‹ Des manuscrits de Buffon (volume 2)Chapitre 23 sur 39 · DE LA NATURE · texte numérisé non relu

DE LA NATURE

Irès-philosophique, et même, à côlé des assertions

hardies de Buifoii, assez nécessaire, sui la difOculté qu'a l'esprit humain de concevoir de longs espaces de temps, de longues durées. Effrayé, pour son lecteur, des milliers d années et même de siècles qu'il vienl de lui présenter, Buffon cherche à le rassurer. 11 comprit bientôt qu'il valait mieux encore chercher i le prémunir; et la digression fut transportée de la troisième époque dans la première, mais sans le préam-* bule suivant, que mon lecteur à son tour sera, je crois, bien aise de voir.

Pourquoi, me dira-t-on, nous rejeter dans un espace aussi vague qu'une durée de quatre ou cinq cent mille ans? Est-il aisé, esi-il même possible de se former une idée du

tout et des parties d'une aussi luiii^ae slûIc de temps ï l*ourquoi ne pas s'en tenir aux vingt ou vingt-cinq mille ans que vous aviez désignés d'abord comme suffisant à peu près pour ces opérations de la nature? C'est ajouternne nouvelle cause (.robscuritc aux choses difficiles duuL vous prétendez donner l'explication que d'employer de si grands nombi'es et des espaces d'une durée qui n'est guère concevable.

J'ai si bien senti la force de cette considération, que j'ai tâché (fen prévenir Tcffet en présentant d abord un plan moins étendu de la durée des temps; cette plus petite échel e m'était nécessaire pour conserver l'ordre et la clarté des idées qui se seraient peut^tre perdus dans un trop gi and espace, si tout à coup j'eusse présenté le plan de la (hn ée des temps sur Técheile que j'emploie aujourd'hui, laquelle est trois l'ois plus étendue que celle de mon premier tableau.

«s DES ÉPOQUES

Mais tout bon esprit qui se sera ftiniliarisé avec les rapports que ce tableau présente pourra les transporter aisément et les appliquer dans le môme oidre aux opérations de la n:iture. I,(»rs(jue je n'ai compté que 74 ou 75,0UÛ aus pour le temps écoulé depuis la formation des planètes, j*ai averti que je me contraignais pour m opposer le moins possible aux opinions reçues, et en même temps, pour ne tirer, ik mes expériences sur le refi oidissement, que des conséquences absolument incontestables K

EU ! pourquoi l'esprit humain semble-t-il se perdre dans l'espace de la durée plutôt que dans celui de 1 étendue ou des nombres ? Puun|uoi ceiil mille ans sont-ils plus diiticiles à concevoir et à compter que cent mille livres de rente? Serait-ce parce que la somme du temps ne peut se palper ni se réaliser en espèces visibles? ou plutôt irest-ce pas

* « Mni'je me siiiscxprcssciiienl iv>crv(' icoiiliiiue-l-il) raiisrnicn- « lation lie la durée des temps pourêlieù l'aise sur l'expliciition des « phénomènes, et pour pouvoir présenter d'une manière intcllîgi' «' blc et sensible Tonlre et la succession des diiTérents événements <c de Ift nainre: Je n'ai môme formé mon dernier tableau aur ime « échelle quaue fois plus grande que d'après une supposition défavo- « rible et trop faible, car je suis très-pcrsuadé que, dans la réalité, les * caUJfat latentes de Newton, c*osl-à-dirc les ohslnclcs qui s'opposent « à la déperdilinn do la cluileiir des corps, au lieu de n'èirr «iqipOî^éCj^ « qu'un niillioiuenie depuis un pouce jusqu'à dix pieds de diamètre « peuvent être supposées d'un cent niillièmo au moins, et cela seul « autuit augmenté dix fois plus notre échelle, et m'aurait donné « un million d*années au lieu èi cent mille ans pour la durée de « notre épo(]ue; mais encore une fois, quoiqu'il soit très-vrai que « plus nou!« étendrons le temps, phis nous approcherons et de hi vé- . (( rité et de la réalKé de l'emploi qu'en a fait la nature, néanmoins (àL^^il faut le raccourcir autant qu'il est possible, quand ce ne serait « (jue pour se conformer à la puissance limitée de notre enlen- (( dément. »

I>K LA NATUHE

qu'étant aecoaiuinés par notre trop courte existence à regarder cent ans comme une grosse somme de temps, nous

avons peine à nous former une idée de mille ans, et ne pouvons plus nous représenter dix mille ans ni même en concevoir cent mille *.

On ne se doute pas de toute la peine que la combinaison, la répartition de ces milliers d'années et de siècles ont donnée à Bu lion, ni de toutes les modiiieationS) de toutes les variations auxquelles il les a soumises.

Suivant un de ses calculs, la troisième époque a duré vingMnq mille ans ; elle en a duré quatre ott dnq cent mille^ suivant un autre ; elle a duré un million JCannéeSy suivant un troisième. Buffou en usait un peu avec les milliers d'années, comme nos faiseurs de vaudevilles en usent, tons les jours, avec les millions trécus.

Mais quelle était donc la base de tous ces calculs si

vastes et si divers?

De 1749, où Buffou avait publié sa Théorie de la terre et son Système sur les planètes^ jusqu'en i774 et 1775, où il publia les deux volumes de son Introduction à l histoire des minéraux^ il avait passé une

* Ce demiftr alin«Sa, depuis les mots: «Eh 1 pourquoi Tesprit linmaîiu.. i> a été conservé dans rimprimé, mais avoc quelques modîficaUons. Au lieu de : plMt que dmu ctim de Fétendue ou det nmàrea, Buffon a mis : ^uiât que dam celui de l étendue OU dans la considération des mesures, des poids et des nombres ; au lieu de : cent mille livre» de rente^ il a mis : cent mille livres de nmmne..

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