‹ Des manuscrits de Buffon: avec des facsimile de Buffon et de ses collaborateurs (volume 2)Chapitre 24 sur 60 · CHAPITRE VT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VT

Le manuscrit des Epoques de la nature^ que possède le Muséum, contient deux copies plus ou moins incomplètes de la seconde époque; une^ plus complète, de la troisième; une de la quatrième, devenue la cinquième de Timprimé ; et, sous les titres de cinquième et sixième époque^ deux copies, toutes deux très-incomplètes, de Y époque restée définitivement ta sixième.

M. Cuvier nous dit, de Buffon, qu'il fut obligé Ae faire recopier jusqu'à onze fois le manuscrit des Époquesde la nature^; Hérault de Séchelles dit jusqu^à dix-huit*; et Ton a Tair de croire que tout ce travail, tout ce long, tout ce grand travail, n'avait d'autre objet que le style.

* Biographie universelle, article Boffon.

- Voyage à Montbard, p. 18 (nn IX).

Nos copies nous en donnent une idée fort différente. J'y vois, sans doute, beaucoup de modifications pour le style; j'y en vois encore plus pour les idées, pour les choses, pour le fond des choses, j^entends pour la durée, pour le nombre des périodes nommées époques^ et pour la détermination, pour le choix des caraclères, c'est-à-dire des faits que l'auteur assigne à chacune.

Buffon avait publié, en 1749, sa Théorie de la teire et son Système sur la formation des planètes ; mais, ni dans l'un ni dans l'autre de ces deux écrits, il n'avait marqué des époqiws : c'est pourtant là qu'il voulait en venir.

Comme, nous dit-il lui-même dans son beau langage, comme dans l'histoire civile on consulte les litres, on recherche les médailles, on déchiffre les inscriptions antiques pour déterminer les époques des révolutions humaines et constater les dates des événements moraux; de même, dans l'histoire naturelle, il faut fouiller les archives du monde, tirer des entrailles de la terre les vieux monuments, recueillir leurs débris, et rassembler en un corps de preuves tous les indices des changements physiques qui peuvent nous faire remonter aux différents âges de la nature. C'est le* seul moyen de fixer quelques points dans l'immensité de l'espace, et de placer un certain nombre de pierres numéraires sur la route éternelle du temps*.

Tel était donc le problème : il fallait fixer quelques » T. IX. p. 45:..

points; il fallait placer quelques pierres numéraires; il fallait, comme le dit encore BufTon quelques lignes plus loin, il fallait poser quelques fanaux^ sur la roule, jusqu'alors si obscure, de l'histoire du globe.

C'est à quoi s'applique Buffon.

Il part, comme onsait% de l'hypolbcse, si grandement conçue par Leibnitz, de notre globe primitivement fondu par le feu. La première époque du globe sera donc celle de sa fusion ; la seconde celle de sa consolidation ; la troisième, celle de la chute des eaux, reléguées jusque-là dans Tatmosphère par la chaleur du sol ; la quatrième, celle de l'action des volcans; h cinquième, celle des terres du nord habitées par les animaux du midi; la sixième, celle de la séparation des d€ux eojitinents ; et la septième, celle de V homme apparaissant enfm sur le globe et venant seconder par sa puissance, c'est-à-dire par son intelligence, la puissance de la nature.

Voilà les sept époques de Buffon, telles que nous les présente son livre; mais il n'est pas arrivé là, à ce nombre sept, tout de suite.

Nos copies, et sûrement elles n'ont pas été les premières, n'ont que six époques.

La cinquième du livre — lorsque les éléphants et

' « Le passé est comme la distance, notre vue y décroît et s'y « perdrait de même, A Thisloire et la chronologie n'eussent placr <v des fanaux, des flambeaux aux points les plus obscurs. »

* Voyez, sur cela, mon Histoire des travaux et des idées de Hiiffon, p. 208et8uiv. (2« édition).

r»6 DES ÉPOQUES

les autres anmaux du midi ont habité les tenues du nord — est la quatrième de nos copies ; et la quatrième du livre — lorsque les eaux se sont retirées et que les volcans ont commencé d'agir — n'est que dans le livre, elle n'existait pas du temps des copies.

Biiffon n'avait pas fait encore sa théorie des volcans \il la fit plus tard, et de cette théorie il fit sa quatrième époque.

Cette intercalation d'une quatrième époque , l'époque des volcans^ entre la troisième — lorsque les eaux ont couvert nos continents — et la cinquième — lorsque les éléphants et les autres animaux du midi ont habité les terres du nord — est le changement le plus considérable que présente notre manuscrit relativement au livre imprimé. Mais il en est plusieurs autres qui, quoique moins importants, méritent pourtant d'être indiqués.

Et, par exemple, nous avons deux copies de la seconde époque : dans la première copie, les coquillages et les poissons datent de cette seconde époque; ils ne datent que de la troisième époque dans la seconde copie.

Un détail assez curieux de notre copie de la troislème époque^ c'est qu'elle contient une digression

* C'est à peine si ce qui concerne les volcans forme, dans nos copies, trois ou quatre pages (les lO», 11", 12* et 13«), enveloppées et roiume perdues dans le reste.

t.rès-philosophique, et même, à côté des assertions hardies de Buffon, assez nécessaire, sur la difficulté qu'a l'esprit humain de concevoir de longs espaces de temps, de longues durées. Effrayé, pour son lecteur, des milliers d'années et même de siècles qu'il vient de lui présenter, Buffon cherche à le rassurer. Il comprit bientôt qu'il valait mieux encore chercher à le prémunir; et la digression fut transportée de la troisième époque dans la première, mais sans le préambule suivant, que mon lecteur à son tour sera, je crois, bien aise de voir.

Pourquoi, me dira-t-on, nous rejeter dans un espace aussi vaguequ'une durée de quatre ou cinq cent mille ans? Est-il aisé, est-il même possible de se former une idée du tout et des parties d'une aussi longue suite de temps ? Pourquoi ne pas s'en tenir aux vingt ou vingt-cinq mille ans que vous aviez désignés d'abord comme suffisant à peu près pour ces opérations de la nature? C'est ajouter une nouvelle cause d'obscurité aux choses difficiles dont vous prétendez donner l'explication que d'employer de si grands nombres et des espaces d'une durée qui n'est guère concevable.

J'ai si bien senti la force de cette considération, que j'ai taché d'en prévenir l'effet en présentant d'abord un plan moins étendu de la durée des temps; cette plus petite échelle m'était nécessaire pour conserver l'ordre et la clarté des idées qui se seraient peut-être perdus dans un trop grand espace, si tout à coup j'eusse présenté le plan de la durée des temps sur l'échelle que j'emploie aujourd'hui, laquelle est trois fois plus étendue que celle de mon premier tableau.

Mais tout bon esprit qui se sera familiarisé avec les rapports que ce tableau présenle pourra les transporter aisément et les appliquer dans le même ordre aui opérations de la nature. Lorsque je n*ai compté que 74 ou 75,000 ans pour le temps écoulé depuis la formation des planètes, j'ai averti que je me contraignais pour m 'opposer le moins possible aux opinions reçues, et en même temps, pour ne tirer, de mes expériences sur le refroidissement, que des conséquences absolument incontestables *.

Eh ! pourquoi l'esprit humain sembic-t-il se perdre dans l'espace de la durée plutôt que dans celui de l'étendue ou des nombres ? Pourquoi cent mille ans sont-ils plus difficiles à concevoir et à compter que cent mi'le livres de rente ? Serait-ce parce que la somme du temps ne peut se palper ni se réaliser en espèces visibles? ou plutôt n'est-ce pas

* « Mais je me suis expressément réservé (continue-t-il) Taugmen- « lation de la durée des temps pour être à l'aise sur l'explication des (( phénomènes, et pour pouvoir présenter d'une manière intelligi- « blc et sensible Tordre et la succession des différents événements «. de la nalure. Je n'ai même formé mon dernier tableau sur une (( échelle quatre fois plus grande que d'après une supposition défavo- « rable et trop faible, car je suis très-persuadé que, dans la réalité, les « camat latentes de Newton, c'est-à-dire les obstacles qui s'opposent « à la déperdition de la chaleur des corps, au lieu de n'être supposée^^ « qu'un millionième depuis un pouce jusqu'à dix pieds de diamètre « peuvent être supposées d'un cent millième au moins, et cela seul t aurait augmenté dix fois plus notre échelle, et m'aurait donné « un million d'années au lieu de cent mille ans pour la durée de 6 notre époque; mais encore une fois, quoiqu'il soit très-vrai que « plus nous étendrons le temps, plus nous approcherons et de la vérité et de la réalité de l'emploi qu'en a fait la nature, néanmoins il faut le raccourcir autant qu'il est possible, quand ce ne serait que pour se conformer à la puissance limitée de notre cnlcn- « dément. »

l)K LA NATUKR 00

qu'étant accoutumés par notre trop courte existence à regarder cent ans comme une grosse somme de temps, nous avons peine à nous former une idée de mille ans, et ne pouvons plus nous représenter dix mille ans ni même en concevoir cent mille ' .

On ne se doute pas de toute la peine que la combinaison, la répartition de ces milliers d'années et de siècles ont donnée à Buffon, ni de toutes les modifications, de toutes les variations auxquelles il les a soumises.

Suivant un de ses calculs, la troisième époque a dure vingt-cinq mille ans ; elle en a duré quatre on cinq cent mille^ suivant un autre ; elle a duré un million ilannées, suivant un troisième. Buffon en usait un peu avec les milliers d'années, comme nos faiseurs de vaudevilles en usent, tons les jours, avec les millions d'écus.

Mais quelle était donc la base de tous ces calculs si vastes et si divers?

De 1749, où Buffon avait publié sa Théorie de la terre et son Système sur les planètes^ jusqu'en 1774 et 1775, où il publia les deux volumes de son hitro- (luction à r histoire des minéraux^ il avait passé une

* Ce dernier alinéa, depuis les mots : « Eh 1 pourquoi l'esprit humain... )) a été conservé dans l'imprimé, mais avec quelques modifications. Au lieu de : plutôt que dam celui de l'étendue ou des nombreSy Buffon a mis : plutôt que dans celui de l'étendue ou dans la considération des mesures, des poids et des nombres ; au lieu de : cent mille livres de rente, il a mis : cent mille livres de monnaie..

grande partie de son temps à faire ou à faire faire le plus d'expériences qu'il avait pu sur les progrès de la chaleur dans les corps et sur la durée de leur incandescence.

Il faisait fondre des masses de fer; il faisait chauffer au blanc, au rouge, des boulets de fer, de zinc, d'étain, d'antimoine, de grès, de marbre, etc.; il observait combien ces matières mettaient de temps à se consolider, à se refroidir, à se refroidir plus ou moins, jusqu'au point de pouvoir être touchées sans brûler, jusqu'au point de la température actuelle, etc.; puis il appliquait de son mieux tous ces résultats à la consolidation et au refroidissement du globe*.

J'ai commencé, dit-il, par la partie expérimentale démon

* (( J'ai fait quelques expériences pour reconnaître combien il faut tf de temps aux matières qui sont en fusion pour prendre leur con- « sistance et passer de l'état de fluidité à celui de solidité ; combien « de temps il faut pour que la surface prenne sa consistance, combien « il en faut de plus pour produire celte même consistance à l'intéa rieur, et savoir par conséquent combien le centre d'un globe, dont « la surface serait consistante et même refroidie à un certain point, « pourrait néanmoins être de temps dans l'état de liquéfaction. » (T. IX, p. 500.) — « Nous avons démontré, par les expériences du (( premier mémoire, qu'un globe de fer, gros comme la terre, péné- « Iré de feu seulement jusqu'au rouge, serait plus de 90,670 ans à « se refroidir, auxquels ajoutant 2 ou 5,000 ans pour le temps de sa « consolidation jusqu'au centre , il résulte qu'en tout il faudrait « environ 100,000 ans pour refroidir au point de la température a actuelle un globe de fer gros comme la terre, sans compter la durée (( du premier état de liquéfaction, ce qui recule encore les limites du « temps qui semble fuir et s'étendre à mesure que nous cberclions à (f le saisir, n T. IX. p. 508.)

travail, parce que c'est sur les résultats de mes expériences que j*ai fondé tous mes raisonnements *.

Sans doute que le fondement n'était pas très-sûr, car, indépendamment des variations que j'indiquais il n'y a qu'un instant, j'en pourrais citer beaucoup d'autres.

A la page 3 de notre première copie de la seconde époque, Buffon pose d'abord : 74,832 ans pour la formation des planètes, et 34,270 pour le refroidissement de la terre, au point de pouvoir être touchée, sans brûler. Cela écrit, il l'efface : au-dessus de 74,832, il met 2,993,280, et au-dessus de 34,270, il met 1,370,800. Un peu plus loin, au lieu de plus de vingt mille j il met six ou sept cent mille.

Venons à ses nombres définitifs.

En supposant, dit-il, comme tous les phénomènes paraissent rindiquer, que la terre ait autrefois été dans un état de liquéfaction causée par le feu, il est démontré par nos expériences que, si le globe était entièrement composé de fer ou de matière ferrugineuse, il ne se serait consolidé jusqu'au centre qu'en 4,026 ans, refroidi au point de pouvoir le toucher sans se brûler en 46,991 ans, et qu'il ne se serait refroidi an point de la température actuelle qu'en 100,696 ans; mais comme la terre, dans tout ce qui nous est connu, nous parait être composée de matières vitrescibles et calcaires qui se refroidissent en moins de temps que

» T. l\,|).si

les matières ferrugineuses, il faut, pour approcher de la vérité autant qu*il est possible, prendre les temps respectifs du refroidissement de ces diiïérentes matières, tels que nous les avons trouvés par nos expériences du second mémoire, et en établir le rapport avec celui du refroidissement du fer. En n'employant dans cette somme que le verre, le grès, la pierre calcaire dure, les marbres et les matières ferrugineuses, on trouvera que le globe terrestre s*est consolidé jusqu'au centre en 2,905 ans environ, qu'il s'est refroidi au point de pouvoir le toucher en 33,911 ans environ, et à la température actuelle en 74,047 ans environ *.

A la bonne heure ! Mais combien de milliers d'années Buffon n'eût'il pas ajoutés à tous ces milliers-là, s'il eût prévu ce que penseraient les géologues un siècle après lui, savoir : que le globe, loin d'être consolidé encore jusqu'au centre, l'est à peine dans une trcsuiince partie de sa surface?

Ce qui fait le grand côté du tableau tiacé par Buffon, c'est Fart admirable avec lequel il nous présente ce globe, « depuis le sommet de l'échelle du « temps (pour parler comme lui) jusqu'à des temps c( assez voisins du nôtre, » passant du chaos à la lumière, de l'incandescence au refroidissement, du refroidissement à l'établissement de la mer universelle, à la production des premiers coquillages et des premiers végétaux, à la construction de la surface de

* T. IX, p. 348.

la terre par lits horizontaux, a la retraite des eaux, au feu des volcans, à ce temps enfin où la Nalure, « dans son premier moment de repos, a donné ses « productions les plus nobles, » c'est-à-dire les grands animaux terrestres, les grands animaux du midi habitant les terres du nord, et rhominc lui-même (pie Buffon définit si bien : « le témoin intelligent et « l'admirateur paisible du grand speclacle de la nau ture et des merveilles de la création. »

Et à propos de l'homme, je vois encore ici (copie de la quatrième époque') un changement curieux et digne d'être noté.

Buffon dit, dans l'imprimé : « Nous sommes persua- « dés, indépendamment de l'autorité des livres sacrés, « que l'homme a été créé le dernier, et qu'il n'est « venu prendre le sceptre de la terre que quand elle « s'est trouvée digne de son empire; » mais il avait écrit dans notre copie^ : « il reste celle (la création) de « l'homme; a-t-elle été contemporaine à celle des a animaux? Des raisons particulières semblent forcer « à dire qu'elle s'est faite postérieurement à toutes nos « époques ; néanmoins l'analogie, les monuments et « même les traditions nous démontrent, au contraire, « que l'espèce humaine a suivi la même marche et « date du même temps que les autres espèces.... » Ainsi, dans nos copies, « quoique des raisons parli-

* Cinquième de l'imprimé. (Voyez, ci-devant, p. 63.) » V. 10.

« cuiières semblent forcer à dire que la création de « l'homme s'est faite postérieurement à toutes les « autres, néanmoins l'analogie et les monuments dé- « montrent qu'elle est de la même date; » et, dans l'imprimé, l'auteur est persuadé, «même indépendam- « ment de l'aulorité des livres sacrés, que l'homme est « venu le dernier, etc. » L'imprimé est pour les livres sacrés f et la copie pour les monuments et V analogie.

Les Époques de la nature sont, de Buffon, l'ouvrage le plus considérable et le plus fortement conçu. Les hypothèses y sont judicieuses, les faits enchaînés, les raisonnements suivis, les déductions naturelles. On y reconnaît le grand cachet d'un esprit conséquent. On est élonné de Taudace, mais on admire la grandeur. On voudrait à l'édifice entier une base moins fragile que quelques expériences dont l'auteur est loin d'avoir soupçonné l'extrême complication \ mais on est frappé, mais on est ravi de l'aspect imposant que cet édifice nous offre. J'applique à Buffon ce que d'Alembert a dit de Descartes, que, s'il s'était trompé sur les

* « Dans l'ignorance complète où nous sommes, dit M. dcHum- « boldl, sur la nalurc des matériaux dont l'intérieur de la terre e.t « formé, sur les degrés divers de capacité pour la chaleur et de con- « ductibilité des couches superposées, enlin sur les transformations (( chimiques que les matières solides ou liquides doivent subir tous a rinfluence d'une pression énoritie, nous ne pouvons appliquer sans « réserve à notre planète les loi$ de la propagation de la chalctir, « qu'un profond géomètre a découvertes pour un sphéroïde en niéff tal.*. » [Cosmos, t. I, p. 194.)

lois du mouvement, îl avait du moins deviné le premier qu'il devait y en avoir. Si Buffon s*est trompe sur la durée des âges du globe, s'il n'a pu indiquer , qu'en gros^ et de loin, leurs vrais caractères, du moins ^ a-t-il deviné le premier qu'il devait y avoir des âges. Les rév olutions de Cuvier ne sont que les âges de BufTon, sous une autre forme et sous la plume d'un génie différent ; et tout ce que font d'efforts nos géologues actuels, tout ce qu'en feront jamais les géologues futurs, pour le classement, demieux en mieux démêlé, de leurs formations, de leurs couches, de leurs terrains, ne sera jamais qu'un remaniement incessant, et sans cesse perfectionné, des Époques de la nature. Ce thème sera toujours refait et ne sera jamais fini. Voici comment Buffon a jugé lui-même son œuvre :

J'ai fait ce que j'ai pu pour proporlioniier, dans chacune de ces périodes, la durée du temps à la grandeur des ouvrages; j'ai tâché, d'après mes hypothèses, de Iracer le tableau successif des grandes révolutions de la nature, sans néanmoins avoir prétendu la saisir à son origine et encore moins l'avoir embrassée dans toute son étendue. Et mes hypothèses fussent-elles contestées, et mon tableau ne i'ût-il qu'une esquisse très- imparfaite de celui de la nature, je suis convaincu que tous ceux qui, de bonne foi, voudront examiner cette esquisse et la comparer avec le modèle, trouveront assez de ressemblance pour pouvoir au moins satisfaire leurs yeux et fixer leurs idées sur les plus grands objets de la philosophie naturelle

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