‹ Des Manifestations Gastriques, Intestinales et Gastro-Intestinales Du PaludismeChapitre 19 sur 25 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

(Dr CLARAC)

M. Gain, commis de l'administration pénitencière (Guyane); né à Cherbourg, 27 ans; séjour de 7 mois dans la colonie, à Cayenne et aux îles du Salut.

Pas d’antécédents salturnins, ni de gravelle; à Cayenne a eu de fréquents accés de fièvre s'accompagnant de coliques légères avee alternative de constipation et de diarrhée, n’a suivi aucun traitement.

Entre à l'hôpital en 1883 pour les mêmes accidents. Vers deux heures de l'après midi du jour de son entrée, coliques très vives arrivant par accès, avec selles diarrhéiques bilieuses, ballonnement du ventre, sueurs abondantes, pâleur des téguments; pas de fièvre.

Les urines sont claires. Pas de liseré de Burton.

Des cataplasmes chauds laudanisés, une potion d’éther et de laudanum n’amènent aucun soulagement sensible.

Une heure après l'apparition des premiers accidents, frissons suivis de chaleur, température très élevée, pouls dur et rapide, rate douloureuse; coliques.

Traitement : infusion aromatique chaude, sulfate de quinine 0,7% centigrammes à prendre aprés la chute de la température.

Une heure après l'administration du sulfate de quinine, plus de coliques, le soir pas de fièvre, la nuit suivante est bonne.

Le lendemain quelques coliques légères ; urines très chargées mais pas de fièvre.

On prescrit encore de la quinine à la dose de 75 centigrammes. Les coliques cessent; il persiste un peu de diarrhée,

Le surlendemain de l'entrée, sulfate de quinine 50 centigrammes, un peu d'opium et de belladone ; plus rien jusqu’à la sortie.

OBSERVATION XI (personnelle).

Laura C..., 4 ans, a déjà présenté antérieurement, en août 1887, une diarrhée larvée intermittente rapidement guérie par la quinine (voir observ. VIIT personnelle). :

Un mois et demi après, un soir de septembre 1887, vers quatre heures, est prise de fièvre avec frissons suivis de chaleur, puis de sueurs et de selles diarrhéiques copieuses.

Les parents ne s’en inquièlent pas outre mesure et la quinine n’est pas donnée.

Le lendemain à la même heure toutes les manifestations de la veille réapparaissent. Je suis alors appelé.

Température : 4001; consécutivement à cette hyperthermie, vers sept heures et demie, sueurs et diarrhées copieuses.

Je prescris 0 gr. 15 centigrammes de quinine à prendre aussitôt et autant pour le lendemain matin entre dix et onze heures.

Le soir, vers quatre heures, aucune manifestation; seulement quelques malaises.

Le surlendemain, 0 gr. 50 de quinine; même résultat.

A partir de ce Jour, quinquina en poudre et en vin pendant près d'un mois. L'enfant gagne avec ses parents le Morne-Rouge, endroit très sain. Depuis elle se porte très bien.

Ces observations peuvent se passer de longs commentaires. Les antécédents des malades, les allures de la diarrhée, son apparition avec les accès fébriles, sa disparition corrélative de celle de ces accès, sous l'influence du sulfate de quimine, voilà bien autant de preuves incontestables de leur origine palu-

déenne.

Au point de vue pathogénique, la diarrhée paludéenne est tout d'abord le résultat d’un trouble apporté par le paludisme aux fonctions vaso-motrices du sympathique intestinal.

« Par sa propriété motrice le sympathique agit sur les vaisseaux.…, C’est peut-être là qu’il faut chercher le secret de son action sur les sécrétions glandulaires,. ont écrit Beaunis et Bouchard. »

Il existe incontestablement, d’après les recherches récentes de Dastre et Mora, des nerfs vaso-dilatateurs dont l’irritation amène une dilatation des vaisseaux et un afflux de sang plus considérable, c’est-à-dire une hyperthermie, dans les parties irriguées, et par suite une hypersécrétion glandulaire; cela, d’après la meilleure hypothèse due à Claude Bernard, « à savoir, disent Küss et Duval, que les nerfs vaso-dilatateurs exercent sur les vaso-constricteurs une action suspensive d'arrêt comme celle que le pneumogastrique exerce sur les ganglions nerveux du cœur; ils suspendent le tonus vasculaire ».

Or nous avons déjà vu à l’étude pathogénique des viscéralgies palustres, que le sympathique intestinal comme le sympathique en général est en communication anatomique avec la moelle épinière; que physiologiquement par suite « il partage les propriétés et les fonctions du système médullaire et s’associe à lui; » « que la plupart des phénomènes nerveux des fonctions viscérales ont pour centre la moelle épinière » (Küss et Duval), que « c’est dans la moelle qu’il prend ses racines et que c’est à elle qu'il faut rapporter la cause première de toutes ses actions si diverses » (Beaunis et Bouchard). Or, « même pour ses fonctions vaso-motrices, le grand sympathique n’a qu'une force d'emprunt provenant de la partie supérieure de l’axe nerveux rachidien » (Küss et Duval).

On comprend alors que l'excitation nocive du paludisme

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sur la moelle se transmette telle aux nerfs vaso-dilatateurs de l'intestin, d'où résulte l’hyperhémie et par suite l’hypersécrétion glandulaire de l'organe.

Les ganglions semi-lunaires comme ceux du plexus solaire, pouvant en outre « être considérés, d’après Küss et Duval, comme des centres provisoires, des lieux de relais où s’accumulerait l'action nerveuse venue de plus haut », où s’expliquerait ainsi l'intensité et la persistance du mal.

Dans le cas de diarrhée larvée, on peut admettre d’après la théorie de Hirtz qu’il y a irritation localisée au territoire médulaire circonscrit d’où viennent les nerfs vaso-dilatateurs de l'intestin, c’est-à-dire à la moelle lombaire et à la moelle dorsale.

Dans le cas de diarrhées fébriles, d'accès diarrhéiques, il y aurait un phénomène général avec accentuation plus forte en ce territoire limité.

A ce mécanisme d'ordre médullaire, 1l faut ajouter dans le cas de fièvres graves l'influence de l’obstruction pigmentaire des ramuscules portes dont la conséquence est la gêne de circulation mésaraïque, c’est-à-dire la congestion intestinale et par suite l'hypersécrétion.

Enfin, dans les cas de diarrhée bilieuse, celle-ci relève encore de la participation du foie à la maladie et de l’hypersécrétion biliaire.

= L'accès diarrhéique et la diarrhée larvée doivent être difrérenciées avec soin de la diarrhée endémique compliquée ou non de paludisme avec laquelle elles ont été souvent confondues.

Ce diagnostic sera fait plus loin en même temps que celui de la dysenterie palustre et de la dysenterie endémique.

Dysenterie. — La dysenterie palustre à été observée dans les mêmes conditions que la diarrhée de même nature.

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