CHAPITRE IL
influence de la constitution sur les manifestations de l'intelligence.
La puissance qui détermine les grandes variétés du règne animal d'après un plan dont toutes les parties sont combinées avec une sagesse infinie,
— 150" — cette puissance qui précède tout développement organique puisqu'elle en fixe les limites , qui donne au germe le souffle de vie, le mouvement, la chaleur et la vertu assimilatrice, établit entre les individus de même espèce des différences fondées sur le degré variable de développement et de force qu'elle laisse à chacun : c'est ce degré de force et de développement que nous nommons constitution.
L'élévation de la taille, la solidité de la charpente osseuse, le volume et l'énergie des muscles ainsi que la largeur de la poitrine, caractérisent les fortes constitutions.
Lorsque les qualités que nous venons de signaler sont très-prononcées , on dit que la constitution est athlétique, en mémoire de ces hommes de l'antiquité qui se faisaient remarquer par leur force dans les exercices publics.
Au contraire, une petite taille, des membres grêles, des muscles peu vigoureux, une poitrine étroite, caractérisent une constitution frêle et délicate.
Quelle influence l'une ou Vautre de ces constitutions peut-elle exercer sur le moral?
On a remarqué que les hommes d'une constitu-
tion athlétique avaient d'ordinaire la conception lente et l'intelligence médiocre ; qu'ils étaient dominés par les appétits sensuels ; peu tourmentés du désir de connaître et du besoin d'aimer; vivants comme le bœuf, qui ne demande que de gras pâturages.
La matière chez eux opprime l'intelligence, et l'âme semble préoccupée ou pour mieux dire absorbée par les exigences du corps.
Il est certain que les individus ainsi constitués ont, en général , la tête petite relativement au reste du corps, et que les rapports proportionnels que l'on observe entre la moelle épinière et l'encéphale sont, en ce cas, au désavantage de l'encéphale.
Or, nous ne devons pas oublier que les dimensions de l'encéphale sont une des conditions essentielles de la manifestation plus ou moins complète de l'intelligence , et que le système nerveux ganglionnaire et rachidien répond particulièrement aux fonctions de la vie.
Dans la série des vertébrés le volume de la moelle épinière, relativement à celui du corps, est d'autant plus considérable que l'animal est doué d'une plus grande activité vitale : ainsi , comme l'observe M. Longet , les oiseaux et les mammifères ont pro-
— i 52 — portiormellement à leur corps une moelle épinière plus volumineuse que les reptiles et les poissons. Les rapports proportionnels de la moelle au cerveau donnent des résultats d'un autre ordre. Plus on s'éloigne des animaux supérieurs, plus le volume de la moelle acquiert de prédominance sur celui du cerveau , si bien que l'homme , selon la remarque de Sœmmering, est celui de tous les vertébrés qui a la moelle épinière la plus petite relativement au volume des masses encéphaliques.
Chez les animaux inférieurs , au contraire , où la vie est plus végétative que réflective , le cerveau n'est presque rien en comparaison de la moelle.
Est-il donc étonnant que la pensée soit peu active et les instincts supérieurs peu influents chez les hommes d'une constitution athlétique dont le rachis a un développement proportionnel plus considérable que la tête? Dans ce cas , les viscères abdominaux sont tout-puissants et les besoins qui s'y rattachent favorisent le triomphe des passions sensuelles : la chair veut de la chair. Par une triste compensation , l'homme perd souvent du côté du génie et de la vertu ce qu'il gagne du côté des
forces physiques et du développement du corps.
On a depuis longtemps remarqué la petite stature des héros, la frêle organisation des poètes, l'état habituel de souffrance de ceux auxquels la Providence accorde la royauté de l'esprit.
Ne semble-t-il pas que Pascal se soit désigné luimême quand il a dit : « L'homme est un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. »
Il existe à la vérité des êtres privilégiés qui réunissent aux qualités de l'esprit les avantages d'une belle et vigoureuse constitution , mais alors on remarquera que l'ampleur de la tête, surtout dans ses parties antérieures, est en harmonie avec le reste de l'organisation , et laisse aux centres nerveux encéphaliques la supériorité qu'ils doivent avoir. Nous pouvons citer en exemple , Platon , Léonard de Vinci, Bossuet, Buffon et quelques autres , tels que Luther et Mirabeau, ces deux enfants du tonnerre, qui devaient à leur organisation chaleureuse une partie de leur génie.
Les orateurs, les hommes dont les passions égalent les talents, présentent assez souvent cette structure puissante; mais retenons bien que c'est
toujours avec un développement proportionnel du cerveau et une vive susceptibilité nerveuse.