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MANUSCRITS DE liUFFON
3V6C nous de socioté, ni d hfibitudo, devoir rester éternellement étrangers à notre séjour. '
En effet, ils n’y tiennent que par un seul besoin, celui de leur multiplication, et, durant un temps assez court, celui de la ponte et de la niebée; mais c’est par ce besoin même, c’est précisément dans ce temps, le plus cher à tout ce qui respire, que nous avons su les approcher de nous, les captiver et enfin les attacher à nos demeures. Des œufs enlevés du milieu des roseaux et des joncs, et donnés à couver à une mère étran- • gère qui adopte cette famille furtive, ont produit sous nos yeux une race, à la vérité encore toute sauvage, farouche, fugitive, et sans cesse inquiète de retrouver et de rejoindre son séjour de liberté, mais qui, adoucie peu à peu, et goûtant enfin l’asile domestique, a consenti à vivre près de ntms, à rester dans nos murs, à gîter .sons nos toits, à produire sous nos yeux. Et, ce qui doit être remarqué, ce n’est qu’alors, c’est-àdire lorsque nous avons pii engager une espèce à produire et à se multiplier en domesticité, que nous pouvons nous flatter d’en .avoir fait la conquête; autrement nous n’avons assujetti ipie des individus, et la r.ace entière, ou l’espèce, ne nous en reste pas moins étrangère; mais lorsque, malgré le dégoût de la chaîne domestique, nous sommes parvenus à voir naître entre quelques individus ces sentiments que la nature a partout fondés sur un libre choix, lorsque l’amour a commencé à unir ces couples captifs, alors leur esclavage, devenu pour eux aussi doux que la douce liberté, leur a fait oublier et Icûrs franchises naturelles et leurs privilèges sauvages; et ces lieux des premiers plaisirs, des premières amours, ces lieux si chers à tout ce qui est sensible, sont devenus leur demeure de prédilection et leur habitation de choix. L’éducation de la famille, en approfondissant ce sentiment, l’a gr,avé plus profondément encore sur les petits qui se sont trouvés naturellement citoyens d’un séjour adopté par leur père : ils n’ont
IIIÜTOIKE ÜËS OISEAUX
bitude avec nous, rester enfin élernelleinenl éloignés de nos habitations, et même du séjour de la terre.
Ils n’y tiennent, en effet, que par le seul besoin d’y déposer le produit de leurs amours; mais c’est par ce besoin même et par ce sentiment si cher à tout ce qui respire, que nous avons su les captiver sans contrainte, les approcher de nous, et, par l’affection à leur famille, les attacher à nos demeures.
Des œufs, enlevés sur les eaux du milieu des roseaux et des joncs et donnés à couver à une mère étrangère qui les adopte, ont d’abord produit dans nos basses-cours des individus sauvages, farouches, fugitifs et sans cesse inquiets de trouver leur séjour de liberté; mais, après avoir goûté les plaisirs de l’amour dans l’asile domestique, ces mêmes oiseaux, et mieux encore leurs descendants, sont devenus plus doux, plus traitables, et ont produit sous nos yeux des races privées; car nous devons observer, comme chose générale, que ce n’est c[u’après avoir réussi à traiter et conduire une espèce de manière à la faire multiplier en domesticité que nous pouvons nous flatter de l’avoir subjuguée; autrement nous n’assujettissons que des individus, et l’espèce, conservant son indépendance, ne nous appartient pas. Mais,lorsque, malgré le dégoût delà chaîne domestique, nous voyons naître entre les mâles et les femelles ces sentiments que la nature a partout , fondés sur un libre choix, lorsque l’amour a commencé à unir ces couples captifs, alors leur esclavage, devenu pour eux aussi doux que la douce liberté, leur fait oublié!’ peu à peu leurs droits de franchise natnrelle,et les prérogatives de leur état sauvage; et ces lieux des premiers plaisirs, des premières amours, ces lieux si chers à tout être sensible, deviennent leurs demeures de prédilection et leur babilalion de choix; l’éducation de la famille rend encore cette affection plus profonde et la communique en même temps aux petits, qui, s’étant trouvés citoyens par naissance d’un séjour adopté par leur parents, ne cherchent point
'l'îd MANUSCRITS DE BUFFON
pas clierché à en changer, ils n’onl pas même conçu qu’ils pussent être Tormés pour un autre que celui où ils avaient vu le jour, tant est aimée la pairie ! tant est chère la terre natale, même à qui y naît en esclave !
IlISTOIllE DES OISEAUX
ùenclianger;car,ne pouvanl avoir quo peu ou poiul. d’idée d-iiu état différent ni d’un autre séjour, ils s'attachent au heu où ils sont nés coniine à leur patrie, et l’on sait que la terre natale est chère à ceux même qui l’hahitenl en esclaves.