‹ Des manuscrits de BuffonChapitre 11 sur 141 · I.XXV · texte numérisé non relu

I.XXV

ni plus douce 111 plus lucile, p3r3issful iiisullisunle 3U seUjneiir de Montbanl. Kn 1771, d3ns une lettre à Moutbeillsrd, il dis3Ît : « Je pense sbsolument comme « vous 3U sujet de Jean-Jocques, et j’écrirai en con- « séquence à Panckoucke. » 11 écrivit en effet, il vil Panckoucke; il négocia pour obtenir que, sur le consentement donné par Rousseau à une publication nouvelle de ses œuvres, l’éditeur s’engageât <à lui servir un revenu annuel de mille écus. Ceci n’était qu un facile préliminaire. Pour vaincre une farouche susceptibilité, notre diplomate dut employer toutes les res- ; sources de son éloquence, tous les arguments que sa ' raison lui suggéra. Le rebelle ayant enfin rais bas les I armes, le soir on se quittait très-heureux ; mais à I peine le jour conunençait-il à poindre, que Rousseau irrité accourait chez Ruffon ; « 11 avait été séduil, « abusé, disait-il ; il retirait sa parole, et ne voulait « pan que la postérité pût dire que Jean-Jacques ({ avait vendu ses pensées, sa fierté ne lui permet- ' « tant de vendre que ses doigts. »

« Je ne l’aurai point blessé, » disait un jour Buffon,

' après avoir abrégé avec une simplicité un peu rude la visite d’un homme qui rennuyail, « car rien de ce « qui est naturel n’olfense. » Le principe était commode en lui-même. En ajoutant à la simplicité, au naturel, quelques exigences seigneuriales, celui qui . l’avait posé arrive jusqu’à des prétentions qui se colorent d’une teinte de féodalité. « Je crois, IMonsieur, »

INTRüDlîCTIOiN.

écrit-il à un personnage compétent', « que votre

« bonne volonté aura influé et qu’on me dé-

barrassera de manière ou d’autre de cinquante « paysans, qui seraient cbacun autant de petits sei- « gneurs, possesseurs en franc fief de quelques perce elles de terrain dans ma terre de Bnffon, ce qui « serait absurde et ne peut exister. J’attendrai votre « retour pour savoir ce que je puis faire enfin pour M satisfaire la régie, contre laquelle je suis très-décidé « à plaider, si elle m’imposait des conditions qui ne « fussent pas acceptables. »

Sa prépondérance dominatrice sauve, le seigneur redevenait excellent homme, faisant du bien et n’acceptant, malgré des droits encore en vigueur, ni jours de corvée, ni aucun travail qu’il ne le payât généreusement. Aussi était-il fort aimé, quoiqu’il fût un peu partial dans ses sympathies, trop peu retenu dans ses familiarités, un peu trivial dans sa curiosité. On se plaît à dire qu’elle allait jusqu’à accorder à son perruquier le privilège de lui fabriquer des nouvelles : « delà, disait-il, le divertissait. »

« Ce personnage avait, au reste, un rôle très-actif, le soin de sa toilette ne paraissant, à Buffon, indigne ni d’un philosophe, ni d’un penseur.

il admettait encore qu’on pouvait être l’un et l’autre sans renoncer au rôle d’homme pratique, qui

* Au Jardin du Roi, ‘20 mars 1785.

nE BUFFON.

aime les menues affaires de ce monde et qui s’en mêle. Dans ses dernières années, il écrit à madame de Montbeillard ‘ ; « Je suis enchanté, ma très-chère « et très-respectable commère, de notre nouvelle « alliance; ce sont les seules noces qui conviennent « à mon âge, et je vous promets fidélité pour le «'reste de ma vie. »

Aux grands événements de la petite ville de Montbard, il ne fut jamais indifférent. Son bon vouloir ajoutait aux jours de joie ; aux jours de fêtes religieuses il s’associait ; chaque dimanche, paré de son habit seigneurial, il se rendait à la grand’messe, accompagné de son fils. L’église était bâtie sur une place d’armes qu’une simple muraille séparait de ses jardins. A la sortie de l’office, il se promenait sous une avenue de tilleuls, devenue le rendez-vous des paysans. Aecessible pour tous, pour tous d’une bonhomie extrême, il causait gaiement, et plusieurs fois on l’entendit exprimer le regret qu’à l’accoutrement de vieux seigneur qu’il portait, son fils préférât les modes modernes. « Lorsque je vis M. de Buffon pour « la première^ fois, a dit l’historien Hume, je trouvai « que, par le port et la démarche, il ressemblait plus « à un maréchal de France qu’il ne répondait à l’idée « qu’on se fait d’un homme de lettres. »

« Vous savez, mon cher bon ami, que je suis assez •

‘ Au Jardin du Roi, 7 novembre 1784,

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