CONSIDÉRATION GÉNÉRALES
Ce sujet, l’un des plus graves et des plus difficiles de la pathologie générale, est aussi , par son importance et par la variété des détails, l’un des plus dignes de captiver l’attention du médecin. Les points controversés qu’il renferme ajoutent encore à son intérêt. Son éten-
duc est immense. 11 demande, sinon pour trancher toutes les questions qu’il comporte, au moins pour en préparer la solution , la connaissance parfaite de l’homme malade, et, mieux que cela encore, la science qui ne s’acquiert que par l’étude delà pathologie comparée et de la médecine expérimentale. C’est enfin , si on veut l’envisager sous ce rapport, l’une des plus sérieuses questions de l’hygiène publique.
Assurément, je n’ai pas la prétention de réunir toutes les connaissances qu’exige le vaste sujet qui fait l’objet de cette thèse; mais le sentiment de ma faiblesse me rendra plus difficile pour moi-même. Je m'efforcerai de suppléer à ce qui me manque par un choix sévère des opinions émises et des faits qui en sont le contrôle. Laissant de côté tout ce qui n’est que pure théorie ou ingénieuse hypothèse, je tâcherai de n’asseoir mon jugement que sur des cas certains ou généralement admis comme incontestables.
Toutefois, je ne négligerai pas pour cela les faits douteux ; mais je ne lesaccepterai qu’avec réserve et sous bénéfice d’inventaire, pour ainsi dire. Du reste , en les rangeant dans une classe à part, je les marquerai ainsi du cachet qui les distingue. L’avenir, en jetant plus de lumièresurces points obscurs, donnera à chaque fait sa place véritable.
Ces remarques sont particulièrement applicables aux observations de médecine vétérinaire. C’est là surtout que la science est encore à faire sur bien des points, et que la vérité se cache au milieu de cette foule d’observations contradictoires que les vétérinaires ont enregistrées dans leurs recueils. Et pour appuyer cette opinion, il me suffirait de dire que les questions les plus graves de la médecine des animaux n’ont pas été résolues par des vétérinaires , mais par des médecins. Ainsi, c’est Paulet, Camper et surtout Yicq-d’Azyr, qui ont fait connaître le typhus du gros bétail , son inoculabilité, qu’on me passe le mot, sa nature, sa rapidité de transmission. C’est Jenner qui trouve dans le cow-pox l’origine de la vaccine. C’est Valdinger, Naumann, Elliotsonet surtout M. Rayer, qui, sur la morve, ont vidé un procès encore pendant parmi les vétérinaires.
J’ai donc dû, dans mes recherches sur les maladies virulentes des animaux, faire un triage préalable. La pathologie comparée, qui commence à peine, ne saurait procéder avec trop de rigueur; le moindre écart conduirait à des appréciations fausses et à des rapprochements erronés; aussi n’ai-je voulu prendre des observations que j’ai consultées que celles qui m’ont offert les plus complètes garanties.
Ces explications préliminaires feront, je pense, assez ressortir dans quel esprit j’ai conçu mon travail : il comprendra deux parties , l’une sera consacrée à l’historique et à la définition des maladies virulentes, l’autre à la description générale de ces maladies.
Dans la première partie, j’ai cru devoir donner quelques dé tails relativement aux mots dont le sens exigeait une définition rigoureuse. Ici les mots sont des idées, je devais donc préciser l’interprétation que j’acceptais au milieu de toutes celles qu’on avait proposées, afin que ma véritable pensée sè traduisit toujours clairement aux yeux de mes juges.
Dans la seconde partie, j’ai fait plusieurs emprunts à la pathologie comparée. Je ne me suis point dissimulé qu’en étendant ainsi ma tâche, je la rendais plus difficile; mais j’ai pensé aussi que je n’ôtais rien à son intérêt en saisissant l’occasion d’appuyer les vérités qui ont cours en médecine, par des expériences justificatives faites sur les animaux. On y trouvera une division peut-être un peu hasardée des maladies virulentes, mais je la donne avec la plus grande réserve et sans y attacher plus d’importance qu’elle ne le mérite. Je n’ignore pas que les classifications, même les plus satisfaisantes, ne sont que comme la synthèse d’un état de chose que le temps modifie d’une manière incessante : c’est une sorte de formule qui vieillit et meurt chaque jour en raison des progrès continuels de la science.
§. Ier.
Les maladies virulentes sont toujours causées par l’apparition dans l’économie d’un poison morbide ou virus , lequel, à son tour, est susceptible de déterminer, par son absorption chez d’autres individus , la maladie qui lui a donné naissance.
Ce sont des maladies spécifiques, et la présence du virus forme leur caractère essentiel.
11 en est un grand nombre dans lesquelles l’existence de ce poison morbide est incontestable et se révèle à nous par l’inoculation. C’est là un de leurs modes de propagation , l’unique pour quelque-unes ; mais, ainsi que nous le dirons plus loin, elles ont bien d’autres manières d’être contagieuses. On peut les considérer comme essentiellement virulentes.
Il est d’autres affections qui , en raison de leurs symptômes et de diverses circonstances particulières , semblent devoir être également rapportées à la présence d’un virus dans l’économie-, mais les recherches faites dans le but de recueillir le virus et de constater son existence, ont été ou infructueuses, ou incertaines. La nature virulente de ces maladies reste par conséquent indécise.
L’histoire du mot virus, placée un peu plus loin, nous permettra, je pense, de justifier l’exactitude de ces propositions préliminaires.
Pour le moment, nous indiquerons ce que les auteurs ont nommé jusqu’à ce jour des maladies virulentes , car il est peut-être nécessaire de rappeler l’espèce de confusion qui règne, à cet égard, dans leurs ouvrages, afin de faire ressortir tous les obstacles que j’ai dû rencontrer en abordant ce sujet difficile.
Sauvages (1) est le premier nosologiste qui ait parlé de ces affections d’une manière spéciale. Illeur a consacré la seconde classe de sa nosologie. Première classe, maladies venimeuses; deuxième classe ,
(1) Sauvages. Nosolog. méthod.
maladies virulentes y syphilis, rage, gale, lèpre, éléphantiasis ; la iroisième renferme les maladies éruptives , qui diffèrent des précédentes par les pustules et les taches qu’elles font naître sur la peau. C’est là que l’on doit chercher la première origine de la question , et si imparfaitement résolue qu’elle soit par Sauvages, la solution qu’il en a donnée est loin d’être sans valeur. Les autres nosologistes de cette époque n’ont point parlé des maladies virulentes. Les classifications de Vogel, de Linnée, de Cullen (1), de Pinelj(2), de Brown (3), sont muettes à cet égard.
En revanche, on trouve dans tous les travaux relatifs à l’étiologie età la contagion publiés depuis un siècle, la pensée des maladies virulentes; on la comprend en quelque sorte , on voit que les auteurs voudraient en parler, car ils indiquent les virus et leur action spécifique ; mais embarrassés qu’ils sont par la contagion sans virus appréciable, par l’infection vénimeuse, par l’infection des cachexies cancéreuse scorbutique, etc., ils ne savent où se diriger, et la création d’un groupe spécial de maladies virulentes ne sort pas nette et tranchée de leur esprit.
Dans le Dictionnaire des sciences médicales si utile à tant de titres, mais qui, pour la médecine, traduit le déclin d’une g rande époque, prête à succomber sous les coups d’une génération nouvelle imbue de l’organicisme, dans ce Dictionnaire’, dis-je, la définition du mot virulent occupe quatre lignes, et son interprétation est fausse. — « Virulent, qui participe delà nature de certains virus. On se sert encore volontiers de ce mot pour désigner l’activité avec laquelle certaines affections pathologiques se déclarent, en même temps que le caractère de gravité et d’ataxie qu’elles prennenf promptement (A). »
(1) Vogel, Linnée, Cullen, in synopsis Cullen.
(2) Pinel, Nosographie.
(H) Brown. Traité de Méd.
(4) Dictionnaire des Sciences médicales, U me 58.
Dans le même ouvrage , le savant médecin qui a traité des humeurs dit que les maladies virulentes sont celles dans lesquelles il y aura réellement une humeur formée par un organe malade qui sera portée par les absorbants dans le sang, et ira matériellement déterminer une infection générale. Exemple : la syphilis. — Selon cette définition, que l’auteur lui-même n’accepterait plus aujourd’hui, la scrofule et le cancer seraient des maladies virulentes. Cela n’est pas admissible.
M. Nacquart(l), dans son article Contagion, parle longuement des virus, auxquels il attribue la production de toutes les maladies contagieuses, et qui par conséquent comprennent aussi les maladies virulentes ; mais elles ne sont pas désignées par ce nom.
M. Rochoux (2) admet l’existence des virus comme causes de maladies, qu’il réunit aux affections contagieuses en général , et il les distingue en les appelant contagieuses par germe : Ce sont la gale, la syphilis, la rage, etc. ; car on peut recueillir le virus dans des liquides ou dans des solides virulents. — Son autre classe de maladies contagieuses renferme celles dont le germe est inappréciable et impossible à fixer : telles sont la peste, les typhus, etc. — Sauf le mot de maladie virulente, qui était dans la pensée de M. Rochoux et qui ne s’est point trouvé sous sa plume, on voit que ce médecin distingué avait une idée exacte des affections que nous avons à faire connaître. Seulement nous ne partageons pas son avis à l’égard du mot germe, qui est pour lui synonyme de virus, car le germe dufavus^et l’acarus de de la gale ne peuvent être considérés comme des principes virulents.
M . le professeur Cliomel (3), de même que la plupart des pathologistes que nous avons cités, réunit également , dans une même description générale, les maladies contagieuses et les maladies virulentes. Il les
(■1) Dict. Sc. méd. tom. 6.
(2) Dict. Uléd., torn. 8.
(3) Cliomel. Pathol. Gén.
rapporte les unes comme les autres à l’introduction dans l’économie de principes délétères fixes ou volatils émanés de personnes atteintes de la même affection. C’est ainsi qu’il explique, en admettant ces causes spécifiques contagieuses , lagénération des typhus, de la rage, de la syphilis, etc. Mais qu’il me soit permis de faire cette remarque , le rapprochement n’est-il pas un peu forcé? Assurément ces maladies sont contagieuses, mais elles le sont d’une manière bien différente, et il est difficile de les réunir dans un même groupe nosologique. Au fond, la pensée est exacte et en rapport avec nos connaissances; mais dans la forme , il y a une incertitude que notre tâche est de chercher à faire disparaître.
Dans ces dernières années, les maladies essentiellement virulentes, c’est-à-dire inoculables, ont été séparées de celles dont le virus n’a pu être recueilli et inoculé. — MM. Roche et Sanson les ont placées dans leur quatorzième classe de maladies, consacrée aux altérations du sang. L’inoculation du virus en forme le caractère essentiel. On y trouve la variole, la vaccine, la varioloïde, la varicelle, la syphilis, la rage, la morve, le charbon, la pustule maligne, etc.
Ces maladies forment la quatrième classe de la nosographie de M. le professeur Bouillaud, sous le titre : Maladies miasmatiques et virulentes (1); et dans la classification de M. le professeur Andral (2), elles occupent, avec les intoxications vénéneuses, venimeuses et miasmatiques, la douzième classe consacrée aux hémopathies.
Enfin, dans un ouvrage fort sagement pensé, dû à la collaboration de l’un de nos compétiteurs et de l’un de nos juges, les maladies essentiellement virulentes sont séparées des maladies contagieuses dont le caractère virulent est incertain, et elles sont décrites succinctement avec une exactitude remarquable. MM. Hardy et Behier
(1) Bouillaud. Nosogra., lom. 5.
(2) Audral. Cours de Pathol, gén. à la faculté, 1847,
appellent maladies virulentes celles dont la cause, inconnue dans sa nature intime, consiste dans l’introduction d’un virus (synonyme de cause spécifique inconnue) dans l’économie, lequel est susceptible d’être inoculé. C’est là le principe que nous nous proposons de développer.
Ces auteurs ajoutent : Cette opinion délimite nettement les conditions nécessaires pour qu’une maladie soit virulente, savoir, la formation d’un liquide morbide susceptible de transmettre la maladie par inoculation.
Il ressort de ce court exposé, que si les maladies virulentes sont depuis longtemps connues, comme entités morbides, elles le sont à peine aujourd’hui au point de vue de la pathologie générale. Confondues presque toujours avec les maladies contagieuses dont elles ne forment qu’un groupe secondaire distinct et parfaitement naturel, elles n’ont été l’objet d’une attention particulière et sérieuse que dans ces dernières années.
Ainsi nous considérons seulement comme maladies virulentes ; celles qui, déterminées parla présence d’un virus dans l’économie, peuvent reproduire ce virus, lequel à son tour est susceptible d’engendrer une maladie identique à la première à l’aide de l’inoculation.
Le mot virus a été employé dans les acceptions les plus différentes aux diverses époques de l’humanité : c’est un mot latin qui vient de vires (forces) ; il a été employé par Virgile comme synonyme de venin.
Ille malum virus serpentibus adrtidit alris.
Virgile, Géorgiques.
D’après Sorvius, le savant commentateur de Virgile, il signifie
une odeur forte ou une puissance quelconque capable d’altérer une couleur, une saveur, ou enfin de produire une altération notable comme le ferait un venin; — pour lui, il y a de bons et de mauvais virus. Le même fait se retrouve aussi dans la langue grecque, car là le mot pocp/xaxov signifie bon et mauvais poison, c’est-à-dire poison et remède. « Venit autem a græco, nam et illi ÿOLO/J.CILXO'J medium habent, id est, bonum et malum (1).
Columelle l’emploie pour désigner une odeur et une vapeur nuisibles : Nec paludem Vietnam esse oportet œdificiis quia caloribus , noxium virus éructai (2). Ovide l’applique aux émanations qui se dégagent des pestiférés, ou aux émanations qui produisent la peste : pesliferum virus . Pline désigne sous ce nom et les venins de morsu venenalo, et les écoulements des parties génitales : Virus , humor qui ex genüalibus fluit .
Pour les médecins, le mot virus a été longtemps synonyme de poison; ils l’appliquaient, dit M. Rocboux (3), à tout délétère quelle que fût sa nature; ce n’est que lentement qu’ils sont arrivés à s’en faire une idée plus exacte, et les définitions qui vont suivre nous permettront d’apprécier l’état de leurs connaissances à ce sujet.
Parmi ces définitions, les unes s’appliquent aux virus, aux miasmes et aux venins. « Un virus est un principe qui produit une irritation proportionnée à sa force inhérente dans les parties soumises à son action immédiate, et dont les effets, quoique variables en raison des causes générales qui les modifient à l’infini, suivent néanmoins une marche constante, sous ce rapport qu’ils sont toujours relatifs à la nature et aux qualités de la matière agissante (4). » Les autres comprennent les virus et les miasmes con-
(1) Servies. noies à Virgile.
(2) Columelle, liv. 1, cap. 5. De rerusticâ.
(3) Rochoux. Dict. de Méd., art. Virus.
(&) Dumas. Cité dans 1 e Dict. abrégé des Sc. méd., art. Virus.
tagieüx : Hunter (4), M. Nacquarl (2) , M. Bouillaud (3), M. Chomel (4), M. Boyer (5), M. Delafond (6), M. Legroux (7), M. Seslier (8), M. Rocliôtix (9), MM. Monneret et Fleury, (40), etc. Ainsi Hunter, auquel nous devons une excellente description des poisons, dit : Un virus est un poison morbide qui produit une maladie spécifique semblable à ta maladie primitive. Celte définition est juste en tantqu elle se rapporte à la variole ou à la syphilis, mais elle n’est peut-être pas aussi exacte pour la fièvre typhoïde , ou du moins son exactitude n’est pas démontrée. Pour M. le professeur Chomel , c est un agent matériel dont l’existence ne peut être révoquée en doute, bien qu il échappe à nos sens, et qui est ordinairement enveloppé dans une substance visible telle que du pus, du mucus, des croûtes, du sang, etc. — Pour M. Seslier, les virus sont des produits morbides possédant la propriété de développer, sur un sujet sain, le mal auquel ils doivent leur formation. — Dans la troisième catégorie, que j’ai cru devoir établir parmi les nombreuses délinitions qu on a données du mot virus, rentrent celles d’Hildenbrandt (14), de Cattet et Gardel (12), de Marc (13), deNysten, de Bonnet (44), de Vaidy (45),
(1) Hunter. Tom. 1 p. 402, t. 2 p. 403.
(2) Nacquart. Dict. Sc. méd., art. Virus.
(5) Bouillaud. Dict. méd. et cliirurg. art. Contagion.
(4) Chomel. Pathol. Gén., 5rae édd., art. Etiologie.
(5) Thèses de Montpellier, 1835.
(0) Belafond. Pathol, gén. véter.
(7) Legroux. Thèse de concours, 1840.
(8) Se-'lier. Thèses pour l’Agrég. — i^ôG.
(9) Dict. méd., t. 30, art Virus.
(10) Monneret et Fleury, Compend. de méd. , art. Contagion.
' (il) Hildenbrandt, cité par Cattet et Gardel, Ueber den ansteckenden, typhus.
(1 2) Cattet, Gardel. Essai sur la contagion, an X.
(15) Dict. des Sc. méd., art. virus.
(14) Bonnet. Archiv. de mcd., 1826, t. 11. Cet auteur se contredit, et dans le meme travail donne deux définitions différentes.
(15) Vaidy. Archiv. de méd., 1828, t. 16.
d’Eissen(l),de M. le professeur Piorry(2), de MM. Hardy et Béliier (3), etc. M.Piorry appelle, ajuste titre, un virus le liquide quijouitdela propriété de déterminer, par inoculation , une maladie semblable à celle qui lui a donné naissance.
Toute équivoque est impossible avec cette définition; car sans nier l’existence du virus qu’on ne peut recueillir et qu’on ne peut inoculer, nous regardons comme seuls incontestables les virus qui sont susceptibles d inoculation. Tel est aussi le mérite de la définition de MM. Hardy et Behier. Ces auteurs s’expriment ainsi : « Un virus est un élément morbide, inconnu, il est vrai, dans sa nature, mais pouvant se transmettre par l’inoculation d’un liquide qui est fourni par l’économie infectée, et qui paraît, en quelque sorte, le produit d’une élaboration particulière. » Cette définition, est une des plus complètes qui aient été données: elle indique bien la nature morbide du liquide, ce qui est nécessaire; elle fait connaître son origine dans une économie infectée, scs résultats qui dépendent d’un travail pathologique spécial, et enfin sa qualité essentielle de virus, la reproduction par inoculation.
Nous adoptons entièrement celte définition du mot virus. Cela nous permet d’envisager notre question de la manière la plus satisfaisante -et la plus conforme à l’esprit de l’école de Paris. Nous tâcherons, une fois ce point de départ convenu, de ne marcher dans cette voie encore si peu frayée, qu’avec le guide toujours fidèle de l’observation la plus attentive, tout en profitant des résultats les plus certains dus à la médecine expérimentale.
La définition du virus, telle que nous l’avons posée, nous autorise, dès à présent, à limiter le nombre des vrais virus, et à rejeter, sans arbitraire, tous les liquides qu’autrefois on regardait comme virulents, c’est-à-dire chargés de principes contagieux ou de virus.
(1) Eisscn. Thèse de Strasbourg, 1828.
(2) l'iorry. Traité de Pathol., t.
(3) Hardy el Béliier. Traité de Pathol.
— Il nous suffira, je pense, de mentionner, sans discussion aucune, les virus dartreux, trichomatique, psorique, scrofuleux, rachitique, arthritique, rhumatismal, cancéreux, scorbutique, créations d’une époque dont il ne nous reste plus grand chose aujourd’hui. — Ces prétendus virus ne sont que des agents morbides développés dans un ou plusieurs points de l’économie , et capables de l’infecter s’ils sont résorbés, mais non susceptibles de se communiquer à distance ou d’être inoculés. — Il n’est pas d’observation bien digne de foi qui démontre la communication du cancer à distance et celles de Zacutus-Lusitanus , de Tulpius, de Harris, de Lassus, ne sont pas de nature à dissiper les doutes que nous conservons à cet égard (1). Tout le monde connaît les expériences de Dupuytren sur l’inoculation du pus cancéreux, et sur les résultats de la digestion de chairs cancéreuses par des chiens. — On sait qu’il se manifesta des troubles semblables à ceux qu’auraient occasionnés l’inoculation ou la digestion de matières septiques , mais qu’il n’y eut point production de cancer (2).
M. Rochoux(3)acrupouvoir réduire et limiter le nombre des virus à dix, qui sont: 1° Le virus rabifique; 2° syphilitique; 3uvaccin ; ^variolique ; 5° psorique ; 6° morveux ; 7° de la pustule maligne ; 8° de la pourriture d’hôpital; 9° de la rougeole; 10° de la scarlatine. Ce médecin a peut-être raison; mais s’il m’est permis de le dire, je crois que toute numération , à cet égard , est un peu hasardée. La médecine expérimentale, qui seule pourrait servir de base à ce jugement, ne renferme pas encore assez de faits relatifs à la question pour qu’on puisse la décider d’une manière définitive. — Les virus sont probablement plus nombreux qu’on ne le croit généralement, et l’avenir nous fera peutêtre malheureusement encore découvrir de nouvelles maladies virulentes. — Il y aura, je n’en puis douter, des additions et des retran-
(1) Monneret et Fleury, Compendium de méd. , art. Cancer.
(2) Viel-Hautmesnil , sur le Cancer. Thèses -1807.
(5) Rochoux. art. cité.
chements à faire à la liste donnée par M. Rochoux; et , dès à présent, l’on pourrait supprimer le virus psorique, qui n’est pas autre chose, je crois, qu’une maladie contagieuse développée par le transport d’épizoaires d’un individu sur un autre, et l’on pourrait, au contraire, ajouter, si l’expérience ultérieure confirme ce triste pressentiment, de nouvelles affections originaires des animaux.
Dans l’état actuel de la science, il est presque impossible de limiter le nombre des virus. On arriverait, sans doute, à énumérer ceux dont l’inoculation est incontestable ; mais il en est un grand nombre d’autres dont on ne peut vraiment pas tenir compte, du moins pour le présent, et qu’il ne faut admettre qu’avec réserve, puisque les résultats de l’inoculation sont incertains à leur égard.