‹ Des manuscrits de BuffonChapitre 34 sur 141 · LORSQUE LES EAUX ONT COUVERT NOS CO.XTINEXTS · texte numérisé non relu

LORSQUE LES EAUX ONT COUVERT NOS CO.XTINEXTS

A la date de trente ou trente-cinq mille ans de la lormalion des planètes, la terre se trouvait assez attiédie pour recevoir les eaux sans les rejeter en vapeurs. Le chaos de 1 atmosphère avait commencé de se débrouiller : non-seulement les eaux, mais toutes les matières volatiles que la trop grande chaleur y tenait reléguées et suspendues tombèrent successivement ; elles remplirent toutes les proTondeurs, couvrirent toutes les plaines, tous les intervalles qui se trouvaient entre les éminences de la surface du globe, et même elles surmontèrent toutes celles qui n’étaient pas excessivement élevées. On a des preuves évi- * dentes que les mers ont couvert le continent de l'Europe jusqu’à quinze cents toises au-dessus du niveau de la mer actuelle, puisqu’on trouve des coquilles et d’autres productions marines dans les Alpes et dans les Pyrénées jusqu'à cette même hauteur. On a les mêmes preuves pour les continents de l’Asie et de l’Afrique; et môme dans celui de l’Amérique, où les montagnes sont plus élevées qu’en Europe, on a trouvé des coquilles marines à plus de deux mille toises de hauteur au-dessus du niveau de la mer du Sud. 11 est donc certain que • dans ces premiers temps le diamètre du globe avait deux lieues déplus, puisqu’il était enveloppé d’eaujusqu'à deux mille loises

(corrections faites par DUFFON SUR L.I COI'IE.)

“ entre les aspérités de la surface du globe, et même elles

surmontèrent toutes celles qui n’étaient pas excessivement élevées. On a des preuves ...

mille

de l’Afrique et deTAmérique. Il est donc.. . certain, du globe.

MANUSClUTS DE DUEFON (copie.)

une assez' longue suile de siècles, la mer l’a recouverte en entier, à l’exception de tons les sommets et des crêtes de montagnes qui seuls surmontaient alors cette mer universelle -, dont l’élévation étaitau moins à ces mille toises de hauteur^, où l'on cesse de trouver des coquilles ou d’autres débris des productions marines. Les animaux auxquels ces dépouilles appartiennent ont donc été les premiers habitants du globe, et leur multitude était innombrable, car c’est de leurs détriments qu’ont été formés toutes les pierres calcaires, tous les marbres, les craies, les marnes"', etc.

Et», dans les commencements de ce séjour des eaux sur la surface de la terre, n’avaient-elles pas un degré de chaleur que nos poissons et nos coquillages actuels n’auraient pu supporter? et ne devons-nous pas présumer que les premières productions de la mer« encore bouillante étaient différentes de celles qu’elle nous offre aujourd’hui? Cette grande chaleur ne pouvait convenir qu’à d’autres natures de cocpiillages et de poissons; et par conséquent c’est à cette époque intermédiaire ■' que l’on doit rapporter l’existence de ces espèces perdues », dont on ne retrouve nulle part les analogues vivants; telles que les énormes volutes, dont nous avons parlé, toutes les cornes d’Ammon , les grands oursins armés de grosses ' hélenmites, etc. Ces événements se sont passés depuis l’année vingt-cinq mille de la formation des planètes jusqu’à l’année trente-cinq mille, à laquelle environ nous avons fixé le com-

(cOnr.ECTIONS FAITES PAU BUFFOX SüB LA COPIE.)

* très-longue

“ à l'exception peut-être des plus hauts sommets et des pics

de montagnes qui seuls surmontaient cette mer universelle

dont l’élévation était au moins à cette hauteur de mille

toises, où l’on cesse de

■* * des productions marines, d'où l’on doit inférer que les ani-

maux auxquels ces dépouilles ont appartenu doivent être regardé* comme les premiers habitants du globe ; et cette population était im-

ÉPOQUES UE LA NATUUE

(lUPIIIMÉ.)

de hauleiu-. La surCacc de la lerre en général était donc beaucoup plus élevée (prellc ne l’est aujourd’lmi; et pendant une longue suite de temps les mers l’ont recouverte en entiei’, à l’exception peut-être de cpielcpies terres très-élevées et des sommets des liantes montagnes, cpii seuls surmontaient cette mer universelle, dont l’élévation était au moins à cette hauteur où l’on cesse.de trouver des cocpiilles; d’où l’on doit inférer cjue les animaux auxcjuels ces dépouilles ont appartenu peuvent être regardés comme les premiers habitants du globe, et cette population était innombrable, à en juger par l’immense quantité de leurs dépouilles et de leurs détriments, puisque c’est de ces mômes dépouilles et de leurs détriments qu’ont été formées toutes les couches des pierres calcaires, des marbres, des craies et des tufs qui composent nos collines et qui s’étendent sur de grandes contrées dans toutes les parties de la terre.

Or, dans les commencements de ce séjour des eaux sur la surface du globe, n’avaient-elles pas un degré de chaleur que nos poissons et nos coquillages actuellement existants n’auraient pu supporter? et ne devons-nous pas présumer que les premières productions d’une mer encore bouillante étaient différentes de celles qu’elle nous offre aujourd’hui? Cette grande chaleur ne pouvait convenir qu’à d’antres natures de coquillages et de poissons ; et par conséquent c’est aux premiers

(conilECTlONS FAITES P.vn BÜFFON SüE LA COPIE.)

niensc, car la multitude de teurs dépouilles est innombrable, puisque c’est de ces memes dépouilles et de leurs détrimcnls qu’ont été formés toutes les pierres calcaires, tous les marbres, les craies, les marnes, etc., qui composent nos collines et s’étendent sur de grandes

contrées dans toutes les parties de. la terre

5 Or

® d’une mer. ...

’’ c’est aux premiers temps de cette époque

** des espèces perdues

MANUSCRITS DE DLTl'UN

(coriE.)

meiicemoiit de la nature vivante* * sur la surface sèche du aiobe, c’est-à-dire au temps où elle s'est trouvée assez refroidie pour permettre aux êtres sensibles comme nous de la toucher sans se brûler.

Et l'on ne doit point être étonné de ce que j’avance ici, qu’il y a eu des poissons - et d'autres aiiimaux aquatiques capables de supporter un degré de chaleur beaucoup plus fort que. celui de la température actuelle de nos mers méridionales, puisque, encore aujourd'hui, nous connaissons des espèces de poissons et de plantes qui vivent et végètent dans des eaux pre.sque bouillantes, ou du moins chaudes jusqu'au cinquantième et soixantième degré.

Reprenons donc ce second temps où les eaux jusqu’alors réduites en vai)curs, se sont condensées et ont commencé de tomber sur la terre aride et desséchée tâchons de nous représenter les prodigieux effets qui eu ont résulté ; lasépaiation de l'élément de l'air et de l’élément de l’eau, la produclion des vents, la purification de l’atmosphère par l’abandon et la chule de toutes les matières aqueuses », huileuses, bitumineuses et de toutes les substances volatiles; telles que le mercure, les acides, les alcalis, etc., qui toutes descendirent et tombèrent avec plus ou moins de précipitation. Quels orages ont dû précéder, accompagner et suivre l'établissement local de chacune de ces substances <=? et ne devons-nous pas rapporter aces premiers moments et aux temps immédiatement

(cOmiF.CTIONS FAITES FAIl lll'FFO.T SUII I.A COI'IE.)

* Ces premières especes, maintenant anéanties, ont subsisté pendant les quatre ou cinq ceut mille ans qui ont immédiatement suivi le temps auquel les eaux venaient de s’établir, et c’est à cette seconde date de quatorze ou quinze cent mille ans de la formation des (danètes que nous avons fixé le commencement de la nature vivante

^ ,.... ici, qu’il y a eu, avant ce second temps, des poissons.;,..

ÉPOQUES DE LA NATURE (ivrniMÉ.)

temps (le cette épofiuo, c'est-à-flire depuis trente jusqu à quarante mille ans de la formation de la terre, que l’on doit rapporter l'existence des espèc'es perdues dont on ne trouve nulle part les analogues vivants. Ces prcini(ires espèces, maintenant anéanties, ont subsisté pondant les dix ou quinze mille ans qui ont suivi le temps auquel les eaux venaient de s’établir.

Et l’on ne doit point être étonné de ce que j’avance ici qu’il y a eu des poissons et d’autres animaux aquatiques capables (le supporter un degré de chaleur beaucoup plus grand que celui de la température actuelle de nos mers méridionales, puisque encore aujourd’hui, nous connais.sons des espèces de poissons et de plantes qui vivent et végètent dans des eaux presque bouillantes , ou du moins chaudes jusqu’à 50 ou 60 degrés du thermomètre.

Mais, pour ne pas perdre le fil des grands et nombreux phénomènes que nous avons à exposer, reprenons ces temps antérieurs, où les eaux, jusqu’alors réduites en vapeurs, se sont condensées et ont commencé de tomber sur la terre brûlante, aride, desséchée, crevassée par le feu : tâchons de nous repr(> senter les prodigieux effets qui ont accompagné et suivi cette chute précipitée des matières volatiles, toutes séparées, combinées, sublimées dans le temps de la consolidation et pendant le progrès du premier refroidissement. La séparation de l’élé'ment de l’air et de l’élément de l’eau, le choc des vents et des Dots qui tombaient en tourbillons sur une terre fumante; la dépuration de ratmosphère, qu’auparavant les rayons du so-

(connECTiONS f.mtes r,in iicffox sur la copie.)

® Mais pour ne pas perdre le fil des grands et nombreux phénomènes que nous avons à exposer, reprenons ces temps antérieurs où les eaux

* et desséchée par le l'eu

et la chute des matières aqueuses. . . . de chacun de ces éléments....

MANUSCRITS DE DUFFON

(copie.)

siibséqucnls les grands bouleversemenls, les ariais.'^emenLs, les iiTiiplions et tous les cbangemenis qui ont donné une seconde forme à la surface du globe? 11 est aisé de senlir que les eaux qui en couvi'irent alors presque Ionie la surface étant continuelleinent agitées par l'aclion du flux et du reflux * *, ont commencé par sillonner la lerre, et que , par leur long séjourelles se sont ouvert des routes souterraines, ont rempli les cavernes, el se sont abaissées d’autant plus, que ces mômes cavernes se sont affaissées en plus grand nombre ; elles étaient l’ouvrage du feu : l’eau les a déti'uiles et continue de les détruire encore.

Les eaux ont en même temps saisi toutes les matières qu’elles pouvaient délayer ou dissoudre ; elles ont fondu les sels, séparé les builes et les bitumes et transporté de place en place tout ce (pii se trouvait réduit en poudre ® ou en petits volumes. Il s’est doue fait dans ces dix mille années, c’est-àdire depuis vingt-cinq jusqu'à trente-cinq mille ans de la formation des planètes, un si grand cbangement ^ à la surface du globe, que la mer, alors élevée éd mille toises, comme l’indiqueut ses productions qu’on trouve® à cette bauteur, s’est successivement abaissée pour remplir les profondeurs occasionnées par l’affaissement des cavernes dont les voûtes naturelles, sapées par le mouvement des eaux ®, ne pouvaient plus

(f:OIlUECT10X.S FAITES PAR BIFFOX SUR LA COTE.)

* .. .. Par l'aclion de leur chute, par celle du flux el du reflux, ]>ar les vcnls impétueux, elles auront obéi à toutes ces impulsions, et que dans leurs mouvements elles auront commencé par sillonner la lerre, en renverser les pointes les moins solides, rabaisser el percer les chaînes les plus faibles des montagnes primitives el ensuite par leur long séjour, elles se sont ouvert des roules souterraines, ont rempli les cavernes, et celle mer presque universelle s’est abaissée successivement el d’autant plus que ces mêmes cavernes se sont affaissées en plus grand nombre: elles étaient l’ouvrage du feu, l’eau les a détruites et continue de les détruire encore. Nous sommes

Él’OQUES nE EA iNATlIRE

(nirn'MK.)

leil ne pouvaienl pénélrcr; cette même almosplièrc obscurcie (le nouveau par les nuages d'inie (‘paisse fnim-e; la coliobation mille fois irptHée et le bouillonnement conlinnel des eaux tonib(‘es et i ejct(!‘es alternai ivemenl ; enfin la lessive de 1 air par l’abandon des mati(:'rc volatiles pr(!‘cédemmenl sublimées, qui louU's s’en séparèrent et descendirent avec plus ou moins de précipitation : quels mouvements, quelles tempêtes ont du précéder, accompagner et suivre rétablissement local de cbacun de ces éléments! El ne devons-nous pas rapporter ces premiers moments de choc et d agitation les bouleversements, les premières dégradations, les irruptions et les changements qui ont donné une seconde forme a la plus grande partie de la surface de la terre? 11 est aisé de sentir que les eaux qui la couvraient alors presque tout entière, étant continuellement agitées par la rapidité de leur chute, par l’action de la lune sur l’atmosphère et sur les eaux déjà tombées, par la violence des vents, etc., auront obéi à toutes ces impulsions, et que dans leurs mouvements elles auront commencé par sillonner plus à fond les vallées de la terre, par renverser les éminences les moins solides, rabaisser les crêtes des montagnes, percer leurs chaînes dans les points les plus laibles; et c|u après leur (‘tablissement, ces mêmes eaux se seront ouvert dos roules souterraines, quelles ont miné les voûtes des cavernes, les ont fait écrouler, et que par conséquent ces mêmes eaux"se sont

(corrections faites par BI'FFON sur la copie.) donc bien fondés à allribuer l’abaissement successif des mers à celle première cause qui nous est démontiée par les faits.

a De place en place toutes les scories de verre et toutes les

matières qui se trouvaient réduites eu poudre

^ 11 s’est donc fait dans ces quatre ou cinq cent mille années un si

grand changement

* D’abord.

•’> Ses productions trouvées à

® sapées on percées par l’action et l’effort des eairx

MANUSCRITS DE RUFFON

(COPIK.)

souleilir les terres dont elles étaient chargées. A mesure qu'il se faisait quelques grands affaissements par la rupture d’une ou plusieurs cavernes, l’eau arrivait de tous côtés pour remplir cette nouvelle profondeur, et, par conséquent, la hauteur générale des mers diminuait d’autant, en sorte qu’étant d’ahord à mille toises d’élévation, elle a successivement baissé jusqu’il son niveau actuel * .

On doit donc présumer que ces coquilles et les autres productions marines que l’on trouve aujourd’hui ’■! à mille toises de hauteur ^ senties espèces les plus anciennes delà nature; et il serait bien important pour l’histoire naturelle de recueillir un assez grand nombre de ces premières productions de la mer qui se trouvent sur nos montagnes à la plus grande hauteur, et de les comparer avec celles qui sont dans les couches inférieures de ces mêmes montagnes ou dans les plaines voisines. Nous sommes assurés que dans nos coilines et sur nos petites montagnes la plus grande partie des coquilles qu’on y rencontre * ne se trouvent actuellement existantes que dans les mers méridionales. Nous trouvons dans les mêmes eudroils plusieurs autres coquilles dont on ne connaît point les analogues vivants. Si jamais on fait un recueil de ces pétrilîcations, prises à la plus grande élévation dans les montagnes, on sera peut-être en état de prononcer sur rancionneté plus ou moins grande des espècès relativement aux autres espèces de ce genre». Tout ce que nous pouvons en dire aujourd’hui, c’est que la plupart de ces espèces®, dont nous ne connaissons pas les analogues vivants, étaient beaucoup plus grandes qu’aucune espèce du même genre actuellement existante ; des

(connECTio.Ns fûtes pah büffon sim i.a copie.) jusqu’au niveau où nous la voyons aujourd’hui.

l’on trouve à mille toises

de hauteur au-dessus de ce niveau

rencontre appartiennent à des espèces inconnues, c’est-à-

ÉPOQUES DE LA NATURE

(iMPIIIMÉ.)

abaissées successivement pour l'emplir les nouvelles prolbntleurs cju’elles venaient de former ; les cavernes étaient l'ouvrage du feu; l'eau dès son arrivée a commencé par les attaquer; elle les a détruites, et continue de les détruire encore; nous devons donc attribuer l’abaissement des eaux à l’affaissementdes cavernes, comme à la seule cause qui nous soit démontrée par les faits.

Voilà les premiers effets produits par la masse, par le poids et parle volume de l’eau; mais elle en a produit d’autres par sa seule qualité : elle a saisi toutes les matières quelle pouvait délayer et dissoudre ; elle s’est combinée avec l’air, la terre et le feu pour former les acides, les sels, etc.; elle a converti les scories et les poudres du verre primitif en argiles ; ensuite elle a, par son mouvement, transporté de place en place ces mêmes scories, et toutes les matières qui se trouvaient réduites en petits volumes. 11 s’est donc fait dans cette seconde période, depuis trente-cinq jusqu’à cinquante mille ans, un si grand changement à la surface du globe, que- la mer universelle, d’abord trés-élevée, s’est successivement abaissée pour remplir les pi ofoncleurs occasionnées par l’affaissement des cavernes, dont les voiites naturelles, sapées ou percées par l’action et l’effet de ce nouvel élément, ne pouvaient plus soutenir le poids cumulé des terres et des eaux dont elles étaient chargées. A mesure qu’il se faisait quelque grand affaissement par la rupture d une ou de plusieurs cavernes, la surface de la terre se dépi'imant en ces endroits, l’eau arrivait de toutes parts pour remplir cette nouvelle profondeur, et par conséquent la hauteur générale des mers diminuait d’autant; en sorte qu’étant d’a-

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