I.*OISEAlJ.SIOtIC»C
(itEXON.)
Dans le genre volatile , c'est au dernier degré de l'échelle de grandeur que la nature a plate son chef-d'œuvre. Le plus petit des oiseaux en est encore le plus merveilleux ; il réunit tous les dons partagés aux habitants de l'dir : légèreté, rapidité, prestesse, grâce, beauté, brillante parure de plus riches couleurs, tout appartient au charmant oiseau-mouche. L'émeraudo, le rubis, la topaze éclatent sur son plumage ; dans sa vie tout aérienne, on le voit à peine toucher quelques instants à la terre ; il vole de fleurs en fleurs ; il a leur fraîcheur, comme il a leur éclat ; il vit de leur nectar; on a dit qu'il mourait avec elles : plus heureux, il habite des climats où elles ne se flétrissent que pour renaître, et parent tour à tour le cercle entier de l'année.
(corrections de uuffon.)
* Ce sont tous ces oiseaux qui ne vivent pas de chair, mais
qui se nourrissent de mouches...
* BuFFON... Sans toucherni aux fruits, ni aux grames.
WJBM eORF-BfOI'CIIES, MOlJCinRBOI.Um ET TYMARM.
(UUFFON.)
iV. B. Buffon n'a fait à ce passage que les deux Irès-petils changements indiqués en note, et je ne le place ici que conune preuve' de ee que j*ai dit dans le chapitre sur Bexon, que la ooUaboration de Bexon a commencé dès les moucherolles, et dés le quatrième volume de V Histoire des Oiseaux par conséquent.
LE BECFICilJE.
(uOi-FON.)
Cet oiseau qui, comme Tortolan fait les délices de nos tables, n'est pas aussi beau qu'il est bon.
I^'OISEAU-MOVCHE *.
(doffox.)
De tous les êtres animés, voici le plus élégant pour la forme et le plus brillant pour les couleurs. Les pierres et les métaux polis par notre art ne sont pas comparables à ce bijou de la nature; elle Ta placé dans l'ordre des oiseaux, au dernier degré de l'édielle de grandeur, maxime miranda in minimis; son chef-d'œuvre est le petit oiseau-mouche ; elle Ta comblé de tous les dons qu'elle n'a fait que partager aux autres oiseaux : légèreté, rapidité, prestesse, grâce et riche parure, tout appartient à ce petit favori. L'émeraude, le rubis, la topaze, brillent sur ses habits; il ne les souille jamais de la poussière de la terre, et dans sa vie tout aérienne ou le voit à peine toucher le gazon par instants; il est toujours en l'air, volant de fleurs en fleurs ; il a leur fraîcheur comme il a leur éclat ; il vit de leur nectar et n'habite que les climats où sans cesse elles se renouvellent.
* Voyez ce que j'ai dit, p. 25, savoir, que le manuscrit de Bexon sur VatseaU'fMudie ne porte aucuua correction de Buflon.
(DGXOir.)
CVsl au nouveau monde que la nature, plus variée et plus féconde dans toutes les productions des règnes de Teau et de Tair, a placé ces rares oiseaux. Tous les oiseaux-mouches sont naturels aux régions de TAmérique comprises entre les tropiques. Si quelques-uns s'avancent en été plus au nord, on les voit disparaître de ces contrées avant les frimas ; ils suivent le soleil, se retirent avec lui et volent à la suite des zéphyrs sur les pas d'un printemps éternel.
(^est dans ces idées et Toeil frappé de Féclat et du feu que rendent les couleurs de ces brillants oiseaux que les Indiens leur ont donné les noms de rayons du soleil, de cheveux du soleil ; celui de tominejos, que leur donnent les Espagnols, est relatif à leur excessive petitesse : le tomiue est un poids de douze grains. « J'ai m, dit Nieremberg, essayer au trébuchet « un de ces oiseaux , lequel, avec son nid, ne pesa pas plus .( Be deux tomines. »
Effectivement, la plus petite espèce d'oiseau-mouche est n.oins grosse qu'un bourdon, et plusieurs sont plus petites que le taon, ou la grande mouche-asile. Leur bec* est une aiguille fine et leur langue un fil délié. Leurs petits yeux noirs sont deux points brillants. Les plumes de l'aile sont si délicates qu'elles en paraissent transparentes ; à peine aperçoit-on leurs pieds, tant ils sont courts et menus . L'oiseau-mouche en fait peu d'usage ; il n'est guère posé que la nuit : le reste du temps, il est emporté dans les airs. Son vol est continu, bourdonnant et rapide; Marcgrave compare le bourdonnement de ses ailes au bruit d'un rouet, et l'exprime par les syllabes : hur, huvyhur; leur battement est si vif que, suspendu en l'air, il paraît immobile. On le voit s'arrêter ainsi quelques instants devant une fleur et partir conmie un Irait pour aller à une autre; il les visite toutes, plongeant sa langue dans leur sein, les flattant de ses ailes ; sans jamais s'y fixer, sans les quitter jamais; il ne presse ses inconstances que pour mieux
(boffon.)
r/esi dans les contrées les plus chaudes du nouveau inonde que se trouvent toutes les espèces d'oiseaux-inouches ; elles sont assez nombreuses et paraissent confinées entre les deux tropiques, car ceux qui s'avancent en été dans les zones tempérées n'y font qu'un court séjour ; ils semblent suivre le soleil, s'avancer, se retirer avec lui, et voler sur Taile des zéphyrs à la suite d'un printemps éternel.
Les Indiens, frappés de Téclat et du feu que rendent les couleurs de ces brillants oiseaux, leur avaient donné les noms de rayons ou cheveux du soleil. Les Espagnols les ont appelés tominejoSy mot relatif à leur excessive petitesse; le tomine est un poids de douze grains. « J'ai vu, dit Nierémberg, peser au « trébucbet un de ces oiseaux, lequel, avec son nid, ne pesait f que deux tomiiies^ » et, pour le volume, les petites espèces de ces oiseaux sont au-dessous de la grande mouche asile (le taon) pour la grandeur, et du bourdon pour la grossem\ Leur bec est une aiguille fine et leur langue un fil délié ; leure petits yeux noirs ne paraissent que deux points brillants ; les plumes de leurs ailes sont si délicates qu'elles en paraissent transparentes; à peine apei^it-on leurs pieds, tant ils sont courts et menus; ils en font peu d'usage, ils ne se posent que pour passer la nuit, et se laissent pendant le jour emporter dans les airs; leur vol est continu, bourdonnant et rapide. Marcgrave compare le bruit de leurs ailes à celui d'un rouet et l'exprime par les syllabes hour^ hotir, hour; leur battement est si vif que l'oiseau, s'arrêtant dans les airs, parait non-seulement hnmobile, mais tout à fait sans action ; on le voit s'arrêter ainsi quelques instants devant une fleur et partir comme un trait pour aller à une autre ; il les visite toutes, plongeant sa petite langue dans leur sein, les flattant de ses ailes, sans jamais s'y fixer, mais aussi sans les quitter jamais ; il ne presse ses inconstances que pour mieux suivre ses amours et multiplier ses jouissances innocentes , car cet amant léger des fleurs
(Kioir.)
suivre ses amours , distribuer ses caresses et multiplier ses baisers.
Cet amant léger des fleurs lire sa substance de leur miel. C'est à le recueillir que sa langue parait uniquement destinée: composée de deux fibres creuses, jointes en un petit canal, et divisée au bout en deux filets, elle a la forme d'une trompe, dont elle fait les fonctions. L'oiseau la darde hors de son bec, apparemment par un mécanisme de Tos hyoïde, semblable en petit à celui que nous avons remarqué dans la langue des pics, et la plonge jusqu'au fond du calice des fleurs pour en tirer les sucs. Telle est sa manière de vivre, d'après tous les auteurs qui ont écrit sur l'Amérique, et suivant les meilleurs observateurs : Marcgrave, Sloane, Calesby, Feuillée, Labat, Dutertre; M. Brovsne joint son témoignage à celui de ces naturalistes. Ils n'ont eu qu'un contradicteur : c'est M. Badier, qui , pour avoir trouvé dans l'œsophage d'un oiseau-mouebe quelques débris de petits insectes, en conclut qu'il vit de ces animaux et non du suc des fleurs , comme tout le monde l'a pensé ; mais nous ne croyons pas devoir faire céder une multitude de témoignages authentiques et respectables à une seule assertion, qui encore paraît prématurée : que l 'oiseaumouche, en effet, avale quelques insectes , s'ensuit-il qu'il en vive et s'en nouiTisse toujours? et ne semble-t-il pas inévitable qu'en pompan! le miel des fleurs, en recueillant leur poussière, il entraîne en même temps quelques-uns des insectes qui s'y trouvent toujours engagés ? Que, s'il était besoin d'ajouter à Faulorité des témoignages qui nous attachent à l'ancienne opinion, une raison, prise dans la nature même, contribuerait à nous y fixer. Ce n'est pas Irop, en effet, de In nourriture la plus organique et la plus spiritueuse, telle qu'on sait être le miel, pour suflire à la prodigieuse vivacité de Foisoau-niouche, comparée avec son extrême petitesse; pour soutenir tant de forces dans de si faibles organes, et fournit* à la
(bdffon.)
vit à leurs dépens sans les flétrir : il ne fait que pomper leur miel, et c est à cet usage que sa langue parait uniquement destinée; elle est composée de deux fibres creuses, formant un petit canal, divisé au bout en deux filets; elle a la forme dîme trompe, dont elle fait les fonctions. L'oiseau la darde hors de son bec, apparemment par un mécanisme de Fos hyoïde, semblable à celui de la langue des pics ; il la plonge jusqu'au fond du caUce des fleurs pour en tirer les sucs. Telle est sa manière de vi\Te d'après tous les auteurs qui en ont écrit. Ils n'ont eu qu un contradicteur : c'est M. Badier, qui, pour avoir trouvé dans l'œsophage dun oiseau-mouche quelques débris de petits insectes, en conclut qu'il vit de ces animaux et non du suc des fleurs. Mais nous ne croyons pas devoir faire céder une multitude de témoignages authentiques à une seule assertion, qui même parait prématurée. En effet, que l'oiseau-mouche avale quelques insectes, s'ensuit-il qu'il en vive et s'en nourrisse toujours? Et ne semble-t-il pas inévitable qu'en pompant le miel des fleurs, ou recueillant leurs poussières, il entraîne en même temps quelques-uns des petits insectes qui s'y trouvent engagés? Au reste, la nourriture la plus substantielle est nécessaii-e pour suffire à la prodigieuse vivacité de l'oiseaumoucho, comparée avec son extrême petitesse; il faut bien des molécul&s organiques pour soutenir tant de forces dans de si faibles organes, et fournir à la dépense d'esprits que fait un mouvement perpétuel et rapide. Un aliment d'aussi peu de substance que quelques menus insectes y paraît bien peu propoi'tionné; et Sloane, dont les observations sont ici du plus grand f)oids, dit expressément qu'il a trouvé Testomac de l'oiseaumou. lie tout rempli des poussières et du iniellat des fleurs.
Rien n'égale, en effet, la vivacité de ces petits oiseaux, si ce n'est leur courage, ou plutôt leur audace. On les voit poursuivi-c avec furie des oiseaux vingt fois plus gros qu'eux, s'attacher à leur corps, et, se laissant emporter par leur vol, les becqueter
132 MANUSCKITS DE BUFFON
(UESON.)
dépense iFosprils que fait un inouvem(Mit pcrj)étiiel et rapide : un aliment d'aussi peu de substance que quelques menus inaeAes y paraît bien peu proportionné, et Sloane, dont les observations sont sans doute du plus grand poids , dit expresséme.it qu'il a trouvé Festomac de Foiseau-mouche tout rempli dos poussières et du miellat dos fleurs.
Rien n'égale la vivacité des oiseaux-mouches, si ce n'est leur courage, ou plutôt leur audace : on les voit poursui\Te avec furie des oiseaux infiniment plus gros qu'eux, s'attacher à leur corps, et, se laissant emporter par leur vol, les becqueter à coups redoublés, jusqu'à ce qu'ils aient assouvi leur petite colère. Quelquefois même ils se livrent entre eux de ces combats très-vifs; Fimpatience paraît être leur âme: s'ils s'approchent d'une fleur et qu'ils la trouvent fanée, ils lui arrachent toutes ses feuifles, ave^ une précipitation qui marque leur drpit. On voit, dit-on, sur la fin de Fêté des milUers de fleurs ainsi dépouillées par la rage des oiseaux-mouches. Ils n'ont pas d'autre voix, outre leur bourdonnement, qu'un petit cri de screpy screpy fréquent et répété, lis le font beaucoup entendre dans les bois dés Fanrore, jusqu'à ce qu'aux premiers rayons du soleil Ions prennent l'essor et se dispersent.
L'oisoau-mouche est solitaire, suivant la remarque du docteur Grew; il est difficile, on effet, que dos oiseaux, sans cesse emportés dans les airs, se reconnaissent et se joignent; mais Faniour sait les réunir : ou les voit deux à doux dans le temps des niellées. Le nid qu'ils construisent répond à la délicatesse et à Félégance de Fouvrior ; il est fait d'une espèce de coton ou de bourre soyeuse, roruoillie sur dos fleurs ; co duvt*! est fortement tissu et de la consistance d'une peau douce et épaisse. La feinoUe se charge de Fouvragc ; elle laisse au mâle le soin d'apporter les matériaux ; on la voit empressée à sa besogne chérie, diorcher, choisir, employer brin à brin les libres de ce doux berceau de sa progéniture, en polir les bords avec
lllSTOÏRi: DES OISEAUX 135
(blffon.)
à coups redoublés jusqu'à ce qu'ils aient assouvi leur petite colère. Quelquefois même ils se livrent entre eux de très-vifs combats; Timpatience paraît être leur âme; s'ils s'approchent d'une fleur et qu'ils la trouvent fanée, ils lui arrachent les pétales avec une précipitation qui marque leur dL'pit. Ils n'ont pohit d'autre voix qu'un petit cri, screpy screp, fréquent et répété; ils le font entendre dans les bois d.-s l'aurore, jusqu'à ce qu'aux premiers rayons du soleil tous prennent l'essor et se dispersent dans les campagnes.
Ils sont solitaires, et il serait difficile qu'étant sans cesse emportés dans les airs, ils pussent se reconnaître et se joindre. Néanmoins l'amour, dont la puissance s'étend au delà de celle des éléments, sait rapprocher et réunir tous les êtres dispersés : on voit les oiseaux-mouches deux à deux dans le temps des nichées ; le nid qu'ils construisent répond à la délicatesse de leur corps ; il est fait d'un coton fm ou d'une bourre soyeuse recueillie sur des fleurs ; ce nid est fortement tissu et de la consistance d'une peau douce et épaisse; la femelle se charge de Touvrage et laisse au mâle le soin d'apporter les matériaux. On la voit empressée à ce travail chéri, chercher, choisir, employer brin à brin les fibres propres à former le lissu de ce doux berceau de sa progéniture; elle en polit les bords avec sa gorge, le dedans avec sa queue; elle le levét i\, l'extérieur de petits morceaux d'écorce de gommier qu'elle colle alentour pour le défendre des injures de l'air autant que pour le rendre plus solide ; le tout est attaché à deux feuilles ou à un seul brin d'oranger, de citronnier, ou quelquefois à un fétu qui pend de la couverture de quelque» rase. Ce nid n'est pas plus gros que la moitié d'un abricot et fait de même en demi-coupe; on y trouve deux œufs tout blancs et pas plus gros que des petits pois. Le inàle et la femelle les couvent tour à tom' pendant douze jours; les petits éclusent au treizième jour, et ne sont
aloi*s pas plus gros que des n:ouches. « Je n'ai jamais pu re-
134 MANUSCRITS DE lillFFON
(bexon.)
sa gorge, le dedans avec sa queue, revêtir Textérieur de petits inorcoaux d'écorce de gommier, qu'elle colle alentour pour le dél'endre des injures de Tair, autant que pour le rendre' plus solide. Tout Touvrage est atlaclié à deux feuilles, ou à uu brin d'oranger ou de citronnier : quelquefois à un fétu pendant de la couverture de quelque case. Ce nid n'est pas plus gros que la moitié d'un abricot ou d'un très-pelit œuf, et fait en demi-coupe. On y trouve deux œufs tout blancs et pas. plus gros que de petits pois. Le mâle et la femelle les couvent tour à tour Tespace de douze jours. Les petits éclos ne paraissent que comme des mouches. « Je n'ai pu remarquer, dit le « P. Uutertre, quelle sorte de becquée la mère leur apporte, « sinon qu'elle leur donne à sucer sa langue encore tout « emmiellée du suc tiré des fleurs. »
On conçoit aisément qu'il est conmie impossible d'élever ces petits volatiles ; ceux qu'on a essayé de nourrir avec des sirops ont dépéri dans quelques semaines : celte nourriture est trop différente de la manne délicate qu'ils recueillent en liberté. Il eût été peut-être mieux de leur offrir du miel. La manière de les prendre est de les tirer au sable ou à la sarbacane : ils sont si peu déliants qu'on peut les approcher jusqu'à cinq ou six pas. Une petite chasse encore qui leur est propre, consiste à se nicher au milieu d'un arbre fleuri, une verge enduite d'une gouune gluante à la main ; on en touche aisément le petit oiseau, tandis que, suspendu, il bourdonne devant une fleur; il meurt aussitôt qu'il est pris. Privé de la vie, sa destinée est encore belle ; il sert à décorer la beauté : la parure d'une Indienne n'est pas complète qu'elle n'ait en pendants d'oreilles deux de ces charmants oiseaux. Les Péruviens avaient l'art de composer avec leurs plumes des dessins éUiaillés et de petits tableaux, dont les anciemies relations ne cessent de vanter la beauté. Marc4»rave, (pii avait vu de ces ouviagcs, en admire l'éclat et la délicatesse.
(niIFFON.)
« marquer, dit le P. Dutertre, quelle sorte de becquée la mc'M'e « leur apporte, sinon qu'elle leur donne à sucer sa langue « encore tout emmiellée du suc tiré des fleurs. »
On conçoit aisément qu'il est comme impossible d'élever ces petits volatiles ; ceux qu'on a essayé de nourrir avec des sirops ont dépéri dans quelques semaines. Ces aliments, quoique légers, sont encore bien différents du nectar délicat qu'ils recueillent en liberté sur les fleurs, et peut-être aurait-on mieux réussi en leur offrant du miel.
La manière de les abattre est de les tirer avec du sable ou à la sarbacane; ils sont si peu défiants qu'ils se laissent approcher jusqu'à cinq ou six pas. On peut encore les prendre en se plaçant dans un buisson fleuri, une verge enduite d'une gomme gluante à la main ; on en touche aisément le petit oiseau lorsqu'il bourdonne devant une fleur. Il meurt aussitôt qu'il est pris, et sert après sa mort à parer les jeunes Indiennes, qui portent en pendants d'oreilles deux de ces charmants oiseaux. Les Péruviens avaient l'art de composer avec leurs plumes des tableaux dont les anciennes relations ne cessent de vanter la beauté. Marcgrave, qui avait vu de ces ouvrages, en admire l'éclat et la délicatesse.
Avec le lustre et le velouté des fleurs, on a voulu encore en trouver le parfum à ces jolis oiseaux. Plusieurs auteurs ont écrit qu'ils sentaient le musc; c'est une erreur dont l'origine est apparemment dans le nom que leur donne Oviedo, de passer mesquitîiSy aisément changé en celui de passer moscatus. Ce n'est pas la seule petite merveille que l'imagination ait voulu ajouter à leur histoire : on a dit qu'ils étaient moitié oiseaux et moitié mouches, qu'ils se produisaient d'une mouche, et un prl)vincial des jésuites affirme gravement, dans Clusius, avoir été témoin de la métamorphose. On a dit qu'ils mouraient avec les fleurs pour renaître avec elles ; qu'ils passait'ut dans un sommeil et un engourdissement total toute la mau-
(BEXON.)
Avec lo lustre et le velouté des fleurs, on a encore voulu en trouver le parfum à ces jolis oiseaux ; plusieurs auteurs ont écrit qu'ils avaient Fodeur du musc. C'est une erreur dont Forigineest apparemment dans le nom, que leur donne Oviedo, de passer mosquitus, aisément changé en celui de passer moscatiis. Ce n'est pas la seule petite merveille que Fimagination ail voulu ajouter à leur histoire : on a dit qu'ils étaient moitié oiseaux et moitié mouches, qu'ils se produisaient d'une mouche, et un provincial des jésuites affirme gravement, dans Clusius, avoir été témoin de la métamorphose. On a dit qu'ils mouraient avec les fleurs pour renaître avec elles, qu'ils passaient dans un sommeil et un engourdissement total toute la mauvaise saison, suspendus et le bec fiché à Fécorce d'un arbre, jusqu'à ce que le réveil du printemps vînt les ramener sur les fleurs nouvelles : Hernandez fait ce conte et s'efforv e d'y faire croire; et c'est apparemment là-dessus qu'on les appelle aux îles renés ou ressuscites. Mais Catesby se rit de cette fiction, adoptée par une foule d'auteurs et rejetée par les naturalistes les plus sensés : il assure avoir vu, durant toute Fannée, ces oiseaux à Saint-Domingue et au Mexique, où il n"y a pas de saison entièrement dépouillée de fleurs. Sloane dit la même chose de la Jamaïque, en observant seulement qu'ils y paraissent en plus grand nombre après la saison des })luies ; et Marcgrave avait déjà écrit qu'on les trouve toute l'année en grand nombre dans les bois. Quant à ceux de ces oiseaux qui s'avancent jusque dans les pays où l'on commence à sentir des hivers, ils en partent dès la fm de Fêté, comme Calesby Fa olv servé de ceux de la Caroline, et se retirent sous des cl mats plus doux.
IIISTOIUE DES OISEAUX 157
(blffon.) •
vaise saison, suspendus par le bec à Fécorce d'un arbre; mais ces fictions ont été rejetées par les naturalistes sensés, et Cateshy assure avoir vu, durant toute Tannée, ces oiseaux à Saint- Domingue et au Mexique, où il n'y a pas de saison entièrement dépouillée de fleurs. Sloane dit la même chose de la Jamaïque, en observant seulement qu'ils y paraissent en plus j-rand nombre après la saison des pluies, et Marcgrave avait déjà écrit qu'on les trouve toute Tannée en grand nombre dans les bois du Brésil.
Nous connaissons vingt-quatre espèces dans le genre des oiseaux-mouches, et il est plus que probable que nous ne les connaissons pas toutes. Nous les désignerons chacune par des dénominations différentes, tirées de leurs caractères les plus apparents, et qui sont suffisants pour ne les pas confondre.
LE COLIBBI.
(bexon.)
La nature, prodigue de beautés, a produit dans les mèmei climats roiseau-mouche et le colibri*. Presque aussi délicat^ aussi brillant, aussi léger, vivant comme lui sur les fleurs, W colil)ri est paré de même de tout ce que les plus riches coi»* leurs ont d'éclatant, de moelleux, de suave -.Tout ce que nom avons dit de Télégance ' de Toiseau-mouche, de sa vivacité, dé son vol bourdonnant et rapide, de sa constance à aller dii» fleurs en fleurs *, de sa manière de nicher et de vivre, d<Ht s'appliquer également au colibri : un même instinct animéces deux charmants oiseaux î*; la nature les produisit sur na même dessin, souvent aussi on les a confondus sous oa même nom
On a vu le père et la mère, rendus audacieux par Famour*, venir jusque dans les mains du ra>Tsseur nourrir leur progéniture^
C'est sans doute la constance de ce climat (le climat de Quito) qu'ils aiment ». C'est là que, dans une suite non interrompue de jouissances et de délices, ils volent de la fleur épanouie à la fleur naissante, et que Tannée, composée d'un cercle entier de beaux jours^, ne connaît qu'une seule saison : celle (le la fécondité et de l'amour.
(courections de uiffon).
*La nature, en prodijjfuant lant de beautés à l'oiï^ eau-mouche, n pas oublié le colibri, son voisin et son proche parent; elle l'a produit dans le même climat et formé sur le même modèle : aussi brillant, aussi léfçer, viv;inl comme lui sur
* suave; et ce que nous avons dii
'■ «iil de la beauté de l'oiseau-mouche
* constance à visiter les fleurs
LE COLIBBI.
(BUFFOîï.)
La nature, en prodiguant tant de beautés à l'oiseaumouche, n'a pas oublié le colibri, son voisin et son proche parent ; elle Ta produit dans le même climat et formé sur le même modèle : aussi brillant, aussi léger que Toiseau-mouche, et \ivant comme lui sur les fleurs, le colibri est paré de même de tout ce que les plus riches couleurs ont d'éclatant, de moelleux, de sliave, et ce que nous avons dit de la beauté de Toiseau -mouche, de sa vivacité, de son vol bourdonnant et rapide, de sa constance à miter les fleurs, de sa manière de nicher et de vivre, doit s'appliquer également au colibri : même instinct anime ces deux charmants oiseaux, et, comme ils se ressemblent presque en tout, souvent on les a confondus sous un même nom
On a vu le père et la mère, par audace de tendresse, venir jusque dans les mains du ravisseur porter la nourriture à leurs petits.
C'est à vingt ou vingt-deux degrés de température quilsse plaisent. C'est là que, dans une suite non interrompue de jouissances et de délices, ils volent de la fleur épanouie à la fleur naissante, et que l'année , composée d'un cercle entier de beaux jours, ne fait qu'une saison constante d'amour et de fécondité.
^^■^■^^■^■^^^^— ™ ■ I ■- — —■ ■ 1—^^— Ml I !■■■ ■■■■■■■ ■■■ I ■ -■—^ m
(corrections de dupfok.)
^ Et, comme ils se ressemblent presque en tout, souvent on les n confondus
* On a vu le père et la mère par audace de tendresse
" leurs petits.
. B C'est donc à 20 ou 22 degrés de température qu'ils se plaisent.
* beaux jours, ne fait qu'une saison constante d'amour et de
fécondité.
110 MANUSCRITS DE nUFFON
UES AMAM,
(bexon.)
Les aras sont les plus grands comme les plus magnifiques oiseaux du genre des perroquets * . Leur plumage est couvert avec profusion des plus riches couleurs. Le pourpre, For et Fazur composent leur vêlement. L'œil assuré , la contenance ferme, la démarche grave, Fara semble sentir son prix et connaître sa beauté ; son naturel paisible le rend aisément famw lier, et la domesticité n'est point pour lui Fesclavage ; il a sa liberté et n'en abuse pas; la douce habitude le rappelle et Faltachement le ramène.