VI INTRODUCTION
en trouver le type en lui-même, et s'êlre imposé la loi que rien dans ses actes ne vint amoindrir son modèle. Les écarts que sa raison se permet parfois, au profit de sa vanité, ne coûtent jamais rien à la bonne foi de Thonnète homme.
Au milieu de ses papiers de famille, on en trouve un qui porte ce titre : Extrait d'un arrêt de la Cour des aides, donné sur lettres patentes le il dé'cembre 1613, au sujet de la famille de MM. Le Clerc, originaires de Clamecy en Nivemois.
Cet extrait établit, ou tend à établir, que les sieurs Le Clerc, originaires de Clamecy, furent anoblis, en 1349, par Philippe de Valois ; qu'ils virent, en 1419, sous Charles VI, un des leurs, Jean Le Clerc, pourvu de la charge de chancelier de France, et que, sous Ijouis XIII, Âiitoine Le Clerc, sieur de la Forest, demanda et obtint des lettres de réhabilitation, devenues nécessaires^ parce que son père, son aïeul et son bisaïeul avaient exercé la profession d'avocat au bailliage d^Auxerre, profession qui dérogeait à la noblesse,
La copie de ce document est tout entière de la main du grand homme, qui a pris le soin de la faire précéder de ces quelques mots : l! original du présent Extrait est écrit par M. le comte de la Rivière^ ^ qu'
* Le vicomte Gabriel de la Rivière, capitaine de grande arme
DE BUFFON. vu
Ta remis à M. le comte de Buffon^ en octobre 1772.
A cette date, de profondes et hardies conceptions occupaient le philosophe, qui, dans son Homo dupleXj nous a donné la plus judicieuse analyse des faiblesses de la vanité, et qui se charge ici de nous prouver tout ce que cette analyse aura d'éternellement vrai.
On remarquera que Buffon ne prend point la responsabilité de cette généalogie, dont il ne nous reste aucune autre trace, et qu'il n'admettait sans doute que comme un système : <c La plupart des natura- « listes, disait-il, ne font que des remarques parce tielles; ils décrivent une pierre, puis encore une « seconde pierre, à mesure qu'ils les rencontrent; « mieux vaut un faux système^ car il sert au moins à c( enchaîner nos idées et il prouve qu'on sait penser. »
Ce que des actes authentiques nous offrent de trèsréel, c'est que Louis Le Clerc, conseiller du roi et juge-prévôt de la ville de Montbard, maria, en 1706, son fils unique^, à la fille de Louis Martin, notaire à Moutier. Dix-huit mille livres formaient la dot de la future et lui étaient données par son oncle maternel, messire Georges Blaizot, seigneur de Saint-Étienne et de Marigny, conseiller-maître-auditeur en la cour
rie, etc.) etc., était beau-frère de M. Nadault, dont la sœur devint, plus tard, la seconde femme du père de Buffon. « Né en 1682.
vm INTRODUCTION.
souveraine des comptes de Savoie^ directeur des fermes du roi de Sicile \ etc., etc.
Le 7 septembre 1707, fut enregistré à Montbard le premier enfant issu de ce mariage :
« Georges-Louis Le Clerc, fils de Benjamin-Franc( çois Le Clerc, conseiller du roi et receveur du gre- « nier à sel de Montbard, et de dame Anne^-Christine « Marlin. »
Cet enfant devint le grand Buffon.
Le seigneur Georges Blaizot fut son parrain, et mourut peu de temps après. 11 laissait une veuve qui, quelques années plus tard *, fit don au jeune Georges Le Clerc, petit-neveu et filleul de son mari, et à peine âgé de sept ans, d'une partie considérable de la fortune de celui-ci.
Benjamin Le Clerc fut père de quatre autres enfants :
— En 1708, de Jean-Marie, qui fut prieur de Flacey, diocèse de Sens, et mourut en 1731; — en 1710, de Jeanne, morte en 1718; — en 1711, de Madeleine, morte en 1731, sans avoir été mariée; — et en 1712, de Charles-Benjamin, mort, dans un âge avancé, prieur de Tabbaye du Petit-Cîteaux et vicaire général du même ordre. Il est désigné, dans la correspondance de BufTon, sous le nom de Tabbé de Rivet.
* Et résidant à Chambéry.
* Le 21 novembre 1714.
DE BUFFON. ix
IjC chef de cette nombreuse famille ne possédait à Montbard qu'une maison d'habitation, partie démembrée de Tancien château des ducs de Bourgogne. Appelé à gérer la fortune laissée à son fils aîné, il acheta le château seigneurial de Buffon\ acquit une charge de conseiller au parlement de Dijon, et se montra plus enclin à se rendre la vie facile qu'habile à administrer les biens qui lui étaient confiés.
Envoyé au collège de Dijon, collège où Bossuet avait fait ses études, le jeune Le Clerc, plus méditatif que brillant, s'y fit remarquer par son aptitude pour la géométrie. Les Éléments crEuclide étaient, à ce qu'on assure, son livre de prédilection.
Les relations d'amitié qu'il noua dès lors avec quelques-uns de ses condisciples, restèrent inébranlables devant les fortunes diverses qui leur échurent. Parmi eux se distinguent le président de Brosses*, spirituel
* SHué à 7 kilomètres de Montbard, et duquel déptndait un village de 540 habitants.
* De Brosses (Charles), premier président au parlement de Bourgogne, né à Dijon le 17 février 1709, montra dès sa jeunesse un esprit YÎf et distingué. Quoique magistrat fort scrupuleux, il s'occupa toute sa vie de l'étude des lettres et des sciences, et donna de nombreux ouvrages sur les sujets les plus variés : on a de lui de remarquables études sur Sallusle : à la sollicitation de Buffon, il publia une histoire des navigations aux terres australes (2 volumes in-4*> avec cartes, 1756). n était membre de l'Académie de Dijon, et fut élu, en 1758, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Il mourut à Paris, le 7 mai 1777.