LA MORTALITÉ DANS LES MATERNITÉS
Après avoir constaté celte différence dans Ja mortalité en ville et à l’hôpital, nous devons en rechercher les causes.
L’influence de V hôpital pourrait être invoquée d’une manière générale, et cette influence se ferait sentir pour l’accouchement comme pour les opérations chirurgicales; mais, même sur ce point, les appréciations les plus diverses existent. Pour les uns, les .conditions fâcheuses que crée la réunion d’un grand nombre de malades dans un même lieu suffiraient à expliquer la mortalité qui y règne; pour d’autres, les conditions défavorables inhérentes au séjour à l’hôpital seraient compensées par des conditions de bien-être que le malade ne trouve pas toujours dans sa demeure.
« En laissant de côté, dit Malgaigne1, les influences épidémiques , il y a une opinion assez généralement répandue, savoir, que, pour la plupart des maladies, le traitement à l’hôpital n’est pas aussi favorable que le traitement à domicile. Mais, d’une façon non moins générale, en considérant que les malades qui vont à l’hôpital ne trouve-
4 Rapport sur la mortalité dés femmes en couches (Bulletin du Ministère de l'intérieur, n° 7, 1 8G4).
raient pas chez eux les mêmes commodités, les mêmes soins, le même bien-être, on pense que leur admission à l’hôpital est pour eux un véritable bienfait, et l’on tient surtout et justement en ligne de compte l’avantage d’être traité par les premières célébrités médicales. »
Sans doute, s’il n’existait pas d’influences nosocomiales meurtrières, les malheureuses qui sont venues accoucher dans nos Maternités ou dans nos hôpitaux seraient moins exposées à la mort qu’en faisant leurs couches chez elles, dans leurs misérables mansardes ou sur leurs grabats humides ; mais, en raison même des dangers spéciaux que présente l’hôpital , ces malheureuses mal vêtues, mal logées, souvent privées d’air, de feu et de lumière, accouchent-elles avec plus de sécurité dans leurs pauvres demeures que dans les hôpitaux? Je réponds par l’affirmative et j’espère démontrer la légitimité de cette affirmation. A l’influence générale fâcheuse de l’hôpital, se joint, en cas d’accouchement, une influence spéciale plus fâcheuse encore et dont je démontrerai plus loin l’importance ; car, pour les opérations chirurgicales, la médecine et la chirurgie générales, on ne trouve pas une différence, à beaucoup près, aussi considérable dans les résultats obtenus à l’hôpital et à la ville.
Pour Paris, par exemple, en nous servant des chiffres de l’administration, chiffres réunis avec le plus grand soin par M. Iïusson, nous voyons qu’en réunissant les années 1861 et 1862 il y eut :