PROJET DE MATERNITÉ
Les Maternités peuvent, sans inconvénients sérieux, être placées à la circonférence des villes. On ne saurait invoquer Péloignement de la famille, puisque l’entrée des Maternités est en général interdite aux parents, ou aux amis de l’accouchée; on ne saurait non plus invoquer l’urgence des secours, comme pour les accidents imprévus, surtout si on permet l’entrée de l’établissement aux femmes qui se trouvent dans le neuvième mois de leur grossesse. Sans doute on voit assez fréquemment des femmes surprises par les douleurs de l’enfantem ent, accoucher dans le trajet de leur domicile à l'hôpital ; mais cela, pour Paris surtout, tient à ce que les femmes, ayant une grande rép ugnance à entrer à la Clinique ou à la Maternité, préférant accouc her dans les hôpitaux généraux. Or, comme elles ne peuvent, d’après le règlement, y être reçues que dans les cas d’urgence et après le commencement du travail, la plupart d’entre elles, attendent, pour quitter leurs demeures, qu’elles ressentent les premières douleurs.
Cependant les cas d’urgence se présentent assez fréquemment, même en dehors de ces circonstances particulières ; il faut donc que les hôpitaux généraux, ou mieux les hôpitaux ou maisons de secours disséminés dans les divers quartiers des grandes villes comme Londres, Paris, Berlin, Tienne, Saint-Pélersbourg, etc., renferment quelques lits destinés à recevoir les femmes en couches qui ne pourraient se rendre à la Maternité.
Médecin, et nullement architecte, je n’ai pas la prétention de donner le projet suivant comme exécutable, tel que je le décris ;
mais, c’est pour moi le moyen de présenter d’une manière plus sensible mes idées sur la disposition d’une Maternité.
La nécessité de séparer la Maternité de l’infirmerie, exige un emplacement de 10,000 à 12,000 mètres carrés; dans ce projet, les constructions n’occupent approximativement que 2,500 mètres carrés, dont 1 ,740 environ pour le bâtiment principal, et 750 à 800 pour l’infirmerie.
Disposition des datiments. — La Maternité ne doit pas se trouver immédiatement de façade sur la voie publique; il est bon qu’elle en soit séparée par un petit jardin, pour éviter le bruit et la commotion que cause le mouvement des voitures.
L’infirmerie doit être tout à fait séparée de la Maternité; si les deux bâtiments se trouvent dans un meme enclos, il est bon qu’une grille, toujours fermée ou un mur, empêchent toute communication directe.
Le concierge de la Maternité, peut, sans inconvénient, être logé dans le bâtiment même; mais l’infirmerie devant être plus isolée encore de la voie publique, il est bon qu’un petit pavillon soit donné au concierge et à sa famille au rez-de-chaussée, un second pourrait être réservé au mécanicien ou chauffeur de l’infirmerie.
Si on voulait établir une nombreuse école d’élèves sages-femmes il serait préférable de construire un bâtiment séparé pour l’administration et pour l’école spéciale; on pourrait ainsi diminuer d’un étage la Maternité en mettant les malades au rez-de-chaussée; mais je pense que quinze élèves sages-femmes internes, logées dans chaque établissement, constituent un maximum qu’au double point de vue de leur instruction rapide et du bien-être des malades, il ne faut pas dépasser.
Orientation. — La façade principale, celle sur laquelle s’ouvrent les fenêtres des chambres, sera autant que possible orientée au sud, le corridor regardant le nord.
Forme générale. — Pour un petit établissement devant renfermer des chambres isolées d’une capacité moyenne, la forme suivante
m’a paru réunir les conditions hygiéniques les meilleures, jointes à l’économie de la construction.
Au centre, un pavillon central débordant la façade principale d’à peu près deux mètres, et faisant en arrière une saillie plus considérable de huit mètres. Sur les côtés, également en arrière, deux petites ailes faisant un retour de six mètres sont destinées à recevoir l’office, le lavabo et les water-closet. Exposé du côté du nord, éclairé par quatorze fenêtres, le corridor commun pourra être aussi bien ventilé que possible.
Quant au style architectural, si mon crayon, guidé par mes souvenirs d’Allemagne, a mélangé le style roman avec le gothique et d’autres encore, je n’y attache, on le comprend, aucune importance; ce projet, je le répète, est celui d’un médecin et non d’un architecte.
Bâtiment principal. — Il se compose d’un sous-sol, d’un rezde-chaussée et de deux étages. Le bâtiment est entouré d’un fossé, comme la plupart des constructions anglaises ; ce fossé doit être bitumé et creusé de manière à permettre l’écoulement facile des eaux pluviales. Cette disposition permet l’éclairage facile du soussol, lui retire toute humidité et supprime les caves en utilisant un étage, en diminuant les frais de construction, tout en faisant reposer le bâtiment sur une hase solide. Pour cela il faut placer de distance en distance, entre quelques-unes des fenêtres du sous-sol, établir de petits murs de soutènement ne dépassant pas le niveau du sol, allant du mur du bâtiment à la paroi extérieure du fossé et donnant ainsi aux murs du sous-sol toute la solidité des fondations, dont la profondeur se trouve ainsi diminuée.
Sous-sol. — La lumière doit arriver directement dans les pièces du sous-sol, c’est-à-dire que ses fenêtres dépasseront de cinquante centimètres au moins, le niveau du sol extérieur au fossé, et seront percées perpendiculairement à la surface du mur, et non obliquement comme les soupiraux de cave.
Le sous-sol, voûté, est destiné à loger les services généraux;
cette disposition, employée actuellement dans presque tous les établissements étrangers est de tout point excellente, et nous espérons montrer dans notre rapport général qu’elle n’a pas d’inconvénients sérieux. Dans beaucoup d’hôpitaux, les infirmiers ont même leur dortoir dans ce sous-sol; mais nous croyons qu’il vaut mieux ne pas suivre cet exemple.
L'entrée de l’étage souterrain doit être indépendante de celle de l’hôpital ; l’escalier, véritable escalier de service est placé sur la façade latérale droite de l’édifice et descend dans le fossé de circonvallation.
Un corridor voûté règne dans toute la longueur du sous-sol; à gauche, se trouvent successivement des chambres destinées à renfermer les provisions et servant de boucherie, de panneterie, etc.
Le réfectoire des gens de service, a quatorze mètres de long sur huit de large ; il s’ouvre sur le corridor et sur la cuis ine avec laquelle il communique par une seconde porte, pour faciliter le service.
La cuisine est munie de marmites de diverses dimensions, depuis les plus grandes, d’une contenance d’un ou deux hectolitres, pour la préparation du bouillon, jusqu’aux plus petites pour la confection des sauces; toutes seraient en fer ou en cuivre, à double paroi, chauffées par un courant de vapeur fournie par le générateur de la machine, suivant le système employé dans les nouveaux hôpitaux allemands. Au-dessus des grandes chaudières, se trouve sur chacune d’elles, un tube aboutissant à une cheminée commune, comme cela existe à la Maternité de Hanovre, et conduisant directement au dehors la vapeur qui s’échappe de l’eau en ébullition pendant la cuisson des mets.
Une grille pour les rôtis, avec tourne-broche mu par le courant d’air produit par le foyer (comme à l’hôpital Lariboisière), sera le seul appareil de chauffage direct, nécessaire à la cuisine.
Le lavage de la vaisselle s’opère dans une salle communiquant avec la cuisine et avec le corridor.
La lingerie et ses dépendances viennent ensuite. Les armoires au
linge sont fermées par des portes, dont les panneaux sont constitués par des toiles métalliques, afin d’empêcher la pénétration des poussières, et de permettre la ventilation et le séchage complet du linge mis en réserve.
La chambre de travail est celle où se répare le linge de la maison.
La buanderie et la salle des repasseuses terminent l’étage. La buanderie est comme la cuisine chauffée par la vapeur apportée du générateur par des tuyaux s’ouvrant directement dans les bassins. Les chaudières à couler le linge sont également chauffées à la vapeur. L’essoreuse, mue par la machine à vapeur ou une presse hydraulique, un séchoir à tiroir, compléteront le matériel de la buanderie : on pourrait cependant joindre avec avantage un des nombreux appareils servant à cvlindrer le linge; habitude reçue partout en Allemagne, et qui ne paraît pas mériter le reproche que lui font les ménagères françaises d’user le linge, en brisant les fibres textiles.
Sans doute, on fera tout d’abord à cette situation de la buanderie dans l’hôpital même le reproche de donner à l’intérieur de la maison de l’humidité et des odeurs désagréables ; cependant, si on fait à la voûte de la buanderie des ouvertures aboutissant à une cheminée d’appel ; si on garnit cette ouverture d’un pavillon en tôle, surmontant les chaudières et aboutissant à la cheminée, aucune odeur n’est cà craindre; car, même sans que ces précautions y soient prises, nous n’avons pas constaté, dans les nombreux hôpitaux étrangers où cette situation de la buanderie existe, ces inconvénients prévus a priori , mais qu’une bonne construction prévient ou fait disparaître.
Des deux petites ailes terminales, l’une renferme la soute au charbon; à côté de laquelle est placée la chambre de désinfection, véritable étuve, de grande dimension, pouvant être fortement chauffée, et servant à la purification des vêtements des malades et à la désinfection des objets susceptibles d’être contaminés; Munich et Copenhague m’ont présenté des chambres disposées à ce même
usage; l'autre aile renferme l’escalier de service intérieur et les latrines (water-closet).
Une machine à vapeur est nécessaire dans tout établissement hospitalier de quelque importance ; elle sert à faire monter l’eau froide et l’eau chaude à tous les étages, à donner la vapeur à la cuisine, à la buanderie, aux petites cuisines ou offices desservant les salles, et à faire mouvoir quelques appareils : essoreuses, cylindre pour le linge, etc. La machine est placée à l’arrière du bâtiment, dans l’aile centrale, au-dessous de l’escalier. On ne saurait faire de sérieux reproches à cette situation, une machine motrice, assez faible du reste, ne devant donner, si elle est bien construite et entretenue, ni fuites de vapeur, ni bruit appréciable à distance.
Dans cette même partie de l’édifice se trouvent l’extrémité inférieure de la cage, où glisse le lift; celle de la trémie, par laquelle est précipité le linge sali; et enfin la chambre du tunnel, parties sur lesquelles je reviendrai plus loin.
Rez-de-chaussée. — Le rez-de-chaussée est destiné à l’habitation du personnel. Par un escalier de trois ou quatre marches, on arrive dans un large vestibule, à droite duquel se trouve l’entrée du bureau (4), auquel fait suite (7, 7') le logement de Y employé. A gauche est la loge du concierge (3); la petite pièce (6), placée à gauche de l’escalier, sert de chambre de garde pour une aide-sage-femme.
Le vestibule conduit au corridor commun, qui se présente à droite et à gauche. A gauche se trouve le logement de la sagefemme en chef, composé d’un salon (14), d’une salle à manger (14') et d’une chambre à coucher (14").
Aient ensuite le logement du médecin assistant, composé d’un cabinet de travail (15) et d’une chambre à coucher (15').
U appartement du directeur occupe toute l’extrémité de l’aile gauche. Il y a avantage à ce que la direction de la Maternité soit, comme cela est à peu près partout à l’étranger, confiée au médecin en chef, et dès lors il devient évidemment avantageux qu’il soit logé dans la maison même, puisque son intervention, dont le besoin ne
peut jamais être prévu, peut devenir nécessaire au milieu de la nuit.
Cet appartement est muni de deux entrées : une sur le corridor, pour les besoins du service et la réception du personnel de l’établissement; une sur la façade latérale, pour les visites que sa famille ou lui-même peuvent recevoir du dehors. Chacune de ces entrées a son antichambre ou vestibule (A. et II). L’appartement comprend : le cabinet du directeur (C), un salon (D), une salle à manger (B), deux chambres à coucher (E, E), une cuisine (1), la chambre de la domestique (K), le water-closet (L).
A droite du corridor se trouvent les appartements réservés surtout aux élèves sages-femmes. Le logement de la sage-femme en second, composé d’un salon (8), d’une chambre à coucher (8'); cette dernière, communiquant avec (9) un grand dortoir affecté aux élèves. Leur réfectoire commun (10) vient ensuite; et enfin une salle servant de pharmacie et de laboratoire.
La partie centrale, au delà du corridor, renferme au centre l’escalier principal; la salle de garde (6), occupée par une ou deux élèves sages-femmes; une chambre servant de vestiaire et de salle de bain (5), renfermant deux baignoires, est desfinée à faire prendre un bain de propreté à chaque femme enceinte reçue dans l’établissement; l’ouverture inférieure du lift (16) et la trémie (17).
L’aile latérale droite comprend les water-closet particuliers et communs (12), et l’escalier de service descendant au sous-sol (13).
Premier et deuxième étages. — Ces deux étages sont destinés aux femmes en couches. Ils sont disposés de manière à permettre l’alternance des deux ailes droite et gauche, en assurant une séparation complète. Leur distribution intérieure ne diffère que quant à la destination de la partie centrale de l’édifice.
La partie du corridor qui se trouve au haut de l’escalier et qui répond à l’aile centrale de l’édifice, est séparée de ses parties droite et gauche par des portes vitrées, qui, par leur fermeture, permettent une séparation complète des deux moitiés du bâtiment.
Chaque aile comprend six chambres; douze, par conséquent, pour chaque étage. La dimension des chambres est de 8 mètres de large, sur 7 mètres de long, et 5 mètres de hauteur, donnant une capacité de 280 mètres cubes ou 95 mètres par malade ; et meme dans le cas où chaque salle en renfermerait quatre, la capacité serait encore de 70 mètres cubes par lit.
Chaque salle s’ouvre isolément sur le corridor commun, et le mode de ventilation employé ne permet pas à l’air d’une salle de repasser dans la salle voisine par T intermédiaire du corridor.
Le nombre des lits pour chaque salle serait de trois : deux, occupés par une femme accouchée; le troisième, par une femme enceinte, servant de garde-malade aux deux autres jusqu’au jour où elle-même fera ses couches. Voici quels sont les motifs qui m’ont guidé dans la disposition des salles'ct la manière de régler leur occupation.
La possibilité du développement spontané de la fièvre puerpérale, la contagiosité de celte affection, indiquent de suite qu’il faut, autant que possible, renoncer au système de salles renfermant un grand nombre de lits. Sans doute, l’espacement suffisant des malades, en faisant disparaître l’encombrement, fait disparaître une des causes probables du développement de celte redoutable complication; mais il n’en résulte pas moins que si la fièvre puerpérale (soit par suite d’un accouchement laborieux, soit par une prédisposition individuelle spéciale), vient à se développer, neuf malades, si la salle, par exemple, renferme dix lits, seront exposées à la contagion : c’est là un premier inconvénient, et des plus graves; mais si après sortie par la guérison ou la mort des dix malades occupant la salle, on veut (ce qui est indispensable) procédera son nettoyage complet par la peinture des murs, le lavage des boiseries, etc., on condamne à un repos prolongé, et l’on annihile, pour un mois et plus, dix lits qui auraient pu; avec une autre disposition, cire utilement employés. Aussi a-t-on cherché à arriver à l’isolement absolu par l’emploi du système cellulaire. Or, il faut bien le recon-
naître, le système cellulaire a de graves inconvénients dans la pratique, au point de vue de la surveillance et du service; et, si on doit y recourir, quand il y a urgence absolue, on doit aussi l’éviter lorsqu’on peut s’en dispenser sans danger.
Parmi les projets qui se sont produits dans ces derniers temps, je citerai surtout celui de mon collègue et ami le docteur Tarnier, auquel nous devons de très-importantes recherches sur la fièvre puerpérale. Voulant obtenir l’isolement absolu, il propose de construire un bâtiment ayant un corridor central, intermédiaire à deux rangées de chambres. Celles-ci ne seraient en communication avec le corridor central que par un xitrage, hermétiquement clos, ne pouvant pas s’ouvrir et destiné à permettre la surveillance. En dehors du bâtiment et sur les deux façades latérales régnerait pour chaque étage une galerie extérieure comme dans les chalets suisses ; c’est sur cette galerie que viendraient s’ouvrir les portes de chacune des chambres. Excellent dans son principe théorique, ce projet nous paraît moins bon dans son application pratique.
Ce balcon extérieur exposé aux vents, à la pluie, à la neige rendrait le service très-pénible pour ceux qui devraient y circuler une partie de la journée et quelquefois la nuit, pour porter aux femmes accouchées les services dont elles peuvent avoir besoin, leurs aliments et leurs médicaments.
La porte de chaque chambre s’ouvrant directement à l’extérieur, amènerait un refroidissement considérable delà température, chaque fois qu’on l’ouvrirait lorsque la température extérieure serait comme celaestsouventrhiverde6à 12 degrés au-dessous de zéro. Pendant les tourmentes de pluies ou de neige, à chaque fois que l’on ouvrirait la porte, la pluie et la neige entreraient sur le seuil et même au milieu de la chambre; enfin les fenêtres s’ouvrant au niveau de la façade, mais surplombées par le balcon de l’étage supérieur ou par le toit du balcon qui dessert l’étage, donneraient une clarté insuffisante dans la chambre de la malade. Je repousse donc dans leur application les idées de notre collègue, quoique excellentes en
théorie comme indiquant le sens dans lequel doit être résolu le problème; mais je reconnais que son projet serait très-utilement applicable à la construction d’une Maternité d 'été, si comme cela se fait avec raison en Russie et dans l'Allemagne du Nord, nous adoptions le principe des hôpitaux d’été et d’hiver; cependant, nous devons reconnaître que ce qui est indispensable dans des climats où la température varie suivant la saison de 25 degrés au-dessous de zéro à 55 degrés au-dessus, est moins utile en France où la température ne présente pas ces grandes divergences.
Le système cellulaire complet est employé dans la Maternité de Copenhague; cet établissement renferme 42 chambres ayant chacune 12 pieds de long, sur 10 de large et destinées à une seule femme accouchée. La moitié de ces chambres alterne avec l’autre moitié, 21 reçoivent des femmes en couches, pendant que les 21 autres restent vicies pour êtres aérées et nettoyées. S’il se présente un plus grand nombre de pensionnaires, elles sont accouchées en ville chez les sages-femmes et aux fiais de l’administration. Le système cellulaire absolu me paraît difficilement praticable et de plus un peu illusoire, la communication se faisant toujours plus ou moins par le médecin ou les gens de service; je le réserve seulement pour l’infirmerie, mais je crois le réaliser pour la Maternité dans les limites du possible et môme du désirable. En effet, le corridor, éclairé par douze fenêtres de façade et une fenêtre à chaque extrémité, ventilé comme nous le verrons, d’une manière permanente, par des ouvertures pratiquées dans le plafond, a les avantages de la galerie extérieure de M. Tarnier sans en avoir les inconvénients. Les salles n’existent que d’un seul côté et rien n’empêche, par l’ouverture des fenêtres opérée chaque matin pendant une demi-heure, de renouveler l’air d’une manière absolue et même, en cas d’épidémie au début, de transformer, par l’ouverture permanente de toutes ces fenêtres, le corridor en une sorte de galerie extérieure.
En plaçant deux accouchées par chambre, on diminue les inconvénients du système cellulaire, et quant à la difficulté du service,
on y obvie facilement sans augmentation de personnel en donnant le troisième lit à une femme enceinte qui devient la garde-malade des deux accouchées. Si une femme accouchée est prise de fièvre puerpérale, elle est tran sportée dans l’infirmerie; la seconde accouchée sa voisine est mise en quarantaine; la femme enceinte elle-même fait ses couches dans une salle oii elle reste isolée, et, après sa sortie delà maison, la salle est fumigée, rebadigeonnée; l’on renouvelle les literies et on laisse la chambre inoccupée pendant quinze jours au moins, en laissant pendant cet intervalle les fenêtres ouvertes nuit et jour.
Mobilier. — Le mobilier de chaque salle se compose de trois lits, de deux berceaux, de trois chaises, d’une table et de trois tables de nuit. On pourrait avec avantage ajouter un quatrième lit et même un troisième berceau, afin de pouvoir changer de lit alternativement Lune et l’autre des deux accouchées et dans le cas de nécesssilé de placer dans la salle une troisième accouchée.
Lit. 11 doit être en fer, galvanisé et peint; garni d’un matelas de paille de maïs, d’un traversin de paille et d’un oreiller de fucus. Le lit doit pouvoir être lavé et désinfecté lorsqu’il a servi à une malade affectée de fièvre puerpérale ; après la sortie de chaque accouchée. la paille du matelas imbibée des lochies sera brûlée; il en sera de même de celle du traversin. Le fucus de l’oreiller sera lavé et séché et les toiles du matelas et des oreillers soigneusement lavées.
En cas de maladie, on désinfectera dans l’appareil spécial les couvertures de laine de chaque lit et les matelas des berceaux.
Berceaux. Les berceaux peuvent sans inconvénients être garnis d’un matelas de laine ou de crin, qu’on désinfectera à l’étuve lorsque la fièvre puerpérale se sera développée dans la salle. Leur forme sera la même que celle du lit, sauf l’élévation des côtés, audessus du niveau des couvertures.
Table de nuit. La table de nuit, aussi simple que possible et en sapin verni sera munie, d’un porte-linge, mobile autour d’une charnière.
Chaises. Elles seront avec avantage en fer garni de jonc ou même entièrement métalliques.
Rideaux. Rigoureusement proscrits, ils seront remplacés pour chaque salle par un paravent, formé de trois cadres de bois, dans l’intervalle desquels se trouve tendue une toile, comme cela existe dans presque toute l’Allemagne, toile pouvant facilement être lavée en cas de besoin.
Les rideaux des fenêtres consisteront en un store de toile s’enroulant autour d’un cylindre de bois placé à la partie supérieure de la fenêtre.
Une cuvette au-dessus de laquelle se trouveront deux robinets, l’un pour l’eau chaude l’autre pour l’eau froide, sera fixée dans la paroi latérale de la chambre.
Enfin, chaque salle renfermera une cheminée ouverte et un bec de gaz, garni d’un globe dépoli teinté ou non en bleu.
Office. — L’office, destiné à faire chauffer quelques tisanes, du linge, etc., est placé dans les petites ailes latérales. 11 en existe un pour chaque côté, car chaque partie du bâtiment est destinée «à servir alternativement. L’office renferme une étuve et quelques petits récipients de cuivre, à double fond comme ceux de la cuisine, un bain-marie, qui, de même que l’étuve elles récipients est chauffé par la vapeur provenant du générateur de la machine. Il s’y trouve aussi deux robinets à eau chaude et à eau froide, et une baignoire montée sur roues de manière à pouvoir être transportée, en cas de besoin, dans les salles de malades.
Partie centrale de l’édifice. — 1er étage — Le centre du bâtiment intermédiaire aux deux ailes logeant les malades, a une destination différente suivant l’étage.
Surveillante. Une chambre particulière est destinée à une sage-femme surveillante, chargée de la direction générale de l’étage correspondant; celte chambre, éclairée par une fenêtre s’ouvrant sur la façade principale est placée à gauche de l’escalier au premier comme au second étage.
Femmes enceintes. Chaque salle renfermant deux accouchées, et seulement une femme enceinte, il fallait réserver des lits pour les femmes enceintes; douze seulement étant logées dans les salles, il fallait leur donner douze autres lits ; mais le chiffre des non-accouchées, n’égale pas d’ordinaire celui des accouchées, beaucoup de femmes n’arrivant que dans la journée même de leur accouchement. Dix lits de réserve suffiraient très-certainement. Us sont placés dans un dortoir occupant toute la partie de l’aile centrale donnant sur la façade postérieure, sauf une petite chambre placée à gauche, communiquant avec le dortoir et destinée à la surveillante des femmes enceintes.
A droite de l’escalier est une dernière salle, dans laquelle peuvent se réunir pendant la journée les femmes enceintes, qui y prennent aussi leurs repas.
2e étage. — La partie centrale du deuxième étage est destinée aux accouchements. Il n’y a aucun inconvénient à placer la chambre de travail au haut de la maison, puisque le lift permet de transporter les accouchées sans aucune gêne ni fatigue à l’étage inférieur. De plus, il faut que les cris des accouchées ne viennent pas troubler le repos des malades, pour cela j’ai isolé la salle en arrière du bâtiment. En mettant à la chambre de travail une double porte matelassée, il est impossible qu’aucun cri soit entendu; cependant on pourrait encore sans inconvénients (grâce au lift) transporter au troisième étage la chambre de travail, en lui substituant le dortoir des infirmières placé dans le plan au troisième étage.
La chambre de travail renferme deux lits, construits sur le modèle allemand, c’est-à-dire pouvant se séparer perpendiculairement à la longueur en deux moitiés, dans le cas où une opération obstétricale devient nécessaire.
Une salle de bains, un petit office des water-closet particuliers sont annexés à cette salle, addition indispensable à toute chambre d’accouchement.
3° étage. — Le troisième étage, existant seulement au centre du
bâtiment, renferme le dortoir des infirmières et des logements d’employés. On peut lui substituer la salle des accouchements.
Les greniers peuvent être utilisés pour sécher le linge et conserver certaines parties du matériel.
Chauffage et Ventilation. — Les questions de ventilation et de chauffage ont acquis une triste importance dans l’organisation des établissements hospitaliers, depuis qu’au chauffage naturel, par des cheminées, de salles suffisamment vastes, on a cherché à substituer des appareils fort ingénieux, mais qui témoignent chez leurs inventeurs et leurs preneurs d’une ignorance absolue des choses de l’hygiène nosocomiale, des maladies et des malades.
Quand dans une salle de théâtre, d’assemblée politique, scientifique ou religieuse, il se réunit accidentellement pendant une ou plusieurs heures un nombre considérable de personnes, on ne peut songer à donner à cette salle une capacité telle, que chacun des spectateurs ou auditeurs y trouve la quantité d’air pur nécessaire à un séjour de plusieurs heures et moins encore à un séjour permanent. Souvent aussi l’air enfermé dans la salle ne suffirait pas, môme temporairement, à la respiration normale d’un grand nombre de personnes que des nécessités d’acoustique obligent à rassembler dans un espace restreint, dans lequel existent encore par les bougies ou les becs de gaz, de nombreux foyers de combustion.
Il est alors de toute nécessité de fournir artificiellement la quantité d’air nécessaire, pendant quelques heures, à une quantité de personnes hors de toute proportion avec l’espace dans lequel elles se trouvent renfermées ; de nombreux et très-ingénieux systèmes que j’admire tout le premier, viennent remplir cette indication.
Mais quand il s’agit de salles de malades, c’est-à-dire de chambres dans lesquelles il existera jouret nuit le même nombre de personnes, le cubage de la salle doit être suffisant pour leur fournir, sans intervention d’aucun artifice, l’air pur nécessaire. Qu’à cette condition sine qua non d’une bonne hygiène, on ajoute, parce qu’il s’agit de malades, des facilités à l’arrivée d’une plus grande quantité d’air
pur que pour un individu sain; je suis tout le premier à l’admettre et à le réclamer; mais il faut pour que les règles de l’hygiène nosocomiale soit respectées, que la salle soit salubre, même sans cet excès de précautions. Il faudra plus de terrain sans doute pour élever l’hôpital ; mais qui force à choisir pour les constructions le centre des villes où le prix des terrains égale, s’il ne le surpasse, le prix des constructions. De même pourrie chauffage. Rien ne remplace une cheminée ouverte qui est à la fois le mode de chauffage par rayonnement le plus salubre et le moyen de ventilation le plus efficace. Nos nerfs olfactifs, nos poumons, sont les meilleurs réactifs de la pureté de l’air, comme notre palais le meilleur réactif delà saveur des mets et l’estomac celui de leur digestibilité, quel appareil de chimie ou de physique oserait-on leur comparer? Or, il suffît de se tenir quelques secondes près d’un appareil de chauffage à air chaud pour savoir mieux que tous les ingénieurs et les chimistes à quoi s’en tenir sur la pureté de l’air qui s’en échappe. Un atelier où travaillent des ouvriers valides peut être chauffé uniquement par circulation de vapeur ou d’eau chaude; il faut que le convalescent puisse trouver auprès du foyer, des rayons calorifiques directs qui échauffent son corps engourdi, en même temps que de l’air pur arrive à ses poumons. Dans les systèmes si malheureusement introduits dans nos hôpitaux sans l’assentiment ou même contre l’avis des médecins et chirurgiens des hôpitaux, l’air qui baigne la surface du corps du malade est à la même température que celui qu’il respire. Il ne fallait pas cependant être médecin, pour savoir la douce influence d’un bon feu de sarments, lorsqu’on trouve enfin un abri après une course sous la pluie ou la neige ; ingénieurs et administrateurs ont dans leurs salons, dans leurs cabinets de bons foyers où pétillé une joyeuse flamme, pourquoi les refuser aux malades qui en ont bien autrement besoin. Cela coûte cher, dit-on, je n’admets pas ces objections poussées trop loin, surtout quand il s’agit d’hôpitaux, dont le faste est trop souvent comme un défi jeté aux véritables lois de la bienfaisance. Ce-
pendant, par motif d’économie et aussi de plus grande régularité dans la distribution de la chaleur, il faut, dans les grands établissements, pour chauffer les escaliers et les corridors, et empêcher le refroidissement absolu des salles lorsque le feu vient accidentellement à s’y éteindre, un système général de chauffage, élevant la température de l’air ambiant par rayonnement et non par mélange d’air, chauffé plus ou moins loin de l’endroit où il est versé par l’appareil.
Nous aurions donc un système général de chauffage par circulation d’eau chaude, dans des tubes hermétiquement clos, comme dans l’appareil de Haag, d’Augsbourg, ne laissant toutefois passer dans les salles que des tubes circulant dans l’angle du mur et du parquet, mais ayant dans les corridors le serpentin en forme de poêle, qui complète cet appareil.
Un système de chauffage direct, c’est-à-dire une petite cheminée ouverte, alimentée au charbon de terre existe dans chaque salle de malade.
Je l’ai dit déjà dans bien des circonstances, nos collègues de France ont, en général, une grande répulsion pour la libre arrivée de l’air extérieur dans les salles et une crainte exagérée du froid que cela peut occasionner; il faut éviter les courants d’air violents, voilà à quoi se réduit la question. L’ouverture des fenêtres, impraticable dans les grands froids, n’est même possible sans inconvénients pendant le prinlemps et l’automne qu’à la condition d’avoir des fenêtres disposées d’une certaine façon, ne s’ouvrant pas directement à la hauteur de la tête du malade; si l’on ouvre largement les fenêtres en Angleterre, il ne faut pas oublier qu’elles ne sont pas construites comme celles de nos appartements.
En exceptant la Russie, la Suède, le Danemark et le nord de l’Allemagne, nous croyons pouvoir poser cette règle, que toute salle de malade doit être munie d’une ouverture permanente, communiquant librement avec l’extérieur. Reste la question de dimension et de situation.
L’air frais doit arriver clans une salle de malade par la partie supérieure et non par la partie inférieure de la chambre. Il est bien entendu que je raisonne ici dans l’hypothèse de l’existence d’une cheminée à foyer ouvert, puisque je regarde cette disposition comme indispensable. Si l’air arrive par la partie inférieure, il s’établit un courant direct entre la cheminée et l’ouverture par laquelle il arrive; l’air frais apporté est enlevé immédiatement, l’air chaud monte et séjourne dans les parties supérieures.
Supposons, au contraire, une ouverture placée vers le haut de la chambre, et communiquant directement avec l’extérieur. L’air, échauffé par le calorique rayonnant fourni par le foyer, se divise en plusieurs couches. Celles qui sont les plus rapprochées de la cheminée, servent à la combustion du foyer, et sont versées directement à P extérieur par le tuyau de fumée; les autres, plus éloignées, et même une partie de Pair, voisin du foyer et fortement chauffé, monte vers le plafond. L’air froid, arrivant de l’extérieur, se mélange à cet air chaud ; l’un tend à monter, l’autre tend à descendre ; et, comme le courant d’air s’établit de cet orifice à l’ouverture de la cheminée, le courant principal est un courant descendant qui amène au contact du malade, non de Pair tout à fait froid, mais de Pair déjà échauffé par son mélange avec les courants ascendants. Or, pour que cet effet se produise, il faut que l’ouverture ne soit pas trop large, et qu’un courant direct ne se produise pas entre l’orifice d’entrée et l’orifice de sortie, c’est-à-dire la cheminée. Pour remplir le but cherché, une ouverture de six centimètres de diamètre nous paraît suffisante; elle serait disposée suivant le mode aujourd’hui employé en Angleterre. Cette ouverture, placée sur la façade extérieure, fer.rée d’une plaque de fer à jour et ouvragée, pour empêcher les oiseaux de venir y faire leur nid, est l’orifice d’un canal marchant entre le plafond de l’étage qu’on doit ventiler et le plancher de l’étage supérieur (voir la Coupe du bâtiment). Ce canal vient s’ouvrir à la partie centrale du plafond de la salle ; et, pour forcer Pair à s’étendre en nappe avant de descendre
vers le foyer, une plaque circulaire pleine, soit de bois soit de tôle, de cinquante centimètres environ de diamètre, sera placée à deux centimètres au-dessous du niveau du plafond, où elle sera retenue par trois ou quatre tiges de fer, convenablement espacées.
L’ouverture, restant libre d’une manière permanente, l’hiver et l’été, le jour et la nuit, le courant d’air se fera toujours de l’extérieur vers la chambre, exceptionnellement du corridor vers la chambre, jamais de la chambre (lorsque le feu y sera allumé) vers le corridor, et l’air ne pourra passer d’une salle de malade dans une autre.
Des ouvertures semblables, en nombre suffisant, existeront dans le plafond du corridor commun; au niveau du parquet, existeront des ouvertures placées de distance en distance , orifices de canaux d'appel , qui , allant aboutir à une certaine hauteur dans la cheminée des chambres situées à l'étage inférieur, enlèveront les couches inférieures de l'air du corridor, et détermineront le courant d'air suffisant à sa ventilation, le corridor devant être chauffé par des poêles à eau chaude, et non par des cheminées qui pourraient appeler dans le corridor commun l’air des chambres occupées par les malades.
Service des eaux. Dans chaque salle, dans chaque office, se trouveront des robinets pour l’eau froide et pour l’eau chaude. L’eau chaude sera fournie par la machine, mais par un système de tuyaux indépendant de celui qui sert pour la circulation de l’eau servant au chauffage. Le réservoir d’eau froide et celui d’eau chaude sont placés dans la partie supérieure de la maison. L’eau de l’un des réservoirs est chauffée par la condensation de la vapeur provenant de la machine. Le réservoir doit de plus être muni d’un gros tuyau, d’une section de 20 centimètres, descendant verticalement jusqu’au soussol, ayant à chaque étage un tuyau embranché, long de 50 à GO centimètres, et fermé par un robinet qu’on peut ouvrir de suite en cas d’incendie et auquel s’ajuste un tuyau de cuir.
Plate-forme mobile. — Le lift sera placé dans une cage suffisam-
ment grande pour qu’on puisse y placer un lit. 11 ne sera pas mis en mouvement par la machine à vapeur, car il est appelé à servir la nuit ou lorsque la machine ne fonctionne pas. On peut employer comme moteur un appareil hydraulique, comme à Charing- Cross-Hôtel, à Londres; ou une machine Lenoir, qu’un appareil électrique, en communication avec le lift même, peut mettre en mouvement de tous les étages. J’examinerai plus complètement ce qui concerne les appareils moteurs, ceux de chauffage, de ventilation, dans mon rapport général sur les hôpitaux.
Trémie. La trémie est destinée à permettre de jeter de tous les étages à la buanderie, placée dans le sous-sol, le linge sali par l’usage, sans qu’il puisse séjourner dans l’étage occupé par les accouchées.
Sonnerie électrique. Chaque accouchée a, à portée de son lit, une sonnette électrique aboutissant à la chambre de la surveillante. Les deux fils, avant d’entrer dans la plaque d’appel, doivent s’enrouler autour de deux vis, munies chacune d'un bouton de pression, et sur lesquelles se lixe un cordon, terminé par un bouton d’appel, qu’on peut laisser sur le lit et même entre les mains de la malade. On peut aussi employer une disposition existant à l’hôpital de Rotterdam, au moyen de laquelle le numéro de la chambre apparaît sur le tableau (comme dans nos hôtels), mais la sonnerie ne s’arrête que lorsque la plaque qui cache le numéro a été relevée par la personne que la sonnerie doit avertir.
Maternité (Clinique attachée à une Faculté de médecine'.
11 n’y a guère de changement à opérer au plan que je viens de détailler ; il suffit de transformer le rez-de-chaussée de l’aile droite, en donnant à un deuxième assistant le logement de la deuxième sage-femme, et à convertir le dortoir des élèves sages-femmes en salle de cours cliniques, et le réfectoire en musée et cabinet du professeur.