REPRODUCTION DE QUELQUES FRAGMENTS DES MANUSCRITS DE RUFFON
Notre MANUSCRIT des Époques de la nature contient, comme je Tai déjà dit^, deux copies de la seconde époque, une de la troisième^ une de la quatrième^ devenue la cinquième de Timprimé, et deux de la sixième dont la première porte encore le titre de cinquième.
Ce que s'est proposé Buffon dans ses Époques de la nature (je Tai déjà dit aussi';, c'est de marquer par durées déterminées, par époques successives, par âges distincts, les différents changements du globe.
Deux points surtout Toccupaient : le premier, de bien démêler les grands faits de la nature et d'en marquer Y ordre successif; et le second, de donner à chaque fait sa juste étendue. « J'ai tâché d'après mes « hypothèses, dit-il, de tracer Tordre successif des « grandes révolutions de la nature...; j'ai fait, dit-il « encore, ce que j'ai pu pour proportionner, dans « chacune de ces périodes, la durée du temps à la « grandeur des ouvrages'. »
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* Œuvres de Bufpn, t. IX, p. 570.
80 MANUSCRITS DE DUFFON
Il y a deux agents : le feu et Y eau; et, des deux, c est évidemment le feu qui a le premier fait sentir son action. La première époque a donc été celle de la fusion; la seconde celle de la consolidation, la troisième, celle de la chute des eaux; la quatrième, celle de la retraite des eaux et de l'apparition des premiers animaux terrestres ; la cinquième, celle de la séparation des deux continents^ et la sixième celle de Y homme. Voilà les six époques de nos copies K
Buffon s'aperçut bientôt qu'il n'avait pas fait à Faction du feu une part assez grande. Cette action ne s'est pas immédiatement épuisée : après la fusion générale^ après la consolidation même du globe, elle a longtemps persisté, témoin les volcans éteints; elle persiste encore aujourd'hui, témoin les volcans actuels. Buffon revint donc sur son plan; il l'ouvrit pour Télargir, et, entre l'époque des eaux couvrant la terre et celle des premiers animaux terrestres, il en
* Les sept époques du livre sont :
La première, lorsque la terre et les planètes ont pris leur forme ;
La deuxième, lorsque la matière, s'étant consolidée, a formé la roche intérieure du globe, ainsi que les grandes masses vitrescibles qui sont à sa surface;
La troisième, lorsque les eaux ont couvert nos continents;
La quatrième, lorsque les eaux se sont retirées, et que les volcans ont commencé d'agir (c'est celle-ci qui manquait encore au Icmps des copies) ;
La cinquième, lorsque les éléphants et les autres animaux du midi ont habité les terres du nord;
La sixième, lorsque s'est faite la séparation des continents;
La septième, lorsque la puissance de l'homme a secondé celle de la nature.
plaça une nouvelle, qui fut Tépoque des premiers volcans et de leurs grands effets.
Buffon traitait son sujet comme nos auteurs dramatiques ont coutume de traiter le leur. Us ajoutent ou retranchent un acte ou deux à la moindre difficulté; ils déplacent même des scènes, et Buffon en faisait autant. Nous avons vu, en comparant les copies au livre, qu'il avait transporté l'apparition des premiers animaux de la seconde époque à la troisième, et l'apparition de l'homme de la cinquième à la septième.
Et, sous ce rapport du remaniement successif de ses idées, rien n'est plus curieux que la première des deux copies que nous.avons de la seconde époque.
Buffon réunissait alors sous une même et seule époque ce dont il a fait ensuite trois époques distinctes : l'époque de la consolidation ^ restée la seconde; l'époque de la chute des eaux et des premiers êtres vivants, devenue la troisième, et V époque des volcans, devenue la quatrième.
Je reproduis cette première copie tout entière, et je la reproduis telle que Buffon l'a primitivement écrite. Je mets en notes ce qu'il y a marqué plus tard de corrections et de changements. Je place enfin, en regard de la première copie^ la rédaction dernière et définitive, c'est-à-dire celle que nous offre l'imprima'.
SSCONDB ÉPOQUE
{i** copie).
LOIlS(jrE LA MATIRIIE s'ÉTAKT CONSOLIDÉE A FORMÉ LES OBANDES MASSES DES
SUBSTANCES VITHIFIAULKS ^
Il a fallu, comme nous Tavons dit, près de trois mille aus * pour que le globe terrestre ait pris toute sa consistance et que les matières en fusion se soient consolidées jusqu'à son centre. Comparons les effets de cette consolidation du globe terrestre' en liquéfaction par le feu, à ce que nous voyons arriver à une masse de métal ou de verre fondu lorsqu'elle commence à se refroidir*. Nous voyons qu'il se forme à la surface de ces masses des aspérités *, et dans l'intérieur « des cavités qui représentent parfaitement les premières inégalités qui se sont trouvées sur la surface de la terre ^, et ce grand nombre de montagnes, d'abîmes, de trous et de cavernes* qui occupaient alors l'intérieur des couches les plus voisines de la superficie. Notre comparaison est d'autant plus exacte que les plus hautes montagnes ®, que je suppose de 3,000 toises de hauteur, ne sont par rapport au diamètre de la terre que ce qu'un huitième de ligne est par rapport au diamètre d'un globe de deux pieds. Ces masses de rochers et ces chaînes de montagnes qui nous paraissent si prodigieuses tant par le volume que par la
COIinECTIOXS FAITES PAR ULFFOX SLU LA COPIE.
* Lorsque la matière, s'étant consolidée, a formé la roche intérieure du globe ainsi que les grandes masses vitrifiables qui sont à sa surl'ace.
* En Jetant les yeux sur notre dernier tableau, l'on reconnaîtra qu'il s'est écoulé 117,440 ans avant que le globe
^ consolidation de la terre liquéfiée par le feu
* à se refroidir. Il se forme à la
^ à la surface de ces masses des inégalités, des ondes, «les
aspérités