SYMPTOMES CONCOMITANTS DU CHANCRE
Deux symptômes accompagnent souvent le chancre; l'un ne s'observe que chez Fhomme : c'est le phimosis et le paraphimosis ; l'autre se rencontre également chez la femme et chez l'homme, c'est le bubon.
1° Phimosis. — On appelle ainsi le rétrécissement du prépuce en avant du gland. Il y a des sujets pour lesquels cette étroitesse du limbe préputial est un fait de conformation. Dans le cas de chancre, c'est toujours un embarras.
Du reste, que le prépuce soit large ou étroit, il
tend toujours à se gonfler lorsqu'un chancre se creuse à sa face interne. Cette tuméfaction est œdémateuse ou indurée ; dans ce cas^ elle a une consistance dure, élastique ;, en tout semblable à celle de Finduration chancreuse ; autrement , la tumeur est molle, blanchâtre, translucide.
Si le phimosis est œdémateux, il devient considérable, ferme Fouverture du prépuce de manière à gêner l'écoulement des urines et à empêcher celui du pus sécrété par le chancre.
Quand cet ulcère existe en arrière de la couronne du gland, le pus s'accumule et donne lieu à un véritable abcès , dont le danger tient à la compression qui en résulte pour le prépuce et pour le gland, compression bien plus funeste au premier qu'au second, ïi arrive souvent, en effet, que la gangrène en est la conséquence ; la mortification s'étend parfois à toute l'épaisseur du repli préputial, donne lieu à une escarre qui tombe en laissant à découvert une partie du gland. Cette ouverture est parfois assez large pour laisser passer l'extrémité de la verge.
Si la gangrène ne paraît pas, le prépuce s'enflamme, prend une teinte rouge, érésipélateuse, ou bien il se forme des abcès, qui s'ouvrent au dehors, et dont le résultat est encore la perforation du repli préputial.
Le gland se trouvant en contact continuel avec du ]!)us virulent s ulcère à son tour ; comme il est impossible d'observer ce qui se passe, c'est seulement après la chute df' l'escarre ou l'ouverture de! l'abcès
DU PARAPHIMOSIS. 3 25
qu^on peut apprécier ces désordres, qui vont parfois jusqu'à la destruction d'une partie de Forgane.
2" Paraphimosis. — On nomme ainsi l'étranglement du gland par le prépuce. Cet accident arrive quand on a voulu renverser le repli protecteur de la verge^ et qu'au lieu de le remettre à sa place, on le laisse dans la position qu'on lui a donnée.
J'ai rencontré un malade qui s'était ainsi découvert le gland dans les premiers jours d'un chancre induré de la face interne du prépuce, et dans l'intention de mettre cette ulcération à découvert, afin de la panser plus aisément. Le prépuce ainsi retiré en arrière de la couronne du gland prit, dans une nuit, un développement extrême; et, lorsque je revis ce monsieur, un bourrelet œdémateux, violacé, très-considérable s'était formé. La réduction fut impossible, et je traitai le chancre sans faire de nouveaux efforts pour l'obtenir. A mesure que l'ulcère marcha à cicatrisation, le gonflement, qui l'entourait, diminua , le prépuce perdit de son volume et put être enfin réduit.
Dans le paraphimosis, le gland est étranglé par un double motif : d'abord, parce que toute la verge se gonfle sous l'influence de la pression qu'elle éprouve, ensuite parce que l'ouverture du prépuce devient d'autant plus étroite que l'épaisseur de ce repli augmente. Le danger naît de cette double action, le gland d'une part, le prépuce de l'autre pouvant se mortifier par obstacle à la circulation.
3" Bubons. — Il ne sera question en ce moment que de ceux qui accompagnent les chancres , les
bubons blennorrhagiques devant trouver leur place plus loin.
On se rappelle qu'il existe trois sortes de bubons syphilitiques ; celui qui accompagne le chancre mou^ le bubon induré et le bubon d'emblée.
On peut définir le bubon d'une manière générale^ Tengorgement des ganglions lymphatiques qui se trouvent en rapport direct avec le chancre.
Si ce dernier est mou, le bubon est presque toujours inflammatoire. Quand la tumeur se forme, le malade éprouve d'abord de la gêne en marchant, s'il s'agit de Taine/puis une douleur réelle assez aiguë. Il constate alors, par le palper, une augmentation dans le volume de plusieurs ganglions, parmi lesquels il en est un plus gros et plus sensible que les autres. On lui a donné le nom de ganglion anatomique.
Celui-ci est, en générai, profond. D'abord il est mobile, mais à mesure qu'il augmente, il devient adhérent au tissu cellulaire, puis à la peau. Celle-ci change de couleur, prend une teinte rouge violacé, quelquefois franchement érésipélateuse. A cette époque, la tumeur donne une sensation d'empâtement, à laquelle succède une fluctuation manifeste. Cette dernière manque parfois. Dans ce cas on voit la tumeur diminuer, la peau reprendre sa teinte normale, et le ganglion revenir peu à peu à son volume ordinaire.
Une fois le pus formé, la résolution n'est plus possible ; l'abcès s^ouvre naturellement , si le bistouri ne vient en aide à la nature.