‹ Des Manifestations Gastriques, Intestinales et Gastro-Intestinales Du PaludismeChapitre 4 sur 25 · GASTRIQUES, INEESTINALES ET GASTRO-INTESTINALES · texte numérisé non relu

GASTRIQUES, INEESTINALES ET GASTRO-INTESTINALES

DURE AE TL D;lsS/MUE

RENAORER EINISSRO IR IIOUIEN ETRAGCIR II RIIQUUIE

Introduction.

Sous le titre de Manifestations gastriques, intestinales et gastro-intestinales du paludisme, je comprends les différentes modalités pathologiques de l’estomac, de l'intestin ou des deux organes à la fois dans l’intoxication paludéenne pure de tout mélange.

Cette question n’est point neuve, car de son origine à nos jours se sont écoulés plus de deux siècles, au cours desquels elle a été, sous les formes les plus diverses, le sujet de nombreuses études.

Mais, tel est aussi le nombre des controverses dont elle à été l'objet qu’elle est encore, malgré son ancienneté d'âge, une des

OURS plus confuses de la nosologie et que ses limites restent à préciser.

C’est cette lacune que je me propose de combler par une revue de la plupart des travaux antérieurs, et à l’aide de quelques observations personnelles.

Les vives polémiques et les profondes ne attachées à la question relèvent généralement de l'esprit de système qui a trop souvent présidé à son étude.

Or, a dit M. le professeur Mahé, « l'esprit de système est un écueil dangereux qu'il faut savoir éviter à tout prix dans la pratique et la doctrine médicales ».

Dans ce sage précepte est la clef de la question.

J'ai donc observé et discuté les faits avec impartialité, n'ayant en vue que la recherche de la vérité.

Je ne mérite, par suite, ni le désaveu de ceux que je combats ni la faveur de ceux que je défends; je souhaite seulement que tous veuillent bien juger ma tâche avec l'esprit qui me l’& dictée.

Je serai ainsi suffisament rémunéré du labeur qu’elle m'aura coûté.

Il :

Exposition et discussion des faits

Les premiers documents scientifiques parus sur la question datent de l’importation du quinquina en Europe et de la vulga: risation des merveilleux résultats obtenus contre les fièvres du Nouveau-Monde, à l’aide de cette précieuse écorce.

Alors, Richard Morton (1642), dans un article de sa pyrétologie, intitulé : De proteiformi intermittentis febris genio, appela le premier l'attention sur la symptomatologie et le traitement de quelques-unes des formes pernicieuses et notamment des formes gastro-intestinales de la fièvre paludéenne.

« Simulant les maladies les plus diverses (diversos morbos mentientem), se cachant avec soin sous le masque... de vomissements incoercibles… d’une diarrhée très douloureuse, du choléra, des coliques d'estomac, elle ne fait que très souvent dévier le médecin de son but...

» C'est en vain que le médecin attaque les symptômes du mal avec les remèdes appropriés; Car, tant qu'on néglige le ferment fébrile, à la prochaine période d’effervescence les symptômes premiers ou d’autres encore plus funestes, réapparaissent inopinément: alors le médecin fait le métier de Sisyphe (medicus Sisyphi saxum volvit) et le malade, aux dépens du précieux trésor de l’exislence ou du moins à son grand péril, porte la peine de l'ignorance ou de l’incurie du médecin ». (Mahé, traduction. Loc. cit.).

L'écorce péruvienne, tel est, d’après Morton, le seul et vrai traitement de cette fièvre.

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Cinquante ans plus tard, dans le commencement du xvirr° siècle, les grands pyrétologistes italiens Ramazini, Baglivi, Lancisi et Torti, apportèrent sur les manifestations gastrointestinales du paludisme d’intéressants documents étiologiques et thérapeutiques puisés in aere romano, suivant l'expression de Baglivi.

Les documents laissés par Torti sont de beaucoup les plus importants. |

Ils se trouvent condensés dans un ‘des cinq livres dont se compose son œuvre remarquable, et qui a pour titre et sommaire :

» Therapeutice specialis ad febres quasdam perniciosas continens febrium » omnium perniciosarum, tum plane intermittentium, tum etiam subconti- » nuarum descriptionem expropria observatione, illarum que curationem

» media peculiari methodo Chinam-Chinam in iisdem administrandi ».

Le vomissement (vomitus), un flux de ventre (fluxus alvi) violent et semblable ou au choléra ou le plus souvent à la dysenterie, un autre flux de ventre le plus souvent semblable au flux hépatique quelquefois au ffux atrabiliaire ou hémorragique, une cardialgie ou douleur mordante à la région de l’estomac (oris ventriculi mordax dolor), voilà pour Torti autant de formes par lesquelles la « fièvre périodique intermittente », ou fièvre « à périodicité typique et régulière », accompagnée de stades d'apyrexie, révèle sa perniciosité; et il en résulte pour lui autant de fièvres comitées (comitatæ), distinctes des fièvres solitaires (solitariæ).

« Pour Torti, dit Mahé, la fièvre pernicieuse est celle qui simule une fausse bénignité non en rapport avec les signes de l'accès, et sa malignité dépend des mille accidents les plus périlleux qui la compliquent.

» En général, cette fièvre périodique pernicieuse se présente sous deux

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formes : ou bien elle est constamment intermittente jusqu’à la fin, et alors elle révèle sa nature pernicieuse seulement par quelque symptôme menacant et particulier qui accompagne le paroxysme fébrile (efferam que naturam tantum prodat immani quopiam et peculiari symptomate febrilem paroxysmum comilante) et dont la mortelle influence ne disparaît pas du tout pendant l’apyrexie, stade qui cependant doit amener Ja Sécurité et du soulagement suivant la remarque d'Hippocrate, dans toute autre circonstance; ou bien, l'intermittence s’efface et se perd petit à petit, et dans ce cas, la fièvre lentement, quelquefois soudain, tend à devenir continue et aiguë avec extension de quelques symptômes graves et variés jusqu'aux stades de l’apyrexie qui en est troublée (intermittione paulalim deperdita, ad continuum acutum tendat).

» Dans les deux cas, la fièvre revêt le caractère pernicieux qui, en outre, se montre sous dés formes variées dans les deux catégories de fièvre. Dans la première, c'est-à-dire dans le cas où la fièvre conserve sa périodicité typique et régulière accompagnée de stades d’apyrexie (jusqu'au moment du moins où la gravité et l’imminence fatale aient confondu toutes les périodes dans une grande obscurité), la mort peut survenir de sept facons différentes et principales. Et la différence de ces sept formes symptomatiques est basée sur les accidents semblables qui la caractérisent, bien plutôt que sur leur nature intime qui nous est complètement inconnue. De là les formes suivantes : Lo un vomissement et flux de ventre violent et semblable ou au choléra ou le plus souvent à la dysenterie; 2° un autre flux de ventre, le plus souvent semblable au flux hépatique quelquefois au flux atrabiliaire ; 3° une cardialgie, etc.

» Dans la deuxième catégorie, c’est-à-dire dans le cas où la fièvre intermittente échange sa périodicité contre la continuité, nous avons une forme qui se présente la huitième par ordre de succession et dont le caractère différentiel est de devenir continue et aiguë par l'intermédiaire d'un appareil de symptômes variés.

» En d’autres termes, si l’on veut adopter la division des classiques en fièvres intermittentes bénignes et fièvres intermittentes malignes, il est

facile de voir que : « ces dernières se subdivisent en comitées et accompa-

» gnées par quelque symptôme funeste qui simule et même qui figure tout à

er

fait une véritable maladie, quoique cependant les fièvres demeurent encore intermittentes, et en solitaires, c'est-à-dire qui ne sont accompagnées d'aucun symptôme particulier, mais bien de phénomènes divers et multiples, et qui de plus ont une tendance extrême due à quelque disposition intime à passer à la continuité et à l'unité, « Islas (malignas) iterum subdi- » videre in comitatas, ferali aliquo symptomate verum morbum simulante » imimo et œquante, adhuc tamen intermittentis; et in solitarias, seu nullo » peculiare symptomate, sed polius multiplice et vario comitatas et ex dis- » positione intima in continuitatem, atque, ut vocant, acutiem quam » maxime proclives ». (Libert II, caput I, p. 172; editio Francofusti, MDCCLVT.

Le vomissement, le flux de ventre, la douleur mordante de l'estomac ne constituent pas pour Torti des formes exclusivement pernicieuses.

« Ces symptômes, écrit encore Mahé, peuvent aussi appartenir à une fièvre simple bénigne : dans ce dernier cas, ils s’apaisent bientôt et tout rentre dans le repos. Que s'ils persistent, leur étrangeté doit éveiller des soupcons légitimes ». Parmi les signes dont la persistance pendant l’apyrexie doit faire redouter l’imminence de la perniciosité, il faut donc noter «les vomituritions à vide et non provoquées par une stimulation quelconque ou encore des déjections alvines franches,.…., ou tout autre symptôme de cet ordre». «Sive insolita œgri nec febricitantis, nec de quopiam certo dolentis,.. » inanis identidem, nulla que occasione comita vomituritio.. vel alvi dejec-

» tio sincera..……. »

Le traitement que Torti reconnaît à ces fièvres et à leurs manifestations consiste, ainsi que l’indiquent le titre et le sommaire de son livre, dans les préparations de quinquina, qu’il déclare très efficaces, quand elles sont administrées assez tôt.

La doctrine professée par Morton et les grands pyrétologistes italiens, si admirable au triple point de vue étiologique, symptomatologique et thérapeutique par sa précision et sa

netteté subit, dans ses parties physiologique et même thérapeutique entre les mains et du vivant de ses auteurs, complétementpar ailleurs et en d’autres temps, l'influence pernicieuse et prépondérante de la doctrine humorale.

Celle-ci, quoique fort vieille, de la fin du xvrr° siècle à celle du xvr”, brillant d'un nouvel éclat, était devenue toute puissante en Europe, « avait gagné les régions chaudes du globe avec les premiérs médecins navigateurs et les diverses expédiüons maritimes et coloniales qui ouvrirent à l'Europe l'empire de la plus grande partie des mers et des continents » et s'était imposée partout, quoique à des degrés différents.

Aussi Morton et Lancisi, en Italie, cherchérent à expliquer par elle les faits cliniques qu'ils avaient si bien observés et traités et se perdirent sur ce point de pathogénie en théories erronées, ainsi que l’a spirituellement narré M. le professeur Mahé (loc. cit.). Ce ne sont là, toutefois, que des erreurs d'interprétation qui n'infirment en rien les observations cliniques qu'ils ont faites touchant les formes gastro-intestinales du paludisme. |

Mais par ailleurs et dans la suite ce fut pire. L'humorisme envahit et obscurcit entiérement l’histoire du paludisme et de ses manifestations gastro-intestinales, les faits étiologiques et cliniques après la pathogénie, si bien que ces manifestations disparurent presque complètement de la nosologie. C’est à peine si quelques rares documents en font de temps à autre brièvement mention; encore n'y a-t-1l là, sous forme d'idées humorales, que de fâcheuses confusions.

C’est alors, en effet, qu’en dépit de toutes les découvertes faites en Europe naquit, sous la forme d’une manifestation humorale, la célèbre colique endémique des pays chauds. Tandis que Citois dans le Poitou (1616), Huxham dans le Devonshire (1724), Lepecq de la Clôture à Rouen (1770), Pou-

pée Desportes (1770) et Gardane (1784) en France, Sydenham, et David Macbride en Angleterre (1787), Ruyz Luzuriaga à Madrid (1796) observaient diverses épidémies de coliques dont ils reconnaissaient plus ou moins formellement la nature ‘ pombique; Dellon à Madagascar (1685), Mounson-Smith au pays des Caraïbes (1717), Campet à Cayenne (1763), Poisonnier- Desperrières enfin assistaient à d’autres épidémies de coliques qu'ils comparaient à celles de plomb, qu'ils disaient s’accompagner en outre de fièvre, mais qu’ils considéraient comme des manifestations biliaires, prenant ainsi pour des faits de cause unique et humorale, des faits de cause mixte et vraisemblablement saturnine et paludéenne.

Mounson-Smith, dans sa thèse intitulée : De colica apud incolas caribienses endemid, «compare la colique des Caraïbes à celles de plomb et en rapporte la genèse aux refroidissements et aux fièvres mal traitées » (Bertrand). |

Campet signale l'existence à Cayenne « d’une colique bilieuse avec fièvre, constipation, violentes douleurs de ventre et quelquefois vomissements, puis une autre espèce particulière aux plombiers ».

Poisonnier-Desperrières voit dans ce qu’il observe une colique bilieuse par altération de la bile.

Avec le commencement du xiIx° siècle les idées changèrent de cours, mais toujours sans grand profit pour la question des manifestations gastro-intestinales du paludisme. |

Broussais survint et professa le système physiologique de l'inflammaton et de sa thérapeutique antiphlogistique. Son prestige de chef de l'Ecole du Val-de-Grâce, le souffle puissant de son éclatante éloquence, le positivisme de sa doctrine, firent sensation dans le monde médical et séduisirent promptement tous les esprits.

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Les médecins militaires les premiers, puis les médecins de la marine, quoiqu'inégalement, témoignérent tour à tour de leur enthousiasme et devinrent les fervents adeptes et les infatigables propagateurs de la théorie et de la pratique du Maître.

Alors en France, en Algérie, dans nos stations navales et dans nos colonies, l’humorisme s’évanouit en ne laissant après lui que le souvenir de son long et glorieux passé, et il ne fut plus question, dans les cadres nosologiques et dans les statistiques médicales, que de phlesmasies fébriles, de maladies en îfe, de gastrites, d’entérites, de gastro-intérites et, dans la thérapeutique, que d’antiphlogistiques, de saignées générale et locales par la lancette et les sangsues, au grand détriment des malades dont on provoquait ou précipitait l’anémie.

Ainsi, les manifestations gastro-intestinales du saturnisme et du paludisme jadis méconnues et confondues, principalement aux colonies, sous les qualifications de bilieuses, le furent encore sous des titres, des rôles et une thérapeutique d’emprunt, et devinrent des gastro-entérites tenant sous leur dépendance les effets généraux de l’intoxication méconnue, justifiables seulement des adoucissants ou des antiphlogistiques et que tout autre moyen, la quinine notamment dans le cas de paludisme, aggravait au suprême degré.

Les rapports de Calvé au Sénégal, et de Catel à la Martinique, sont les échos fidèles de la théorie et de la pratique de l’époque.

De celle-ci, il ne reste en somme que des faits dénaturés et que l'esprit le plus tolérant ne saurait accepter comme propres à l'argumentation.

Mais le système créé par Broussais péchait par son unification et sa généralisation des faits et n’était pas inébranlable.

Une réaction en faveur du paludisme était inévitable et s’affirma peu à. peu.

A ses débuts, ayec Gaspard Roux, médecin de l'expédition française en Grèce (1828), Raymond Faure (1833), Andouard, Bailly (1825), Nepple (1835), P. G. Maillot (1836) pour promoteurs, elle fut modérée, conciliante, empreinte à la fois des deux doctrines palustre et physiologique. Aussi, ce début marque-t-il favorablement dans le passé de la question des troubles gastro-intestimnaux du paludisme.

Les vomissements, les flux bilieux, les accès cardialgique ou gastralsique, dysentérique et cholérique furent alors signalés par Maillot parmi les troubles organiques importants de la fièvre simple ou pernicieuse des milieux paludéens de l'Algérie, et différenciés des affections de symptomatologie commune.

Vers la même époque, Levacher, médecin érudit de Sainte- Lucie, livrait à la publicité son Guide médical du praticien aux Antilles, lequel renferme, touchant les vomissements et la diarrhée dans les fièvres paludéennes, d’intéressants documents.

Les « vomissements de matières muqueuses ou bilieuses » marquent presque en même temps que le frisson le début de l« intermittente cérébrale pernicieuse ». Or, la nature paludéenne de cette fièvre est révélée : d'abord par la succession des trois stades ordinaires au paludisme, le frisson qui marque le début de l'accès, la chaleur qui suit, les sueurs de la fin; puis par sa marche intermittente; enfin par l’efficacité de son traitement par la quinime, intus principalement, et sans laquelle les autres moyens, antiphlogistiques, etc., sont absolument im puissants.

Cette fièvre en outre par ses symptômes d’une part, et aussi de l’autre par l'absence de prodrômes spéciaux tels qu’anorexie, céphalalgie, insomnie..; d'épistaxis, de selles jaunes, de gargouillement et de ballonnement à la région iléo-cœcale, de

carphologie, de secousse des tendons; se distingue nettement de la fièvre typhoïde avec laquelle ses accidents nerveux l'ont fait quelquefois confondre.

Les vomissements et les selles diarrhéiques sont cités au nombre des symptômes de la double tierce subintrante.

Les vomissements apparaissent dès le premier jour et le premier accés et sont alors « simples »; puis réapparaissent avec le redoublement du deuxième jour, plus graves, plus intenses, et sont « verdâtres, à dépôt porracé, d’un vert souvent noirâtre » ou seulement « bilieux ».

C’est au troisième jour et deuxième accès qu’on observe le plus généralement les « selles diarrhéiques » et les « coliques dans la région ombilicale ».

Comme les vomissements, « ils augmentent d'intensité avec le redouble ment qui suit cet accès à une heure ou une heure et demie d'intervalle. Souvent au quatrième ou au cinquième accès, si la médecine demeure inactive, ces fièvres qui ont ébranlé profondément le système nerveux étendent leurs ravages sur l’encéphale et ses enveloppes, aussi bien que sur le tube

intestinal, et revêtent le type pernicieux continu ».

Leur « début brusque », leur « marche » subintrante, leurs symptômes et tout particulièrement les stades de frisson, de chaleur et de sueurs souvent « profuses », l'efficacité de leur traitement par la quinine à haute dose, intus et extra, et sans lequel tous les autres adjuvants ipéca, calomel, antiphlogistiques... etc., restent impuissants, témoignent d’une affection paludéenne, parfaitement distincte de la fièvre jaune avec laquelle elle a été confondue à Sainte-Lucie par suite d’un défaut d'observation et d’un « examen superficiel ».

Les vomissements de « bile jaune et presque pure, quelquefois verdâätre » et les « selles spontanées » de même nature, sont deux symptômes courants de la « double tierce subintrante

avec ictère ».

« Dans les accès de cette intermittente », dit en outre l'auteur à propos du mécanisme de ces manifestations, « les spasmes du duodénum refoulent la bile vers le foie et, dans ces moments, la résorption de cette humeur peut transmettre sa couleur jaune à toute l'économie, mais parfois aussi ces spasmes de l'intestin et de la muqueuse du canal cholédoque viennent à céder ; il s’'épanche alors dans le duodénum une abondante quantité de bile qui, tantôt est rejetée par les vomissements et d’autres fois produit des coliques et des selles spontanées ».

Et plus loin : « Ces désordres... ne sont uniquement produits que par le trouble général de toutes les fonctions et de l'innervalion, trouble déter-

miné lui-même par l'ébranlement nerveux des périodes intermiltentes ».

Le début brusque, la marche subintrante, les stades ordinaires des accès paludéens, enfin et surtout l'efficacité du traitement par la quinine à haute dose et en temps opportun, sans lequel les purgatifs restent inactifs, sont autant de preuves de la nature paludéenne de l'affection et suffisent à la distinguer « du résultat de l’inflammation primitive des voies gastriques. »

Relativement à la thérapeutique, l’auteur ajoute :

« Les vomissements qui persistent dans ces cas avec une anxiété toujours croissante sont... arrêtés plus facilemeut à l’aide des fébrifuges et des toniques que par le moyen de saignées et des applications chaudes et émollientes….

» La marche, toujours croissante et progressive de ces intermittentes et le temps si précieux alors pour le médecin, recommandent l'emploi plus décisif du sulfate de quinine, auquel il faut avoir promptement recours. Ce médicament que l’on doit administrer malgré la persistance des vomissements, bien loin de leur être contraire, ne tarde pas à les calmer, puis à les arrêter complètement; cette méthode enfin, que je n'ai jamais vue désavouer par le succès, est [a seule que recommande et protège ici l'expérience des

Antilles... ».

« Quelques réflexions » de l’auteur « sur l'emploi du sulfate

de quinine » terminent cette série de documents en faveur des manifestations gastriques et intestinales du paludisme.

« Les résultats obtenus par le sulfate de quinine sont bien dignes, il me semble, de fixer toute notre attention. Mes observations parliculières me porteraient à penser que ce médicament que j'ai si souvent éprouvé, ne possède que tout au plus à un degré très faible les propriétés excitantes et inflammatoires qui lui ont été si largement concédées; et que son action, souverainement fébrifuge et neutralisante, n’agit dans la pluralité des cas, que contre le retour seul des accès et des crises. Huxham avait observé comme il le dit lui-même, « que le quinquina ne réussissait pas, seulement en atténuant les humeurs, mais en fortifiant tout le genre nerveux, en rélablissant les sécrétions et en calmant le pouls et le délire ! »

» J'ai guéri, par le sulfate de quinine, un grand nombre d'intermittentes, où, durant les accès et pendant les apyrexies, la soif était vive et ardente, et j'ai vu, sous l'action de ce médicament, la soif, les douleurs épigastriques et les diarrhées colliquatives s’éteindre et se dissiper avec la fièvre.

» … Ges faits ne pouvaient-ils pas engager à tenter l’emploi du sulfate de quinine dans un grand nombre d’affections périodiques et dans beaucoup de celles qui ne sont caractérisées que par des exacerbations ?

» Mais, loin de l'essayer avec incertitude et de ne décider qu’un trouble - imparfait qui ne tendrait qu’à annuler son action et à rendre la maladie peut-être plus rebelle, ne conviendrait-il pas d'en porter immédiatement les doses à des quantités hardies et élevées ? Et comme en médecine l’application estle seul art de guérir, n'importerait-il pas, pour réussir dans de telles circonstances, de solliciter une réaction tout aussi puissante que

l'aurait été la crise elle-même? »

Telle est, réduite à ses éléments essentiels, la part prise par Levacher à l'édification dans le cadre nosologique des troubles gastro-intestinaux du paludisme.

Cette œuvre basée sur « l'observation, ce guide fidèle de la médecine devant lequel s’effacent toutes les théories médicales

et les mauvais systèmes », ainsi que l’auteur l'écrit lui-même 4 G

quelque part, est une des plus originales des débuts de la réaction opérée en faveur du paludisme contre le système de Broussais.

Mais l’observation ne devait pas toujours être le guide fidèle de cette réaction.

Bientôt, en effet, avec Worms (1856), Perrier, Haspel, Cambay et surtout Boudin (1842), Chervin (1842) et Cazalas (1857) elle devint absolue et excessive à l’égal du système de Broussais.

Ce fut alors la doctrine de l'unité et de la communauté d’origine paludéenne, et par suite de la thérapeutique quinique de toutes les manifestations fébriles, basée sur l’étroitesse de leurs liens de parenté et une différence de dose ou d'intoxication miasmatique.

Le miasme paludéen, par sa présence dans le sang et au sein des organes que celui-ci nourrit porte atteinte à l'intégrité de leur constitution et de leurs fonctions et provoque une réaction éliminatrice de l’organisme qui varie de caractère et constitue telle ou telle manifestation fébrile, suivant le degré d'intoxication miasmatique.

Au degré le plus élevé de cette intoxication correspondent les fièvres continues ou rémittentes, si fréquentes dans la zone torride par suite de l'élévation de la température ; celles dites typhoïdes (fièvre typhoïde, typhus divers, peste, fièvre jaune), le choléra; puis les fièvres pernicieuses si fréquemment continues et rémittentes, notamment l’ictéro-hémorrhagique et la cholériforme, qui servent de transition entre les formes précédentes et celles liées à un moindre degré d'intoxication, savoir la rémittente bilieuse et la dysentérique et auxquelles elles ressemblent à s’y méprendre. « La gangrène de l'intestin

l'inflammation et la suppuration du foie sont des manifesta-

tions de même ordre »..

Enfin, comme déduction pratique de ces théories, les préparations quiniques de toutes sortes, et surtout leur alcaloïde, la quinine, constituent le remède unique et tout puissant, la panacée de toutes les manifestations fébriles.

Cette doctrine plus encore que celle de Broussais était faite pour s'imposer, car elle avait comme elle à son service une éloquence et un prestige sans pareils et sur elle l'avantage d'une simplicité plus grande et de résultats thérapeutiques plus satisfaisants.

Aussi son succès fut prompt et général.

De l’Algérie où elle avait pris naissance elle s’étendit aux rives de France et aux pays tropicaux, à la médecine militaire toute entière et à la marine.

Sous l’instigation des médecins de ce dernier corps, de Thévenot, Segond, Mauguen, Fonssagrives, Dutroulau, Rochard, Le Roy de Méricourt, Petit, Lecoq, Letersec, Marrouin, Carle, F. Laure, et autres encore, la colique sèche ou colique endémique des pays chauds, d’origine palustre, vint supplanter la colique bilieuse et la gastro-entérite des temps passés et s’ajouter aux formes déjà si nombreuses du paludisme. Bientôt enfin, il ne fut presque plus question dans les cadres nosologiques et dans les statistiques médicales que de paludisme, comme jadis d’inflammation; et dans la thérapeutique que de préparations quiniques, comme jadis d’antiphlogistiques.

L'esprit doctrinaire qui a présidé aux écrits du milieu du xIx° siècle, les confusions regrettables qui en ont été la conséquence, font tache dans l’histoire des manifestations gastro-intestinales du paludisme. Nul doute que ces manifestations, que les vomissements, les accès cardialgique, diarrhéique (Millet, 1844), dysentérique, cholériforme et hémorrhagique n’aient été observés en un temps où nos conquêtes nous mettaient sans cesse aux prises avec le paludisme. Mais qu'argu-

RE

menter des documents de nature paludéenne d’une époque où ce paludisme hantait tous les esprits et faisait loi en théorie comme en pratique? Ne sont-ils pas passibles du reproche d'avoir été conçus plutôt de la doctrine médicale régnante que de lobservation rigoureuse des faits ? Et de là à être taxés de partialité y a-til loin? Les critiques de ce genre abondent. Aussi ai-je cru devoir, malgré toute l'autorité des noms qui s’y attachent, passer sous silence ces documents, pour en aller puiser

de plus probantsen des temps moins imbus de la doctrine paludéenne.

Il en fut, en effet, de cette doctrine exclusive comme de celle de Broussais ; elle engendra une vive réaction basée cette fois sur l'observation rigoureuse des faits, et dont le résultat fut la délimitation exacte et définitive du nombre et de l’importance des formes, et tout particulièrement des formes gastriques intestinales et vastro-intestinales du paludisme.

La gastralgie et l'entéralgie, les vomissements, les flux diarrhéique, dysentérique et entérorrhagique, les fièvres gastroentériques dont la cholériforme, furent ainsi tour à tour le sujet d'intéressants débats et de nombreuses découvertes.

Gastralgie et entéralgie. — Le débat sur la gastralgie et l’entéralsie palustres représente une des phases principales de la réaction soulevée contre les théories exclusives du milieu du xx siecle,

Déjà Tanquerel des Planches, au sein de l’Académie de Médecine; Raoul, médecin professeur à l'Ecole de Médecine navale de Brest, dans ses rapports de campagne et dans ses leçons; enfin, MM. Vigla, Moutard, Voillez, dans la presse médicale avaient tenté contre la doctrine de la non-identité d'origine de la colique saturniue et de la colique sèche, des

attaques restées vaines devant l'enthousiasme et les travaux incessants des médecins de la marine, lorsque Lefèvre (1859), directeur du service de Santé au port de Brest, se plaça au rang des défenseurs de la cause de la colique saturnine.

Commeses prédécesseurs dans cette voie, il admit a priori que les deux affections cliniquement identiques devaient avoir une étiologie commune, et entreprit une série de travaux tendant à prouver cette identité.

Les « Recherches sur les causes de la colique sèche observée sur les vaisseaux de guerre français, particulièrement dans les régions équatoriales, et sur les moyens d’en prévenir le développement », 1859; la « Note sur l'influence du plomb sur le développement de la colique des pays chauds », lue à l’Académie des Sciences le 26 novembre 1860; une autre, lue à l’Académie impériale de Médecine le 23 août 1861, et renvoyée à une Commission spéciale; le mémoire sur «l'emploi des cuisines et appareils distillatoires dans la marine », paru en 1862 dans les Annales d'hygiène et de médecine légale; enfin, les « Nouveaux documents concernant l’étiologie saturnine de la colique sèche des pays chauds, mdiquant les résultats obtenus de l'application au service de la flotte des mesures hygiéniques ordonnées par le Ministre de la Marine », parus dans les Archives de Médecine navale, sont les vivants souvenirs de cette difficile entreprise.

La concordance qui existe entre tous les faits relatifs

l'étiologie et au développement de la colique sèche; la diminution rapide‘ let considérable du nombre des cas, à la suite de l'application au service de la flotte des mesures hygiéniques conseillées par Lefèvre contre le plomb, alors cependant que l’endémie palustre restait partout la même, témoignent surabondamment et sans qu'il soit besoin d’une analyse plus détaillée, de la justesse des vues de l'éminent

directeur, de l’origine saturnine de la prétendue colique endémique des pays chauds, décrite avant lui, et de la dissémimation à bord des navires et aux colonies, de sa cause, le plomb.

« Jamais, ont écrit MM. les professeurs Morache et Züber, question d'hygiène publique n’aura été résolue avec plus de science et d'appréciation judicieuse des faits. C’est là une belle page pour nos confrères de la marine ». (Dict. de Dechambre, art. Coliques).

Ineffaçable elle sera, ajouterons-nous ; car imnombrables ont été et sont encore chaque jour, les lignes tracées à sa suite comme autant de témoignages nouveaux en faveur de l’œuvre du Maitre.

Vilette, au Sénégal, marcha le premier dans cette voie et vint étayer de son expérience et de son autorité celles de l’éminent directeur.

« Dans tous les cas soumis à mon observation, dit-il en résumé, je n’ai reconnu que des empoisonnements saturnins, et j'y rapporte tous les cas qui ont été observés avant moi dans la colonie ».

Après lui, les découvertes devinrent quotidiennes et générales ; et bientôt enfin, les plus célèbres partisans de l'entité miasmatique, Fonssagrives, Dutroulau, Rochard, Le Roy de Méricourt... dans des rétractions restées célèbres, «abjurèrent leurs erreurs » et se rangérent à la théorie triomphante de Lefèvre.

Il est également incontestable pour tous aujourd’hui que les gastralgies et les coliques avec constipation observées dans les pays chauds, surtout à bord des navires, relèvent couramment de cause saturnine.

Mais restait à résoudre une question importante : celle de savoir si le plomb était la cause unique et constante de ces accidents, ou si au contraire le paludisme lui aussi était sus-

ceptble de les engendrer, soit par son association avec le

saturnisme, soit même indépendamment de toute intoxication plombique.

Lefèvre semble avoir méconnu la complication paludéenne dans l'intoxication saturnine, ainsi qu’il résulte d’un travail de M. Moursou (loc. cit.).

Mais il n’a point nié que le paludisme, par son action isolée, puisse être la cause des gastralgies ou entéralgies si fréquentes dans les pays chauds. |

Plusieurs passages de ses ouvrages en attestent.

Aux premières pages de son livre, on lit :

« On ne saurait méconnaître, je le sais, les difficultés qui se présentent lorsqu'on cherche à résoudre une question d'étiologie. Les difficultés se multiplient quand le caractère de la maladie est peu tranché dans ses formes les plus simples, et qu'il peut permettre de la confondre avec d’autres affections ayant leur siège dans le même appareil organique et offrant les mêmes symptômes saillants, Ainsi la colique sèche, qui arecu ce nom parce qu'on s’est préoccupé principalement des phénomènes douleur abdominale et constipation, ne peut-elle pas être confondue avec toutes les gastralgies, entéralgies, coliques nerveuses et spasmodiques, si communes dans les pays chauds, où elles suivent et compliquent souvent les affections graves qui y sont endémiques? »

Ailleurs, pages 248, 249, 250, on lit encore : « Nous croyons avoir atteint le but que nous nous étions proposé, en signalant aux médecins de la marine le danger de l'opinion générale répandue parmi eux, au sujet de l'absence et de l'innocuité du plomb dans le développement des coliques qu'ils sont appelés à traiter dans les régions chaudes du globe. Ces faits que nous avons produits, ne doivent leur laisser aucun doute sur la confusion qui a eu lieu depuis longtemps entre une maladie dont l'existence paraît douteuse, avec la colique de plomb dont la nature a été méconnue, et dont on aurait souvent prévenu le développement, si l'on ne s'était laissé égarer par des idées à priori ou par des raisonnements plus ou moins

spéciaux sur son mode de génération.

» En effet, si, comme l’a conseillé M. Fonssagrives, on distingue de la colique sèche les coliques nerveuses et l’entéralgie spasmodique, qui sont de tous les climats et de tous les pays, si l’on en sépare la colique bilieuse, décrite par les anciens médecins et que nous avons souvent vue se manifester chez des sujets profondément débilités par les maladies paludéennes, mais dans laquelle on n’observe jamais le liseré gengival, ni les accidents d’arthrodynie et d’encéphalopathie appartenant aux maladies satunines, on reste en présence de la colique de plomb, car il parait constant, comme on l'a avancé, d’après les renseignements fournis par M. Tanquerel des Planches sur les coliques de Poitou, de Madrid, de Devonshire, qu'il n'existe en aucun pays du monde, une série d'accidents semblables à lempoisonnement saturnin, qui n'ait pour origine l'introduction du plomb dans l'économie.

» Mais les sources de l’intoxication saturnine sont sinombreuses, si variées et souvent si insaisissables qu’on ne doit pas s'étonner qu'un grand nombre de médecins, n'ayant pu les découvrir, soient arrivés à en nier l'existence et à attribuer à d'autres causes le développement des phénomènes morbides qui se présentaient à leur observation malgré leur identité complète avec ceux produits par le plomb. Le défaut de méthode dans la manière dont ils ont procédé à celte recherche a souvent été la cause de leur insuccès ».

» Dans son dernier travail, Lefèvre revient encore à deux reprises sur cette distinction. .

» Page 317 on peut lire : «Je crois nécessaire d'exposer clairement ce que l’on entend par coliques sèches. M. Dutroulau a déclaré que sous le nom de colique sèche il comprend : « Les coliques de cause saturnine et les coliques analogues de cause locale, dont la fréquence et la gravité lui semblent sous la dépendance des pays chauds. »

» Une aussi large acception de celte dénomination a conduit à une confusion fâcheuse d'affections dissemblables par leur origine; elle laisse le doute sur l’ulilité des mesures hygiéniques destinées à prévenir le développement de quelques-unes et elle fournit à ceux qui n’admeltent pas l'étiologie saturnine une échappatoire commode pour maintenir une individualité morbide spéciale, qui, selon moi, n’a pas de raison d'être.

» Lorsque j'ai été conduit à avancer que la maladie décrite par Segond et

par M. Fonssagrives, sous le nom de colique sèche, n’était qu'une maladie

saturine, j'ai cherché à faire cesser cette confusiou déplorable en rappelant l'abus qu’on faisait de la dénomination adoptée. M. Fonssagrives avait eu le soin de distinguer la colique sèche de la colique nerveuse et de l’entéralgie spasmodique : c'est la maladie décrite par lui avec un soin remarquable, qui serait semblable en tout aux maladies de plomb, n'en différant que par sa cause, qu'on ne pouvait, disait-il, trouver à bord, que j'ai rapprochée des maladies saturnines el que J'ai dû confondre avec elles, lorsqu'il m'a été démontré que des causes nombreuses d'intoxication plombique agissaient sur la santé de nos marins, à l'insu de tout le monde. Cette origine, jointe aux symptômes propres à cette maladie, ne pouvait me laisser de doute sur

la nature de celle prétendue entité morbide qui doit, selon moi, être rayée

du cadre nosologique, en y laissant quelques autres espèces de coliques

nerveuses propres à tous les pays et à tous les climats, avec lesquelles on ne cesse encore de la confondre, à cause des symptômes de douleur et de constipation qui leur sont communs.

» Si ceux de mes honorables confrères qui, dans la dernière année, ont écrit en faveur de l'individualité morbide de la colique sèche avaient voulu préciser la maladie qu’ils prétendaient désigner ainsi, il est probable que les divergences d'opinion qui nous séparent ne se seraient pas

produites. »

On peut enfin lire page 412 le passage suivant résumant tous ceux que nous venons de citer :

» Quant à l’idée qu’on m'a prêtée d'attribuer au plomb la cause unique de toutes les coliques qui peuvent se développer dans les pays chauds, je renvoie aux pages 22, 23, 249 de mon livre et à la page 5 de la nole que j'ai lue à l’Académie des sciences, le 24 novembre 1860. On verra le soin que j'ai pris de prévenir la confusion qu'on avait faite des gastralgies, entéralgies, coliques spasmodiques ou autres avec l'entité morbide qu'on nommait colique sèche qui, dans ma pensée n’est qu'une colique saturnine et doit disparaitre du cadre nosologique pour faire place à celle-ci dont on niait en même temps la possibilité du développement. Cette distinction admise, je reconnais que les autres affections névrosiques des voies diges-

tives peuvent se produire plus peut-être dans les pays chauds que partout 5 G

si ailleurs, tant de causes de troubles de cette importante fonction s’y trouvant réunies.

» Parmi les observations consignées dans ce mémoire, plusieurs établissent une distinction entre les gastralgies, les entéralgies et la prétendue colique sèche ; cette distinction faite à Cayenne par M. Chéron, au Sénégal par MM. Thibaut et Griffon du Bellay, en Gochinchine par M. d'Ormay doit

être conservée. »

Lefévre avec cet esprit de discernement qui en à fait un génie a donc, dans ses écrits, fait preuve de la plus grande conciliation et tracé à la postérité une double voie de découvertes, où partisans du paludisme et adeptes du saturnisme, n'avaient plus désormais qu'à marcher en combinant leurs efforts pour les progrès de la cause commune.

Les premiers, respectueux avant tout de l'expérience et de l'observation, admirent en se basant sur elles, à côté de l’ancienne colique endémique des pays chauds s’accompagnant de liseré ardoisé des gencives, d’encéphalopathie, de paralysies des extenseurs, d’arthrodynie, et que les travaux du directeur Lefèvre leur avait démontrés n'être que des manifestations classiques du saturnisme, une gastralgie et une colique paludéennes n’ayant le plus souvent de commun avec les précédents que la douleur et la constipation, et qui dans le cas où ils s’accompagnaientd’accidentsnerveux, en étaienttoujours facilement distinctes par la nature même de ces derniers symptômes.

Cen’était pas autrement dit la question exclusive, passionnée et inconséquente de la colique sèche, telle que l'avaient posée les médecins de la marine antérieurs à Lefèvre, que leurs successeurs en la carrière soulevaient de nouveau, mais celle de la gastralgie et de l’entéralgie palustres, différenciées sciemment de la gastralgie et de la colique saturnines dont ils avaient admis et constaté la fréquence et les sources diverses à bord des navires et aux colonies.

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A ce titre elle était digrie de figurer dans la nosologie.

Griffon du Bellay, Thibaud, d’Ormay, Brassac, Mondot, Vidal, Mahé, Follet, Dudon, Bestion, Giberton, etc. se firent tour-à-tour les défenseurs de cette opinion.

Mais les adeptes du saturnisme furent moins conciliants. Ivres des succès du maître, ils sortirent des bornes de la stricte observation que celui-ci leur avait cependant nettement tracées, se laissèrent entrainer sur la pente facile qui conduit fatalement à l’exagération et à l'erreur, et se refusèrent à admettre ou mirent en doute cette dualité de causes et d’affections saturnines et paludéennes que Lefèvre lui-même ne niait pas, et que d’autres, non moins capables, non moins dignes de foi, observaient et certifiaient en connaissance de cause.

« En présence de certains exemples frappants, rapportés avec un soin et des détauls infinis, après des enquêtes minutieuses et autorisées, on serait plus étonné de ne pas voir entrer le doute dans l'esprit doctrinaire de l’intoxication saturnine, si l’on ne savait que le propre de tout système est l'horreur des concessions », à dit M. le docteur Girard de la Barcerie.

Et M. le médecin en chef Brassac a ajouté depuis : « M. le directeur Lefèvre n’a pas été systématique dans ses recherches dont les résultats pratiques ont été si considérables, mais quelques-uns de ses élèves le sont devenus en se montrant plus absolus que le maître ».

C'est dans ce sens en effet, qu'a été conçu, en partie du moins, l'écrit de M. le médecin en chef de la marine Vilette « Sur l'identité de la colique de plomb et de la colique sèche au Sénégal »; que M. le médecin en chef Le Roy de Méricourt a interprété la plupart des cas soumis à son appréciation ; que M. le médecin professeur Bertrand s’est fait tout récemment encore, le 3 novembre 1885, dans un discours de rentrée des cours de l'Ecole de médecine navale de Brest, devant un public

médical de haut grade et toute une génération naissante de médecins, l'écho des idées du maitre.

M. le docteur Vilette après avoir écrit et surabondamment prouvé en se basant sur les travaux de Lefèvre, que dans tous les cas soumis à son observation il n’a reconnu que des empoilsonnements saturnins et qu'il faut y apporter tous ceux qui ont été observés avant lui dans la colonie, ajoute ailleurs en interprétant la thèse de M. le médecin de deuxième classe Vidal sur l’étiologie de la colique sèche à la Guyanne française : « Que la colique sèche soit un des accidents de l’anémie paludéenne ou qu’elle dépende de l’action directe du miasme paludéen, la pensée est au fond la même; est-ce une maladie de nature miasmatique, c’est-à-dire une des manifestations variées de cet état pathologique protéiforme qu'engendrent les émanations marécageuses ? » Et à cette question il répond négativement par une série d'arguments dirigés contre la thèse de M. Vidal.

M. Le Roy de Méricourt, interprétant diverses observations de coliques relatées par M. Coste, a écrit que l'impossibilité dans laquelle on se trouve de répondre à certaines questions qui seront rapportées plus loin et « la portée si considérable des travaux de Lefèvre » l'ont « conduit après mûre réflexion à abandonner la doctrine soutenue avec tant de talent par Fonssagrives, et qu’il avait lui-même embrassée avec ardeur ».

M. le docteur Bertrand, tout en reconnaissant avec Lefèvre qu'il existe dans les pays chauds des coliques avec constipation qui ne sont pas d'origine saturnine; que « dans nos colonies comme sous nos climats 11 y a des entéralgies & frigore; des névralgies lombo-iliaques... », ajoute touchant le paludisme : « Je ferai même aux partisans de l’étiologie miasmatique une concession que les faits n’autorisent point peut-être. J'admets avec eux que le miasme qui provoque des névralgies sus-orbi-

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= te taires, qui (j'en ai rapporté une observation) peut produire des torticolis, c’est-à-dire de la névralgie du plexus cervical et de la branche externe du spinal, amène une névralgie splanchnique. Qu'y auront gagné les défenseurs de la colique végétale? Où, leur demanderons-nous, où les anesthésies, où la paralysie des extenseurs dans l’imtoxication paludéenne?

Tout récemment encore, M. le médecin principal Moursou, quoique plus conciliant, semble avoir été au delà des faits. Dans ses « Recherches cliniques sur la complication paludéenne dans quelques intoxications », etc., cet auteur a admis que « l'immense majorité des faits dits de coliques sèches, pour ne pas dire tous, appartiennent à l’intoxication saturnine, ne réservant que quelques cas des plus rares à l’intoxication malarienne pure de tout mélange; car théoriquement, ajoutet-il, mon esprit ne se refuse pas à admettre une névralgie paludéenne du grand sympathique, pas plus qu'il ne l’a fait pour d’autres troubles vaso-moteurs (voir mon travail sur l’asphyxie locale) où l’origine tellurique lui à paru des plus évidentes, particulièrement dans certaines angines de poitrine.

» Je ne saisis pas, en effet, la différence qu'il peut y avoir entre une névralgie du plexus cardiaque et une névralgie du plexus sympathique. »

Mais après avoir établi cette distinction, il n'hésite pas dans son étude à « rapporter tous les cas de colique sèche au saturnisme, conformément », dit-il, « aux recherches si belles de Lefèvre et à celles de quelques autres médecins (Vilette, etc.)», bien que Lefèvre ait admis la dualité saturnine et paludéenne; et il comprend ainsi à priori sous le titre de coliques saturnines compliquées de paludisme bien des cas que les observateurs, faute d'y trouver le plomb, ont rattachés en se basant sur certains faits incontestables à l’intoxication paludéenne.

Bien plus, au cours de la relation qu'il fait de ces travaux,

il semble à diverses reprises nier jusqu’à la possibilité de la colique palustre.

« L'intoxication plombique n’est favorisée dans sa marche par le paludisme, dit-il (page 202), que si du plomb existe pour agir sur des paludéens; s’il n’existe pas, quelle que soit l'intensité du miasme palustre, les coliques n’auront pas lieu.»

Parlant des faits observés par Chapuis au pénitencier de la Comté et par Vidal à la Montagne-d’Argent, 1l dit : « Si le plomb n'avait pas existé dans des proportions considérables.…., il est probable que celui-ci n’aurait pas manifesté son action, quelle qu’ait été l'intensité du foyer malarien de ces points ».

Autrement dit, la malaria ne saurait, quelle que soit son intensité, engendrer à elle seule les coliques.

Interprétant enfin un passage du livre de M. Corre, où l'éminent auteur, après une longue expérience, admet l'existence de la colique palustre, il écrit comme une contradiction flagrante avec lies premières lignes de son travail : « Si les impaludés ne présentent pas la névralgie intestinale, c’est, selon moi, par la raison bien simple que là où 1l n’y a pas de saturnisme, il n’y à pas de coliques, quelle que soit l'intensité de l'infection palustre, c’est là un fait d'observation constante. Les névralgies paludéennes portent, ensuite, rarement sur les . nerfs de la vie animale, préférant ceux de la vie de relation ».

Parmi tant de contradictions où est la vérité?

À côté des gastralgies et coliques endémiques des pays chauds décrites avant Lefèvre comme de nature exclusivement paludéenne, mais que les travaux de l’éminent directeur, de MM. Villette et Moursou nous ont démontré n'être que des manifestations saturnines pures de tout mélange ou compliquées de paludisme, faut-il admettre, avec Lefèvre et quelquesuns de ses survivants, une gastralgie et une colique d’origine exclusivement paludéenne, ou faut-il, au contraire, avec d’au-

te tres, l2s rayer du cadre nosologique et n’y voir que des accidents du premier ordre?

La solution de cette question résultera pour nous d’une appréciation rigoureuse des faits ; car, il est incontestable que les données actuelles de la science sur le paludisme et le satur- : nisme sont assez nombreuses et précises pour qu’il soit possible de se prononcer sûrement sur la nature saturnine ou paludéenne d’une affection.

Pour établir l'existence de la gastralgie et de la colique palustres en tant qu’individualités morbides distinctes de la

-gastralgie et de la colique saturnines, deux conditions, et rien

moins, sont nécessaires, savoir : 1° Que le plomb, cette cause si puissante et si fréquente des mêmes manifestations, soit étiologiquement et symptomatolosiquement démontré étranser à leur genèse; 2 que ces manifestations, en outre, présentent les caractères pathognomoniques des affections paludéennes.

Il est évident, en effet, que là où l’observation attentive des faits ne révèle en aucune façon l'intervention du saturnisme, mais seulement les caractères propres au paludisme, le diagnostic d'affection paludéenne s'impose de par la logique et l'impartüialité.

Si, au contraire, l’une ou l'autre seulement de ces deux conditions n’est pas réalisée, suivant que c’est la première ou la seconde, le diagnostic de saturnisme compliqué de paludisme trouve sa raison d’être ou bien le doute subsiste quant à la nature paludéenne de l'affection.

L'analyse de chacun des travaux parus depuis Lefèvre va nous fixer sur le plus ou moins de réalité de ces conditions.

Chapuis, à la Guyane (1860), est le premier qui, au lendemain des découvertes de Lefèvre (1859), ait admis, à côté de la colique saturnine, une colique sèche de cause paludéenne.

Bien qu’il « prétende, écrit Lefèvre (in nouveaux documents...), que si l'on admettait comme réellement productrices de la colique toutes les causes saturnines que j'ai énumérées, il serait difficile de ne pas lui trouver toujours une origine saturnine »...….. «ce médecin avoue qu'avant d’avoir lu mon livre on avait souvent confondu, sous le nom de colique sèche, des cas de colique de plomb, faute d’avoir mis assez de persévérance dans les recherches étiologiques rendues souvent difficiles par les malades eux-mêmes qui n'en comprennent pas l'importance »...….. « Mais s'appuyant des recherches qu'il à faites dans les pénitenciers où, selon lui, les causes manqueraient, et où cependant il aurait fréquemment observé la colique sèche parmi les transportés, 11 conclut qu'il faut admettre une autre influence que celle du plomb pour la « produire »…

Cette influence, c’est le paludisme.

« La colique sèche, dit-1l (tome VIII, p. 578)... a sévi plus cruellement dans les postes insalubres situés sur les bords du fleuve que sur tout le littoral. .….

» La mortalité a été plus grande où on remuait le sol... »

Mais la description que donne Chapuis de la colique paludéenne est si peu différente de celle de la colique saturnine, que Lefèvre à pu dire, en terminant le passage précité, qu’il admet « une autre influence que celle du plomb pour produire une maladie complètement semblable à celle due aux composés plombiques »....…. « Il cherche à saisir la distinction qu’on peut établir entre les coliques sèches et les coliques de plomb; il reconnait que la symptomatologie n’en donne pas de certaine. Il croit cependant que la colique sèche diffère de la colique de plomb par l’instantanéité du début, par l'aptitude des sujets anémiques à en être atteints; par la fréquence plus grande des vomissements, la rareté des accidents arthropatiques et encé-

rt phalopathiques, une durée moindre des accidents, et une guérison assez rapide et presque sans traitement »…

Autant vaudrait dire qu'elle ne diffère pas de la colique de plomb.

Il en résulterait par suite, en conciliant l’étiologie et la symptomatologie qu’accorde Chapuis à la colique sèche, qu’il n'aurait observé que des accidents saturnins compliqués de

paludisme et nullement des manifestations paludéennes pures de tout mélange.

Peu après Chapuis, Vidal, son subalterne à la Guyane, s’est aussi fait le défenseur acharné de l’origine paludéenne de la colique sèche. |

Tout d’abord, il croit que Lefèvre à « eu tort d'attribuer à ce métal et à ses composés le développement des coliques sèches qu’on observe à Cayenne » (Lefèvre). Il a cherché le-plomb partout et ne l’a trouvé nulle part; et dans la symptomatologie qu’il donne de l'affection paludéenne, on ne note rien qui puisse faire croire de sa part à une confusion de celle-ci avec la colique saturnine.

« Cependant, dit Lefèvre, comme son maître, il avoue que souvent on a pu confondre soit à terre, soit à bord des navires, la colique sèche avec la colique de plomb... » De l'absence absolue du plomb dans tous les cas observés par lui à Cayenne et dans les pénitenciers, il conclut que l'affection doit y relever d’une autre cause, et cette cause est le paludisme.

« La colique sèche n’est qu’une des manifestations de l’intoxication palustre » « se produisant sous forme de névralgie intestinale » « et comme telle... elle ne se manifeste qu'à son tour, c’est-à-dire quand l'économie est déjà profondément altérée par des acces de fièvres antérieurs ». « Elle ne se développe jamais chez un homme nouvellement débarqué qui n'est pas depuis

quelque temps sous l'influence de la fièvre intermittente... ». 6 G

La persistance du paludisme à Cayenne et dans les pénitenciers fait que la colique sèche y est « endémique » et qu'elle tend quelquefois à revêtir le caractère « épidémique ».

« Ala Montagne d'Argent, dit-il, nous avons eu à combattre une petite épidémie de coliques sèches et nous avons pu observer que tout le camp qui a été transporté à l’est de la Montagne, dans un endroit continuellement battu par le vent de la mer, a été épargné, tandis que le personnel hospitalier, médical, ete., dont les logements situés sur le versant ouest étaient exposés aux émanations marécageuses, ont été décimés par la fièvre et la colique sèche ».

M. Vidal « a connu des malades chez lesquels les accès de fièvre alterpaient avec les accès de douleurs ».

« La guérison de la fièvre intermittente n’entrainait pas celle de la colique

sèche ».

Tels sont les principaux arguments invoqués par Vidal en faveur de l’origine paludéenne de la colique sèche à la Guyane. L'observation suivante prise entre toutes est assez caractéristique :

Clarisse (Marie-Jeanne), 22 ans, négresse. Pas de liseré, celte femme, qui est blanchisseuse, nous donne, au moment où elle nous fait appeler, les renseignements suivants : elle a eu, depuis deux mois, plusieurs accès de fièvre qui ont été compliqués de douleurs très vives dans la région lombaire et dans les membres inférieurs. Depuis deux semaines environ, elle a été prise de coliques violentes et de constipation opiniâtre presque tous les jours à la même heure. Les douleurs sont suspendues et remplacées par de petits accès de fièvre, elle s'est traitée sans succès par des cataplasmes abdominaux, des purgatifs salins et des décoctions de quassia amara : elle ne présente aucune trace de liseré gengival. Depuis le début de la maladie, ses menstrues sont suspendues et elle présente les symptômes bien évidents de chloro-anémie, elle est sujette à de fréquentes nausées, mais elle n’a

jamais eu de vomissements caractéristiques de la colique sèche. La maladie

est combaltue par la belladone à l’intérieur, le sulfate de quinine, l'huile de ricin, l'huile de croton et, au bout de 5 à 6 jours, les selles se rétablissent et les douleurs disparaissent.

Les renseignements qu'elle nous donne ne peuvent nous mettre sur la trace du plomb; sa nourriture se compose des aliments habituels aux gens du pays, manioc, poisson; elle boit de l’eau puisée au puits de Saint-Quentin, elle la conserve dans une dame-jeanne en verre, mais personne de sa famille n'a été prise de la même maladie. Cette observation, ajoute l’auteur, est bien intéressante en ce qu'elle montre, chez une femme noire, la colique sèche disparaissant presque tous les jours à la même heure, pour faire place à

des accès de fièvre intermittente ».

La thèse de Vidal a été très diversement interprétée. De l'avis de M. Griffon du Bellay, elle «est un des plaidoyers les plus sérieux qui aient été écrits en faveur de la nature paludéenne de la colique sèche ». MM. Lefèvre, Vilette et Moursou au contraire l'ont vivement attaquée. Pour ma part, je me range à l'avis de M. Griffon du Bellay, car les attaques des trois autres auteurs ne tiennent pas devant une critique rigoureuse.

« M. Vidal, dit Lefèvre, s’est proposé de démontrer que j'avais eu tort d'attribuer au plomb et à ses composés le développement des coliques sèches qu’on observe à Cayenne. Cependant, comme son maître, il avoue que souvent on a pu confondre, soit à terre, soit à bord des navires, la colique sèche avec la colique de plomb; si on a pu confondre l’une’avec l’autre, c’est qu’elle existait simultanément; comment expliquer alors sa négation complète de la colique sèche » ?

J'accorde à M. Lefèvre qu'il y a là une contradiction, mais parce que la colique saturnine existe à terre, on n’en saurait , conclure à l’origine saturnine de celles observées par Vidal. Ce raisonnement, je le ferai remarquer à ceux qui, moins tacites que Lefèvre, s'y croiraient autorisés, serait en contradiction avec les faits.

Car Vidal, ainsi qu'il résulte de ses recherches et de la symptomatologie qu’il donne de l'affection, -n’a jamais trouvé le métal suspect dans tous les cas soumis à son observation.

« Quant au lien, dit encore Lefèvre, qui lunirait aux maladies paludéennes, M. Vidal s’est contenté d'affirmer qu'il existe sans donner des preuves à l’appui de son assertion... »

J'en demande bien pardon à l’éminent directeur, mais je trouve dans les faits relatés par Vidal plus d’un lien avec le paludisme. La colique sèche, il vous l’a dit, « ne se manifeste qu'à son tour,.c'est-à-dire, quand l’économie est déjà profondément altérée par des accès de fièvres antérieurs ». Elle « ne se développe jamais chez un homme nouvellement débarqué qui n’est pas depuis quelque temps sous l'influence de la fièvre intermittente... »

Il a « connu des malades chez lesquels des accès de fièvre alternaient avec les accès de douleur. »

11 a aussi cité l’influence des vents marécageux.

Ces détails ont bien leur valeur il me semble! Néanmoins les détracteurs les contestent et ils ont besoin d'être discutés.

« Invoquant, dit Lefèvre, le témoignage de la majeure partie des médecins qui ont soigné des malades dans les pays équatoriaux, avec l'espoir de ne pas être contredit, M. Vidal affirme que la colique sèche ne se développe jamais chez un homme nouvellement débarqué qui n’est pas depuis quelque temps sous l’influence de la fièvre intermittente ». |

Que deviennent ces assertions en présence de celle non moins digne de foi de M. le médecin en chef Jules Laure, qui, dirigeant le service médical à la Guyane, écrivait en 1856: « La colique sèche est fréquente en certains lieux marécageux, et plus rare dans d’autres; elle affecte relativement un petit nombre de fiévreux, et nous l’avons observée chez des sujets qui n'avaient pas de la fièvre intermittente. »

np 2

La réponse est facile à mon sens : Je ne trouve rien dans les observations de M. J. Laure qui puisse faire croire que Vidal n’a point observé ce qu'il à écrit. M. J. Laure a vu la colique sèche dans des endroits qui n'étaient point marécageux et chez des sujets qui n'étaient point paludéens, cela prouve simplement que cette colique n’était point de nature paludéenne mais bien vraisemblablement d’origine saturnine, que par suite, la colique sèche peut reconnaître cette origine : MAIS cela ne prouve pas que la colique paludéenne n'existe pas; l’auteur dégage seulement la génération de la colique sèche de l'influence exclusive du paludisme, il ne croit pas celle-ci indispensable à sa production, sans qu'il y ait là une preuve de la non existence de l’entéralgie palustre.

En outre, pour qu'il y ait eu contradiction entre les deux auteurs, 11 eût fallu que l’affection décrite par eux sous le nom de colique sèche fût de part et d'autre symptomatologiquement identique. Or, ce n’est pas ce qui à lieu.

« Qu'est-ce que la colique sèche, demande J. Laure, au chapitre de son livre qui lui est consacré? A-t-on confondu plusieurs maladies, sous ce même nom? Le miasme végétal produit-il à la longue des effets semblables à ceux des métaux à l’état moléculaire? On est porté à le croire...» (Lefèvre, in nouveaux documents....).

Or M. Vidal, au contraire, donne de la colique sèche une symptomatologie nullement semblable à celle de l’intoxication métallique..…., sauf les symptômes constipation et douleurs. L'observation de la nommée Clarisse en témoigne.

Si donc les deux affections décrites par chacun de ces auteurs ne sont pas identiques, qu’y a-t-il d'étonnant que les faits étiologiques ne concordent pas? »

La critique de Lefèvre est visiblement basée sur un défaut d'interprétation.

Vilette à attaqué l'influence du milieu que M. Vidal invoque comme preuve de l'origine paludéenne de l'affection qu'il a décrite. :

«M. Vidal, dit-il, fait remarquer, à l'appui de son opinion, qu’à la Guyane française les hommes de l’arüllerie n'étant pas appelés à servir dans les postes détachés sont rarement atteints de cette maladie. Mais alors, la contre-épreuve de ce fait doit se trouver au Sénégal où cette arme fournit son contingent aux postes les plus avancés dans le fleuve et les plus insalubres, tels que Bakel et Médine, ainsi que toutes les expéditions militaires, sans compter les influences miasmatiques qui existent à Saint-Louis, comme sur tous les autres points de la côte occidentale d'Afrique, et qui pèsent sur l'artillerie comme sur tout le monde.

Or, cette arme’ même n’a donné, pendant 22 mois, que deux cas de coliques de plomb et pas un seul cas de coliques sèches ». | |

Je ne partage nullement cette manière de voir. En avançant les faits qui précèdent, M. Vilette semble admettre que les diverses manifestations du paludisme se montrent sur tous les points du globe avec la même fréquence. Or, cela est absolument contraire aux faits. Il est d'observation journalière que telle forme du paludisme, fréquente ici, est rare ailleurs ; que la bilieuse hématurique, par exemple, fréquente au Sénégal est rare à la Martinique. Quelle qu’en soit la raison, pourquoi n’en serait-il pas de même de l’entéralgie palustre?

Ce n’est pas à la légère que la Guyane a été appelée la Terre classique de la colique sèche. Depuis les découvertes de Lefévre, le plomb sans cesse pourchassé jusque dans ses derniers retranchements a, de l'avis même des adeptes du saturnisme, presque complètement disparu de nos colonies et la colique sèche cependant y persiste encore! Ne semble-til pas, par suite, qu’il y ait

= là autre chose qu'une influence saturnine bien souvent IMpossible à trouver? k

Vilette ne voit pas non plus, dans le tableau que trace Vidal de la colique sèche, des preuves suffisantes d’une étiologie paludéenne.

«M. le docteur Vidal qui s’est fait, dans ces derniers temps, le défenseur de cette idée, dit qu’il a connu des malades chez lesquels les accès de fièvre alternaïient avec les accès de douleur. Ces deux manifestations, selon lui d’un même principe, suivaient pourtant une marche indépendante l’une de l’autre, et la guérison de la fièvre intermittente n'entraïînait pas forcément celle de la colique sèche.

» Nous ne comprenons pas que ces faits soient favorables à l'étiologie palustre de cette affection, et nous serions plutôt disposé à les interpréter dans un sens tout à fait opposé.

» Serait-ce à cause de l’intermittence des douleurs?

» M. le docteur Chapuis qui dirigeait le service médical où M. Vidal a recueilli ses observations, relate un cas de colique saturnine qui, après avoir cessé depuis quatre jours, se reproduisait tous les soirs avec un accès de fièvre et cessait avec lui. Le sulfate de quinine associé à la belladone à mis fin à ces coliques intermittentes.

» D'autre part, M.le docteur Raoul, au dire de M.Dutroulau, aurait vu la colique sèche compliquée de fièvre intermittente disparaître en même temps que celle-ci et par le même traitement.

» Or, si M. Chapuis est partisan de cette entité morbide, M. Raoul, après avoir professé quelque temps cette opinion, s’est rangé plus tard du côté de la doctrine que nous défendons.

» Dureste, l’intermittence dans une maladie ne suffit pas pour

prouver son origine paludéenne ».

Ces remarques laisseraient entendre que la colique sèche, observée par Vidal, n'aurait été souvent qu’une manifestation saturnine compliquée de paludisme, que celui-ci aurait imprimé à celle-là son cachet d’intermittence, et que seul il aurait disparu sous l'influence du sulfate de quinine. C’est aussi l’opinion de M. Moursou.

« Dans les faits cités par. Vidal, dit-1l, en parlant de ceux de la Montagne d'Argent, l'influence du paludisme n'a joué qu’un rôle de cause aggravante; car, si le plomb n'avait pas existé dans des proportions considérables... dans le personnel hospitalier de la Montagne d'Argent, il est probable que celui-ci n'aurait pas manifesté son action, quelle qu'ait été l'intensité du foyer malarien de ces points... ».

« La colique sèche, écrit Vidal, ne se développe jamais chez un homme nouvellement débarqué qui n’est pas, depuis quelque temps, sous l'influence de la fièvre intermittente ».

« Ici, ajoute M. Moursou, il y à une erreur d'observation ou plutôt il faut croire que, dans le milieu où Vidal observait, l'intoxication saturnine n’arrivait à se produire que consécutivement à la malaria, était plus lente à évoluer, à cause de sa dose minime, celle de la malaria étant au contraire à dose très forte ».

« La guérison de la fièvre intermittente n’entraïnait pas celle de la colique sèche », dit Vidal.

« Evidemment, poursuit M. Moursou, puisque le plomb n’en restait pas moins dans l’économie, la disparition du paludisme ne pouvait qu’ «atténuer ses effets, en augmentant la force de résistance de l'individu intoxiqué par le plomb ».

Je ne conteste pas, répondrai-je, la fréquence de la complication paludéenne dans l’intoxication saturnine. J'ai eu plusieurs fois l’occasion de la noter. Mais, pour que l’on, puisse dire que l’on se trouve en présence de saturnins-paludéens,

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= oi encore faut-il que le saturnisme et le paludisme, et non pas seulement ce dernier, soient dûment constatés chez les sujets.

Or, nous l’avons vu, rien dans les cas observés par Vidal n'autorise à croire à une intervention du plomb. Les faits avancés par MM. Vilette et Moursou ne reposent done que sur une hypothèse et par suite ne sont pas acceptables.

Par ailleurs, ce fait que la colique sèche ne disparaît pas toujours avec la fièvre, est-il donc bien étranger aux allures ordinaires du paludisme? N’arrive-t-1l pas souvent que des névralgies orbitaire, intercostale ou autres, liées à des accès fébriles paludéens, persistent après la disparition de ceux-ci par le traitement quinique ? La résistance des affections paludéennes, même au spécifique, n'est-elle pas un fait d’observation fréquente ? Qui donc pourrait se vanter d’avoir toujours réussi d'emblée contre elles? Ne peut-on, par suite, considérer cette persistance des accidents névralgiques comme le reliquat d’une intoxication profonde non encore définitivement vaincue? Je ne suis pas loin de l’admettre.

En résumé, donc, de toutes les attaques dirigées contre la thèse de Vidal il n’en est aucune qui ne soit suffisamment fondée.

Ce n’est point d’ailleurs d’un fait isolé qu’il faut juger; c’est de l’ensemble des faits. À les envisager chacun isolément, les arguments de Vidal, le milieu palustre, les antécédents paludéens des sujets, la coexistence des accès de fièvre, le traitement quinique enfin sont peu démonstraüfs; mais à les considérer dans leurs liens réciproques, ils acquièrent une grande valeur, que rehausse encore l’absence de toute influence plombique.

Un fait pourrait prêter encore à la critique et mérite qu’on s’y arrête. C’est la race noire à laquelle appartenait la nommée

Clarisse. Le paludisme est rare chez cette race et il y a là, me 1G

OU

dira-t-on peut-être, un fait peu favorable à létiologie paludéenne des coliques sèches observées chez les sujets noirs, tandis qu'au contraire ces sujets ne sont point rebelles au saturnisme.

Si le paludisme est rare chez le nègre, répondrai-je, 1l n’est pas sans exemple. Et l’on ne saurait argumenter d'un tel fait pour nier l’origine paludéenne de l'affection et affirmer son étiologie saturnine, surtout quand les causes du saturnisme manquent et que le paludisme existe, au contraire, dans le milieu et chez le sujet où cette affection est observée.

Béal (1862) a signalé l'existence au Sénégal de coliques sèches qu'il ne croit pas d’origine saturnine et qu’il rattache à la constitution essentiellement maremmatique du pays. « Je ne sais, dit-il, où on irait chercher le plomb dans les postes du Sénégal pour expliquer une pareille origine. Tout y est peint à la chaux, à l'exception des postes qui n’ont généralement reçu qu'une première couche de peinture; les vivres y sont de très bonne qualité; les hommes ne mangent jamais de conserves; la farine est venue de France; le vin qu’on y boit est le meilleur de celui qu'achète la marine, et l’on ne se sert que de l’eau du fleuve préalablement filtrée. » ;

Mais ainsi que le fait remarquer une note de la rédaction des Archives, Béal ne précise point la nature du filtre. Or, c’est là une lacune fâcheuse, laquelle, en dépit-de toutes les preuves que l’auteur pourrait accumuler en faveur de la genêse paludéenne, fera toujours songer à la possibilité de l’origine plombique, étant donné que les filtres, à l’époque surtout où observait Béal, se composaient fréquemment d'engins de plomb capables d’altérer la qualité de l’eau qu’ils renfermaient.

L'argumentation de M. Béal péche done par un point capital et n’est point concluante. s

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