‹ Des Manuscrits de Buffon avec des facsimile de Buffon et de ses collaborateursChapitre 38 sur 46 · IK\0N · texte numérisé non relu

IK\0N

(lêpease d'esprits <p»c fait un mouvcmeiil perpétuel et rapide : U. I aliment d'aussi peu de substance que quelques menus iiise. lcs y parait bien peu proportionné, et Sloane, dont les observations sont sans doute du plus {jrand poids , dit expressénie .t qu'il a trouvé l'estomac de l'oiseau-mouche tout rempli tics poussières et du miellat des fleurs.

Rien n'égale la vivacité des oiseaux-mouches, si ce n’est leur coui’age, pu plutôt leur audace : on les voit poursuivre avecfurie des oiseaux infiniment plus gros qu'eux, s'attacher à leur corps, et, se .laissant emporter par leur vol, les becqueter à coiq>s redoublés, jusqu'à ce qu'ils aient assouvi leur petite colère. Quelquefois môme ils se livrent cnü’e eux de ces combats très-vifs; l'impatience paraît être leuràme: s'ils s'approchent d'une fleur et qu'ils la trouvent fanée, ils lui arrache.ît loutes ses feuilles, ave:: une précipitation qui marque leur di’pit. On voit, dit-on, sur la liir de l'été des milliers de fleurs ainsi dépouillées par la rage des oiseaux-mouches. Ils n'ont pas d’autre voix, outre leur bourdonnement, qu'un petit cri de screp, screp, fréquent et répété. Ils le font bc»aucoup entendre dans les Iwis dès l'aurore, jusqu’à ce qu'aux premiers rayons du soleil tous prennent l’essor et se dispersent.

, L’oiseau-raouche est solitaire^ suivant la remarque du docteur Grew; il est difficile, en effet, que des oiseaux, sans ces.se emportés dans les airs, se reconnaissent et se joignent ; mais 1 amour sait les réunir : on les voit deux à deux dans le temps des nichées. I>e nid qu’ils construisent répond à la délicatesse et à l'élégance de l’ouvrier; il est fait d’une espèce de colon ou de bourre .soyeuse, recueillie sur des fleurs; ce duvet est fortement tissu et de la consistance d'une peau douce et (-paisse. La lemelle se charge de l'ouvrage ; elle laisse au mâle le soin d'ai>porler les matériaux ; on la voit empressée à sa liesogne chérie, chercher, cikoisir, employer brin à brin le.j fibres de ce doux berceau de sa progéniture, eu polir les bords avec

lllï^TOlllk: DES OISEAUX'

à l uups lï'doublés jusqu’à ce qu'ils aient assouvi leur |telile colère. Quelquefois même ils se livrent entre eux de trè>-vif-. combats; riiiqiatienœ parait être leur àme; s'ils s’approcbcmt d'une fleur et qu'ils la trouvent fan V, ils lui arracbenl b's |m’-lales avec une précipitation qui marque leur d'-pit. Ils n'oni point d'autre voix (ju'un petit cri, screp, screp, frécpient et répété; ils le fout ( nlendre dans les bois d 's l'am ore. juscpi'à ce (|u*aux premiers rayons du .soleil tous prennent l'essor et se disper.senl dans les canipa‘'nes.

Us sont .solitaires, et il serait diflicile qu'étant sans ci^sse emportés dans les airs, ils pussent se reconnaitre et se joimlre. îSéanmoins l'amour, dont la puissmce s'étend au delà de celle tl"s éléments, sait rapprocher et réunir tous les èlrês dispersés : on voit les oiseaux-moucbes deux à deux dans le temi)s des nichées; le nid qu'ils construisent répond à la délicatesse de leur corps; il est fait il'un «-oton lin ou d'une bonne soyeuse recueillie sur des fleurs; ce nid est fortement tissu et de la consistance d'une peau douce et épaisse ; la femelle se cbarge tie l'ouvrage et laisse au mâle le soin d'apporter les matériaux. On la voit empresst'*e à ce travail chéri, chercher, choisir, en:ployer brin à brin les fibres pntpres à foianer le lissu de ce doux Ivrceau de sa progéniture; elle en polit les liords avec sa gorge, le dedans avec sa qut'ue; elle le revêt à l'extérieur de petits inoi'ceaux d’écorce de gommier (pi'elle colle alentour pour le défendre des injures de l'air autant (pie pour le rendre plus solide; le tout est attaché à deux fi'iiilles ou à uii seul brin d’oranger, de citronnier, on (piehpiefois à un fétu qui pemd de la couverture de (piehpie (.ase. Ce nid n'est pas plus gros que la moitié d’un abricot et fait de même eu demi-coupe ; on y trouve deux œufs tout blancs et pas plus gros ipie des petits |K)is. Le mâle cl la femelle les couvent tour à tour pendant douze jours; les petits (!*clüsent au treiziéme jour, et ne sont aloi's pas plus gros que des n.oucbes. « Je n'ai jamais pu rôti

MANLSGHITS DE BUFFOS

^SEXON.)

sa soPp'e. le dedans avec sa queue, revêtir l’extérieur de petits morceaux d'écorce de gommier, qu'elle colle alentour pour le défendre des injures de l'air, autant que pour le rendre plus solide. Tout l'ouvrage est attaché à deux feuilles, ou à un brin d'oranger ou de citronnier : quelquefois à un fétu pendant de la couverture de quelque case. Ce nid n'est pas plus gros que la moitié d'un abricot ou d’un très-petit œuf, et fait en demi-coupc. Ou y trouve deux œufs tout blancs et pas plus gros que de petits pois. Le mâle et la femelle les couvert tour à tour l'espace de douze jours. Les petits éclos ne paraissent que comme des mouches. « Je n’ai pu remarquer, dit le « P. üutertre, quelle sorte de becquée la mère leur apporte, (I s iion qu’elle leur donne à sucer sa bngue encore tout K emmiellée du suc tiré des fleurs. »

On conçoit aisément qu'il est comme impossible d’élever ces petits volatiles ; ceux qu'on a essayé de nourrir avec des sirops ont dépéri dans quelques semaines : cette nourriture est trop différente de la manne délicate qu'ils recueillent en liberté. Il eût été peut-être mieux de leur offrir du miel. La manière do les prcMidre est de les tirer au sable ou à la sarbacane ; ils sont si peu déliants qu’on peut les approcher jusqu'à cinq ou six pas. Une petite chasse encore qui leur est propre, consiste à se Hicher au milieu d’un arbre fleiu’i, une verge enduite d'une gomme gluante à la main : on en touche aisément le petit oiseau, taudis que, suspendu, il bourdonne devant une fleur; il meurt aussitôt qu'il est pris. Privé de la vie, sa destinée est encore lielle ; il sei t à décorer la beauté : la parure d'une Indienne n’est pas complète qu’elle n'ait en pendants d'oreilles deux de ci's charmaids oiseaux. Les Péruviens avaient l'art de composer avec leurs plumes di*s dessins émaillés et de petits tableaux, dont les anciennes relations ne cessent de vanter la beauté. Marcgravê, qui avait vu de ces ouvrages, en admire l'éclat et la délicatesse*.

HISTOIRE DES OISEAUX

(nCFFOX.)

« marquer, dit le P. Diiterlre, (|iiellc r^orte de heequée la mère « leur apporte, sinon qu’elle leur donne à sucer sa langue « encore tout emmiellée du suc tiré des Heurs. »

On conçoit aisément qu’il est comme impossible d'élever ces petits volatiles; ceux qu'on a essayé de nourrir avec des sirops ont dé|)«*ri dans quelques semaines. Ces aliments, quoique lé*gers, sont encore bien différents du nectar délicat qu'ils recueillent en liberté sur les fleurs, et peut-être aurait-on mieux réussi en leur offrant du miel.

La manière de les abattre est de les tirer avec du sable ou à La sarbacane; ils sont si peu défiants qu'ils se laissent approcher juscpi'à cinq ou six [tas. On peut encore les prendre en se plaçant dans un buisson fleuri, une, venge enduite d’une gomme gluante à la main; on en touche aisément le petit oiseau lorscpi'il bourdonne devant une fleur. Il meurt aussitôt qu’il est pris, et sert après .sa mort à parer les jeunes Indiennes, qui portent en pendants d'oreilles deux de ces charmants oiseaux. Les Péruviens avaient l'art de composer avec leurs plumes des tableaux dont les anciennes relations ne cessent de vanter la beauté. Maregrave, <{ui avait vu de ces ouvrages, en admire l’éclat et la délicatesse.

Avec le lustre et le veloiité des fleurs, on a voulu encore en trouver le parfum à ces jolis oiseaux. Plusieurs auteurs ont écrit qu'ils sentaient le musc; c’est une erreur dont l'origine est apparemment dans le nom que leur donne Oviedo, de passer mosqintus, aisément changé en c,elui de passer moscalus. Ce n’est pas la seule petite merveille que l'imagination ail voulu ajouter à leur histoire : on a dit ipi’ils étaient moitié oiseaux et moitié mouches, qu'ils se produisaient d’une mouche, et un jH’ovincial des jésuites affirme gravement, dans Clusius, avoir été témoin de la métamorphose. On a dit qu’ils mouraient avec les fleurs pour renailrc avec elles; qu’ils jiassaienl dans un sommeil et un engourdissement total toute la mau-

MAMSClUTS UK lîKKI’UX

(liE'inN.)

\v(v l(‘liislnM*l lo vt'loiilt' (Ic.s llmrs, oii a (Micoro voulu o.i li'oiivcr lt‘ parriiiii à ces jolis oisoaiix; |tliisuMirs aiitnirs oui l'rril ijii'ils avaioni Poiloiir du nuise. C’est iiuceri'eurdoiil l'ori- "iiieesl ap|iareinmenl dans le 110:11, que leur donne Oviedo, de paxser aisiancnl eliaii{{é en celui de passer nwsca-

liis. C(‘ u’esl pas la seule petite merveille que rima}>ination ait voulu ajouter à leur histoire : on a dit qu'ils étaient moitié oiseaux et moitié moiielies, qu'ils se produisaient d'une mouelie, et un proviiical dis jésuites aflirmc "ravement, dansClusiiis, avoir été témoin de la métamorphose. Ou a dit qu'ils mouraient avee les Heurs pour renaître avee. elles, qu'ils passaient dans un sommeil et un enqourdissemenl total toute la mauvaise sai.soii, suspendus et le bee fiché à l’écoree d'un arbre, jusqu'à ce que le r veil du printemps vînt les ramener sur les Heurs nouvelles : Hernandez lait ce conte et s’effor e d'y faire croire; et c'est appareinmeiil là-dessus qu’on les aj>pelle aux îles renés ou ressuscités. .Mais Cateshy se rit de celte fiel ion, adoptée par une foule d'auteurs et rejetée par les naliiralisles les plus sens('“s ; il assure avoir vu, durant toute l'année, ces oiseaux à Saiiit-Doiiiiiigue et au .Mexique, où il n’y a pas de saison eut iéremeiit dépouillée de Heurs. Sloane dit la iiièiue chose de la Jamaï(|ue, en observant seulement qu'ils y * paraissent eu plus grau(l nombre après la saison des pluies ; et .Maregrave avait déjà écrit qu'on h's trouve toute l'amiée en grand nombre dans les bois. Quaut à ceux de ces oiseaux <|ui s'avancent juscpie dans les pays où l'on commence à sentir dt“s hivers, ils en parlent dés la lin de l'été, comme Catesby l'a oIh servé de ceux de la Caroline, et se retirent sous des cl mats plus doux.

lllSTOIltE DES OISEAUX

v.iiso saison, snspondiis par le l>ec à 1 erorce d'nn arl>rc; niais ces fictions ont été rejetées par les naturalistes sensés, et Calesliy assure avoir vu, durant tonte l'année, ces oiseaux à Saiiil- Doinin 'lie et au Mexique, où il n'y a pas de saison entiércinent dépouillée de Heurs. Sloane dit la même chose de la .Iamai(|ue, en oliservant seulement qu'ils y paraissent en plus ‘ rand nombre après la saison îles pluies, et Marc{>ravc avait déjà i*critnu'on les trouve toute l’année en "rand nombre dans les Ixiis du Brésil.

Nous connaissons vingt-quatre espèces dans le genre des oiscaux-inoucbes, et il est plus que probable que nous ne les connaissons pas toutes. Nous les désignerons chacune |tar des dénominal ions différentes, tirées de leurs caracfres les iilus app.'irenls, et qui sont suflisanls pour ne h*s pas confondre.

MANUSCRITS DE BlIFFON

K.E COUBM.

(OEXON.)

La natun>, prodigue de beautés, a produit dans les mêmes climats roiseau-moiiche cl le colibri*. Prescjue aussi délicat, aussi brillant, aussi léger, vivant comme lui sur les fleurs, le colibri est paré de même de tout ce que les plus riches couleurs ont d'éclatanl, de moelleux, de suave*. Tout ce que nous avons dit de l’élégance* de roiseau-mouche, de sa vivacité, de son vol bourdonnant et rapide, de sa constance à aller de fleurs en fleurs*, de sa manière de nicher et de vivre, doit s’appliquer également au colibri : un même instinct anime ces deux charmants oiseaux®; la nature les produisit sur un même dessin, souvent aussi on les a confondus sous un même nom

On a vu le père et la mère, rendus audacieux par l'amour®, venir jusque dans les mains du ravisseur nourrir leur progéniture ’

C’est sans doute la constance de ce climat (le climat de Quito) qu’ils aiment®. C’est là que, dans une suite non interrompue de jouissances et de délices, ils volent de la fleur épanouie à la (leur naissante, et que l’année, compo.sée d’un cercle entier de beaux jours®, ne connaît qu’une seule saison : celle de la fécondité et de l’amour.

(connECTioxs de bcffox).

•La nature, en prodiguant tant de beautés à l’oiseau-mouche, n’a pas oublié le colibri, son voisin et son proche parent; elle l’a produit d.ins le même climat et formé sur le même modèle : aussi brillant, aussi léger, viv.nnt comme lui sur

* suave; et ce que nous avons dit

* <lit de la beauté de l oiseau-mouchc

* constance à visiter les fleurs

Digitizoc' by G

HISTOIRE RES OISEAUX

■.K COUBMl.

(bdffon.)

La nature, en prodigiiaiil tant de beautés à l'oiseaumoudie, n’a pas oublié le oolibri, son voisin et son proche parent; elle l'a produit dans le même climat et formé sur le même modèle : aussi brillant, aussi ié^er que l'oiseau-mouche, et vivant comme lui sur les fleurs, le colibri est paré de même de fout ce que les plus riches couleurs ont d'éclatant, de moelleux, de suave, et ce que nous avons dit de la beauté de roiseau-mouche, de sa vivacité, de son vol Imurdonnant et rapide, de sa (onstance à visiter les fleurs, de sa manière de nicher et de vivre, doit s’appliquer également au colibri : même instinct anime ces deux charmants oiseaux, et, comme ils se ressemblent presque en tout, souvent on les a confondus sous un même nom

On a vu le père et la mère, par audace de tendresse, venir jusque dans les mains du ravisseur porter la nounnture à leurs petits.

C'est à vingt ou vingt-deux degrés de température qu’ils se plaisent. C’est là que, dans une suite non interrompue de jouissances et de délices, ils volent de la fleur épanouie à la fleur naissante, et que l’année , composée d’un cercle entier de beaux jours, ne fait qu'une saison constante d'amour et de fécondité.

(connECTloss de bi'ffon.)

’’ El, comme ils se ressemblent presque en tout, souvent on les ,n confondus

* On a vu le père et la mère par .audace de tendresse

leurs petits.

* C’est donc à 20 ou 22 degrés de température qu’ils se plaisent.

* beaux jours, ne fait qu’une saison constante d'amour et de

fécondité.

li!)

MAM’Sr.RITS DE P.EFl'OX

(llFSOM.)

Lt's ar:is sont les pins "rands comme les plus magnifiques ois<‘aiix (lu genre des perroquets*. Leur plumage est c/mvert avec, profusion des plus riclies couleurs. Le pourpre, l'or et l'azur composent leur vêlement. L'œil assuré , la conlenanee fid-me, la démarche grave, l'ara semble sentir son prix et coiinailre sa beauté; son naturel paisible le rend a sément familier, et la domesticité n'est point pour lui l'esclavage ; il a sa liberté et n'en abuse pas; la douce habitude le rappelle et l atlacbemenl le ramène.

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