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L. SIMON. î

314 DES MALADIES VÉNÉBIENNES,

ganes génitaux de Fhomme et de la femme; occupant, chez le premier , la face interne du prépuce , le repli balano-préputial, le gland, le méat urinaire, le canal de Turètre, ou quelque point de la peau de la verge. Chez la femme, on Tobserve le plus souvent à la fourchette, sur les grandes lèvres et sur les petites, dans rintérieur du vagin et sur le col de Tutérus.

Cet ulcère peut occuper également des régions qui ne lui sont pas habituelles : Panus et la partie inférieure du rectum, le bord libre des paupières, rentrée des narines et du conduit auditif externe, Textrémité des doigts; la cavité buccale elle-même n^en est pas exempte. En un mot, on le trouve sur toutes les régions où le pus virulent peut être déposé, et il y est d'autant plus fréquent que ce contact est plus facile et plus souvent répété.

La marche du chancre mou est régulière. Cet ulcère est toujours précédé d'une période d'incubation, laquelle dure de 5 à 7 jours, ordinairement ; puis la pustule se forme, et Tulcère lui succède. Celui-ci commence par s'étendre d'une manière continue , ce qui constitue la période de progrès spécifique; s'arrête ensuite en conservant l'étendue qu'il avait acquise, c'est lapériode de statu quo spécifique ; enfin, son fond se déterge et s'élève, ses bords s'affaissent, l'aspect chancreux disparaît, le tissu inodulaire prend naissance et la cicatrice se forme. Tous ces phénomènes appartiennent à la. période de réparation.

Le chancre laisse souvent après lui une tache vio-

lacée^ considérée par Hahnemann comme la preuve certaine que la diathèse existe toujours.

Le diagnostic du chancre mou est assez facile, lorsque Tulcère occupe les parties externes de certaines régions. On est même tellement habitué à le rencontrer sur les organes de la génération, que toute solution de continuité qui existe à leur surface porte à présumer son existence.

La seule affection avec laquelle il soit possible de le confondre est Vherpes prœputialis ; mais les exulcérations auxquelles celui-ci donne naissance sont irrégulières^ superficielles, à fond jaunâtre, entourées d^une vive rougeur de la muqueuse , donnent lieu à une sécrétion muco-purulente, et surtout succèdent à des vésicules multiples. La balanite ne saurait non plus causer aucune illusion.

A Fanus, les chancres ont parfois une forme allongée qui les rapproche des fissures, dont ils se distinguent par leur fond qui est noirâtre, vermoulu, au lieu d^être lisse, blanc et nacré. De plus, les douleurs causées parla fissure sont beaucoup plus violentes que celles du chancre.

Le chancre anal, ne se développant jamais qu'à la suite du contact direct du pus, s'observe plus souvent chez la femme que chez Fhomme. Dans le premier cas, on retrouve presque toujours, en même temps, des ulcères primitifs sur quelque point des organes de la génération, ulcères qui ont été la source d'où le pus s^est écoulé. Dans le second, c'est à l'accomplissement de rapports a posterea venere qu'il faut attribuer

la maladie, aussi la disposition infundibuliforme de Tanus^ qui est particulière aux sodomites, devient-elle un signe très-important.

Partout ailleurs^ on peut^ avec quelque attention^ retrouver les caractères spécifiques de Tulcère : ses bords taillés à pic ^ son fond grisâtre , vermoulu , comme pultacé ; enfin, cet aspect qui se reconnaît toujours, quand une fois on Ta observé.

Le diagnostic devient plus embarrassant si Fulcère est caché dans quelque partie profonde y dans le canal de Turètre^ par exemple. G^est alors avec la blennorrhagie qu^on peut être exposé à le confondre.

Mais récoulement dû au chancre larvé est moins abondant que celui de la gonorrhée ; il est sanieux , grisâtre, souvent mêlé de sang : en palpant Turètre avec soin^ on reconnaît un point qui est plus gonflé, plus empâté que tous les autres, souvent douloureux. Ce point est parfaitement circonscrit» C'est à son niveau qu'existe Tulcère. S'il y a des doutes^ malgré l'existence de ces caractères, le seul moyen de les lever est l'inoculation.

Un des caractères diagnostiques du chancre mou se tire du bubon qui l'accompagne souvent, et qui se trouve en rapport anatomique avec lui. Je rappellerai plus loin les caractères de cette tumeur.

Le pronostic du chancre mou doit être envisagé

sous un double rapport : celui de ses dangers présents

et celui de ses dangers à venir.

' Tant que l'ulcère existe, il faut craindre de le voir

se multiplier ou passer au phagédénisme et à la gan-

grène. Comme il sécrète une grande quantité de pus, celui-ci souille facilement les parties voisines et y fait naître des ulcères d'inoculation. Il est généralement admis que ceux-ci n'aggravent pas Tétat du malade ; cependant ils multiplient toujours ses souffrances^ et le menacent des mêmes dangers que le premier ulcère.

Pour Favenir, il faut craindre Tapparition de symptômes particuliers, pouvant se montrer sur des régions très-différentes, mais surtout sur la peau et les muqueuses. Si Ton considère cependant l'étendue de ces altérations et leurs effets locaux et généraux, on devra reconnaître qu'ils sont moins destructeurs et moins redoutables que ceux de la vérole.

T Chancre INDURÉ. — Il succède en général, comme le précédent, à une pustule venue sur une tache rouge. Ses bords sont arrondis , à moins qu'il ne repose sur des tissus de densités différentes, comme il arrive lorsqu'il se trouve à cheval sur le gland et le prépuce; ils sont adhérents ; son fond est chagriné, aréolaire, lisse, brillant, non vermoulu, ce qui lui donne une teinte grise, comme vernie. La teinte du centre est toujours plus sombre que celle des bords.

Le caractère essentiel de cet ulcère est l'induration. Celle-ci lui sert de base, l'encadre de toutes parts, vient toujours après lui et se forme du troisième au quinzième jour à partir du début du chancre; elle se termine brusquement dans les tissus voisins. On a comparé sa forme à celle d'un pois qui serait coupe par la moitié : c'est là ce qu'on peut appeler sa forme

classique à laquelle il y a de nombreuses exceptions^ l'induration offrant souvent une forme irrégulière , ainsi qu'il arrive pour Tulcère lui-même , et se trouvant parfois excessivement mince , parcheminée, au ieu de pénétrer profondément dans les tissus.

L'induration est le résultat d'un épanchement de lymphe plastique dans les vaisseaux absorbants, avec extension dans le tissu cellulaire du voisinage. Elle donne au toucher la sensation d'un tissu rénitent, spécial, élastique, qui n'a point d'analogue. '" Le chancre induré sécrète très-peu de pus ; aussi se multiplie-t-il très-rarement sur place : de là vient qu'il est presque toujours solitaire. Il est essentiellement indolent. Le pus qu'il secrète est peu abondant , séreux, sanieux et mal lié.

Cet ulcère se distingue de tous les autres par son aspect, surtout par sa base et son bubon. Sa base est ce que je viens de dire ; le bubon est induré et composé de ganglions multiples et distincts.

Le bubon induré est très-important pour le diagnostic. Il a souvent fait découvrir des ulcères formés sur des régions insolites , et dont le malade lui-même ne soupçonnait pas l'existence : il a permis d'affirmer l'infection alors que l'ulcère était cicatrisé depuis longtemps.

Au reste, le chancre induré, comme le chancre mou , prend naissance sur le point même où le pus a été absorbé ; il n'offre, sous ce rapport, qu'une seule difïérence, c'est qu'il se rencontre souvent au cuir chevelu, où le chancre mou n'a pas encore été observé

Sa marche est rapide ; il tend très-vite à la cicatrisation. Il débute toujours comme un ulcère d^apparence molle. De trois à quinze jours après^, la base s^indure; quelquefois cette induration disparaît avant Tulcère, mais le plus souvent elle persiste longtemps après lui ; on l^a même vue exister encore lorsque Tulcère était cicatrisé depuis trente ans.

Avant de s'eiiacer, Finduration se ramollit^ et, alors même qu^elle survit au chancre , elle devient molle et gélatiniforme^ perdant une partie de sa consistance naturelle.

Le chancre induré passe rarement au phagédénisme ou à la gangrène. Tout son danger réside dans ses suites , c^est-à-dire dans le développement de la vérole. Il lui arrive souvent, au contraire, de se transformer en papule muqueuse. Dans ce cas, son fond s^élève, dépasse le niveau de la peau et prend Taspect d'un tubercule plat.

3° Chancre phagédénique pultacé. — Le phagédénisme est pour le chancre primitif une très-grave complication. Ses causes sont multipUées : la mauvaise constitution du malade, Texistence d'affections chroniques antérieures^ des cautérisations intempestives, des frottements dus à la marche , à la recherche de rapports sexuels pendant l'état de maladie, telles sont les causes les plus fréquentes de cette dégénérescence, qui ne tient, dans aucun cas, à la nature du virus.

Le chancre phagédénique débute comme les ulcères que je viens de décrire. Seulement le chancre mou et le chancre induré une fois formés, au lieu de rester à

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Fétat de statu quo spécifique, s'étendent^ surtout en surface, labourent les tissus en suivant des directions irrégulières.

On voit les bords de Tulcère s^amincir sur le poini où Textension doit se faire, se décoller^ se perforer et finir par disparaître dans la suppuration.

L'aréole qui enveloppe Tulcère a une teinte brune violacée, le fond est recouvert d'une couche diphthéritique très-adhérente, grisâtre ; la suppuration est abondante et jamais inoculable. On voit apparaître de distance en distance des bourgeons charnus, blafards, qui ne tardent pas à être frappés de gangrène.

Les hémorrhagies sont fréquentes avec ces ulcères, dont le développement est continu ; ils peuvent même envahir successivement les régions les plus éloignées. Dans ses Leçons sur le chancre, M. Ricord a rappelé l'histoire d'un malade traité dans ses salles, et chez lequel un chancre de cette espèce avait labouré , dans l'espace de huit ans, « l'aine, le flanc, les lombes, la cuisse (( tout entière, » et occupait alors « toute la région du genou (1). »

Ce qui caractérise cette espèce d'ulcération, c'est sa marche toujours envahissante, et l'enduit pultacé qui tapisse sa surface. On comprend qu'il ne puisse causer d'aussi graves désordres sans occasionner de la douleur, et sans que la santé générale ne vienne à s'altérer.

Le véritable danger du chancre phagédénique ré-

side dans sa puissance destructive et dans sa persistance. Son pronostic^ toutefois^, est subordonné à la puissance de la thérapeutique. Tout le monde convient qu^il résiste au mercure ; et, comme ce médicament est le seul spécifique que l'école officielle connaisse à la syphilis primitive^ le médecin se trouve souvent désarmé. Aussi les praticiens les plus habiles traitent-ils cette maladie pendant huit années sans parvenir à une cicatrisation durable.

Il n'en serait pas ainsi certainement si Ton avait exactement apprécié Tétiologie du chancre phagédénique, et si Ton était en position de reconnaître les médicaments appropriés à ces différentes causes morbides et aux effets qu'elles peuvent produire. C'est ici surtout qu'il conviendra de ne pas oubUer le précepte posé par Hahnemann, d'employer successivement les substances indiquées par chacune des diathèses qui agissent de concert pour produire d'aussi terribles résultats. Lorsque, dans le cours de son développement, le phagédénisme étend ses ravages en donnant à l'ulcère la forme d'un cercle, on le dit serpigineux.

4° Le CHANCRE PHAGÉDÉNiQUE GANGRENEUX ne diffère pas du précédent quant à sa gravité; car, lui aussi, amène des destructions organiques profondes et souvent sans remède.

Quand un chancre se gangrène, son centre devient noir, ses bords prennent une teinte blafarde, noire, disparaissent par portions. Des bourgeons charnus, d'un rouge sombre, se forment sur plusieurs points de sa surface, mais le sphacèle les envahit promptement, et

ils disparaissent à leur tour. On voit alors les tissus se détruire de proche en proche , en prenant successivement la coloration et la consistance de la gangrène.

Au moment où la maladie se limite^ les bords de Fulcère deviennent d^un rouge vif, Tescarre se détache et laisse à nu une surface rouge d'un bon aspect; des bourgeons charnus, de bonne apparence, s'y développent, la cavité creusée par le chancre se comble peu à peu, enfin du tissu inodulaire s'établit.

Tant que la gangrène existe, la sécrétion purulente est sanieuse, noirâtre, souvent mêlée de sang; elle prend l'aspect du pus de bonne nature, au moment où, l'escarre étant détachée, la cicatrisation marche vers un bon terme.

Il arrive très-fréquemment que la gangrène et le phagédénisme envahissent à la fois le même ulcère ; leurs dangers s'ajoutent alors, et la guérison devient d'autant plus difficile à obtenir. Ces compUcations s'observent bien plus souvent avec le chancre mou qu'avec le chancre induré.

5° Chancre végétant {ulcus elevatum). — Cet ulcère succède au chancre mou, mais bien souvent aussi au chancre induré. Le mécanisme de son développement est facile à comprendre.

Le fond de l'ulcère primitif bourgeonne, comme il fait quand il doit se cicatriser; mais ce travail de réparation dépasse le but par son exubérance. Les bourgeons charnus se multiplient outre mesure, s'élèvent au-dessus de la surface de la peau. Les bords

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