ACCOUCHEMENTS. DÉCÈS
Dans les hôpitaux 14197
Dans les bureaux de bienfaisance. . 1 2654
En ville (hors des bureaux de bienfaisance) 87277
1169 ou 1 décès sur 12 accouchements.
Certes, la population que secourent nos bureaux de bienfaisance n’a pas, en partage, toutes les jouissances du luxe et du confort, puisqu’elle se compose des individus secourus comme indigents
par l’assistance publique, et cependant quelle différence avec la mortalité de l’hôpital : une sur 12 et une sur 177 accouchées!
Ce qui n’est pas moins remarquable, c’est devoir le peu de différence qui existe dans la mortalité des femmes accouchées à leur domicile par les soins des bureaux de bienfaisance et celles plus riches, accouchées par leur propre médecin: un décès sur 177 et sur 178. N’esl-on pas autorisé à dire : le séjour dans un hôpital, dans une Maternité où la lièvre puerpérale a élu domicile, est la cause de la différence dans la mortalité après l’accouchement.
Si on compare rénorme différence entre les résultats obtenus à la ville et à l’hôpital et le peu de différence fournie par la statistique des bureaux de bienfaisance et celle de la clientèle privée, y aurait-il grande exagération à dire: mieux vaut pour une femme, accoucher au milieu de sa famille, dans la plus pauvre demeure, que dans l’hôpital le plus somptueux.
La différence dans l'état social, des malades traités à l’hôpital et à la ville, peut être souvent invoquée dans les statistiques comparées pour expliquer l’infériorité de l’hôpital. Un malade débilité par de longues privations, sera plus exposé à une terminaison fatale de sa maladie, qu’un malade dont la constitution robuste n’a jamais été éprouvée par la misère et la faim. Mais, dans le cas spécial dont il s’agit ici, cette différence se fait peu sentir et elle s’efface devant rinfluence du séjour dans un établissement spécial d’accouchement. Ce qui le prouve c’est, je le répète, le peu de différence qu’il y a entre la mortalité des malades de la ville et de celles secourues par le bureau de bienfaisance, et la grande différence qui existe, au contraire, entre ces dernières et celles accouchées à b hôpital ; différence hors de toute proportion avec leur état social respectif.
L’état moral des femmes reçues dans les Maternités peut contribuer à l’élévation de la mortalité dans ces établissements hospitaliers. 11 est évident qu’une pauvre fille séduite et abandonnée, souvent chassée de la maison où elle était domestique, préoccupée de
son sort et de celui de son enfant, ne sachant où elle trouvera un asile à sa sortie de l’hôpital, est dans des conditions morales qui doivent réagir sur sa santé et la mettre dans des conditions plus favorables au développement des complications puerpérales post partum.
Cette condition se retrouve partout et pour toutes les Maternités : les deux Cliniques de Vienne, celle de Prague ne reçoivent guère que des filles-mères ; elles sont en majorité dans nos hôpitaux. Le contraire existe, en général, pour les services d’assistance à domicile; et si, dans les Polycliniques de Halle, Leipzig, Berlin, on ne paraît pas se préoccuper de l’état civil des femmes en couches, Guy’s Hospital, la Maternité royale de Londres, n’exercent leurs bienfaits qu’à l’égard des femmes mariées, et les femmes secourues par nos bureaux de bienfaisance se trouvent, dans la grande majorité des cas, dans les mêmes conditions sociales régulières.
Cette différence dans la situation civile des femmes reçues dans les hôpitaux ou les Maternités entraîne encore d’autres conséquences plus matérielles et plus directes sur la santé de la mère. Une fille devenue enceinte cherche le plus longtemps possible à cacher sa faute ou sa faiblesse ; elle a recours à tous les moyens pour déguiser le développement de l’abdomen, se serre la taille et comprime ainsi Y utérus et les viscères abdominaux ; trop souvent aussi elle cherche à provoquer un accouchement prématuré, un avortement et toutes ces manœuvres ne sont pas sans quelque effet fâcheux sur la marche ultérieure de la puerpéralité. Enfin, et c’est là peut-être l’argument le plus puissant :
Les hôpitaux et les Maternités reçoivent les cas les plus graves, et tel accouchement qui n’a pu se terminer en ville, se termine à l’hôpital où l’on a transporté une femme déjà épuisée par de longues heures de souffrance et trop souvent aussi par des manœuvres obstétricales mal conçues et témérairement exécutées. La répétition fréquente des mêmes faits charge d’autant la mortalité des établissements spéciaux.
« Le Dublin Lying-in Hospital, dit le docteur Barnes1, attire les cas d’accouchement les plus graves qui se produisent en ville ; les malades y arrivent à une période avancée de la grossesse et quelquefois de raccouchement. »
Ce que le docteur Barnes dit pour Dublin, nous pourrons le dire pour toutes les Maternités, pour tous les hôpitaux, et la statistique nous montrerait certainement que l’intervention active de la chirurgie obstétricale est bien autrement fréquente à l’hôpital qu’en ville.
Le contraire paraîtrait exister dans quelques Polycliniques d’accouchements, c’est-à-dire dans les services d’assistance à domicile faits par les élèves des universités ou des Maternités de Berlin, Leipzig, Halle, Stettin etc., dans le double but d’acquérir une instruction pratique et de rendre aux femmes de la classe ouvrière d’éminents services.
Dans la Polyclinique de Leipzig, du 16 avril 1849 au 30 septembre 1859, sur 1,205 femmes: 891 accouchèrent sans aucune intervention active, 512 subirent un certain nombre d’opérations dont les principales furent:
188 fois . . . Application de forceps.