DE L'INFLUENCE DU TEMPÉRAMENT
On doit entendre par tempérament : l'état physiologique qui résulte de la prédominance d'un organe ou d'un appareil d'organes dans l économie.
Ainsi , la prédominance du fluide nourricier et du système artériel constitue le tempérament sanguin.
Une sensibilité très-vive avec prédominance du système céphalo-rachidien constitue le tempérament nerveux.
L'activité du foie et l'abondance de la bile constituent le tempérament bilieux.
Le développement du système lymphatique constitue le tempérament du même nom.
Il y a encore des tempéraments mixtes, et ce sont peut-être les plus nombreux, qui résultent du développement parallèle et de l'énergie à peu
près égale de deux appareils; ainsi nous distinguons les tempéraments nervoso-sanguins,biliosonerveux, lymphatico-nerveux, et lymphatico-sanguins.
Si la constitution est le caractère différentiel des individus de même espèce, au point de vue de l'organisation extérieure, le tempérament est aussi le caractère différentiel de ces mêmes individus par rapport à leur état interne.
Tempérament sanguin.
Le sang nourrit, réchauffe, excite; il n'est pas le principe de la vie, puisqu'il ne se forme que sous l'influence de ce principe, mais il en est le véhicule.
L'excès ou le défaut de sang exalte la sensibilité et trouble toutes les fonctions.
Les altérations diverses qui peuvent survenir dans la composition de ce fluide, sont autant de causes de souffrance ou de maladie.
L'homme dont les organes sont largement abreuvés par un sang de bonne composition éprouve un sentiment de bien-être qui le dispose à la gaieté, à la confiance, aux affections bienveillantes; mais,
en même temps , il se complaît dans la vie matérielle. L'excellente nutrition des organes redouble leur activité , éveille leurs appétits. Le corps riche de sang est une cuve où bouillonnent la luxure et les passions sensuelles.
On a également remarqué de la mobilité dans les idées et dans le caractère des individus sanguins, et peut-être faut-il chercher l'explication de ce phénomène dans les impulsions que le sang communique au cerveau. Cet organe, comme nous l'avons déjà signalé, éprouve une sorte de ballottement correspondant aux deux temps de la respiration. Les quatre artères qui se réunissent en cercle à la base du crâne , soulèvent et distendent le cerveau lorsque le sang est chassé de la poitrine par le resserrement du thorax dans l'expiration, et dès que la poitrine est dilatée par l'inspiration , le cerveau s'affaisse et revient sur lui-même. Ce mouvement alternatif paraît indispensable à l'intégrité des fonctions du système nerveux, car dès qu'il est interrompu, la syncope survient, et toute opération intellectuelle est suspendue : nous perdons en ee moment la conscience de nous-même.
Nous ne devons pas, après cela, trouver extraor-
dinaire que la rapidité de la circulation dispose à l'inconstance, car l'agitation communiquée à l'instrument de la pensée et du libre arbitre doit naturellement entraîner de brusques changements dans les actes de l'intelligence et de la volonté , de même qu'un instrument d'optique , soutenu par une main vacillante, déplace perpétuellement la perspective. Toutefois, il n'y a point ici nécessité pour le principe actif, il peut toujours reprendre son travail et ramener les organes distraits à l'objet dont il a fait élection; mais il est fréquemment interrompu, et le sujet sanguin a plus à lutter qu'un autre contre sa propre nature pour persévérer dans ses déterminations.
Tempérament nerveux.
La vive sensibilité qui caractérise le tempérament nerveux peut être associée à une constitution faible ou à une constitution modérément forte.
Dans le premier cas , elle dégénère aisément en irritabilité, et ses effets physiques et moraux ont quelque chose de morbide et de déréglé. Les individus qui se trouvent dans ces conditions sont éminemment sujets aux spasmes, aux convulsions, aux
vapeurs , à l'hystérie : ils vivent dans d'éternelles angoisses; toujours entre une crainte et un regret; exaltés, capricieux, ils détestent le lendemain ce qu'ils adoraient la veille ; la modération leur est inconnue. Ils se laissent émouvoir avec la même facilité qu'ils se laissent abattre, la terre ne porte pas d'êtres plus malheureux. Ils sont martyrs de leurs affections et de leurs antipathies ; mécontents des autres et d'eux-mêmes; en proie à mille pressentiments, à mille inquiétudes déchirantes: c'est pour eux surtout que le plaisir est un éclair auquel succède une nuit sombre. Ils subissent l'influence des plus légères variations de la température, et l'on dirait que tous les éléments conspirent contre leur repos. Leurs passions sont impétueuses, mais changeantes; leur imagination est vive, leur esprit subtil, pénétrant, mais peu capable d'effort et de suite. Telles sont les dispositions physiques et morales que présentent un grand nombre d'artistes et de poètes : c'est le degré extrême du tempérament nerveux.
Lorsque ce tempérament est associé à une constitution modérément forte, ses effets sont admirables. Il y a alors sensibilité sans exagération. Les
impressions sont profondes et durables. L'esprit, vivement ému par le beau et le vrai, est porté à l'enthousiasme, au sublime. Les fonctions s'accomplissent avec activité et sans trouble. Chez les individus ainsi organisés, les passions appartiennent plus à l'ordre intellectuel qu'à l'ordre matériel; elles sont plutôt sympathiques que personnelles. Les facultés supérieures , les nobles instincts refoulent l'amour-propre et les appétits grossiers. L'âme commande. C'est la disposition la plus favorable aux travaux de l'esprit, au régime de la vertu; c'est en effet celle que nous trouvons dans les philosophes et les artistes de premier ordre.
Tempérament bilieux.
Le volume du foie chez le fœtus , la grande quantité de sang qui s'y porte à tous les âges , nous font croire, avec plusieurs physiologistes, que cet organe concourt, par la formation de la bile, nonseulement à la digestion, mais encore à l'épuration du sang, à l'hématose.
Lorsque le foie conserve chez l'adulte sa prédominance et son activité, il détermine ce que nous appelons le tempérament bilieux.
Ce genre de tempérament a pour signe extérieur la coloration jaunâtre de la peau, et une teinte noire de l'iris et du système pileux.
Considérée physiologiquement, la bile est une sécrétion vitale de saveur arrière, jouissant de propriétés stimulantes et toniques. Elle peut exercer son action sur un corps à fibres molles et lâches, ou sur un corps à fibres denses et fermes.
Si elle agit sur une complexion faible, elle communique à la muqueuse des voies digestives une surexcitation qui éveille en nous l'instinct conservateur, le sentiment de notre personnalité, et fixe, si l'on peut ainsi parler, l'attention de l'âme sur les viscères; aussi les individus qui se trouvent dans ces conditions sont-ils pour l'ordinaire égoïstes et hypocondriaques , chagrins et jaloux, portés à la défiance, à la colère, à l'avarice, à toutes les passions enfin qui résultent d'un instinct de conservation exalté : c'est là le mauvais côté du tempérament bilieux.
Si au contraire la bile porte son action stimulante et tonique sur des tissus fermes et denses, elle leur communique une excitation habituelle qui redouble leur énergie. En pareil cas, le sentiment personnel
est toujours très-développé, mais il est accompagné d'un caractère de grandeur et d'un besoin d'action qui le rendent moins odieux. Ainsi, le bilieux robuste ne cherche pas à soutenir son existence par une sordide avarice; il se tourne vers l'ambition, et lui demande des honneurs, de la puissance, des richesses. La volonté, secondée par l'énergie des organes, se prononce fortement et maintient longtemps ses déterminations, parce qu'elle n'est point distraite par la multiplicité des sensations, le corps n'étant accessible, dans les conditions dont nous parlons, qu'aux impressions les plus vives.
La constance et la force d'âme sont les qualités morales attachées à ces dispositions physiques ; l'ambition en est la suite ordinaire. Les hommes d'État, les grands politiques, ceux enfin qui parviennent à la domination de leurs semblables présentent plus particulièrement ce genre de tempérament. Tempérament lymphatique.
Le tempérament lymphatique tient à une disposition du principe vital qui fait prédominer chez certains individus le système ganglionnaire et la