‹ Des Manifestations Gastriques, Intestinales et Gastro-Intestinales Du PaludismeChapitre 22 sur 25 · LAON · texte numérisé non relu

LAON

un assez long temps un caractère particulier ; c’est une diarrhée dysentériforme; la diarrhée bilieuse est le phénomêne prédominant, il s'y ajoute fréquemment, mais non à toutes les selles, du mucus sanguinolent,

» En dehors des paroxysmes fébriles auxquels elle survit, la maladie affecte des allures hésitantes et capricieuses. La consistance et l'aspect des selles sont très variables, non seulement d’une journée l'autre, mais d’un moment à l’autre dans la journée. Les coliques sont très vives, au point d’arracher: des plaintes aux malades.

» On peut dire au reste de toutes ces manifestations qu'en même temps qu'elles sont peu durables elles sont bruyantes à l'extrême.

» La répercussion sur l'état général est loin d’être la même que dans la dysenterie vraie. On retrouve ici cette différence si fréquente en pathologie entre les maladies en quelque sorte de surface où la scène morbide est bruyante à l’extrême et celles qui atteignent l'organisme dans ses parties vitales et dans lesquelles cependant le malade s’agite et se remue beaucoup moins.

» À cette première période, le diagnostic différentiel me semble assezfacile à établir d’après ces données entre la dysenterie vraie et cette diarrhée dysentérique d'origine palustre.

» Mais l'une et l'autre de ces formes peuvent aboutir à un processus commun, la dysenterie chronique, véritable caput mortuum de la patholologie exotique auquel conduisent également les diarrhées endémiques.

» À cette date le problème diagnostic est beaucoup plus compliqué.

» Contre la diarrhée et la dysenterie, il faut recourir à l'ipéca à dose filée et en continuer l’administration jusqu’à ce qu'ait disparu la poussée bilieuse ou dysentérique qui en est la cause... » (300-301).

À l'appui de cette description se trouvent relatées (pages 304 et 305) diverses observations (VI-VIII-IX).

VI. — Fièvre rémittente grave compliquée de congestion des poumons et du foie et de dysenterie bilieuse.

» Tropl..…., soldat au 23° régiment de Ligne, entre à l'hôpital d'Hanoï le 7 novembre 1885, sept mois de Tonquin. Dysenterie palustre, complication intercurrente de congeslion hépatique et pulmonaire.

» Depuis cinq à six jours sang dans les selles ; fièvre débutant vingt-quatre heures après la poussée dysentérique; abattement extrême, douleurs arthralgiqües, céphalée très violente, insomnie complète, pas de maladie antérieure au Tonquin.

» Le matin, température légèrement fébrile ; sang non mêlé en quantité

“abondante dans les selles, ténesme, épreintes; selles très frégnentes, quinxe à vingt selles par vingt-quatre heures, souvent constituées par du sang pur, parfois par des mucosités sanglantes, parfois enfin par de la diarrhée bilieuse ; rate grosse refoulée par la congestion de l'intestin ; foie augmenté de volume, douloureux à la pression.

» Température le 8 matin, 385; midi, 386; soir, 39°2,

» Le 9 matin, 37°8 ; soir, 3806.

» Nuit mauvaise; fièvre, vomissements d'un vert foncé, exagération du point de côté hépatique; dans la nuit, crises fréquentes de dyspnée; le matin, crachats sanglants.”

» Le 9 novembre, température : matin, 37° degrés; fatigue, abattement, sang persistant dans les selles; hier, dans l'après-midi, nouvelle crise de congestion des poumons, caractérisée par une dyspnée excessive et des crachats de sang presque pur ; foie toujours douloureux à la pression.

» Le 10, matin, 37°5; midi, 38°6; soir, 38°6.

» Même état le 11 : matin, 37°3; midi, 38°; soir,37°. Nuit mauvaise, selles fréquentes, hémorragiques, foie douloureux; disparition de tout phénomène du côté des poumons. |

» Dès le 12, selles presque normales, mais persistance des douleurs arthralgiques dans les membres inférieurs.

» Le 13, apyrexie; quelques mucosités sanguinolentes dans les selles, qui sont fécales et peu liquides; disparition progressive du point de côté hépatique ; le 15, selles normales; le 20, le malade peut être considéré comme convalescent.

» Le 29 décembre, reprise des accidents fébriles ; fièvre subcontinue, avec maxima très élevés, observés vers le milieu du jour; cette poussée se prolonge jusqu'au 3 janvier...

» ... Pas de nouvel assaut de la maladie palustre jusqu’à la date du rapa-

riement, qui a eu lieu le 42 janvier.

» VIIT. — Dysenterie d'emblée; la fièvre rémittente paraît n'avoir été qu'un phénomène secondaire.

» Despl..…, soldat au 3° Zouaves, deux mois de Tonquin, entré le 15 juin.

» Antérieurement, diarrhée intense profuse ayant abouti à une poussée dysentériforme; sang et mucus dans les selles, ténesme, épreintes; ce sont les seuls phénomènes dont se plaigne le malade.

» En réalité, fièvre subcontinue avec complication abdominale.

» Le 19, matin, 40° ; midi, 392; soir, 30.

» À parlir du 23, rémission très marquée; apyrexie définitive le 25; dès cette époque, les phénomènes diarrhéiques et dysentériques avaient disparu.

» IX. — Dysenterie palustre. — Dup.…., Artillerie de marine, cinq mois de Tonquin, entré le 30 novembre pour diarrhée bilieuse et dysentérique. |

» Fièvre le jour de l'entrée, température : 4006; soir, 3998 ; le lendemain et le surlendemain, fièvre persistante à maxima moins élevés ; selles parfois bilieuses et très abondantes, parfois incomplètes et composées presqu'uniquement de sang, coliques très vives, amélioration très rapide; dès le 4, régime ordinaire ; le 11, on signale fatigue extrême, vertige, malaise, dilatation des pupilles ; le 16, cet état s'est exagéré; coliques, malaise intestinal, alternatives de constipation et de diarrhée, pas de mouvement fébrile.

» On reprend néanmoins la quinine associée à l’opium; le 22, atténuation très nette des symptômes; le 26, on supprime la quinine.

» Le 31, nouvelle rechute; selles à vide, coliques très vives, fatigue extrême ; sous l'influence de l’ipéca à la brésilienne trois jours consécutifs, et de la quinine opiacée les jours suivants, les phénomènes abdominaux disparaissent, mais fatigue et anémie extrêmes imposant le rapatriement,

qui a lieu le 10 janvier ».

Ces observations peuvent se passer de commentaires vu le : soin tout particulier que l’auteur à pris dans sa description antérieurement citée, de différencier ces formes palustres de la vraie dysenterie endémique.

Malheureusement, il n’en a pas toujours été ainsi. J’ai trouvé longuement relatés dans les rapports trimestriels de Langellier-Bellevue, sur les hôpitaux de Fort-de-France et de Saint-Pierre (Martinique), bien des cas de dysenterie où le paludisme à certainement joué un certain rôle, mais qui ne m'ont pas semblé, malgré l'opinion de l’auteur, devoir lui être exclusivement rapportés. La fièvre ne semble intervenir que comme complication, et imprimer alors à l’affectioh son cachet d’intermittence; la maladie dure toujours très longtemps avec une acuité presque toujours la même, et cela malgré l’administration longtemps prolongée de la quinine ou du quinquina; enfin la cure semble avoir été obtenue moins par ces préparations que par les moyens innombrables qui lui ont été associés (bismuth, ipéca, ratanhia, lavements, etc..….).

De certains de ces cas l’auteur va même jusqu’à « conclure que l’endémie dysentérique de Saint-Pierre a la même origine que ses fièvres intermittentes ou rémittentes souvent si graves et qui sont toutes justiciables du sulfate de quinine » (Obs. du nommé Rossignol, 2° trim. 1876).

Je ne partage point l'opinion de l’auteur, si grande que soit son autorité en matière de pathologie exotique. Ni la nature du milieu, n1 la clinique ne justifient cette étiologie unique et exclusive.

Pendant un séjour de deux ans à Saint-Pierre, sous les ordres de M. le médecin de première classe Clarac, nous avons observé et traité un grand nombre de dysenteries ; la plupart n’avaient aucun lien avec le paludisme; quelques-unes semblaient relever en partie de cette intoxication, les traitements mixtes réussissaient alors assez bien; le très petit nombre étaient vraiment des dysenteries palustres, à l’exemple de ce qu'avait observé Rufz et d’autres praticiens.

Nous ne voyons pas, par suite, pourquoi il n’en serait pas de même dans d’autres colonies.

Voici quelques observations de ces flux dysentériques véritablement palustres, recueillies les unes par M. Clarac, à la Guyane et à la Martinique, les autres par moi- même à Saint- Pierre.

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