‹ Des manuscrits de Buffon: avec des facsimile de Buffon et de ses collaborateurs (volume 2)Chapitre 50 sur 60 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Aux noms des trois principaux collaborateurs de Bufîon, c'est justice d'ajouter ici le nom de quelques autres.

Lorsque l'accroissement des collections rendit la surveillance des galeries trop pesante pour Daubenton, Buffon lui adjoignit un de ses parents, qu'il chargea plus tard de surveiller l'exécution des dessins et des gravures pour VHistoire des oiseatix :

c( L'on reconnaîtra partout, dit-il,.... les attentions « éclairées de M. Daubenton le jeune, qui seul a con- « duit cette grande entreprise ; je dis grande par le « détail immense qu'elle entraine, et par les soins « continuels qu'elle suppose : plus de quatre-vingts « artistes et ouvriers ont été employés continuellea ment depuis cinq ans à cet ouvrage »

Un naturaliste d'Abbeville, Emmanuel Bâillon,

avait envoyé à Buflbn quelques observations trèsbien faites sur divers oiseaux d'eau. Buffon ne le lâcha plus qu'il n'en eût lire des observations serhblablés sur tous les oiseaux de mer qui habitent les côtes de la Picardie.

Je vois, par quelques lettres de Buffon au médecin Arthur, correspondant du cabinet du roi, à Cayenne, avec quel art il savait animer le zèle de ceux qui pouvaient le servir dans ses grands desseins.

Il lui écrit le 4 juin 1742 :

c< J'ai reçu la caisse de curiosités que vous avez « bien voulu m'adresser... M. de Jussieu* s'est chargé « de vous écrire en détail sur ce qu'elle contece nait J'ai renouvelé mes observations au sujet

« de vos appointements, et l'on m'a accordé une aug-

« mentation de trois cents livres M. le comte de

« Maurepas protège immédiatement notre cabinet « d'histoire naturelle, qui est actuellement arrangé « dans un très-bel ordre ; vous lui ferez bien votre « cour, si vous voulez bien, monsieur, m'adresser « toutes les curiosités que vous pourrez ramasser... »

Comme M. de Maurepas est amené là à propos!

c'est lui qui protège immédiatement le cabinet d'histoire naturelle^ et c'est aussi lui qui dispose des appointements et des pensions.

* Voyez, dans le tome II de mes Éloges historiqueSy l'article sur Bernard de Jussieu, p. 90 et suiv.

Dans une autre lettre, 10 février 1747, on voit mieux encore la curiosité vive de Buffon et l'attention exacte qu il met à s'informer de tout.

<( Ce sont surtout des animaux que nous désirons

«beaucoup: s'il y a quelques pierres figurées

(( et d'autres pétrifications à Cayenne, je souhaiterais c( fort en avoir, aussi bien que des échantillons de « pierres à bâtir et autres de ce pays. Vous me feriez « grand plaisir aussi de me dire si les montagnes de « la Guyane sont fort considérables, et si le lac Paa lime, qu'on appelait le lac d'Or, est connu, si « quelqu'un y a été nouvellement, et si, en effet, il « est d'une étendue si considérable, et s'il ne reçoit (( aucun fleuve. Faites-moi aussi Tamitié de me « marquer quelles sont les espèces de poissons les « plus communes sur vos côtes et dans les rivières (( de cette partie des Indes. Je vous demande grâce « pour toutes ces questions, et je suis persuadé « que vous voudrez bien y répondre ce que vous en « savez. 11 y a encore un fait sur lequel je voudrais « bien être éclairci, c'est de savoir s'il n'y a point a de coquilles pétrifiées dans les Cordillères au Pérou; (( M. de La Condainine prétend en avoir cherché inua tilement; si, par hasard, vous trouvez quelqu'un a qui puisse nous instruire sur cela, je vous en serai « infiniment obligé. »

La dernière de ces questions, celle de savoir s'il y

a, OU non, des coquilles sur les Cordillères (tout le monde sait aujourd'hui qu'il y en a), et plus génératement sur les hautes montagnes, est une de celles qui ont le plus occupé et tourmenté Buffon, et d'autant plus qu'il a voulu tour à tour, sur ce point, le pour et le contre.

Dans son premier système su^ la formation des montagnes (Théorie de la teire^)^ il fallait qu'il y eût des coquilles jusque sur les plus hautes, car les montagnes se formaient alors dans les mers* :

Et les mers des Chinois sont encore étonnées, D'avoir, par leurs courants, formé les Pyrénées.

Voltaire.

Mais, dans son second système (Epoques de la nature)^ il fallait qu'il n y en eût pas, car alors ce n'était plus par l'eau, c'était par le feu, c'était à Y époque du globe encore incandescent que les montagnes s'étaient formées^, et par conséquent bien avant

* La date de la publication de la Théorie de lalerre est 1749, et la date de cette lettre-ci est 1747.

* « Examinons de près la possibilité ou Vimpossibilité de la for- « mation d'une montagne dans le fond de la mer par le mouvement « et par le sédiment des eaux... » [Théorie de la terre.)

^ « Comparons les effets de la consolidation du globe de la terre « en fusion à ce que nous voyons arriver à une masse de métal ou « de verre fondu lorsqu'elle commence à se refroidir : il se forme à « la surface de ces masses..., des ondes, des aspérités..., des bour- « soufflures, lesquelles peuvent nous représenter ici les premières « inégalités qui se sont Irouvées à la surface de la terre... Nous aurons a dès lors une idée du grund nombre de montagnes qui se sont for- « mées dès ce premier temps... » [Époques de la nature.)

qu'il y eût des mers et des êtres vivants sur le globe.

On a fait tant de systèmes^ sur les montagnes depuis Buffon, qu'on peut bien lui pardonner d'en avoir fait, à lui tout seul, deux opposés et contraires, et, malgré leur opposition, aussi peu fondés l'un que l'autre.

J'ai dit, dans Tintroduction, tout ce que André Thouin, resté parmi nous comme l'un des derniers et des plus intimes témoins de la grande vie de Buffon, avait fait pour concourir, sous la direction de celui-ci, au développement du Jardin du Roi.

Dans les plus mauvais jours de la Terreur, André Thouin reçut de Bernardin de Saint-Pierre, qui, après avoir été, pendant une année, intendant du Jardin du Roi, venait de se retirer à Essonne*, la lettre suivante, où, sous la plume de Bernardin, se peignent très-bien les émotions de cette époque.

* ^ Voyez, sur les systèmes relatifs à la formation' des montagnes, mon Éloge historique de îjfopold de Buch^ dans le premier volume de mes Éloges.

*A la mort de Buffon, l'intendance du Jardin du Roi passa au marquis de la Billarderie, frère du comte d*Angeviller (voyez I'introuuctiom). En 1792, M. de la Billarderie ayant émigré, Bernardin de Saint-Pierre fut nommé intendant par Louis XVI, qui lui dit : « J'ai lu vos a ouvrages; ils sont d'un lionnôlc homme, et j'ai cru nommer en vous a un digne successeur de Buffon. »

Dès Tannée suivante, l'intendance fut supprimée pour faire place à l'administration collective des Professeurs, et le titre de Jardin du Roi transformé en celui de Muséum d'histoire naturelle.

BERNARDIN DE SAINT-PIERRE AUX CITOYENS THOUIN, AU MUSÉUM d'histoire naturelle, AU JARDIN NATIONAL, A PARIS.

« Voici une lettre qui m'est adressée comme à « rintendant du Jardin national et qui peut être « ulile à la Ménagerie ou au Muséum. Je \ous prie « donc de la remettre au citoven Daubenton ou à « quelque membre du comité afin qu'on y fasse ré- « ponse si on le juge convenable. Je profite de cette « occasion pour assurer toute la famille des Thouin « de toute mon amitié; certainement je dois mettre « au premier rang la bienfaisante citoyenne qui m'a a restauré d*un verre d'eau et de sucre, au sortir de « mes sermons de morale. Je prie la citoyenne Guice bert, la mère de toute la famille, de lui en réitérer « ma reconnaissance et de me rappeler à l'amitié de (( son mari et de ses frères et sœurs.

« Je jouis du repos avec ma femme et mon enl'ant, « plaignant les troubles de votre capitale et cber- « chant dans ma solitude les moyens de calmer, non « les agitations d'un grand peuple, ce qui passe ma « puissance, mais de prévenir celles que les pré- « jugés élèvent, dès le berceau, dans nos âmes.

« Ma santé, ainsi que celle de tous ceux qui m'ap- « partiennent, est aussi bonne que je puisse le dé- '( sirer. Mon voyage à pied de Paris à Essonne, au

COLIaBORATEURS accessoires • 235

« milieu de la chaleur, ne m'a point incommodé.

« Si quelque nouvelle peut me distraire agréablece blement, c'est celle qui m'apprendra que vous « jouissez tous d'une bonne santé, que les subsis- « tances arrivent dans la capitale et que la concorde <( en rapproche tous les partis.

a Salut et fraternité,

« De Saint-Pierre.

« A Essonne, ce 7 prairial Tan m de la République une et indivisible. »

Je compte enfin comme collaborateurs de BufTon, et certainement encore avec toute justice, tous ces naturalistes, tous ces voyageurs, devenus plus tard des hommes illustres, et qu'il put attacher, soit au Jardin, soit au Cabinet du Roi, grâce aux places de Correspondants qu'il fit créer en 1773 : les Sonnerat, les Dombey, les Mongez, les Bâillon, les Michaux, etc., etc., hommes dévoués, excellents, pleins d'ardeur, qui, se répandant sur tous les points du globe, rapportaient de partout des matériaux à Buffon, et portaient partout son nom et sa gloire.

Page VI Au miliexi de ses papiers de famille, on en

trouve un qui porte ce titre :

Extrait d un arrêt de la Cour des aides, donné sur lettres patentes le 17 décembre 1615, au sujet de la famille de MM. Le Clerc, originaires de Clamecy en Nivernois, aujourd'hui entre les mains de M. Le Clerc d'Arcoles, à Paris, faubourg Saint-Honoré.

« L'un d'eux (dit ce document), nommé Robert Le Clerc, sieur de la Forest, près CKimecy, fut anobli par le roi Philippe de Valois en 1549, et comme Philippe le Bel fut le premier de nos rois qui s'attribua, en 1315, le droit d'anoblir ceux qui ne l'étaient pas d'origine, MM. Le Clerc doivent donc être regardés comme les premières familles bourgeoises qui aient été honorées des privilèges de la noblesse; puisque depuis 1313 (époque du premier anoblissement) jusqu'en 1349, année oîi le fut Robert Le Clerc, sieur de la Forest, il ne s'était peut-être pas fait^ pendant

cet espace de trente-six ans, cinq ou six anoblissements dans le royaume.

u Robert, qui fut anobli, eut pour fils maître Guillaume Le Clerc, sieur de la Forest, général des fniances, lequel fut père de maître Jean Le Clerc, sieur de la Forest, pourvu, sur la fui du règne de (.harles VI, en 1419, de la charge de chancelier de France.

({ Enfin, Antoine Le Clerc, sieur delà Forest, descendu en ligne directe de MM. Le Clerc ci-dessus, mais d'une branche qui dans la suite exerça pendant plusieurs générations la profession d'avocat (profession qui dérogeait alors à la noblesse), fut obligé de se faire réhabiliter par des lettres palciites qui lui furent accordées par le roi Louis XIII pendant sa minorité.

« Tout cela se voit dans un arrêt de la Cour des aides de Paris du 17 décembre 1613, rendu en faveur dudit Anioine Le Clerc, sieur de la Forest, maître des requêtes de Thôtel de la reine Marguerite, tante de Louis Xlll.

« Doux faits sont donc prouvés par cet arrêt : le premier, que ledit Antoine Le (llcrc, sieur de la Foresf, sortait en li^ne directe de Robert Le Clerc, sieur delà Forest, anobli par le roi Philippe de Valois eu \ o49 ; et le second, que ledit Anioine Le Clerc fut obligé d'obtenir des lettres de réhabilitation, enregistrées à la Cour des aides le 17 décembre 1613, parce que son père, son aïeul et son bisaïeul avaient exercé la profession d'avocat au bailliage d'Auxerre. »

Page VIII // laissait une veuve qui quelques années

plus tard fit don

« Le 21 novembre 1714, Jeanne Paisselier, veuve de no-

ble Georgfô Blaizot, seigneur de Saint-Estienne et de Marigny, conseiller, maître auditeur en la cour souveraine des comptes de Savoie, et directeur des fermes du roi de Sicile, faisait don « à Georges Le Clerc, âgé d'environ sept (( ans, arrière-neveu et filleul dudict seigneur, fils du sieur « Benjamin-François Le Clerc, advocat à la cour, demeu- « rant à Hontbard, et de demoiselle Anne-Chçistine Mar- (( lin, son espouse, nièce dudict seigneur, » de plusieurs contrats de rente qu'elle avoit reçus de défunt son

mari « qui montoient cy-devaut à la somme de

« 9i ,200 livres et ne reviennent, en conséquence de lader- « nière réduction ordonnée par la déclaration de Sa Ma- « jesté, qu'à celle de 78,000 livres. »

(Extrait de la Revue archéologique, 12® aimée, article Montbard et Buffon, par M. Nadault de BulTon, 1855.)

Page XXXVII En 1741, il rend un compte détaillé

à M. Lantin. doyen du parlement, des soins qiCil prend pour faire graver une médaille

« J'ai toujours différé, monsieur, de répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet de la médaille de l'Académie de Dijon, parce que j'attendais une ' réponse de M. le comte dedaylus, à qui je m'étais adressé pour connaître les meilleurs ouvriers et pour savoir comment il fallait faire l'inscription et la gravure; il vient de me répondre que M. de Boze, de l'Académie des inscriptions, décidera de l'exergue de la légende, etc., que Bouchardon dessinera et que Marteau gravera; il ajoute que, comme l'Académie de Dijon ne lui paraît pas décidée, il lui faut un mémoire instructif auquel il répoudra, soit pour

les prix des coins, soit pour le marché du balancier. Si vous me permettez de vous faire mes observations à ce sujet, je vous dirai qu'il serait fort inutile de faire f;iire celte médaille à Genève, parce qu'elle serait très-certainement sujette à êlre arrêtée et confisquée. 11 ne convient point aussi de mettre le portrait du fondateur; cela ne s'est jamais fait pour une médaille qui doit servir de prix; c'est tout au plus si on met son nom dans Texergue. A l'égard du prix, on assure qu'il ne montera pas aussi haut que vous le craignez. M. de Boze ne prendra rien pour l'inscription; Bouchardou ne prendra point d'argent, et on en sera quitte pour lui envoyer une feuillette de vin de Bourgogne. Quand l'inscription sera décidée, vous saurez tout aussitôt les prix des coins et du balancier. Gela dépend du dessin, selon qu'il est plus ou moins chargé. Quand vous m'aurez, monsieur, marqué vos intentions, j'écrirai à M. Caylus, qui a bien voulu se charger de cette affaire, et qui assurément est plus eu élal que personne de la bien faire.

« J'ai riionneur d'être, avec un respectueux attachement, monsieur, voire très-humble et très-obéissant serviteur.

« BlIFFON.

« De Montbard, le 2G soplcnibre 1741. »

[IjCttres inédites de Buffon, J. J. lloiisseaiiy Voltaiir, Pivon, etc., publiées par G. X Giraxdt. Paris. Dijon.

MDCCCXIXj.

Page xxxvii « En 1752, il écrit à son ami le

président Ibiffey :

« Nous faisons ici lous les jours de belles expériences sur

le tonnerre. G*est moi qui les ai fait connaître et exécuter le premier.

« Si vous avez le dessein de les répéter, vous n'avez qu'à faire élever dans voire jardin une perche de vingt ou trente pieds de hauteur; sceller avec du plaire un cul de bouteille cassée au-dessus de la perche, en sorte que le creux soit en haul; poser sur ce creux une verge de fer, longue d un pied ou deux et très-pointue, et la maintenir par un contre-poids, comme l'on tient en équilibre un marmouset d*ivoire>8ur un petit guéridon; ensuite attacher à la verge de fer un long fil d'archal, dont vous conduirez Texlrémité dans votre galerie d'assemblée. Vous ferez avec ce fil de fer, lorsqu'il y aura de Torage, toutes les épreuves que Ton fait au moyen des machines éleciriques. J'oubliais de vous (lire que, pour empêcher le creux de la bouteille de se remplir d'eau (ce qui détruirait l'effet), il faut mettre par-dessus un entonnoir de fer-blanc. — Les nuées sont souvent électriques sans tonnerre, et le moment oh il y a le plus d'électricité, c'est lorsque l'éclair brille. — L'abbé Nollet meurt de chagrin de tout oda/

« Il n'y a rien à craindre, et au contraire, à mettre la barre de fer au-dessus de la maison. J'en ai une ici au-dessus de mon logement ; mais j'aurais préféré la mettre dans le jardin s'il n'eût été public. — Pourvu que la pointe de la xer^e surpasse de deux ou trois pieds la hauteur des bâtiments qui environnent votre jardin, elle ne manquera jamais de réussir. Je crois seulement avoir oublié une circonstance, c'est qu'il faut mettre au-dessus de la perche une boîte de six pouces carrés remplie de résine (dans laquelle résine, au lieu de plâtre, vous infixerez le

24i PIÈCES JUSTIFICATIVES,

cul de la bouteille cassée), et ne pas oublier Tentonnoir renversé pour couvrir le cul de la bouteille et la boîte. 11 faut en effet que le fil de fer que vous attacherez audessus de l'entonnoir à la verge de fer et que vous amènerez dans votre galerie ne touche à rien et soit soutenu par des cordons de soie. Si, au lieu d'une pointe de fer, vous mettez une pointe d'argent, vous verrez que le feu électrique des nuages rendra celle pointe d'un beau jaune doré. — Voilà, comme vous voyez, une singulière façon de faire du vermeil; mais, sans plaisanterie, cette expérience est jolie et prouve que le feu du tonnerre n*est pas lout à fait du soufre, car le soufre rend Targent noir. 11 ■y aurait aussi une belle expérience à tenter, mais je n'ai pas le temps : ce serait de savoir si Télectririlé ne serait pas le phlogislique des chimistes. Pour cela, il faudrait faire fondre du plomb dans un vaisseau de verre, le remuer jusqu'à ce qu'il fiit calciné en poussière jaune, et ensuite l'éleclriser coiilinuellemeiit pour voir si ou ne viendrait pas à le revivifier en mêlai par le moyen de 1 eleclricité; j'en doute, mais cependant cela vaut la peine d'être tenlé. »

Page Li Buffon pi'enait d'ailleurs en très-grand

sérieux ses talents et son importance de maître de forges

A M. de Montbelliard, capitaiue au régiment royal d'artillerie, iuspecleur des armes à Charle ville.

« J'ai lu, monsieur, avec grand plaisir, votre mémoire sur le fer fabriqué avec de vieilles ferrailles, et je l'ai trouvé en tous points dans les vrais principes.

« De ce qu'il se lève des écailles qui se détachent de la surface du fer, je pense, tomme vous, monsieur, qu'on ne doit pas en conclure qu'il se fasse de pareilles exfoliations dans l'intérieur comme sur l'extérieur : c'est, comme vous le dites très- bien, le contact de l'air qui détacLc et trompe ces écailles, et, quand même ces exfoliations se feraient en plus grande quantité, elles ne nuiraient point à la parfaite réunion des pièces que Ton sonde ensemble, pjiisque ces écailles sont du fer pur. Je l'ai vu et n'en ai jamais douté; vos expériences le confirm nt, et il suffirait d'approclier un aimant de ces écailles pour convaincre ceux qui voudraient le nier. Au reste, ce que vous dites dans votre mémoire des fers à nerfs cl à grains est aussi très-bien vu et conforme aux expériences que j'ai faites et suivies moi-même sur la composition et décomposition du fer, matière que personne n'entend, et qui cependant est de la plus grande importance.

fl J'ai l'honneur d'être, avec toute l'estime et tousies sentiments que vous pouvez désirer de moi, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

«BOFFO.N.

« A Montbard, le 15 novembre 1767. )>

Page LU Le rencontrant un jour à Marly, madame de Pompadoiir lui disait : Vous êtes un joli garçon, monsieur de Buffon, on ne vous voit jamais.....

Il ne s'adressa jamais pour lui-même à mad me de Pompadour. Une seule fois il réclama son intervention; ce fut en faveur de Daubenton.

24r> PIÈCES JISTIF1CAT1VE.>.

Page Lv Il achetait des terrains^ des hôtels ^ des

collections, faisait abattre, planter, bâtir, payait de ses deniers, et, sur ses notes, VÈtat remboursait

Les papiers de Buffon nous en ont laissé des preuves.

Voici une Suscription écrite par lui : « Cette boete contient les mémoires et quittances des ouvriers qui ont travaillé pour le Jardin du roi depuis 1749 jusqu'en 1787, et qui n'ont pas été produits pendant le ministère de monsieur d'Argenson; tous les mémoires et quittances peuvent être regardés comme inutiles, à moins qu'on ne recherche mes héritiers sur la dépense dont ils sont les pièces justificatives.

« Au Jardin du roi ce premier juin mille sept cent soixantedeux .

« De Buffon. »

Extrait d'un registre écrit en entier de la main

de Buffon,

« II m'est dii par lo roi une somme de soixante et quinze mille sept cent soixa!itc-dix livres, sept sols, que j'ai avancée pour la culture du jnrtiin et l'entretien du cabinet du roi pendant l'année 178G, el dont j'ai remis l'état, ainsi que les pièces justificatives de dépenses, à M. le baron de Breleuil, qui m'en a Aiit expédier une ordonnance de cette somme au mois de mars 1787 pour en être payé au trésor royal, cy 75,770 liv. 7 s.

(( Reçu en mai et juin 1787;

(( U m'est dû par le roi une somme de quarante et un mille quatre cent trenle livres, dix-huit sols, neuf deniers, que j*ai avancée pour Tentretien du jardin et cabinet du roi pendant Tannée 1786, et dont j'ai remis l'état, ainsi que les pièces justificatives, à M. de la Chapelle le i2 mai 1787, cy. . .* 4M301iv. 18 s. 9d.

« M. de la Chapelle, |»ar sa lettre du 1 7, me marque qu'il a envoyé cette ordonnance en finance.

(( Reçuàcomple, le 17 juill. 1787, la somme de 2 1,4301. 18 s. 9 d.

« Resle 20,000 liv.

« Il m'est dû par le roi une somme de quatre-vingt-douze mille trois cent quatre-vingts livres, que j'ai avancée pour les nouvelles constructions et acquisitions pendant les six premiers mois de Tannée 1787, dont j'ai envoyé Tétat des dépenses, ainsi que les pièces justificatives, à M. de la Chapelle le 3 août pour obtenir une ordonnance de remboursement, cy 92,380 liv. »

Page Lix. Dans une lettre adressée à la nièce de Montbelliardy confidente habituelle de ses faiblesses

Quelques passages des lettres nombreuses de Buiïon à madame Daubenton-Boucheron justifieront ce mot.

Il lui écrit du Jardin du Roi le 30 novembre 1772 (son fils, âgé de huit ans, était resté à Montbard) : a J'ai reçu, ma très-chère belle amie, avec le plus grand plaisir, votre charmante petite lettre où j'ai trouvé des nouvelles de

tout ce que mon cœur aime, vous et mon fils » Dans la

lettre suivante : « Si vous pouvez mener de Semur H. Dallet, vous me ferez plaisir; il restera près de mon fils jusqu'à

mou retour Je m*amuse avec vos petits lévriers; vous

aurez le mari et la femme Je vous remercie de ce que

vous avez dit à M ; son témoignage peut faire du

bien à la réputation de mes forges. C'est vous, bonne amie, qui savez faire les choses à propos, et Tà-propos pour vos amis est de tous les jours, de tous les moments où il est question d'eux, parce qu ils sont dans votre cœur, et ce cœur est aussi honnête et aussi sensible que Tesprit qui ranime est vif et délicat. Ceci sans compliment et en toute vérité. »

A son retour à Paris le 4 novembre 1773, Buffon, qui

avait mis son fils au collège, écrit : a J*ai trouvé mon

iils très-bien portant et mieux qu'il n'était à tous égards; il m'a demandé de vos nouvelles, et c'est beaucoup pour sa petite tête qui ne pense encore à rien *.

« J'ai vu aussi le fils de Mussy, dont j'ai été fort content. J'ai déjà parlé au docleur (Daubenton); mais ce n'est pas dans une première conversation qu'on peut tirer de lui quelque chose de posilif »

* Buffon Iils à madame Daubenton.

« Madame et chère bonne amie,

« Je me trouve Irès-bien au collège ; je suis à cet instant auprès de mon papa ; je dîne chez lui. Je vous prie de m'envoyer le plus promplement que vous pourrez des nouvelles de Vinchepils, qui signifie en français, jeu du vent ou lévrier, et du pauvre petit chevreuil. S'il est mort, cachetez, je vous prie, votre lettre de noir.

« Adieu, ma chère bonne amie; bien mes respects à tous mes bons amis et mes bonnes amies; adieu encore une fois. Je vous souhaite une bonne santé, et vous demande permission de vous embrasser.

« Ce dimanche 177"2. »

« Je lâcherai d'échauffer le docleur, dit-il dans une autre lettre; mais vous le connaissez, il ne prend rien à cœur. »

A quelques jours de là, il écrit encore :

(( 11 parait que MM. Djubenton seraient bien aises de vous voir dans ce pays-ci; mais vous savez, ma bonne amie, qu'ils ne sont ni l'un ni l'autre bien ardents sur rien. Je verrai les femmes, et je verrai de leur inspirer de vous appeler ou du moins de vous désirer. »

Le grave vieillard ne trouve qu'indulgence pour les fantaisies de la jeune femme.

(( Partez, chère bonne amie, et partez tout de suite pour le joli Beaune (lieu natal de madame Daubculon); quittez le vilain Montbard pour aller à la charmante nojc où mon cœur vous accompagnera et jouira par moitié de toule la satisfaction que vous y trouverez »

Il lui avait écrit précédemment :

« Ma santé est encore moins bonne ici dans le beau Paris qu'au vilain Montbard; ainsi je retournerai le plus tôt possible, et j'espère, bonne et toute aimable amie, que je n'aurai pas le guignon d'arriver après votre déftart pour la noce; mais, quand même elle me ferait ce tort qui n'est pas petit, j'y prenlr^i et pr nds dès à présent le plus grand intérêt, car votre satisfaction, ma chère enfant, fait une grande partie de mon bonheur. »

Au moment du départ pour le joli Beauno, il écrit :

« Dites-moi aussi, jour par jour, bonne amie, votre marche et les lieux -que vous habitez; je donnerais toule

2r»0 PIÈCES JUSTIFICATIVES

ma science pour savoir seulertient où vous êtes, et tous mes papiers pour uu billet de vous où serait tout ce qui ne s'écrit pas. Adieu, belle amie; je ne puis vous rien dire au delà de ce que vous connaissez de mes sentiments; ils seront aussi durables que les charmantes qualités qui vous les ont acquis. »

16 décembre 1773.

« Quinze à vingt lieuos dont vous vous êtes rapprochée en revenant 5 Monlbard, chère bonne amie, me font déjà un si grand effet de plaisir, (jue je ne puis mesurer celui que je ressentirais si vous vous déterminiez à faire cinquante lieues de plus. Je vous ai adressé, en attendant, une petite boîte qui vous arrivera mardi 4 par le carrosse, dans laquelle vous trouverez du rouge et la boîte pour le mettre, avec quelques petits pots de pommade de : âme candide, personne nette et fraîche

n'a pas besoin êc parfums; mais le petit nez si fin les aime; j'espère qu'd les ngicera, et j'y joins pour votre cœur riiommagc, le don de ton! le mien. Aujourd'hui fin d'année, demain commencement de Tan, et pour toutes les fins, tous les commencemen's des joints et des ans qui s'épuiseront plutôt que mes sentiments pour vous, la plus digne et la plus aimable des amies. )»

31 décembre 1775.

En effet, neuf années plus lard, Buffon écrivait encore à madame Daubenton.

(( On fait au premier jour de l'an un nouveau contrat

avec la vie; mais, avec un ancien ami, il n'est pas besoin de faire un pacte nouveau : tous les jours sont égaux quand les sentiments sont toujours les mêmes. Aimer constamment est une rare vertu ; apprenez de bonne heure cette morale à jolie Betzy; voua m'avez liiit grand plaisir de me donner de ses nouvelles; je la baise et vous embrasse bien sincèrement. La fête d'hier s'est passée sans tumulte et sans accident, grâce aux grandes précautions qu'avait prises M. le lieutenant de police. La reine est embellie de sa couche : un Dauphin produit gloire et santé; sa première couche avait un peu flétri sa beauté; celle-ci paraît l'avoir augmentée.

« J'écrirai dans quelques jours à mon frère; faites-lui mes amitiés, ainsi qu'à M. et madame Nadault.

a Paris, au Jardin du Rôi, 22 janvier 1752.

{( P. S. J'oubliais de vous dire que les observations sur les cygnes me sont arrivées trop lard. Je n'ai pas répondu dans ce temps à votre cher oncle, parce que j 'espérais pouvoir les employer; mais malheureusement les bonnes feuilles de cet article du cygne étaient entièrement tirées. Au resie, les observations s'accordent assez bien avec celles que j'ai recueillies d'ailleurs. J'écrirai au premier jour au cher oncle pour le remercier d'une lettre charmante qu'il a eu la boulé d'écrire à mon fils Adieu, très^chère amie; dites quelque chose pour moi à votre chère tante^ qui est aussi ma bonne amie. »

Madame Daubenton-Boucheron devint veuve et reçut cctto dernière lettre :

a Soyez un peu plus tranquille, ma chère bonne amie; vous aurez la petite recette des crus que je ne croyais pas qu*on pût clo:incr à une femme, et que dans cette même idée ma sœur m'avait demandée pour son fils. Soyez bien sûre que je n'ai cessé de m'occuper de vos intérêts, et que j'ai déjà des espérances d'obtenir quelque chose, lant sur la place de maire que sur la recette du grenier. Ainsi prenez courage, mon enfant; rappelez auprès de vous votre gentille Betzy; vous la soignerrz mieux même pour sa sanlé. Tâchez d'éloigner, s'il est possible, la nomination de son curateur; il est essentiel, dans la circonsiance présente, de ne le pas nommer de silôt. Adieu, chère amie; vous serez peut-être plus heurçuse que vous ne l'avez jamais été.

« Au Jardin du Roi, 20 mars 1785. »

Page Lxi. Déjà pour Dnffon la vieillesse arrivait, mais elle arrivait pleine d'autorité...

Dans sa Bourgogne, il se voyait lionoré selon ses vœux. Le l^** août 1776, il écrit au président de l'Académie de Dijon :

« l.'Académie, monsieur, ne me doit aucun remercîment, tandis que je lui dois tout attachement et respect. Je chercherai donc tontes les occasions de lui témoigner ces sentiments, et je suiîi très-aise qu'elle ait reçu avec bonté le buste et les creusets que j'ai pris la liberté de lui offrir. Je ne puis aussi, monsieur, que vous marquer ma reconnaissance en particulier de l'estime et de l'amitié

que vous voulez bien m'accorder, et vous supplie d'être persuadé du retour de la mienne et du très- sincère attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, monsiem*, votre très-humble et (rès-obéissant serviteur,

(( BOFFON. »

(( Le 5 août 1773 («lit M. Girault, dans son recueil de « Lettres inéditeSy déjà cité), M. de Buffon présida la « séance de l'Académie où fut faite l'inauguration du « salon de ses séances publiques. En 1776, il envoya à « r Académie son buste en terre, ouvrage du célèbre Pa- « jou, avec les creusets nécessaires pour le reproduire et le « *mulii plier.

« Lorsque l'Académie fut supprimée par le décret du « 8 août 1 793, ce buste fut déposé à la bibliothèque de « la ville, où il est encore. »

Page Lxxv. .... Sa fierté ne lui permettant de vendre que ses doigts.

Tout le inonde sait que Jean-Jacques gagnait sa vie à copier de la musique.

Page Lxxix. Cette affaire neat pas diantre suite fâcheuse que d'en entendre parler

Dans les manuscrits de Buffon, se trouvent :

Une copie des objections de la Sorbonne contre Buflbu; Et un projii^dk réponse ébauché par Bexon.

Ces deux pièces m'ont paru avoir assez d'intérêt pour être reproduites.

Page 1