‹ Des maladies vénériennes et de leur traitement homéopathiqueChapitre 81 sur 86 · VÉGÉTATIONS · texte numérisé non relu

VÉGÉTATIONS

Les végétations naissent, le plus ordinairement, quand elles sont primitives, sur les organes génitaux de rtiomme et de la femme ; plus tard, elles peuvent se développer sur des points éloignés, sur la langue, sur les valvules du cœur, sur les méninges, à la surface des voies aériennes supérieures, etc.

Sur les organes génitaux, les végétations primitives forment des masses irrégulières, d'une couleur variable, allant du rouge au violet, à surface granulée. La forme de ces tumeurs est indiquée par les noms mêmes qu'elles ont reçus de choux-fleurs, de fraises, de framboises, de poireaux et de verrues. Elles sont molles, peu douloureuses, saignent facilement par le contact, et sécrètent un liquide muco-purulent qui répand

en général une mauvaise odeur. Leur volume devient parfois assez considérable pour gêner les fonctions des organes voisins.

Chez rhomme, ces végétations occupent ordinairement la surface du gland ou celle du prépuce ; il n^est pas rare^ non plus, de les rencontrer dans le canal de Turètre, où elles amènent un écoulement réellement sycosique.

Chez la femme, on les observe à la vulve où elles acquièrent parfois un volume énorme (1), dans levagin et sur le col de Tutérus (2).

Les deux sexes les présentent aussi à Fanus, à la surface des paupières, sur la langue et au fond du pharynx.

Les végétations secondaires peuvent offrir un aspect analogue à celui des végétations primitives; mais elles sont toujours plus compactes, moins vasculaires. Ce sont elles qui peuvent, en se ramollissant sur certains points tandis qu'elles s'indurent sur d'autres, faire croire à une tumeur cancéreuse. Ou bien quand elles sont comprimées, elles deviennent plus dures encore, ne sécrètent rien et forment des tumeurs dont le diagnostic est parfois embarrassant.

La verrue est une forme très-fréquente de ces végétations secondaires, on les observe sur les organes génitaux : j'en ai cité un exemple dans ma thèse (3).

(1) Voyez la tumeur représentée par M. Lebert, Anatomiepath., pi. CL VI.

(2) Ihid.

(3) Compaïer les effets du mercure sur l'homme sain, aux symptômes de la syphilis. Thèse. Paris, 1847

SYCOSE. 70 8

Le diagnostic des végétations primitives est assez facile : leur forme, leur siège ne permettent guère de les confondre qu'avec les papules muqueuses; mais cellesci sont plates, toujours assez petites, ne sont pas granulées à leur surface, ont une nuance plutôt grise que rouge et n'acquièrent jamais le volume des végétations.

Ce qui est plus embarrassant, c'est de reconnaître les fies quand ils se développent sur une surface qui n'est point accessible à la vue : à Tintérieur d'un prépuce étroit, dans le canal de l'urètre, par exemple.

Dans le premier cas on peut confondre la végétation avec un chancre induré ; toute la différence se trouve dans la consistance de la tumeur, dans sa sécrétion qui est beaucoup plus abondante et plus sanguinolente avec le fie qu'avec le chancre ; enfin, par les propriétés de ces liquides, celui du chancre pouvant être inoculé, celui de la végétation ne Tétant jamais.

Dans le second cas, on peut encore reconnaître la tumeur en écartant les lèvres du méat, lorsqu'elle existe près de ce dernier; autrement on ne peut la supposer que d'après la nature de l'écoulement. L'inoculation seule la fait distinguer du chancre larvé. La division du jet de l'urine et l'existence du suintement la font confondre avec les rétrécissements. Seulement, l'écoulement urétral, avec ces derniers, n'est ni aussi abondant, ni aussi purulent, ni aussi souvent sanguinolent qu'avec la sycose. Le cathétérism.e indique la présence de l'obstacle, mais il ne peut guère en faire présumer la nature.

Les végétations secondaires à forme de verrues ou de poireaux, se reconnaissent aisément quand on peut les voir; autrement leur diagnostic est à peu près impossible^ leur consistance, leur insensibilité ne pouvant guère permettre de les distinguer des autres espèces de rétrécissement.

Les végétations secondaires à forme cancroïde se séparent du cancer par les caractères suivants : elles naissent de plusieurs racines, le cancer d^une seule ; ne s'accompagnent pas d^engorgement ganglionnaire; ne causent point de douleurs lancinantes et sécrètent un liquide beaucoup moins irritant.

Les végétations des valvules du cœur et celles des méninges sont à peu près impossibles à diagnostiquer : les premières se confondent avec les autres altérations valvulaires, les secondes avec les tumeurs gommeuses ou osseuses de la syphilis. L'existence antérieure de végétations primitives serait une raison de supposer, mais non d'affirmer, leur existence.

Les végétations des voies aériennes supérieures seraient indiquées par la gêne de la respiration, et surtout par les nouveaux procédés de laryngoscopie (1), Le pronostic des végétations primitives n'est jamais très-grave ; il ne le devient que dans le cas où ces productions épigéniques atteindraient à un énorme voit ) Ce moyen d'exploration tout nouvellement importé en France, et dont nous devons les premiers essais au professeur Czermak, de Pesth, a déjà permis de reconnaître les plaques muqueuses du larynx coïncidant avec un enrouement syphilitique : on comprend de quelle importance il pourrait être pour le diagnostic des végétations du larynx.

SYCOSE. 7 05

lume^ ce qu'on a observé plusieurs fois. De plus^ leur thérapeutique médicale est aussi sûrement établie^ pour les homœopathes^ que celle des autres formes primitives des maladies vénériennes^ nous pouvons donc renoncer d'une manière générale, sinon absolue,, à remploi des moyens chirurgicaux.

Le pronostic des végétations secondaires n'est important qu'en raison de leur siège. Occupent-elles la peau ou la surface des organes génitaux, de l'anus, elles n'inspirent point d'inquiétude. Il en serait autrement si elles existaient sur les méninges ou à la surface des voies aériennes ; mais leur danger dépend alors de leur situation et non de leur nature.

Traitement. — L'homœopathie seule, jusqu'à présent, a su indiquer d'une manière exacte le traitement interne de la sycose. Le médicament qu'elle recommande en première ligne, celui qui se trouve en rapport direct avec cette diathèse, est le thuja occiden- TALis. Il est à la sycose ce que le mercure est à la syphilis, ce que le cannabis est à la blennorrhagie. C'est la substance le plussouvent indiquée, et cependant elle ne répond pas non plus à toutes les formes de la maladie, à toutes ses périodes. Le thuja s'adresse seulement aux végétations molles, rouges, suintantes, à large base, qu'elles aient la forme de fraises, de framboises^ de choux-fleurs , Aq crêtes-de-coq ; mais il ne peut rien pour les végétations verruqueuses et sèches. Il convient, quel que soit le siège de la maladie, que celle-ci occupe les organes génitaux, l'anus, les paupières, etc.

(]e médicament doit être prescrit à basse dilution.

6' ou IS**; à la dose de 1 à 3 gouttes dans une potion, prise à raison de 3 ou 4 cuillerées en 24 heures. Il faut toujours insister sur cette substance pendant plusieurs jours de suite^ y revenir à plusieurs reprises,, en laissant au malade quelques intervalles de repos. Hahnemann recommandait, dans les cas graves, de toucher la végétation avec du suc de thuja ; c'est donc une substance qu'il convient d'employer à l'extérieur et à l'intérieur.

Le NiTRi ACIDUM a aussi une grande importance pour le traitement de la sycose, surtout quand la tumeur se compose d'une série de petites végétations rouges, juxtaposées. On le donne comme le thuja.

Sabina, qui a été souvent employée, même en allopathie, sous forme de poudre déposée sur la végétation (1), a beaucoup moins d'efficacité que les deux substances précédentes; elle est utile cependant quand le condylôme donne une sensation de prurit et de brûlure insupportable ; mais cette douleur étant calmée, il faut d'ordinaire en revenir au thuja et au niiri acidum.

Sous l'influence de ces médicaments, on voit la végétation se flétrir, pâlir, devenir blanche et filamen-

(1) M.Vidal (de Cassis), Traité des mal. vénér.^ p. 271, recommande une poudre ainsi composée :

Sabine 6 grammes.

Alun calciné 5 grammes.

Il eût tiré meilleur parti de la teinture de ce médicament.

SYCOSE. 70 7

teuse ; lycopodium, donné alors, amène sa chute rapide.

Les substances précédentes suffisent à guérir les végétations primitives, quand il n^'existe aucune complication; seulement il est toujours convenable d^employer le sulphur^ à titre d'intercurrent, si le sujet est psorique ou scrofuleux. Le soufre est toujours donné à une dilution élevée, 24^ ou 30^, et en globules.

Mais la sycose est souvent compliquée de syphilis, ce qui arrive lorsque la végétation se développe à la surface d'un chancre primitif ou sur sa cicatrice. Dans ce cas, il faut recourir tour à tour aux médicaments qui conviennent à ces deux diathèses.

J'ai dit plus haut, en parlant du chancre végétant, comment il fallait se conduire lorsque le fie se développait à la place d'un ulcère primitif. (V. page 364.) ^ Quand on est consulté après le développement complet de la végétation, il faut débuter par le mercurius soLUBiLis, prescrire même le sublimé si le condylôme est le siège d'une sécrétion très-abondante. Si l'on a lieu de croire à l'existence de la psore ou de la scrofule, ou si le mercure a été donné largement, il faut débuter par sulphur trituratum.

Ces médicaments ayant accompli leur action, on revient au thuja, à Y acide nitrique, à la sabine, comme il a été dit plus haut.

L^observation suivante viendra à l'appui de ces indications.

M. X***, commerçant, vingt-deux ans, lymphatique, contracte deux chancres sur le prépuce, en septem-

bre 1857. Ce malade était alors en Allemagne. Le médecin qu^il consulte cautérise profondément, aucun traitement général n'est prescrit. Les ulcères se cicatrisent en quinze jours^ mais, à leur place^ il reste des taches rouges un peu élevées.

Dans cet état, ce jeune homme contracte un nouveau chancre, au mois de décembre ; ce chancre existait sur le côté gauche du prépuce ; les premiers occupaient le bord droit de son limbe. Nouvelles cautérisations, et emploi du mercure à Tintérieur, sous la forme de pilules de Dupuytren.

Malgré ce traitement , l'ulcère persiste et les cicatrices du côté droit se transforment en condylômes ; on les excise, puis on les cautérise avec Facide nitrique ; elles repoussent, et la même opération est pratiquée une seconde fois, puis une troisième. Las de souffrir, ce jeune homme me consulte le 12 février 1858 , presque six mois après la première infection.

Il portait à la face interne du prépuce, à gauche, un ulcère superficiel, à fond grisâtre, saignant facilement, et dont la base paraissait un peu indurée ; deux végétations, en forme de crête de coq, prenaient naissance à droite, un peu au-dessus du sillon balanopréputial. Ces végétations étaient rouges, molles, saignaient peu, ne causaient point de douleur. Enfin, un léger écoulement muqueux, indolent, avait lieu par Turètre.

Sentiment de courbature générale, peu d'appétit, langue blanche, constipation , faiblesse, grande inaptitude au travail.

La constitution du malade et Temploi antérieur du

SYCOSE. 709

mercure à dose allopathique^ firent que je débutai par sulphur trit.^ 30^^ 5 globules, dans une potion de 250 grammes d^eau ; le malade en prenait 3 cuillerées à bouche chaque jour.

Cinq jours après, je trouvai Tensemble du prépuce moins rouge; l'ulcère, plus superficiel et d'une teinte plus vive, s'était rétréci ; les végétations n'avaient pas changé.

47 février. — Repos de huit jours; puis mercurius solubilis, 30% donné comme le soufre.

2 mars. — L'ulcère est complètement cicatrisé; seulement la cicatrice reste d'un rouge sombre et plus dure que les parties voisines; les végétations sont moins rouges; elles ne donnent plus aucun suintement.

Prescription : à l'intérieur, thuja, 18% goutte j, pour 250 grammes d'eau alcoolisée. Prendre chaque jour trois cuillerées à bouche de cette potion ;

A l'extérieur, thuja, 6% gouttes vj pour 100 grammes d'eau alcoolisée. Tenir sur les condylômes un plumasseau de charpie imbibée de ce dernier hquide.

10 mars. — Très-bien ; les végétations ont diminué de moitié, elles ont perdu leur rougeur, leurs bords se fendillent, deviennent blancs et filamenteux.

Prescription : thuja , 24% goutte j , à l'intérieur; thuja 3% gouttes vj pour 100 grammes de véhicule, à l'extérieur.

17 mars. — Les végétations sont complètement flétries et blanches; une partie s'est détachée, laissant une tache rouge, sans dureté.

Prescription : Lycopodium , 30^ , goutte j pour

Page 1