‹ Des maternités; étude sur les maternités et les institutions charitables d'accouchement à domicileChapitre 43 sur 111 · ORGANISATION DES MATERNITÉS · texte numérisé non relu

ORGANISATION DES MATERNITÉS

Presque toutes les Maternités d’Europe répondent à deux destinations : donner un asile aux femmes qui doivent accoucher et qui ne peuvent le faire à leur domicile ; utiliser pour l’éducation des sages-femmes et des élèves en médecine l’enseignement spécial dont ces établissements concentrent les éléments.

Suivant que le but principal sera la bienfaisance ou l’enseignement, de grandes différences existeront dans l’organisation de ces institutions. Beaucoup de Maternités d’Allemagne destinées spécialement à l’enseignement clinique de l’obstétrique, comme celle de l’Académie médico-chirurgicale de Saint - Pétersbourg, se ferment pendant la durée des vacances scolaires et cessent pendant plusieurs mois de recevoir des pensionnaires; il est vrai que ces écoles spéciales sont largement suppléées par les hôpitaux généraux et que nulle part il n’y a interruption dans les secours.

Quelques Maternités, Wurzburg, Munich, Berlin, etc., reçoivent des étudiants en médecine pendant la durée de l’année scolaire et des élèves sages-femmes pendant les quatre ou cinq mois de vacances.

Les Maternités de Londres sont, au contraire exclusivement des institutions charitables, et si des élèves sages-femmes y puisent les

éléments d’une instruction spéciale, en se consacrant momentanément au service de rétablissement, on ne saurait en aucune façon assimiler ces Maternités, où trois ou quatre sages-femmes suffisent aux soins à donner aux femmes en couches, à des écoles d’accouchement.

Le plus souvent la Maternité forme un établissement distinct et isolé, comme à Wurzburg, Munich, Dresde, Paris (maison d’accouchement), Berlin (clinique de la faculté), Leipzig, Francfort, etc., d’autres fois elle forme une section d’un hôpital général comme à Paris (Clinique), Vienne, Bruxelles, Berlin (Charité), Stuttgart, Zurich, etc. D’autres fois enfin elle se réunit à l’hospice des Enfants-Trouvés dans lequel elle se trouve placée comme à Saint- Pétersbourg, à Moscou, à Prague, etc.

Les différences ne sont pas moins grandes si nous recherchons de qui relèvent ces établissements, où ils puisent leurs ressources, à quelles personnes est confiée leur direction supérieure. Les Maternités de Saint-Pétersbourg, de Moscou (Enfants-Trouvés), deVienne, etc., appartiennent à l’État qui en a la direction et la surveillance supérieure. En Prusse, chaque province a sa Maternité destinée à recevoir les accouchées de la province et à servir d’école de sagesfemmes. Dans beaucoup de villes de second ordre et môme dans quelques capitales, à Munich par exemple, c’est la ville qui entretient la Maternité comme les autres établissements hospitaliers et le plus souvent alors la direction supérieure appartient au conseil communal ou au magistrat supérieur de la cité. Souvent aussi un conseil spécial est chargé, comme à Bruxelles et dans la plupart de nos villes de province, de tout ce qui regarde l’administration du bien des pauvres et des établissements hospitaliers; en Angleterre enfin, la plupart des Maternités sont comme les hôpitaux des institutions particulières, fondées et entretenues par des souscriptions volontaires.

L’unification devient plus complète si l’on étudie l’organisation intérieure et la direction immédiate des établissements destinés à recevoir les femmes en couches; c’est ce que va nous montrer l’exa-

men rapide de la composition et des attributions du personnel des Maternités.

Direction. — Si j’excepte la Belgique, dont l’organisation est basée sur la nôtre, presque toutes les nations de l’Europe dont j’ai pu étudier sur place l’organisation hospitalière, c’est-à-dire l’Angleterre, la Prusse, l’Autriche, les États allemands, le Danemark, la Russie, la Suisse, l’Italie ont leurs hôpitaux dirigés par des médecins. Le plus ordinairement le médecin en chef de l’hôpital en est le directeur, et tout en rendant justice à l’esprit de dévouement qui anime les directeurs administratifs des hôpitaux belges et des nôtres; mais en me rappelant que mon premier devoir est l’exposition sincère de mon opinion, qu’elle soit juste ou erronée, j’ajoute : je crois, que les immenses progrès réalisés dans l’organisation des hôpitaux étrangers tiennent à la large part laissée à l’élément médical dans la direction de ces établissements. Ainsi pour les Maternités, il est facile à un directeur médecin acceptant l’idée de la contagion de la fièvre puerpérale d’agir par la persuasion, de demander à ses subordonnés l’observation de bien des précautions minutieuses et de l’obtenir, qu’ils en comprennent ou non la valeur, car il peut prescrire les modifications matérielles qu’il croit nécessaire à la salubrité de l’établissement ; il est presque impossible, au contraire, à un directeur non médecin d’obtenir la même obéissance, puisqu’il s’adresse à des personnes qui à tort ou à raison croiront avoir plus de compétence que lui sur la matière, et la persuasion lui étant interdite il ne pourra avoir comme moyen d’action sur son personnel subalterne, que l’injonction ou la menace de peines disciplinaires. Que de lois voyons-nous une mesure très-simple, mais importante, demandée par un médecin, repoussée par un directeur administratif qui n’en comprend pas la portée et qui, s’il n’oppose pas un refus formel à une demande d’amélioration, y oppose du moins la force de résistance la plus efficace, celle d’inertie.

Mais on ne saurait demander à un médecin, fût-il le plus habile

dans son art, le pins versé dans l’étude de la science, de s’occuper des détails matériels et financiers si nombreux dans un établissement de quelque importance. Aussi, presque partout, il y a à côté du directeur-médecin, un agent administratif qui lui est subordonné pour ce qui concerne l’ordre général ; mais qui en est indépendant pour ce qui regarde la gestion financière. Enfin, un conseil de surveillance forme un véritable comité d’administration. A Londres, les Maternités sont dirigées en général par une dame qui prend le nom de matron et qui a sous sa direction les sages-femmes attachées à la maison. Un secrétaire remplit le rôle d’agent administratif, il est, comme la matron, nommé par le comité dirigeant, nommé lui-même par l’assemblée générale des souscripteurs.

Parfois, dans les Maternités dirigées par le médecin en chef, c’est la sage-femme en chef qui remplit les fonctions d’économe, et dans ce cas un ou plusieurs employés sont chargés de la tenue des livres de dépense, de la correspondance financière, etc. Dans beaucoup de Maternités d’Allemagne, de Prusse, d’Autriche, de Suisse, d’Angleterre, les registres de l’entrée et de la sorlie des malades sont confiés aux assistants, de là une grande simplification du personnel, facilité, il est vrai, par une grande simplification des écritures.

Assistants. — Dans Perdre de la hiérarchie médicale, l’assistanl arrive après le directeur, lorsque celui-ci est le seul médecin de la Maternité. L’assistant remplit des fonctions analogues à celles de nos chefs de clinique ; docteur en médecine, il remplace le médecin en chef et se trouve plus immédiatement chargé de la surveillance des malades et de l’établissement. Tout le personnel des sages-femmes lui est subordonné. L’ordinateur des hôpitaux russes répond à l’assistant des hôpitaux allemands.

Sage-femme en chef. — Elle a la surveillance directe et spéciale des élèves sages-femmes; mais elle est subordonnée au directeur et à l’assistant, condition indispensable pour le bien du service. Elle loge à la Maternité et se trouve souvent chargée de l’admi-

nistration de la cuisine, de la lingerie, etc. Elle est aidée par un nombre plus ou moins considérable d’aides-sages-femmes, suivant l’importance de l’établissement.

Élèves sages-femmes. — Dans beaucoup de Maternités, il y a alternance dans le service des élèves en médecine et des élèves sages-femmes ; la clinique des étudiants se faisant pendant les six ou huit mois d’hiver, tandis que pendant les vacances, de juillet à novembre, la Maternité est utilisée pour l’éducation des sagesfemmes. 11 y a cependant de nombreuses exceptions. Ainsi, à Vienne, il y a deux services séparés pour les sages-femmes et les étudiants. A Saint-Pétersbourg, la Maternité de l’Académie médicochirurgicale sert à l’instruction des étudiants, tandis que les Maternités de l’Hospice des enfants trouvés et de l’Institut patronné parla grande-duchesse Hélène sont occupées d’une manière permanente par les élèves sages-femmes.

Conditions d’admissibilité. — « Le manque d’asile et la peur de « la honte ne serviront plus d’excuse aux mères pour tuer leur « enfant, l’asile pour les femmes enceintes et malheureuses existe, « et elles sont invitées à y venir. On ne s’inquiétera ni de leur « religion ni de leur position sociale. » Ces belles paroles de l’empereur Joseph II en fondant la Maternité de Prague sont dignes de sa philanthropie éclairée. Il faut, en effet, qu’une femme puisse, dans quelques circonstances, venir accoucher dans une Maternité sans être obligée de dire qui elle est, d’où elle vient, où elle ira après ses couches.

La division des accouchements secrets existe à Saint-Pétersbourg, à Moscou, à Vienne, à Prague, à Pesth, mais la gratuité n’existe qu’en Russie; à la Maternité de Bruxelles, l’accouchée ne donne son nom qu’au directeur, qui est tenu de garder le secret qu’on lui confie.

La gratuité des secours hospitaliers pour les accouchées ordinaires est la règle en France, en Belgique, en Russie, en Angleterre; elle existe à Vienne, à Prague, à Munich, à Dresde, comme

à Saint-Pétersbourg, à Moscou, à Paris. Mais absolue en Russie, cette gratuité n’est que relative en Autriche, en Prusse, en Saxe, en Bavière, en Wurtemberg, à Paris. Les Maternités non payantes de Vienne et de Prague ne sont ouvertes qu’aux filles-mères, et là, comme à Wurzburg, à Munich, à Dresde, à Leipzig, à Paris, si la femme reçoit gratuitement les secours médicaux et matériels, elle doit en échange devenir un moyen d’instruction pour les étudiants en médecine ou les élèves sages-femmes.

L’histoire particulière des Maternités les plus importantes, fera mieux saisir les différences qui existent dans l’organisation de ces établissements en Angleterre, en Autriche, en Prusse, en Russie, en France et dans la Confédération germanique.

AUTRICHE

VIENNE

Sous le règne de Marie-Thérèse, eu 1752, Van Swieten obtint la création à Vienne d’un établissement pour l’enseignement de l’obstétrique. On désigna à cet usage la division d’accouchement qui existait déjà dans le Saint-Marxer-Spital l.

Cet établissement fut bientôt insuffisant. En 1784, Joseph II ouvrit l’Hôpital général ( Allgemeines Krankenhaus ) et on y transféra la Maternité, à laquelle on donna le nom de Maison générale d’accouchemenls. Comme l’hôpital et la maison des aliénés, avec lesquels elle était réunie, elle fut successivement sous la direction de Quarin, Nord, Frank, Hildenbrand, Raiman, Güntner, Schiffner et

‘ Sp'àtii. Loco citato.

Ilelm. En 1 851, elle eut une direction séparée. Établissement d’État, c’est de l’État qu’elle reçoit sa dotation.

La maison d’accouchements a pour but principal de donner asile avec ou sans payement, aux femmes enceintes non mariées; et pour but accessoire de servir à l’enseignement des élèves et des sagesfemmes ; de donner des nourrices à la maison des enfants trouvés et de recevoir au besoin des femmes enceintes mariées. Le secret le plus absolu est gardé envers les femmes qui viennent y demander asile.

Jusqu’en 1834, la section gratuite servant également à l’éducation des élèves en médecine et des élèves sages-femmes fut divisée en deux services. En 1839, on fit une nouvelle division et on transforma ces deux services en cliniques spéciales : l’une pour les étudiants (première), l’autre pour les sages-femmes (deuxième clinique). La Maternité de Vienne se compose donc actuellement de trois sections distinctes : l’une où les femmes sont reçues moyennant payement, les deux autres où elles sont admises gratuitement, mais où elles sont utilisées pour l’enseignement de l’obstétrique.

Ie Maternité payante ( Zahlgebârhaus).

Cet établissement est situé dans un faubourg de Vienne, Alservorsiadt, Alserstrasse, n° 21, à peu près en face du grand hôpital, tenant d’un côté à la maison des Enfants-Trou vés (Findelhaus), de l’autre à une habitation privée. C’est une maison particulière appropriée à sa destination nouvelle depuis 1854, recevant annuellement 4 à 500 personnes. Les chambres, chauffées au bois, ne sont pas munies d’appareils spéciaux pour la ventilation.

Suivant la quotité du payement, les femmes sont réparties en trois classes. Six lits sont affectés à la première classe, dix à la deuxième et vingt à la troisième. Les chambres de la première classe ne renferment qu’un seul lit d’accouchée, les autres en ren-

ferment deux, trois ou un plus grand nombre, suivant qu’elles appartiennent à la seconde ou à la troisième classe.

Le prix du séjour est fixé de la manière suivante :

lre classe, 3 florins 20 kreutzer par jour (8 fr. 66 c.)

2e — 1 florin 50 kreutger — (4 fr. 75 c.)

5e — — 30 kreutzer — (1 fr. 29 c.)

Les payements se font d’avance, savoir :

lre classe, 4 jours d’avance = 13 florins 20 kr. (34 fr. 66 c.)

2e — 6 — —H — » (28 fr. 60 c.)

3e — 8 — =4—i) (10 fr. 40 c.)

Si après quelque temps de séjour dans une meilleure classe, Ja femme ne peut plus continuer le payement de cette classe, on la transporte dans la dernière classe.

Les femmes enceintes payantes peuvent cacher leur nom et leur nationalité; elles doivent seulement écrire leur nom sur un billet cacheté qu’elles remettent à l’accoucheur. Celui-ci écrit sur l’enveloppe le numéro de la chambre et du lit. En cas de décès, le billet est ouvert; dans le cas contraire, il est remis intact à la femme lors de sa sortie.

Les femmes, surtout celles de la première classe, peuvent être reçues masquées, arriver longtemps avant l’accouchement, sortir immédiatement après ou prolonger leur séjour.

Elles peuvent se refuser à tout examen fait par le médecin dans un but d’instruction personnelle, et nul ne peut entrer chez elles sans leur autorisation.

Les femmes de la deuxième et de la troisième classe ont un parloir particulier, pour que nul ne puisse voir les femmes couchées dans les lits voisins, en venant visiter une accouchée dans la salle même.

Enfants. — L’accouchée peut garder son enfant ou l’envoyer

clans la maison des Enfants-Trouvés. Si après avoir renoncé à cet abandon, elles veulent placer plus lard leur enfant dans cet hospice, il ne peut y être admis que dans les mêmes conditions que ceux qui sont nés hors de la maison d’accouchement.

Une femme de la première classe paye pour l’admission de l’enfant qu’elle abandonne 50 florins ; celles des autres classes 20 florins ; mais si elle veut avoir le droit de choisir la famille nourricière, elle doit payer 50 florins.

Si la femme payante veut prendre du service comme nourrice à la maison des Enfants-Trouvés, elle ne paye rien pour la réception de son enfant à cet hospice.

Nous ne pouvons rien dire de la mortalité après l’accouchement, dans cet établissement, les femmes malades étant le plus souvent transportées dans le grand hôpital.

Personnel. — Le personnel se compose du

Médecin en chef, logé dans la maison avec 1200 florins d’appointements.

Médecin en second 400

Sage-femme en chef. 500

Sage-femme en second 80

Le médecin et la sage-femme en chef ont la durée de leurs fonctions illimitée ; le médecin en second et Paide-sage-femme ne sont nommés que pour deux ans.

La nomination a lieu sur présentation faite par la direction à la Statt-FIalterei (gouvernement de la province) des personnes paraissant devoir être nommées.

2° ICaternité non payante ^Gratin GebSrhaus J.

Destinées à recevoir les femmes enceintes non mariées et à concourir à l’enseignement de l’obstétrique, la Maternité de Vienne se composait autrefois d’une seule section, commune aux étudiants

en médecine et aux élèves sages-femmes. En 1854, on construisit de nouveaux bâtiments et, en 1859, on sépara la Maternité en deux divisions. L’une, première clinique, destinée aux étudiants, aujourd’hui confiée au docteur Braun ; l’autre, seconde clinique, occupée par les sages-femmes, dirigée par le docteur Spath. Toutes deux font partie de VAllgemeines Krankenhaus compris entre l’hôpital militaire, n° 1, et la caserne d’infanterie dont l’entrée est Àlserstrasse.

La Maternité de Vienne est donc assez mal située, puisqu’elle fait en définitive partie intégrante d’un établissement hospitalier de plus de deux mille lits, qu’elle est voisine du bel amphithéâtre destiné à l’étude de l’anatomie pathologique, et que de plus elle est comprise entre un hôpital militaire et une caserne.

Les deux cliniques, au point de vue de l’installation, sont organisées de la manière suivante :

I” Clinique.

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