IV INTRODUCTION
Loi-squ'U ie reprenait, apportant à cet examen le calme le plus complet cpi'il pût obtenir de lui-même,
il s'en faisait faire la lecture à haute voix par une personne qui ne connût en rien cette ébauche : toute phrase dont le lecteur ne saisissait pas la conlexture, qui m s'écoulait point facile et harmonieuse, toute pensée qui ne se rattachait pas au sens général, qui faisait embarras ou confusion, étaient changées; il reprenait ce courageux travail autant de fois qu'un défaut découvert exigeait une modification nouvelle.
Cet art du mieux a fait le charme de la vie de Buiïon : « Le plaisir de travailler est si grand, disait- «il, que je passais quatorze heures à Fétude, et a qu'il n'y a que le plaisir de l'étude qui m'ait « quelquefois distrait de la pensée de la gloire. »
L'ordre dans la pensée a été la qualité dominante de Buffon; et cette qualité, il l'applicpiait à tout : dans ses ouvrages, c'est de Fordre avec pompe, ^vec art ; dans son administration, c'est de Tordre avec loyauté, avec bonhomie. Ses rapports avec rÊtal iémoigiicni de la part large que Louis XV sut l'aire à de grands projets; ils excluent toute idée de contrôle, de petitesse.
La gestion liabilc et simple do sa fortune j)rivée, très-clairement exposée dans des registres tout entiers écrits de sa maha, explique le plaisir avec lequel il disait dans sa vieillesse : a Depuis trente ans
DE BUFFOH. v
« j'ai mis un si grand ordre dans l'emploi de ma
« fortune et dans celui de mon temps, que j'ai « toujours de l'argent en réserve et du temps à «'donner à mes amis. »
Si l'on dclaclie de BuÛbn l'auréole du grand écrivain et du hardi penseur, on trouve sans transition, dans sa vie privée et dans sa correspondance, un iiourgeois bourguignon plein de sens, plein d'adresse, et enclin à ce genre de trivialité qui tient à la force du tempérament. « J'aime les maisons, disait Montes- « quieu, où je puis me tirer d'affaire avec mon esprit « de tous les jours. » Buifon ne met en usage, dans ses lettres, que son esprit de tous les jours. Elles nous le montrent bon, naturel, ami constant ; mais elles ne supportent la lecture qu'étant rattachées k sa vie, vie progressive, s'il en fût jamais, où se voit ia lutte d'une flme vigoureusement trempée, qui aspire à la grandeur et n'arrive à se dégager que par de longs efforts.
« Tout marque dans Thomme, même à l'extérieur, »
a-t-il dit, « sa supériorité sur tous les êtres vivants
« L excelience de sa nature perce à travers les organes « matériels, et anime d'un feu divin les traits de son
« visage' »
L'excellence de cette nature^ il -semble avoir voulu
* Histoire naturdlt dt ilioinme.
Digiti/ea by CoOgle
n INTRODUCTION*
en trouver le type en lui-môme, et s être imposé la loi que rien dans ses actes ne Tint amoindrir son modèle. Les écarts que sa raison se permet parfois, au profit de sa vanité, ne coûtent jamais rien à la bonne foi de Thonnète homme.
Au milieu de ses papiers de famille, on en trouve
un qui porte ce titre : Extrait d'un arrêt de la Cour des aides^ donné sur lettres patentes le il décembre 1613, ott tujet de la famUle de MM. U Clere, originaires de Clamecij en Nivernais.
Cet extrait établit, ou tend à établir, que les sieurs Le Clerc, originaires de Clamecy, furent anoblis, en \7AU^ par riiili[ij)o de Valois; qu'ils virent, en 1419, sous Charles VI, un des leurs, Jean Le Clerc, pourvu de la charge de chancelier de France, et que, sous Louis XIll, Antoine Le Clerc, sieur de la Forest, demanda et obtint des lettres de réhabilitation, devenues nécessaires^ parce que son père, son aieul et son bisaïeul avaient exercé la profession d'avocat au bailliage d'Auxerre, profession qui dérogeait à la noblesse.
La copie de ce document est tout entière de la main du grand homme, qui a pris le soin de la faire pré^
céder de ces quelques mots : L original du présent Extrmt est écrU par M- le comte de la Hivière \ qui
* le TKXMnte Gabriel de la Rivière, capitaine de griode arme-
DE BVFFON. vu
Pa retm à M. le eanUe de Buffon^ en octobre 1773» A cette date, de profondes et hardies conceptions occupaient le philosophe, qui, dans son tiomo dufleXj nous a donné la plus judicieuse analyse des
faiblesses de la vanité, et qui se charge ici de nous prouver tout ce que cette aaalyse aura d'éternellement vrai.
On remarquera que Buffoii ne prend j)oiiit la responsabilité de cette généalogie, dont il ne nous reste aucune autre trace, et qu'il n'admettait sans doute (jue comme un système : « La plupart des natura- « hstes, disait-il, ne font que des remarques paroc tielles; ils décrivent une pierre, puis encore une « seconde pierre, à mesure qu'ils les rencontrent; « mieux vaut un faux s^tème^ car il sert au moins à « enchaîner nos idées et il prouve qu'on sait penser* »
Ce que des actes authentiques nous offrent de trèsréel , c'est que Louis Le Clerc, conseiller du roi et
juge-prévôt de la ville de Montbard, maria, en 1706, son fils unique^ à la fille de Louis Marlin, notaire i Moutier. Dix-huit mille livres formaient la dot de la future et lui étaient données par son oncle maternel, messire Georges Blaizot^ seigneur de Saint^Étietme et de Marigny^ conseiller'niaUre'auditeur en la cour
rie, etc., etc., était bciu-frèrc de M. Na l iult, dont li lœur devint, plufi lard, la seconde femme da père de Buflbn. « Né en 1682.