PRONOSTIC
L’infection générale de l’économie par un virus n’est pas nécessairement une maladie mortelle; car, de même qu’il existe de bons et de mauvais poisons médicamenteux, de même il existe aussi de bons et de mauvais virus, et tel remède ou lel virus salutaire s’il est donné à petite dose, peut être funeste à une dose plus consi dérable.
Toutefois les maladies virulentes sont fort graves; la plupart font périr les sujets qu’elles atteignent ou leur impriment des stigmates ineffaçables. Combien plus de gens sont morts de la variole avant la découverte de l’inoculation variolique et de l’inoculation vaccinale! Que d’hommes ont déjà succombé à la morve et au farci n ! que de victimes emportées par les affections charbonneuses! et que de morts dans les troupeaux où règne la clavelée, la maladie bos-hongroise ! etc. Si, quittant ce tableau, nous jetons un regard sur les individus qui survivent, que voyons-nous? Ici des gens défigurés et couverts de cicatrices comme dans la variole et dans la pustule maligne; là, sous une apparence plus trompeuse, des désordres intérieurs profonds , comme dans la syphilis constitutionnelle.
En général, bien que toutes les maladies virulentes soient graves, cependant beaucoup d’entre elles peuvent guérir; cela dépend d’une foule de circonstances que nous allons indiquer. — Le pronostic de ces affections repose, 1° sur la forme aiguë ou chronique qu’elles présentent; 2° sur leur caractère épidémique; 3° sur la nature et l’énergie du virus; 4° sur la multiplicité et la gravité de leurs caractères spécifiques; 5° et enfin sur les conditions individuelles infiniment variées qui font que tel individu résiste mieux que tel autre à l’action des poisons morbides. — Ajoutons quelques exemples pour mieux faire comprendre notre pensée.
La morve aiguë est plus grave que la morve chronique. — La variole et la rougeole épidémiques chez l'homme, la clavelée, la maladie bos-hongroise chez les animaux, sont plus dangereuses que les mêmes maladies dans leur état sporadique. — Il y a des virus de nature bénigne et douce qui ne déterminent ordinairement que des affections virulentes légères, tel est le virus du cow-pox, de la rougeole, de la varioloïde, et tels sont les virus affaiblis par des transmissions successives qui en ont, pour ainsi dire, épuisé l’énergie. Les maladies virulentes, qui n’ont d’autre caractère spécifique qu’un exanthème ou que des pustules discrètes, sont évidemment moins graves
que celles dont les lésions multipliées et profondes troublent nécessairement l’exercice des fonctions.
Parmi les maladies virulentes, les unes semblent épuiser leur virus dans l’effort nécessaire à la production des lésions spécifiques, et l’infection qu’elles déterminent n’est pas assez complète pour empêcher une infection nouvelle, les autres, au contraire, impriment à l’organisme une modification tellement profonde que le sujet n’est plus apte à contracter la même affection.
Cette immunité constitue l’un des phénomènes les plus curieux et les plus importants de l’histoire des maladies virulentes, et, si elle n’est pas constante, elle n’en est pas moins réelle dans la majorité des cas ; sur ce grand fait repose le traitement des maladies virulentes de nos animaux domestiques. C’est par milliers que les vétérinaires inoculent les têtes de bécail pour les préserver de la clavelée, et autrefois de la maladie bos-hongroise. Nous avons eu, pendant longtemps chez nous, en raison du même principe, l’inoculation delà variole, aujourd’hui remplacée par la vaccine; et, dans certains pays, l’on inocule la rougeole aussi bien que le cow-pox , et presque avec autant de succès. MM. Guersent et Blache, qui se portent garants de l’assertion, nous rapportent qu’en Allemagne, sur onze cent vingt-deux personnes inoculées dans le cours d’une épidémie, mille quarantecinq environ contractèrent la maladie vers le septième jour, et que toutes furent guéries au plus tard le dix- septième.