VERRUES
Les verrues se composent de petites éminences grisâtres^ d'une à deux lignes de diamètre, à base large ou étroite, à surface lisse ou raboteuse et gercée.
D'après M. Cruveilhier, chaque verrue serait composée d'un groupe de papilles très-développées, juxtaposées ; chaque papille étant recouverte d'un étui épidermique ou corné. Ces groupes sont soutenus parle derme hypertrophié (1).
Les verrues contiennent toujours, dans leur épaisseur, des vaisseaux sanguins, qui donnent lieu à de petites hémorrhagies quand on les coupe.
Ces végétations sont parfois très-nombreuses, elles sont sèches, insensibles, mais deviennent douloureuses quand elles acquièrent un volume plus considérable et qu'elles se gercent. Ceci arrive surtout aux personnes qui les ont sur les doigts, et qui se trouvent dans l'obligation de mettre souvent les mains à l'eau.
M. Rayer a décrit une seconde espèce de verrues
(1) Traité (fanât, pathologique générale. Paris, 1856, t. III, p. 636.
composées d'éminences rougeâtres réunies par groupes allongés.
Ces verrues ne sont pas plus douloureuses que les autres; elles sont seulement plus vasculaires.
Un des caractères de ces végétations, c'est la facilité avec laquelle elles reparaissent quand on les a excisées ou cautérisées; c'est aussi la facilité avec laquelle elles se multiplient. On a même été jusqu'à dire que le sang qui s'écoule quand on les coupe, avait la puissance de faire naître des végétations semblables sur les parties qui en auraient été imprégnées. Ce fait de contagion n'a point été admis.
Traitement. — En allopathie la thérapeutique des verrues est essentiellement composée de moyens externes; en homœopathie, le docteur MuUer a suivi la même voie quand il a recommandé de toucher les verrues avec un mélange de teinture mère de veratrum et de thuja. Ces médicaments ont sans doute un avantage sur les moyens chirurgicaux, en ce sens qu'ils ont une action spécifique, et qu'il est permis de supposer leur absorption à la surface de la petite tumeur ; il est cependant préférable de recourir au traitement interne, celui-ci étant seul capable d'atteindre sûrement l'état diathésique.
La seule difficulté est ici de reconnaître l'agent approprié; cette difficulté tient précisément à ce que les verrues, ne s'accompagnant pas de nombreux symplôfnes, on est embarrassé pour choisir entre des substances analogues. Il y a cependant plusieurs médicaments dont les indications ont été parfaitement
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précisées et dont Tapplication peut être faite à coup sûr. Le premier de tous est le lycopodium, dont Taction curative a été démontrée^ par M. Léon Simon, père, en d840 (1). Le lycopode convient exclusivement aux verrues pédiculées et dont le sommet est fendillé. Ces deux caractères sont absolument pathognomoniques, ainsi qu'il résulte des observations publiées dans le travail sUs-indiqué. Sous Tinfluence du lycopodium, on voit la verrue se flétrir, un point noir paraît à son sommet, va toujours en s'étendant jusqu'à ce que toute la petite excroissance ait pris cette teinte. La verrue se détache alors en s'exfoliant ; elle ne laisse aucune cicatrice.
Cette marche a été la même chez tous les malades observés par M. Léon Simon père ; l'action du médicament est donc incontestable. Pour arriver à ce résultat il faut insister sur le lycopode, mais en changeant la dilution. Les globules ont toujours été suffisants. Tantôt ils étaient prescrits dans une potion dont le malade prenait une cuillerée tous les matins, ou matin et soir; tantôt ils étaient administrés à sec, au nombre de 3 à 6 tous les 3 ou 4 jours.
Dans tous ces cas, on commença par la 30® dilution, pour en venir ensuite à la 24% à la 18% à la 12® et à la 6®. Le traitement dura de 15 jours à 6 semaines.
Chez plusieurs de ces malades, sulphur fut donné avant le lycopode, mais il ne parut pas avoir d'influence réelle sur la verrue.
(1) Voy. Journal de la doctrine hahnémanntenne, publié par le docteur Molin, t. II, p. 81.
Les verrues lisses et plates résistent au lycopode. Dulcamara (1) paraît leur être mieux appropriée. Il faudrait administrer ce médicament comme il a été dit pour le lycopode.
Staphysagria^ suivie de mercurius nitrosus, a été recommandée pour les verrues filamenteuses.
En dehors de ces médicaments^ il faudra consulter encore phosphorus et natrum muriaticum, quand les excroissances occuperont les mains;
Arsenicum, petroleum, sepia, quand elles donneront une sensation de brûlure très-caractérisée;
Calcarea , nitri acidum , sepia , staphysagria, si la douleur est lancinante ;
Hepar sulphuris, sabina et sulphur, seraient utiles dans le cas où la verrue viendrait à s^enflammer;
Arsenicum, natrum carbonicum et phosphorus^ si elles s'ulcéraient à Forigine de leur pédicule;
Arsenicum, calcarea carbonica, causticum, hepar sulphuris, silicea, thuja, si elles venaient à suppurer.
Les verrues rouges, granulées, qui sont disposées en traînées, réclament nitri acidum d'abord, puis sulphur et thuja. Mercurius corrosivus pourrait être également utile si elles étaient le siège d'une abondante sécrétion.
Tous ces médicaments doivent être donnés à des dilutions élevées, en globules, et à des intervalles éloignés, jamais plus de deux fois par jour quand on les fait prendre dans une potion, et plus souvent que tous
(0 Bœnninghausen, loc. cit., p. 262.
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les 3 OU 4 jours quand on les donne à sec. La dose peut être alors de 3 à 4 globules chaque fois.
Il y a encore bien d'autres excroissances dont le corps de l'homme peut se couvrir, depuis ces petites végétations couvertes de poils, qui se forment chez les vieillards et dont il est impossible de faire autre chose qu'une légère infirmité, jusqu'à certains nœvi vasculaires. Mais il n'est pas possible, dans l'état actuel de la science, de les rattacher d'une manière positive à la sycose.
Il y aurait encore la grande classe des corps fibreux, des kystes, des lipomes, des productions cornées sur la nature et le traitement desquels il y aurait beaucoup à dire ; mais encore une fois, nous ne possédons pas d'observations précises nous permettant de les rattacher à la diathèse sycosique, Ces affections diverses deviendront certainement un vaste sujet d'étude sur lequel il serait déplacé d'insister ici.
Je terminerai donc ce qui a trait à l'étude des maladies vénériennes en citant une dernière observation, exemple curieux de production cornée.
Une femme de soixante ans, cardeuse de matelas, épuisée par le travail et les privations, se présenta au dispensaire au mois de mars 1845.
Elle portait sur le bras droit, au niveau du deltoïde, 3 cornes. La plus grosse avait le volume du petit doigt, les autres celui d'un tuyau de plume. Elles étaient recourbées sur elles-mêmes comme des cornes de chèvre, rugueuses et d'un jaune bien prononcé. Leur
longueur était de 4 centimètres pour la plus grande, de 3, ou moins, pour les autres. Entre ces cornes, il existait de petits filaments blanchâtres, tomenteux, qui pouvaient devenir, selon la malade, l'origine de cornes semblables à celles qu'elle portait ; celles-ci ayant commencé de cette manière.
Ces cornes duraient depuis trois ans ; elles étaient venues sur la cicatrice d'une plaie qui avait été faite pour enlever un lipome. Jamais aucune d'elles n'était tombée.
Cette femme prit d'abord une potion de sulphur, 30®, 5 globules sans changement notable ; puis lycopodium, d'abord à la 30% ensuite à la 24% à la 18% à la 12" et à la 6^
Sous l'influence de cette première série, les cornes devinrent ternes, commencèrent à s'exfolier et à devenir cassantes ; enfin, au bout de six semaines, l'une d'elles tomba. C'était la plus grosse et la plus longue.
On recommença la même série de dilutions de lycopodium ; la seconde corne se détacha dans le cours du troisième mois à partir du début du traitement ; quinze jours après, la troisième s'était détachée à son tour.
11 ne restait plus sur la cicatrice du lipome qu'une dizaine de ces petits prolongements blancs et tomenteux qui existaient dès le début. Ils n'avaient ni augmenté ni diminué.
La malade débarrassée de ses cornes, qui la gênaient pour son travail, suspendit son traitement.
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Nous la revîmes un an après ; elle venait consulter pour une grippe. Le bras fut examiné et on y retrouva les rudiments filamenteux qui y étaient restés. Mais ces racines n'avaient augmenté ni en longueur ni en épaisseur.
Une fois la grippe passée, cette femme ne revint plus ; il fallut donc renoncer à compléter sa guérison.
Ce fait prouvé Tanalogie qui existe entre les verrues et les productions cornées : analogie pathologique, puisque les papilles qui forment les premières sont souventTecouvertes d'une enveloppe cornée; analogie thérapeutique, puisque nous voyons un même agent, le lycopode, amener la chute des verrues et celle de cornes parfaitement organisées.
Y aurait-il aussi quelque lien à établir entre le lipome, qui avait été enlevé, et les cornes qui étaient venues à la place occupée autrefois par la tumeur graisseuse? Il serait difficile de Taffirmer en présence d'une seule observation.
Tout ce qu'il faut retenir, c'est que dans l'opinion même de M. Cruveilhier, les lipomes dépendent d'un état général, et que cet état diathésique n^a pas encore été déterminé.