L. SIMON
3B0 DES MALADIES VENERIENNES.
Tordre qui est préférable pour le malade, et qui se trouve plus en rapport avec la substance employée. Le véritable but de la thérapeutique homœopathique étant de guérir avec la plus petite dose de médicament possible, et, lorsqu'il s'agit d'une maladie virulente, de donner à Taciion dynamique de chaque agent tout le développement qu'elle comporte, il faut débuter, en général, par des dilutions élevées, puis se rapprocher de plus en plus des dynamisations inférieures à mesure que Ton reconnaît la nécessité d'avoir une action plus matérielle, plus organique.
D'autres médicaments ont été encore recommandés : cinabaris, merc. prœcipitn ruber, et merc, biiodatus.
Le premier est recommandé par Rûckert (1), lorsqu'il est nécessaire d'obtenir une action rapide, et si le sujet est cachectique ou scrofuleux.
Le second, auquel Hartmann (2) accorde la préférence, paraît approprié au chancre mou bien plus qu'au chancre induré, car il donne un gonflement considérable de la verge, le phimosis et le paraphimosis, et des ulcères multiples, tous caractères qui appartiennent bien plus au premier qu'au second.
Quant au biiodure de mercure, il ne conviendrait que dans le cas où il y aurait complication de syphilis et de scrofule, ou lorsqu'il a été fait abus d'autres préparations mercurielles.
Le lachesis et le sulphur sont indiqués, au contraire,
(1) Loc. cit.
(2) Traité des mal. aiguës et des mal, chron,, 1. 11, p. 672.
pour le chancre induré sans complication, ce que Texpérience pure démontre, et ce que Tobservation clinique confirme de tous points.
Au reste, le médecin doit distinguer, dans le traitement de cet ulcère primitif, trois époques distinctes : ou bien le chancre existe seul, ou bien le malade porte à la fois le chancre et llnduration, ou bien encore Finduration persiste après la cicatrisation de Tulcère.
Si le chancre ne s^est pas encore induré, on sera conduit à lui opposer le merc. sohib. Ce sera sans succès, et il deviendra nécessaire d'arriver aux autres médicaments que j'ai indiqués.
Il n'y aura pas de doute si l'induration existe, qu'elle soit seule ou accompagnée de l'ulcère ; le traitement indiqué devra, dès lors, être mis en pratique. Il en sera de même si le chancre est cicatrisé. J'en citerai un exemple.
Deuxième Observation. — M. D^^^, 40 ans, lymphatico- nerveux, contracte un chancre au mois de mai 1831. Ce chancre s'indure; malgré cela, on le cautérise, tout en administrant les mercuriaux. Sous l'influence de ce traitement, l'ulcère se cicatrise, mais l'induration persiste.
M. D^* me consulte à la fin du deuxième mois.
Il porte sur le gland une large induration, ayant la consistance spécifique et pénétrant profondément dans les tissus. Ceux-ci ont une teinte rouge violacé trèsprononcée. Pas de suintement, pas de douleur. Engorgement induré des ganglions de l'aine gauche, les-
quels ont le volume de gros pois, sont' parfaitement distincts les uns des autres, et sans changement de couleur de la peau. — Pas de maladies chroniques antérieures. Comme symptômes secondaires , rien, si ce n'est un commencement d^'alopécie. Le mercure a été abandonné depuis trois semaines.
20 juilletl851. — Lachesis trig. 24^ dilution, goutte j, dans 250 gr. d'eau; en prendre 3 cuillerées par jour. Régime homœopathique.
25 juillet. — La rougeur du gland a beaucoup diminué, la consistance de Tinduration est moindre ; les ganglions engorgés n'ont pas varié.
Ce malade, partant pour la province, où il habitait d'ordinaire, reçoit 10 doses de lachesis, 30« dilution, chaque dose renfermant 5 globules. Une de ces doses devait être prise chaque matin.
6 août. — M. D*** m'écrit que l'amélioration continue, en ce sens que l'induration se ramollit de plus en plus, et que la coloration du gland s'efface.
Repos de dix jours, puis revenir à lachesis, 24% 5 globules pour chaque dose.
2 septembre. — La coloration du gland est redevenue tout à fait normale ; la consistance des tissus reste un peu plus grande au point où existait l'induration ; les ganglions diminuent.
10 doses mercurius solubilis, 18^ dilution, 6 globules.
'15 septembre. —Pas de changement.
15 doses lachesis, 18% 5 globules.
l^'" octobre. — Le malade vient lui-même. Je constate que rinduration a disparu entièrement^ et que lés ganglions inguinaux seuls restent un peu volumineux.
10 doses sulphur, 30% 4 globules.
15 octobre. — Très-bien ; les ganglions diminuent.
Pas de médicament.
Un mois après^ je constate que les ganglions euxmêmes ont disparu.
10 doses lachesis, 12% 4 globules : une dose tous les 2 jours, puis repos de 15 jours.
Le malade revient à la fin de décembre. Il n^y a plus aucune trace de ses symptômes primitifs; la chute des cheveux est arrêtée ; aucun autre accident secondaire n'a paru.
Un an après, je revis M. D^**. Il lui était survenu, pendant un voyage fait en diligence, une hydrocèle vaginale du côté gauche, affection qu'il rapportait à quelque froissement qu'il avait éprouvé pendant la route.
10 doses arnica, 12% 6 globules , suivies de 20 doses rhododendron chrysantum , 3® trituration de M. Weber (1), et 20 autres doses de la 6^ trituration de ce même médicament, amenèrent la résolution complète de cet épanchement.
Les soins que j'eus à donner alors à ce malade me permirent de constater que son chancre n'avait pas
(1) Voyez, pour la préparation des médicaments à l'aide du dynamisateur, le Codex des médicaments homœopathiques, par G. Webev.
été suivi de vérole. Voilà plus de sept ans que les symptômes primitifs ont disparu^ et la santé n'a pas été altérée de nouveau.
Cet intervalle est trop court, sans doute^ pour permettre d'affirmer que M. D*'''* soit absolument à Tabri des effets du virus syphilitique ; mais, ce qui est incontestable, c'est que les accidents secondaires n'ont point paru au bout des six mois, ce terme habituellement si fatal, et que le traitement mercuriel qui avait été suivi au début, était trop court et trop incomplet pour rendre compte d'un semblable retard dans l'évolution de la maladie.
Il est bien rare que le chancre induré donne lieu à un phimosis assez considérable pour qu'il y ait lieu de tenir compte de cette complication. Cet ulcère , ne s'accompagnant, en général, d'aucun signe d'inflammation violente, n'amène jamais qu'un léger gonflement du prépuce. Le mieux alors est de ne pas changer de médicament.
Si cependant le phimosis augmente, cinaboris doit être employé. Lui seul donne, en effet, ce gonflement préputial dur et résistant qui accompagne le chancre induré.
Le bubon réclame rarement un autre médicament que l'induration elle-même. Cependant, s'il survit à cette dernière; s'il résiste au lachesis et au sulphur , lODiUM est le véritable spécifique à lui opposer.
La maladie, affectant alors une marche lente, réclame une action assez énergique. Aussi faut-il donner l'iode à une dilution un peu basse, la 12^ ou la 9^,
et à la dose de 2 ou 3 gouttes dans une potion de 250 grammes d'eau alcoolisée ; potion dont le malade doit prendre 2^ ou, au plus, 3 cuillerées par jour.
Sous Tinfluence de ce médicament, les ganglions éprouvent une diminution notable, et il est inutile de répéter la dose aussi longtemps que le mieux continue. Rarement est-on obligé de revenir à deux ou trois reprises à Tadministration de Tiode, ce qu'il faut faire en élevant peu à peu la dilution.
3^ Chancre phagédénique. — Le phagédénisme n'appartient pas au virus syphilitique ; c'est une complication que plusieurs causes différentes peuvent produire ; aussi réclame-t-il des médicaments assez variés.
1° Il est bien souvent le résultat du mauvais emploi du mercure, surtout de l'application de l'onguent napolitain sur un chancre mou ou sur un bubon suppuré ;
2° D'autres fois il est dû à des cautérisations intempestives;
3° A la coexistence de la psore ou de la scrofule;
4° Enfin, l'affaiblissement causé par les progrès de l'âge ou par un état cachectique dû à des infections répétées, le favorisent très-souvent.
Les médicaments varient en raison de ces conditions diverses.
Lorsqu'il a été fait antérieurement abus de mei'cure,il faut recourir aux antidotes de ce médicament; nitriacidum^ hepar sulphilris^ carbo vegetabilis se trouvent indiqués.
Nitri acidiim, quand Tulcère est peu douloureux, que ses bords sont renversés, que le fond sécrète une sanie abondante ; s'il affecte la forme serpigineuse.
Hepar sulphuris, lorsque Tulcère est le siège de douleurs pulsatives, déchirantes, et quil saigne trèsfacilement.
Carbo vegetabilis, si les bords sont violacés, mous, comme scorbutiques, décollés, que la sanie soit fétide, et surtout si le malade est très-affaibli.
S^il arrive que le chancre se soit étendu à la suite de cautérisations intempestives, sans le concours d'aucun autre vice général, il suffit de modifier le pansement, d'appliquer quelques plumasseaux de charpie imbibée de teinture d'arnica étendue d'eau (une cuillerée à café pour un grand verre). L'effet du caustique est facilement annulé par ce moyen, et Ton peut revenir ensuite au traitement indiqué pour Fulcère vénérien primitif.
La coexistence de la psore et de la syphilis fait que le chancre se recouvre d'une croûte sous laquelle l'ulcère se creuse; sulphur est alors parfaitement utile.
Lorsque le chancre est entouré d'une aréole rouge et dure, que ses bords sont enflammés, que le liquide sécrété est plus sanguinolent que purulent, surtout s'il existe des douleurs extrêmement vives, qui augmentent la nuit et troublent le sommeil, causticum sera préférable.
Quand le sujet est scrofuleux, le fond de l'ulcère se 'recouvre d'un enduit diphthéritique; baryta\carbonica,
si efficace pour combattre la formation des fausses membranes, est alors très-efficace.
Borax veneta convient aussi quand la couenne est mince, blanche^ peu adhérente,, et qu'elle repose sur un fond d'un rouge assez vif.
L'ulcère ayant été ramené à Tétat de plaie simple par l'un de ces médicaments, sa cicatrisation peut se faire sans d'autre secours ; si elle paraissait s'arrêter, 5z7zce« devrait être ordonnée.
Enfin, la cicatrisation s'étant accomplie par places, entre lesquelles il reste des trajets fistuleux, graphites remplacerait très-bien silicea.
Lorsque le phagédénisme se montre chez des sujets porteurs d'une affection désorganisatrice, de tu" hercules ou de cancer ; chez des vieillards, chez des hommes épuisés par l'excès du travail et de la misère ; enfin, chez des malades qui ont subi des infections syphilitiques nombreuses, et qui sont arrivés à un état de cachexie avancée, il faut, dans le cas d'affection désorganisatrice, alterner les médicaments appropriés à la maladie organique , avec ceux qui sont en rapport avec le phagédénisme et avec la syphilis.
Chez les vieillards et les sujets épuisés par les privations, china est un intercurrent fort utile, lorsqu'il y a une abondante suppuration, des hémorrhagies répétées, ou une diarrhée fréquente. Seulement, il faut revenir ensuite à un des médicaments précédemment indiqués.
Lorsque l'affaibhssement est le résultat d'excès de coït, acidvm phosphoricum est préférable à china.
Restent enfin les malades atteints de cachexie syphilitique : rien n/est plus grave pour eux que le phagédénisme. Cette complication est alors d'autant plus redoutable^ qu'il a généralement été fait un grand abus du mercure^ et que Taction du médicament vient compliquer celle du virus.
Hepar sulphmns, aurum murîat. seraient parfaitement indiqués. Nitri acidum devrait être choisi dans les cas où existerait Tun de ses symptômes caractéristiques.
Toutefois, s'il n'y avait pas d'accidents mercuriels, que les préparations hydrargyriques aient été abandonnées depuis longtemps, le mercurius solubilis, et même le sublimé corrosif, recommandé par Hartmann et par le docteur Rûckert, devraient être administrés.
Il faudrait seulement les abandonner bientôt pour revenir aux sulfureux, surtout au foie de soufre, et, plus tard, à Tun des agents nommés plus haut.
Ces médicaments ont tous pour effet de faire cesser le phagédénisme, la nature chancreuse de Fulcère, et de permettre au travail réparateur de s'établir.
Thuya a été recommandé par Hartmann comme le spécifique des chancres serpigineux. Mais ceux-ci, comme les premiers, ne cèdent pas à un médicament unique, parce qu'ils ne sont pas l'effet d'une seule cause morbide.
Cependant, en tenant compte de la forme circulaire, même incomplète, affectée par l'ulcère, on devrait recourir à sepia, dont l'utilité serait manifeste, chez les femmes surtout.
Il est enfin un médicament qu'aucun auteur n'a signalé, et dans la pathogénésie duquel on trouve les symptômes suivants : « Une petite érosion du pénis « devient un ulcère qui parcourt rapidement toute « l'étendue de la verge; ses bords sont durs, son fond « se recouvre d'un enduit diphthéritique et saigne faci- « lement (1). » Ce médicament est \e juglans regia. Personne n'en parle, aucun médecin ne paraît l'avoir employé contre le phagédénisme. A en juger par sa pathogénésie, il doit cependant être fort utile; je ne saurais trop recommander de l'expérimenter o
Il est impossible, on le comprend, de fixer pour chacune de ces substances une dilution unique et un mode d'administration invariable. Ce qu'il faut considérer surtout, sous ce rapport, c'est la rapidité avec laquelle l'ulcère se propage, l'état des forces du sujet, les conditions qui ont amené cette comphcation.
Plus les ravages de l'ulcère s'étendent promptement, plus les doses doivent être massives, plus souvent il convient de les répéter. Si alors le sujet est robuste, que la force de réaction soit, chez lui, dans toute sa puissance, la 9% la 12% au plus la 18^ dilution doivent être employées. On ne doit pas craindre non plus de donner des gouttes et de faire prendre chaque jour plusieurs cuillerées de la potion.
Il en est encore ainsi, lorsqu'il faut combattre les effets du mercure et employer ses antidotes.
Mais si le phagédénisme tient à l'existence de dia-
(1) Manuel de Noack et Trincks, vol. 111, p. 1459, Sympt. de fa peau.
thèses profondes, à la psore ou aux scrofules ; si l'on a affaire à un sujet épuisé, cachectique, atteint d'une affection désorganisatrice, il est nécessaire de ménager beaucoup plus les médicaments. Les dilutions élevées sont indispensables, les globules doivent être préférés aux gouttes, les doses sont toujours administrées à des intervalles éloignés.
On ne doit jamais, dans ce cas, vouloir aller trop vite, parce qu'on ne fait alors rien de bon. Chez de semblables sujets, les médicaments causent souvent des aggravations, les réactions sont lentes à se produire, et si les doses sont trop fortes ou trop rapprochées, la maladie s'aggrave au heu de s'améliorer, et l'action thérapeutique s'adjoint à celle des causes morbides, au lieu d'être un obstacle pour ces dernières.
C'est alors surtout qu'il faut interrompre souvent l'administration des médicaments; laisser au malade des intervalles de repos, parfois assez prolongés, et ne jamais donner une nouvelle substance tant que l'action de la première n'est pas complètement épuisée.
Le pansement de ces ulcères est une des difficultés de leur traitement homœopathique. D'une part, on se trouve toujours mal d'appliquer quelque corps gras à leur surface, de sorte que le cérat doit être proscrit; de l'autre, il faut éviter l'emploi des substances médicinales actives, lesquelles seraient absorbées et viendraient troubler l'action des médicaments donnés à l'intérieur.
Ainsi, le vin aromatique recommandé par M.Ricord, le tartrate de fer et de potasse utilisé par un grand
nombre de praticiens^ Textrait gommeux d^'opium mêlé à Teau de laitue, etc., ne peuvent nous convenir. Il nous resterait donc ]^emploi du vin uni au sucre candi, d'après la formule de M. Baumes :
Sucre candi 4 grammes.
Vin... 30 —
mélange qui n'aurait pas les inconvénients des autres préparations.
Le plus simple est évidemment d'appliquer sur les ulcères des plumasseaux de charpie imbibés avec de l'eau alcoolisée, ou mieux avec une solution du médicament que l'on fait prendre à l'intérieur.
On pourrait, par exemple, lorsqu'on administre l'acide nitrique, le foie de soufre, etc., imbiber la charpie avec de l'eau alcoohsée, contenant iO ou 12 gouttes d'une dilution inférieure d'une de ces substances. Mais il ne faudrait jamais employer à l'extérieur un médicament autre que celui dont le malade fait usage à l'intérieur, et cela pour la même raison qui nous a fait rejeter les substances actives de l'allopathie. Dans les intervalles de repos laissés à la réaction, l'eau alcoolisée serait seule employée.
Si la charpie venait à adhérer à l'ulcère, il faudrait l'humecter avec de l'eau tiède, en ayant grand soin de ne l'enlever qu'après l'avoir détachée entièrement.
4° Chancre gangreneux. — La gangrène frappe le chancre de deux manières. Tantôt le fond de l'ulcère se couvre d'un point noir qui va toujours en s'éten-