^ verrucaformicaria vocatur, tumens et « callosa, colore nigricans^basi lata et cutesessili, in ex- « cisione dolores afferens, morsiunculis formicœ simil- « limos, a quo etiam nomen accepit. » Quant au mot verruca, il n'exprimerait pas^ d'après le même auteur, une maladie unique, mais la réunion de deux espèces
(1) Celse, loc. cit., | 8.
(2) P. à'Mgme, Be remédie, lib. VI, c, Lvin, Be thymis in pudendis.
(3) Oribase, Synopseos lib. VII, cap.cxL, Be ficis.
(4) Voyez Castelli Lexicon aux mots Formica, Acrochordon, Verruca. Ces dénominations diverses des condylômes étaient quelquefois prises l'une pour l'autre : « Verruca in pudendis, » dit Paul d'iEgine, « thymus appellatur. « Loc. cit., §c.
morbides : la myrmecia^ dont il a été parlé tout à rheure, et V acrochordon^ lequel est ainsi caractérisé : « Genus verrucarumdolens, pensile et foras p7'oeminens, « exilique veluti pediculo ceu basi innitens, ad différents, tiam [Aupfxvi^. vel verrucarum sessilium. » La myrmecia est donc la verrue sessile, et Yacrochordon, la verrue pédiculée.
Ces végétations existaient aux parties génitales de rhomme (1), sur celles de la femme (2), à Tanus (3) et sur d^autres parties du corps (4).
Chez rhomme, on les observe sur le gland;, la verge et le prépuce : « In sola glande, aut in cole, aut inprœ- <iputio ,aliquando veroinomnibusrelatis ,)-) dit Aëtius (5).
(1) Paul d'iEgine les décrit aux parties génitales de l'homme : De thymis in pudendis, cap. lvui.
(2) Aux parties génitales de la femme : De thymis, condylomatibus et hœmorrhoidibus in muliebribus /ocz>, cap. clxxi.
(3) A l'anus, cap. lxxx, De condylomatis^ etc., in ano.
(4) Aëtius, Tetrab. IV, serm. ii, cap. iv. De thymis in sede ac reliquo corpore nascentibus, etc.
Thymi enim in corpore tuberculosse sunt eminentiœ, asperœ, subrubrae, oblongse, prœter naturam auctae, sanguinem effundentes dum auferuntur, amplius quam pro apparente magnitudine. Abundat autem haec affectio circa sedem et pudenda ac média femora, quandoque eliam in facie consistit. Et quidam sane parvi sunt, et vocantur thymi : aliqui vero magnitudine excedunt, et appellantur fici ; et aliqui mansueti sunt ; aliqui vero maligni. Mansueti igitur thymi, carunculae sunt parvse quidem, verum insequales, obscuris eminentiis exasperatœ, albicantis coloris, aut subrubrse, et doloris experles. Maligni vero thymi, duriores sunt et asperiores ac majores, fseculenti ac lividi coloris, doloresque ac punctorium dolorem inducentes... Sunt autem omnes mansueti facile curabiles; maligni vero, incurabiles. Curantur aliquando hi, non locali exsectione, sed cum ablatione totius partis in qua sunt. »
(5) Ibid., cap. xiii.
« Tubercula etiam, quœ cpu[j!.aTa Grœcivocanty circaglan- « dem oriuntiir,y) avait déjà enseigné Celse (1); et Oribase ajoute, acarnem vero in testibus crescentem (2). »
Chez la femme, elles occupent les parties externes de la génération et présentent des formes variées faciles à reconnaître : g Thymus eminentia quœdam est n aliquando rubicunda , quandoque alba, plerumque « sine dolore, thymi herbœ corymbis, sive cœcuminibus « similis. Condylomata vero rugosœ exturbinantiœ « sunti^). »
A l'anus ils ne diffèrent de ce qu^ils sont chez la femme qu'en vertu de la texture des parties affectées : « Condyloma in ano solum loco differt ab eo quod in « muliebribns pudendis est ; etenim etiam ipsum ru- (( gosa sedis eminentia, inflammatione aut rima prœc( gressu. Primum igitur eminentia appellatur, ubi vet^o ({ callescit, condyloma (4) . ))
Les citations précédentes montrent l'identité absolue qui existe entre les végétations telles que les anciens les observaient et celles que décrivent tous les syphilographes. Les premiers seulement ne parlaient point de leur caractère contagieux, non plus que de leur transmission par le coït ; aucun d'eux ne songeait à en faire une conséquence des ulcérations des organes génitaux. Avaient-ils tort? Quelques-uns le croient, mais la plupart des auteurs modernes se ran-
(1) Celse, loc. cit., § 2.
(2) On\ia,iQ, Synopseos loc. cit., cap. cm.
(3) P. d'^Egine, lib. VI, cap. lxxi.
(4) Ibid.^ cap. lxxx.
gent volontiers à leur avis. J'aurai bientôt à examiner cette questionna rechercher si les condylômes sont réellement de nature syphilitique; en ce moment je veux seulement constater un fait : c'est la connaissance exacte de cette forme particulière des maladies vénériennes chez les écrivains de Tantiquité et la distinction qu'ils établissaient entre elles et les ulcères.
La blennorrhagie leur était-elîe aussi bien connue? La plupart des syphilographes le pensent et vont même jusqu'à rechercher dans les livres saints la première mention de cette maladie.
On lit en effet au quinzième chapitre du Lévitique les versets suivants : « Locutusque est Dominas ad (( Moysem et Aaron, dicens : — 2. Loquimini filiis « Israël^ et dicite eis : Vir qui patitur fluxum seminis, c( immundus erit. — ^. Et tune judicabitur huic vifs, tio subjacere, cum per singula momenta adhœserit c< carni ejus, atque concreverit fœdus humor. ,
Svs^édiaur (1) a vu dans cette expression, fluxum seminis, un écoulement du canal de l'urètre, écoulement dont le caractère contagieux se trouvait implicitement démontré par l'espèce de réprobation dont l'homme impur (immundus] était frappé, et par la faculté qu'il possédait de transmettre son impureté à ceux avec lesquels il avait quelque contact direct ou indirect.
Moïse déclare en effet impur celui qui se reposera sur la couche d'un de ces malades : « Si quis homi-
(I) Traité complet des maladies vénériennes ou syphilitiques ^ 7fe édit., Paris, 1817, t. I, p. 16.
« num tetigerit lectum ejus, lavabit vestimenta sua, et « ipse, lotus aqua, immundus erit usque ad vespe- « rum » (vers. 5) ; celui qui se sera assis sur le siège où lui-même s^est reposé : a Si sederit ubi sederat » (vers. 6) ; celui qui aura touché la chair de cet homme : c( qui tetigerit carnemsuam » (vers. 7); enfin celui qui aura été souillé par la salive de ce malade : (( Si sa- « livam hujuscemodi homo jecerit super eum quimundus a est » (vers. 8). Dans toutes ces circonstances, rhomme pur jusque-là deviendra impur ; il devra se soumettre aux ablutions prescrites, et il restera souillé jusqu^'au soir, usque ad vesperum (vers. 8).
Il y a sans doute, dans toutes ces prescriptions^ des raisons de supposer que la maladie dont parle Moïse était contagieuse ; et cependant les commentateurs n^ont point admis sous ce rapport l'interprétation des médecins. Dom Calmet ne voit dans le fluxum seminis qu'une perte séminale : (( Morbum gonorrheœ (( {utivocant medici),qui oritur ex debilitate naturœ et (( potentiœ recedivœ (1) . » Il compare cette affection aux pollutions nocturnes^ qu'il faut toujours éviter avec soin^ parce qu'elles engendrent la mollesse du corps et celle de l'esprit : « Hic gignit mollitiem tum in cor^ n pore ipso, tum in imaginatione , quœ pollutionem aprovocat. »
Quant au mot immundus, le même auteur ne l'applique pas à un sujet porteur d'une maladie contagieuse, mais seulement à un homme incapable de
(1) Cursus theologiœ completus, t. VI, p. 800.
prendre part aux choses saintes. Ceci ressort entièrement de la traduction française des versets que j^ai cités. « Le Seigneur parla encore à Moïse et àAaron, « et leur dit : Parlez aux enfants d'Israël, et (pour « leur faire comprendre combien f ai en horreur toute « sorte d'impureté), dites-leur : L homme qui sera at- « taqué de la gonorrhée, sera impur, et séparé des choses « saintes (1). » Il n'y a donc rien^ ni dans le texte latin, ni dans la traduction française faite par des hommes compétents, qui puisse nous permettre d'assimiler le fluxum seminis à une maladie contagieuse.
Plusieurs raisons doivent même nous en éloigner. Uhomme atteint de cette affection pouvait bien^ il est vrai^ transmettre son impureté ; mais celui qui devenait ainsi impur ne conservait cette souillure que pour un temps limité, usque ad vesperum. Son état n'était donc pas identique à celui du malade, lequel restait impur jusqu'après sa guérison, dont l'époque n'était point indiquée. « Si sanatus fuerit qui hujuscemodi c( sustinet passionem, numerabit septem dies post emunc( dationem sui ; et lotis vestibus et toto corpore in c( aquis viventibus, erit mundus o ( vers. 13).
De plus cet homme n'était point malade au même titre que le premier, il ne pouvait à son tour transmettre son impureté à personne. « Nota hic canonem, » écrit dom Calmet: a in legeveteri,quivelqu8e,inseim- « munda erant, immunditiem suam transfundebant in c( tangentes : taies erant leprosi, seminiflui, menstruatae,
(1) Loc, aï., p. 801.
« reptilia; quse verô non in se, sed tantum per contac- G tum rei immundœ immunda fiebant, hsDc suam im- « munditiem non transfundebant în tangentes se ; ut « qui tetigerat reptile immundus erat, non tamen poU « luebatalium quem tangebat (1). »
Or^ les choses ne se passent pas ainsi quand il sV git d'une maladie contagieuse. Celui qui la contracte peut rester malade aussi longtemps que celui qui la donne ; il est contagionné jusqu'à parfaite guérison, et non pas seulement jusqu'à la fin du jour, usque ad vesperum. En second lieu, le contact est aussi dangereux avec lui qu'avec le premier malade; il transmet sa maladie aussi sûrement, et il la donne avec toute sa puissance, avec tous ses dangers.
Il est facile de comprendre maintenant pourquoi les commentateurs de Moïse n'ont point considéré le fluxum seminis comme une blennorrhagie, comment ils en ont fait une perte séminale, et rien de plus.
Une dernière raison pourrait encore être invoquée en leur faveur, c'est l'espèce d'assimilation qui était faite, chez les Hébreux, entre l'homme atteint de cette maladie et la femme quia sesrègles {seminiflui et menstruatœ)y assimilation admise par Moïse lui-même , puisqu'il indique aussi, dans le quinzième chapitre du Lévitique,les précautions auxquelles la femme se trouve assujettie pendant ses époques, et qu'il la déclare impure comme il l'avait fait pour l'homme lui-même.
11 résulte de tous les détails précédents qu'il est im-
(1) Loc, cit. y p. 803.