L. SLUOK
dant ; ce point envahit peu à peu toute la surface de Fulcère, dépasse alors ses limites et s^étend aux tissus voisins.
D^autres fois, la gangrène est Teffet du gonflement des tissus et de la compression que les parties engorgées exercent Fune contre l'autre. Ceci se présente lorsque le prépuce, étant devenu le siège d'un phimosis considérable, comprime le gland, et retient en arrière de la couronne, le pus sécrété par le chancre; ou encore dans le cas de paraphimosis, alors que le prépuce et la verge se compriment réciproquement.
Quelle que soit la cause de cette complication, le médicament spécifique est Yarsenicum (acide arsénieux). On trouve, en effet, dans sa pathogénésie les symptômes les plus caractéristiques de la gangrène, surtout de celle des organes génitaux. D'abord, des ulcères d'un aspect affreux et sécrétant une petite quantité de pus fétide, devenant le siège de fréquentes hémorrhagies , causant des douleurs lancinantes et brûlantes; puis, l'inflammation des organes génitaux allant jusqu'à la gangrène et s'accompagnant d'un gonflement douloureux; enfin, la gangrène subite des organes génitaux de l'homme.
En ajoutant à ces altérations locales les symptômes généraux engendrés par ce médicament, il devient évident qu'aucune substance n'est mieux indiquée*
Si le sujet est robuste, on peut employer Varsenic à une dilution assez basse, la 12^ par exemple; le donrîer par gouttes et à des intervalles assez rapprochés. Si le malade est épuisé, on doit être plus prudent^
ainsi que je Tai indiqué tout à Fheure à propos du phagédénisme.
Uescarre s'étant limitée sous Finfluence de ce médicament^ se détache^ en général, sans d^'autre secours. Si ce travail d'élimination tardait à se faire, il faudrait donner lachesis après arsenic , le prescrire à la 18^ ou à la 24^ puissance, en globules dissous dans l'eau alcoolisée. Les doses ne devraient plus être aussi rapprochées; 3 cuillerées dans les vingt-quatre heures seraient suffisantes.
L'ulcère étant nettoyé, se cicatrise presque toujours, la gangrène ayant pour effet de détruire la virulence. S'il en était autrement, il faudrait revenir au traitement du chancre, dès que la plaie reprendrait l'aspect de l'ulcère primitif.
Dans le cas où rien de semblable n'aurait lieu, et où la réparation des tissus tarderait à se faire, il faudrait donner sulphur à la place de lachesis, et silicea après sulphur. Chacun de ces médicaments à la 30^ dilution et en globules.
Enfin, si l'on avait affaire à un sujet épuisé, china deviendrait très-utile. Il serait bon seulement de le faire prendre à une dilution moyenne et à la dose de 3 à 4f gouttes pour 120 gr. d'eau alcoolisée.
Le pansement serait celui que j'ai indiqué pour le chancre phagédénique.
Il est facile d'induire de ce qui précède que l'ulcère primitif qui deviendrait à la fois serpigineux et gangreneux, réclamerait l'emploi successif des médicaments appropriés à chacune de ces transformations. Arsenic
serait toujours essentiel^, mais il ne suffirait pas à lui seul ; les substances indiquées plus h'aut devraient lui succéder.
Les malades atteints de pliagédénisme ou de gangrène étant toujours plus ou moins affaiblis, on doit veiller avec soin sur leur régime, rendre celui-ci fortifiant sans être excitant ; surtout ne permettre aucun aliment capable de troubler Taction des médicaments.
Lorsque la gangrène est la conséquence du phimosis ou du paraphimosis, la chirurgie est souvent appelée à intervenir. Il n'est même pas rare de conjurer de graves désordres par un débridement pratiqué à propos. Parfois on est obligé de pratiquer Texcision d^une portion du prépuce ou la circoncision elle-même. Tous les traités de chirurgie indiquent les détails de ceâ opérations.
5° Chancre végétant. -- Un chancre ne prend cet aspect qu^au moment où il entre dans sa période de réparation. Aussi le mercure lui a-t-il été le plus souvent prodigué, de manière à ce qu'il n^y ait pas lieu de songer à y revenir.
Cette transformation, du reste, ne s^observe que dans lecasoù la sycose accompagne la syphilis. Lesmédica-* ments doivent être en rapport avec cette double origine.
La première substance à laquelle il faille songer en pareille occurrence, est Vacide nitrique. Par ses effets purs, il se rapproche essentiellement de la sycose ; de plus c'est un antidote puissant des préparations merciirielles, ainsi que je Tai rappelé plusieurs fois.
On le donne à la 18® ou à la 24® dilution, en gouttes
OU en globules, suivant Pétat des forces du malade. Cette espèce de chancre n^ayant pas une marche trèsrapide, n^entraînant pas à de grands dangers, il n'est pas nécessaire de répéter la dose plus de deux fois par jour.
Si les végétations sont rouges, que le fond de Fulcère ait un aspect framboise, qu'il saigne au moindre contact, sécrétant un pus abondant, peu épais, corrosif, thuya doit succéder au nitri-acidum.
Si la cicatrisation tarde à se faire, c'est qu'il y a quelque complication psorique pour laquelle le soufre doit être donné comme intercurrent. Sous l'influence de ces médicaments, le fond de l'ulcère s'abaisse, et la réparation commence. En général , il suffit de laisser réagir le malade pour qu'elle s'accomplisse entièrement.
Dans le cas, cependant, où l'ulcère reprendrait l'aspect chancreux en perdant le caractère sycosique, il faudrait revenir au mercurius soluhilis, comme il a été dit à propos du chancre mou.
Il arrive parfois que l'ulcère doit son aspect à ce que sa base indurée est devenue très-proéminente. Il s'agit alors d'un ulcère de la seconde espèce et non d'un chancre végétant. Il faut donc le traiter comme chancre induré avec le lachesis et le sulphur, et non comme un effet du virus syphilitique et du virus sycosique réunis.
Le mercurius prœcipitatus ruber (oxyde rouge de mercure) a été recommandé contre le chancre végétant. On ne pourrait y songer que dans le cas où aucune préparation mercurielle n'aurait été don-
née antérieurement, ce qui est extrêmement rare.
Ce serait ici le lieu de parler des ulcères primitifs dénaturés par les préparations hydrargyriques ; mais j'ai eu occasion de signaler à propos de chaque espèce de chancre, les précautions qu'il faut observer lorsqu'on est appelé à combattre une diathèse syphiliticomercurielle. Devant revenir plus tard sur ce sujet, lorsque j'aurai à parler d'une manière générale de la vérole compliquée d'une cachexie médicinale, je n^entrerai pas en ce moment dans d'autres détails. Il me suffira donc, pour terminer ce qui a trait à la thérapeutique homœopathique de la syphilis primitive, d'indiquer le traitement des bubons d'emblée.
6° Bubons d'emblée. — D'après ce qui a été dit sur la genèse de ces tumeurs, il est facile d'induire que les médicaments nécessaires à leur traitement ne doivent pas différer de ceux qui conviennent au bubon accompagné d'un chancre.
Cependant, le bubon d'emblée offre quelques caractères qui lui sont propres; son développement est précédé, puis accompagné de symptômes généraux qu'on ne rencontre pas dans d'autres cas.
Le premier soin du médecin doit donc être de choisir un médicament qui soit en rapport avec ces souffrances. En agissant ainsi, il trouvera bien souvent indiqués aconit, belladone, pulsatille.
Aconit, lorsque la fièvre est intense et qu'elle se rapproche de la fièvre inflammatoire;
^Belladone, s'il y a, en outre de la chaleur de la peau, de la fréquence et de la dureté du pouls, une agitation
allant jusqu^au délire^ une soif ardente; surtout si la langue est rouge et lisse.
Pulsatille chez les sujets lymphatiques, s^ils accusent de nombreux frissonnements^ que la langue soit rouge et piquetée sur ses bords, recouverte, au fond, d'un enduit muqueux blanc et épais ; s'il y a de la soif avec dégoût prononcé pour les aliments.
Chacun de ces médicaments doit être prescrit à une dilution moyenne, à la dose de 6 globules à une goutte, dissous dans 120 gr. d'eau distillée; potion qui devra être administrée par cuillerées à bouche données de trois en trois heures.
L'état général étant modifié, et le bubon se développant, il faut en venir aux substances indiquées plus haut (p. 343). C'est alors que le carbo animalisj mercurius solubilis, hepar sulphuris trouveront leurs indications, si la tumeur menace de suppurer; tandis que lachesis et iodium seraient réservés pour le cas d'induration. Le choix de ces substances serait déterminé par les caractères que j'ai rapportés.
Un point essentiel est de tenir le malade au repos complet, afin de diminuer la douleur et de ne pas favoriser le travail inflammatoire. Il est bon aussi de recouvrir la tumeur de quelques cataplasmes et de pratiquer l'incision de l'abcès en temps opportun.