DISCOURS SUR LA. NATURR DES OISEAUX D*EAU
^1JEX0^.)
Le genre des quadrupèdes (un petit nombre d'amphibies excepté) n'a do séjour que la teire ferme : le genre volatile, bien plus étendu, avec la terre et l'air embrasse aussi le domaine des eaux. Une partie les habite, y vit, y nage, y vogue, connue sur son élément naturel : partout une abondante pâture, une capture facile y est offerte à ces hôtes ailés : poui'
(COUnKCilON.- DE IIIFFOV.)
* se reconnaît au premici* coup d'œii par un Irait ou plutôt
par une habitude qui u'appailienl qu'à lui; c'est de tordre
'^ de coté et en arrière
^ la tète renversée sur. ...
* .. .. à demi feynés pendant ce mouvement qui n'a
^ rien de précipité, et qui est, au contraire, lent, siimcuK et
loul semblable
HISTOIRE DES UISEAIX liô
le tobc^ol.
(bdffon.)
Cet oiseau se reconnait au premier coup d'œil par uu signe ou plutôt par une liabitude qui n'appartient qu'à lui : c'est de tordre et de tourner le cou de côté et en arrière, la tête renversée vers le dos et les yeux à demi fermés, pendant tout le temps que dure ce mouvement, qui n'a rien de précipité, et qui est au contraire lent, sinueux et tout semblable aux replis ondoyants d'un reptile; il paraît être produit par une convidsion de surprise et d'effroi, ou par une crise d'étonnement à l'aspect de tout objet nouveau : c'est aussi un effort qu'il semble faire pour se dégager lorsqu'il est retenu : cependant cet étrange mouvement lui est tout naturel et dépend en grande partie d'une conformation particulière; puisque les petits dans le nid se donnent les mêmes tours de cou ; en sorte que plus d'un dénicheur effrayé les a pris pour de petits serpents.
les oiseaux af^uatiques.
(buffon.)
Les oiseaux d'eau sont les seuls qui réunissent à la jouissance de l'air et de la terre la possession de la mer. De nombreuses espèces, toutes très-multipliées , en peuplent les rivages et les plaines; ils voguent sur les flots avec autant d'aisance et plus de sécurité qu'ils ne volent dans leur élément naturel : partout ils y trouvent une subsistance alx)ndante,
(connECTiONs de blffon.)
* d'un reptile; il parait cire produit par une convulsion.....
' ou par une crise
^ de cet oiseau
"^ cependant cet étrange mouvement est tout naturel et dépend en grande partie de la conformation, puisque les petits dans le nid se donnent les mêmes tours de col, et que plus d'un dénicheur effrayé les a pris
146 MAKISCRITS DE BUFFON
la saisii*, les uns fendent les oiides el s'y plongent : à d'autres il suffit d'en raser rapidement la surface; tous s'y établissent en grandes sociétés, et, sans rien redouter de l'élément tei'rible, s'y jouent avec les flots, luttent avec les vents, bondissent sur la vague émue, paraissent au milieu des tempêtes et ne connaissent pas les naufrages*.
us CARIA.MA.
(betox.)
Nous avons vu * la nature, marchant d'un pas égal, nuancer * tous ses ouvrages, en lier ^ l'ensemble par une suite de rapports constants et de gradations insensibles*, remplir ^ par des transitions les intervalles où nous pensons lui fixer des divisions et des coupures, occuper ^ par des productions intermédiaires les points de repos que la seule fatigue de notre esprit d ns la contemplation de ses œuvres immortelles nous oblige d'y marquer'; établir sur le passage d'une forme à une autre forme éloignée » des relations qui les rapprochent^; composer enUn de son admirable ensemble un tout
(corrections de BL'FFON.)
* Tous les aiiiinaux quadrupèdes, à l'exception de quelques amphibies, n'habitent que siiv la terre; ils la parcourent b«ans pouvoir s'en séparer, sans qu'il leur soit possible de s'élever dans l'air ni de s'établir sur l'eau; les oiseaux, indépendamment de l'empîre^qu'ils ont dans rélénienl de l'air, usent comme les quadrupèdes de celui de la terre, et y réunissent encore le domaine des eaux. De grandes, de nombreuses espèces, loules très- multipliées, fréquentent les mers, les habitent, y vivent, y nagent, y voguent comme sur leur élément naturel; partout une abondante pâture, une capture facile leur offre une subsisUince abondante. Pour la saisir, les uns fendent les ondeet s'y plongent; d'autres ne l'ont que les effleurer et raser leur surface par un vol rapide et mesuré sur la distance et la quantité i\c la proie; tous s'y établissent en grandes sociétés, et, sans rien craindre de leurs mouvements, ils semblent se jouer avec les flots, lutter avec les vents, bondir sur la vague agitée, enfui s'exposer aux tempêtes sans les redouter ni subir do naufrages.
une proie qui ne peut les fuir; et pour la saisir les uns fendent les ondes et s'y plongent; d'autres ne font que les effleurer en rasant leur surface par un vol rapide ou mesuré sur les distances et la quantité des victimes; tous s'établissent sur cet élément mobile, comme dans un domicile fixe; ils s'y rassemblent en grandes sociélés, et vivent tranquillement au milieu des orages; ils semblent même se jouer avec les vagues, lutter contre les vents, et s'exposer aux tempêtes, sans les redouter ni subir de naufrages.
LE CARIAMA.
(BlIFFON.)
Nous avons vu que la nature, marchant d'un pas égal, nuance tous ses ouvrages ; que leur ensemble est lié p|ir une suite de rapports constants et de gradations successives ; elle a donc rempli, par des transitions, les intervalles où nous pensons lui fixer des divisions et des coupures, et placé des productions intermédiaires aux points de repos que la seule fatigue de notre esprit dans la contemplation de ses œuvres nous a forcé de supposer : aussi trouvons-nous, dans les fornieî* même les plus éloignées, des relations qui les rapproche ut,
(CORBECTIONS Dl BliFFOIf.)
' Nous avons vu que la nature
■* nuance
^ que leur ensemble est lié
* successives . ...
-^ ..... elle a donc rempli
^ et placer des productions intermédiaires aux points de repos.
^ nous a forcé de supposer
^ Aussi trouvons -nous dans les formes même les plus éloignées. . .
^ en sorte que rien n'est vide, tout se touche, tout se tient
dans la nature et qu'il n'y a que nos méthodes et nos systèmes qui soient incohérents, lorsque nous prétendons lui marquer des section^ ou (\&i limites qu'elle ne connaît pas.
148 MAMbCIUTS DE BUFFO>
où rien n'est vide, où tout se touche, où tout se tient et où se confondent nos méthodes et nos systèmes, lors(iue nous prétendons lui marquer des sections, des distances, des limites qu'elle ne connaît pas.
MJE Sft:CRÉTAIRE OtJ luU MES6»ACiEtt.
(bkxon.)
Cet oiseau, considérable par sa grandeur autant que remarquable par sa structure *, est non-seulement d'une espèce nouvelle, mais d'un yenre tout nouveau*, ou plutôt semble fait poui* éluder et pour confondre toute idée de classification et tout arrangement de nomenclature. Ses longs pieds indiquent^ un oiseau de rivage; son bec crochu * est celui d'un oiseau de proie; son ensemble offre ^ une tète d'aigle sur un corps de cigogne ou de grue : à quelle classe peut appartenir^ un être où se rapprochent^ des caractères en apparence si opposés*? Nouvelle preuve que la nature, libre au milieu des limites que nous pensons lui prescrire, est plus riche que nos idées et plus vaste que nos systèmes.
(bexon.)
De tout le genre des oiseaux* sur lequel la nature a répandu lanl de vie et de grâces, qu'elle a jeté- à travers la grande ï^cène de ses ouvrages pour on faire le mouvement et la parure ^, et dont elle semble avoir formé tous les êtres heureux
(OORKECTlOiN s lE liUFKO.N.)
' lii» UlC
. . . genre isolé et singulier au point d'élutler et même de confondre tout arnmgement de méthodes et de nomenclature.
* En même temps que ses longs picJs désignent
' bec crochu indiquerait un oiseau
' il a pour ainsi dire une Icle
IIISTOIIii: DKS OÏSEAKX I tî)
OM sorte que rien n'est vides tout se touche, tout se tient dans la nature, et quM n'y a que nos méthodes et nos systèmes qui soient incohérents lorsque nous prétendons lui marquer des sections ou des limites qu'elle ne connaît pas.
MJK SCCRÊT.l IRE.
• ItUFFOX.)
Cet oiseau, considérable par sa grandeur autant que remar- ({uablepar sa figure, est non-seulement d'une espèce nouvelle, mais d'un genre isolé et singulier au point d'éluder et même (le confondre tout arrangement de méthodes et de nomenclature; en même temps que ses longs pieds désignent un oiseau de rivage, son bec crochu indiquerait un oiseau de proie ; il a, |iour ainsi dire, une tête d'aigle sur un corps de cigogne ou de grue : à quelle classe peut donc appartenir un être dans lequel se réunissent des caractères aussi opposés? Autre preuve que la nature, libre au milieu des limites que nous pensons lui prescrire, est plus riche que nos idées et plus vaste que nos systèmes.
K.KS RARCKSi.
(BUFFi»N.)
De tous ces êtres légers sur lesquels la nature a répandu laiil de vie et de grâces, et qu'elle paraît avoir jetés à travers la ^'rande scène de ses ouvrages, pour animer le vide de l'espace
(CORRECTIONS DF. niIFFO\.\
'• . ... peut donc appartenir
' se rénnisscnt
"* . . . . raractcres nu«si opposrs?
* De tons ces êtres légers sur lesquels
- et qu'elle parait avoir jeté
• ot la parure, les oiseaux de marais sont ceux qui ont «mi
150 MANTSCftlTS DE BTFFOX
pour ramoiir et iiour la liberté» ceux qui ont le inoiiLs de pari fi ces dons» les moins doués de cet instinct exquis donné aux volatiles, ceux enfin dont le naturel parait le plus borné, le sens le plus obtus, sont tous ces oiseaux qui vivent à Tentour des marécages^, qui cherchent leur jiâture sur la vase ou dans In terre fangeuse; conune si^, attachées au premier limon, ces t^spôces n'avaient pu prendre part au progrès plus heureux et plus développé qu'ont fait successivement toutes les autres parties ® de la nature, développements étendus et embellis encore dans la nature cultivée, et auxquels ces habitants des in»r«iis sont restés nécessairement étrangers.
En effet, aucun d'eux n'a la gaieté ^ des oiseaux de nos^ (■bamps; ils ne savent point, comme ceux-ci, s'égayer, se i^jouir ensemble, on ne voit point entre eux* de doux ébats sur terre ni dans les airs ; leur vol n'est qu'une fuite, une traite rapide (fun fi*oid marécage à im autre.