‹ Des maternités; étude sur les maternités et les institutions charitables d'accouchement à domicileChapitre 77 sur 111 · L’admission des femmes enceintes appartient au directeur · texte numérisé non relu

L’admission des femmes enceintes appartient au directeur

7. Les femmes enceintes ne sont pas admises si elles sont affectées de syphilis, d’une maladie cutanée ou d’affection contagieuse.

8. Les femmes enceintes non mariées ne peuvent être admises qu’avec une permission écrite de l’autorité de leur commune qui s’engage à reprendre la femme et l’enfant, afin qu’ils ne restent pas à la charge de la ville de Paderborn.

9. Chaque naissance est annoncée par le directeur et le curé de Paderboin au curé de la commune à laquelle appartient la femme.

1 1 . Si la femme enceinte veut être admise sans dire son nom , le directeur doit, avant d.e l’admettre, demander des instnictions au gouvernement de Minden.

12. Les femmes admises doivent se soumettre à l’examen des élèves.

Les femmes payantes sont isolées des autres, et n’ont aucun rapport avec l’enseignement. Elles doivent adresser leur demande d’admission au directeur, et payer d’avance pour un mois. 20 silbergroschen par jour (2 fr. 50 cenl.), en hiver; et 15 silbergroschen, en été (1 fr. 95 cent.).

FRANCE

PARIS

L’admirable mémoire de Tenon, publié, en 1788, par l’ordre de Louis XVI, nous donne des détails sur la manière dont étaient organisés, à la fin du siècle dernier, les services d’accouchements dans la ville de Paris. Toute femme enceinte qui se rendait à l’Ilôtel-Dieu, y était admise lorsqu’elle était parvenue au neuvième mois de sa grossesse. Celles qui, avant cette époque, désiraient trouver un refuge secret, le trouvaient à l'hôpital de la Salpêtrière; une salle particulière, où aucun étranger ne pouvait pénétrer, leur était destinée ; et si elles se proposaient de nourrir, une autre salle secrète leur offrait dans le même hôpital un asile et un refuge temporaires.

Malheureusement, le service principal, celui de l’Hôtel-Dieu, était dans un état déplorable; six salles étaient destinées aux femmes enceintes, aux accouchées, aux nourrices; elles renfermaient, le 12 janvier 1786, soixante-sept grands lits et trente-neuf petits, au total cent six lits, occupés par 175 femmes grosses ou accouchées, et

par 16 personnes de service, «ce qui place, dit Tenon, trois personnes dans dix-liuil grands lits de quatre pieds quatre pouces de large. Les galeuses ont à leur disposition cinq places dans trois lits; les vénériennes en ont deux dans un seul lit de trois pieds de large. Quant aux autres malades, ou les confond dans les mêmes lits avec les femmes enceintes bien portantes. » Les résultats étaient en rapport avec un si incroyable état de choses. En onze années, de 1776 à 1786 inclusivement, sur 17,876 accouchées, il en mourut 1 ,142, c’est-à-dire 6 pour 100, ou 1 sur 15,6, et, comme le fait observer Tenon, le transfert dans les autres salles des accouchées malades pourrait faire évaluer cette mortalité à une morte sur dix accouchées.

Heureusement, la Révolution vint bientôt modifier l’organisation de l’Hôtel-Dieu et celle du service des accouchements; le 13 juillet 1795, un décret convertit en hôpital l’ancienne abbaye de Port- Royal, située rue de la Rourbe, et y réunit les femmes en couches et les enfants trouvés. En 1814, une nouvelle modification eut lieu; la section des enfants trouvés, connue sous le nom de Maison (V allaitement , fut définitivement séparée de la Maison cl’ accouchement, et transportée rue d’Enfer, dans l’établissement qu’elle occupe aujourd’hui, sous le nom d’hospice des Enfants-Assistés. Déjà, en 1802, la Maison d’accouchement avait reçu l’organisation nouvelle, qui la transformait en école pour les sages-femmes, organisation définitivement constituée par les arrêtés de 1807 et de 1810.

Aujourd’hui, Paris comprend trois établissements spéciaux d’accouchement : l’école d’accouchement de la rue de Port-Royal (la Maternité), la clinique de la Faculté de médecine (la Clinique), et la nouvelle Maternité, annexée à l’hôpital Cochin. Outre ces établissements spéciaux, presque tous les hôpitaux généraux possèdent une salle destinée à recevoir des femmes se présentant à l’hôpital, alors que le travail de l’accouchement est déjà commencé.

Les conditions générales pour l’admission sont les mêmes pour

les femmes enceintes que pour les autres malades; elles doivent être domiciliées à Paris, c’est-à-dire y habiter depuis plus de six mois; dans le cas contraire, l’admission n’a lieu que moyennant le payement de 2 fr. 25 cent, à 2 fr. 50 cent, environ par jour. Cette clause du règlement est, malheureusement, appliquée trop souvent par des agents administratifs trop zélés dans l’exécution des règlements, et qui méconnaissent dans ces circonstances, j’en suis convaincu, les véritables intentions de l’administration des hôpitaux. Toutefois, nos collègues des hôpitaux étrangers n’apprendront pas sans étonnement que le droit de recevoir un malade dans l’hôpital auquel nous sommes attachés ne nous appartient pas, et que l’administration se l’est expressément réservé. « Il sera, dès lors, bien entendu, dit la circulaire du 28 juillet 1854, que l’administration seule dispose des lits existants dans ses établissements, et que la mission de MM. les médecins consiste à signaler les maladies qui leur paraissent devoir être traitées à l’hôpital. »

Et, dans une autre instruction, nous trouvons un article 8, ainsi conçu : « L’admission des indigents malades à l’hôpital est prononcée par l’administrateur de service. Il prend, autant que possible, Y avis du médecin de l’établissement. » Malheureusement aussi, cette clause du règlement n’est pas lettre morte, et il nous arrive trop souvent de voir refuser, par un employé de bureau, les secours de la charité publique à un malheureux, n’ayant pas le temps voulu pour avoir à Paris son domicile légal, ou étant trop pauvre pour pouvoir payer les frais de séjour à l’hôpital, et cela malgré le billet d’admission, au bas duquel notre signature constate l’urgence de lui donner des secours. Ici, la responsabilité de pareils faits, que j’ai constatés moi-même plusieurs fois, retombe de toute sa gravité sur l’administration laquelle, oubliant que la charité est sa véritable mission, a promulgué un règlement qui ne place pas au-dessus de toutes les autres considérations la déclaration écrite et signée par le médecin, que le malade, quel qu’il soit , a besoin d’un lit d’hôpital et des secours de la médecine ou de la chirurgie. Nous pou-

vons, dans les mêmes circonstances d’exclusion, être indulgents pour des institutions particulières, qu’elles soient à Paris ou ailleurs, entretenues par des souscriptions volontaires, constituant, en définitive, pour les souscripteurs ou ceux auxquels ils transmettent leurs droits, une association, une sorte d’assurance mutuelle contre la maladie; nous ne pouvons plus l’être pour des administrations publiques, quel que soit le pays où elles existent, surtout lorsque leurs revenus, comme cela a lieu cà Paris, proviennent de legs, dans lesquels cette clause limitative et exclusive n’était pas insérée; d’allocations prises sur les revenus municipaux, revenus, provenant de droits et d’impôts payés par tous ceux qui se trouvent à Paris; et ceux qui participent aux charges, devraient pouvoir participer aux secours. On ne laisse pas, Dieu merci, mourir de faim, dans les rues de Paris, un malheureux, dénué de tout, sons prétexte qu’il n’est pas de Paris; il ne faudrait pas qu’on puisse jamais exciper d’un règlement pour le laisser mourir, faute des secours que médecins et chirurgiens ne refusent, du moins, à personne.

Cependant, hàlons-nous de le dire, ces faits sont exceptionnels, nos sollicitations personnelles sont presque toujours favorablement accueillies des employés de l’administration ; et pour ce qui concerne les femmes enceintes sur le point d’accoucher lorsqu’elles se présentent à l’hôpital, je ne sache pas que l’entrée de l’établissement leur ait jamais été refusée pour des raisons extra-médicales.

Les conditions d’admissibilité des femmes enceintes diffèrent, suivant qu’il s’agit d’un hôpital ou d’un service spécial d’accouchement. A la Maternité, à la Clinique, les femmes sont reçues à partir du huitième mois de leur grossesse; mais elles doivent se soumettre aux explorations obstétricales, faites, avec toute la réserve indispensable, par les élèves en médecine ou les élèves sages-femmes. Dans les hôpitaux ordinaires, les femmes ne sont reçues qu’en cas d’urgence, et lorsque le médecin interne de garde a lieu de croire, après avoir pratiqué le toucher, que l’accouchement se fera dans

les deux heures qui suivent. Dans le cas contraire, les femmes ne sont pas admises, et on les invite à se rendre dans un des trois établissements spéciaux : la Maternité, la Clinique ou l’hôpital Cochin. Je m’occuperai seulement de ces trois institutions.

H6pital des Cliniques.

L’hôpital des Cliniques (ou plus ordinairement la Clinique), construit dans les bâtiments de l’ancien couvent des Cordeliers, a été longtemps administré par la Faculté de médecine; placé depuis sous la direction de l’administration des hôpitaux, il a été réouvert en 1834.

Situé sur la place de l’École-de-Médecine, en face de la Faculté, il se compose d’un parallélogramme de bâtiments, entourant une cour centrale; mais toutes ces constructions sont loin d’avoir la même importance. Les deux bâtiments formant les extrémités opposées de l’hôpital constituent presqu’à eux seuls tout l’établissement, car les deux ailes qui les relient n’ont qu’un étage, et leur rez-de-chaussée forme une galerie couverte, une sorte de cloître. La clinique chirurgicale de la Faculté occupe un des bâtiments principaux : l’aile du nord et une partie de l’aile du sud ; le reste est consacré à la clinique d’accouchements.

La situation de cet hôpital laisse beaucoup à désirer. Le bâtiment de la clinique chirurgicale a sa façade sur une rue qui aboutit à la place de l’Ecole-de-Médecine ; celui de la clinique d’accouchements donne d’un côté sur la cour centrale, de l’autre sur l’amphithéâtre consacré aux études anatomiques des élèves de la Faculté : amphithéâtre renfermant une moyenne journalière de cinquante cadavres en cours de dissection. Sur les parties latérales, l’hôpital est enclavé dans des maisons particulières.

Le service d’accouchements, le seul dont j’aie à m’occuper actuellement, comprend six salles, destinées aux femmes accouchées ; ces salles sont, à partir de l’entrée, disposées de la manière sui-

vante : un corridor central, éclairé par les portes ouvertes des salles latérales, aboutit à une première salle, placée perpendiculairement à l’axe du corridor ; cette salle renferme douze lits, et communique par une large porte avec une seconde salle, parallèle à la première, de même étendue, et ne renfermant que huit lits. Entre l’entrée principale du service et ces deux salles, se placent, des deux côtés du corridor, six chambres, trois de chaque côté. Quatre de ces chambres sont occupées par des femmes accouchées, et renferment chacune quatre lits: les deux chambres qui précèdent les grandes salles terminales sont affectées : celle de droite à la préparation des cataplasmes, au chauffage du linge, etc. ; celle de gauche constitue le cabinet de la surveillante.

La partie du service, affectée aux accouchées, se trouve isolée; le parloir des femmes enceintes, le cabinet du professeur, la salle d’exploration (dite du toucher), servant aussi quelquefois à placer une malade atteinte de délire, la salle destinée à l’accouchement (dite chambre de travail), le dortoir des nourrices et celui des femmes enceintes sont séparées des salles d’accouchées.

Ces salles des accouchées doivent seules m’occuper; toutes communiquent largement les unes avec les autres, car si elles ont des portes, ces portes ne sont pas fermées, du moins pendant le jour. Là encore, j’ai été heureux de voir que les réclamations, formulées, en 1861, dans ma note sur l’hygiène hospitalière, comparée en France et en Angleterre, n’ont pas été inutiles; et, quoique l’administration reste toujours officiellement partisan du système de chauffage artificiel pour les hôpitaux, elle a eu l’excellente pensée de placer deux cheminées à foyer ouvert aux extrémités des grandes salles, et une dans chacune des petites salles.

Les lits sont en fer comme ceux des autres hôpitaux; ils se composent d’un sommier élastique et d’un matelas de laine ; mais, malheureusement, ils possèdent toujours leurs rideaux, qu’on ne renouvelle et qu’on ne blanchit que tous les six mois, môme quand la femme qui occupait le lit, a succombé à la fièvre puerpérale.

Les habitudes sont, au contraire, excellentes pour ce qui concerne les matelas. Après chaque accouchement, ils sont enlevés, reportés au magasin, recardés et remplacés par d’autres, nouvellement remis à neuf. Les femmes ont chacune leur éponge et une canule pour injections vaginales.

Il n’v a pas d’infirmerie, et les accouchées malades, qu’elles soient ou non atteintes de fièvre puerpérale, sont soignées dans le lit, où elles avaient d’abord été placées après leur accouchement.

Le service est fait par une sage-femme en chef, une aide sagefemme, et une surveillante, assistée de six infirmières. Deux infirmières séjournent le jour dans les salles d’accouchées : une y veille la nuit ; deux autres se partagent le service de jour et de nuit à la salle de Y accouchement; la sixième est attachée à la salle des femmes enceintes.

Le personnel médical se compose de professeur d’accouchements (M. Depaul), d’un chef de clinique, d’un interne en pharmacie, et d’élèves.

La clinique est destinée à l’éducation pratique des étudiants en médecine et des élèves sages-femmes libres, inscrites à la Faculté. Les étudiants ayant accompli leur troisième année d’études y sont seuls admis. Ils s’inscrivent, à tour de rôle, par série de cinq élèves; et un signal, placé à l’une des fenêtres intérieures du bâtiment, leur indique quand une femme se trouve en travail, et, aussi, quand ils peuvent en dehors des heures de la visite médicale entrer à la Clinique. Les étudiants ne font que les accouchements ayant lieu pendant le jour, les élèves sages-femmes sont chargées de ceux qui s’effectuent pendant la nuit; à cet effet, les élèves sagesfemmes sont, à tour de rôle, de garde dans la salle d’accouchement, et alternativement une fois le jour, une autre fois la nuit.

Tandis que les femmes enceintes ne peuvent réglementairement être reçues dans les hôpitaux ordinaires que si le travail de l’accouchement est commencé, elles peuvent entrer à la Clinique dès le huitième mois de leur grossesse. Une salle spéciale, renfermant

seize lits, leur est affectée, au deuxième étage de l’établissement.

Ce que j’ai dit plus haut, quant à la disposition des salles renfermant les femmes en couches, leur communication trop facile les unes avec les autres, l'absence complète d’isolement des femmes atteintes de fièvre puerpérale, la présence des rideaux et leur renouvellement beaucoup trop rare, expliquent la grande mortalité qui règne à la Clinique. Celte mortalité a diminué pendant ces trois dernières années; mais on peut être assuré que l’apparition d’une fièvre puerpérale spontanée ou primitive, coïncidant avec des conditions fâcheuses et temporaires d’encombrement, d’état atmosphérique, etc., y déterminera encore le développement d’épidémies meurtrières. Telle qu’elle est, la Clinique ne me paraît pas susceptible d’améliorations capables de la rendre apte à recevoir sans danger des femmes en couches, et j’appelle de tous mes vœux le jour où elle recevra une autre destination.

Maternité de l'hôpital Cochin.

Au mois de juin 18G5 a été inaugurée la nouvelle Maternité de l’hôpital Cochin, Maternité modèle au dire de l’adminisiration qui l’a construite sans prendre l’avis du corps médical des hôpitaux.

Dans nos discussions antérieures sur l’hygiène des hôpitaux, nous avions montré que les salles de malades ne doivent pas renfermer plus de dix ou douze lits , que chaque lit doit être séparé du lit voisin par un large intervalle, que chaque salle doit être chauffée par une cheminée à foyer ouvert, qu’il faut annexer à chacune de ces salles un lavabo, un office, des water-closel, etc.; toutes ces dispositions se retrouvent dans la nouvelle Maternité et nous avons été heureux de voir qu’en définitive nos critiques et nos conseils n’ont pas été tout à fait inutiles, heureux surtout de constater une fois de plus que l’administration cherche avec un sincère empressement à améliorer ce qui existe. Malheureusement elle semble jalouse d’en conserver l’initiative apparente et le privilège réel, et

le but échappe quelquefois à ses légitimes désirs ; ainsi ce qui est excellent pour un hôpital chirurgical, est insuffisant quand il s’agit d’un établissement d’accouchement, quand il s’agit d’éviter la propagation d’une maladie dont les médecins seuls peuvent découvrir ou connaître les conditions d’apparition et de développement.

La fièvre puerpérale, comme je l’ai dit plus haut (page 163), s’est propagée librement dans la nouvelle Maternité un mois à peine après sa mise en activité. Puisse cet exemple ne pas être perdu et puisse-t-il montrer à l’administration supérieure, si dédaigneuse, sur la question du nouvel Hôtel-Dieu, de l’avis unanime des chirurgiens des hôpitaux de Paris, que les connaissances spéciales ne s’acquièrent que par de longues années d’étude et d’observation, et que, si les ingénieurs et les architectes sont les seuls capables de diriger la construction matérielle d’un hôpital, les médecins seuls (et à la condition expresse d’avoir étudié les questions) sont capables de pouvoir indiquer quelles idées doivent, dans l’état présent de la science, présider au choix de l’emplacement, à l’évaluation de l’étendue, à la disposition intérieure des établissements hospitaliers qu’il s’agit de construire.

La nouvelle Maternité placée au fond du jardin de l’hôpital Cochin est bâtie sur le plan des pavillons isolés, à escalier central (voir le plan planche YI, fîg. 1). Elle se compose d’un rez-de-chaussée et de deux étages. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont destinés aux femmes accouchées saines, le second étage renferme quelques petites chambres isolées destinées aux accouchées malades; l’appartement de la sage-femme, le dortoir des infirmières, etc... Je décrirai seulement le premier étage le plus important et celui qui caractérise le mieux le mode de construction adopté.

L’escalier venant du rez-de-chaussée est placé du côté de la façade postérieure, il monte jusqu’à un large corridor occupant le centre de l’édifice et parallèle à son grand axe. En face de l’escalier se trouve la chambre de l’accouchement prenant jour sur la façade principale par deux larges fenêtres, et s’ouvrant sur le corridor

central par deux portes dont l’une a été condamnée comme inutile. Cette salle renferme trois lits pour l’accouchement.

A côté et à droite de celte salle s’ouvre un corridor aboutissant à une petite cuisine ou office, et donnant accès sur le côté à un petit cabinet éclairé indirectement par la cloison vitrée qui le sépare de la petite cuisine; il renferme une baignoire, un lavabo et un appareil à douches utérines.

De l’autre côté du corridor se trouvent : à gauche de l’escalier (en y faisant face) une chambre destinée aux opérations obstétricales et servant de cabinet au médecin ; à droite de l’escalier et au fond d’un étroit corridor, des water-closet, un évier et l’ouverture de la trémie qui avait d’abord été oubliée dans la construction.

A chaque extrémité du corridor s’ouvrent deux belles salles éclairées de chaque côté par quatre fenêtres et renfermant chacune dix lits. Le chauffage est affectué par une cheminée ouverte placée à l’extrémité opposée à la porte et par un calorifère à air chaud dont le cylindre traverse la salle du parquet au plafond. Cette disposition donnée à la Maternité est passible de critiques et de reproches. La salle destinée à l’accouchement s’ouvrant directement sur le corridor commun par deux larges portes simples, il en résulte que les cris des femmes en travail d’accouchement s’entendent avec une déplorable facilité dans les salles où sont les nouvelles accouchées dont ils interrompent le sommeil. Les femmes en travail éprouvent souvent le besoin d’évacuations alvines et vésicales, souvent il est utile de leur administrer un bain, toujours il est besoin pour elles de linge chaud, de tisanes chaudes, etc. Or la salle de l’accouchement ne communique directement, ni avec la salle de bain, ni avec les water-closet, ni avec l’office ou petite cuisine, et cela eut été d’autant plus facile que, sauf pour les water-closet qu’on peut remplacer par l’appareil Tirmarche ou tout autre analogue, il n’y avait pour établir cette communication qu’une simple cloison à percer. Enfin, la salle d’opération est de l’autre côté du corridor et malgré la destination qui lui est officiellement affectée, comme il est peu

probable qu’un accoucheur fera jamais transporter d’une salle à une autre, au travers d’un corridor une femme sur laquelle il se décide à pratiquer la version, ou à appliquer le forceps, la salle d’opération restera probablement ce qu’elle est actuellement : le cabinet du médecin ou une salle de rechange pour l’accouchement.

Quant aux salles des accouchées, tout en rendant pleine justice à leur propreté actuelle, à l’espacement convenable des lits, à la présence d’une cheminée, etc., ce que j’ai dit jusqu’à présent peut faire présager ce que je pense de l’influence fâcheuse de la réunion de dix accouchées dans la même salle.

11 est à peine besoin de le dire, malgré les imperfections et même les défauts tenant à la trop nombreuse population de ses salles, la nouvelle Maternité constitue un immense progrès sur les autres services d’accouchement actuellement en activité, et il serait facile de l’améliorer encore en faisant disparaître les imperfections que je signalais tout à l’heure, en transférant immédiatement dans les salles de médecine de l’hôpital, et, s’il est possible, dans des chambres isolées, les femmes atteintes de fièvre puerpérale ; en prenant contre la contagion des précautions qu’on prend d’autant moins que le personnel médical de la nouvelle Maternité ne paraît pas croire à la contagiosité de la maladie; en évitant, comme cela a eu lieu, le séjour des malades dans les salles après le développement du typhus puerpéral ; en évitant surtout (et je constate ce fait sans aucune idée de reproche envers qui que ce soit) que les infirmières donnent leurs soins à la fois aux malades placées dans les chambres isolées du second étage et aux accouchées non malades ; et enfin que le médecin interne passe sans transition, et avec les memes vêtements, des salles des femmes en couches à l’amphithéâtre, et vienne, presque sans transition, pratiquer le toucher après avoir pratiqué l’autopsie d’une fièvre puerpérale.

Grâce à ces précautions, je suis convaincu que la Maternité de l’hôpital Cochin fournirait de meilleurs résultats que ceux qu’elle a donnés jusqu’à présent, et qu’elle remplirait mieux le but si vive-

ment, cherché, mais fort imparfaitement atteint par l’administration.

Maternité

La Maternité, comme je l’ai dit plus haut, est depuis 1795 installée dans l’ancienne abbaye de Port-Royal. Le service des enfants trouvés en fut séparé en 1814, et son organisation a peu changé depuis cette époque. Située topographiquement dans une excellente position, sur un terrain élevé, à côté de l’Observatoire, à proximité des jardins du Luxembourg, la Maternité possède de grandes cours, à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments ; de vastes jardins s’étendent en arrière de la maison, dont ils forment une dépendance. La Maternité occupe donc une situation des plus salubres, des meilleures à tous égards, et c’est à des causes en quelque sorte intérieures qu’elle doit son extrême insalubrité.

Son entrée principale est sur la rue du Port-Royal ; elle dépend d’un petit bâtiment annexe de l’hôpital, et dans lequel se trouvent les bureaux et le logement du directeur, le bureau des entrées, la salle de garde du médecin interne attaché à la maison.

Un quadrilatère de bâtiments circonscrivant une cour centrale constitue la partie fondamentale de l’établissement, celle où sont placées les femmes en couches. Je n’entrerai pas dans le détail des couloirs, des escaliers et des corridors; la Maternité n’a pas été construite pour la destination qui lui a été donnée ultérieurement, et je me bornerai à signaler les dispositions qui ont pu avoir de l’influence sur la grande mortalité de cette institution.

Le bâtiment du sud est destiné aux accouchées. Le rez-de-chaussée est occupé par les services généraux : cuisine, pharmacie, etc. Le premier étage et le second ont une disposition identique. Chacun d’eux comprenait, jusqu’à ces derniers mois, une seule salle régnant sur toute la longueur du bâtiment, coupée en deux parties par un office ou petite cuisine. De chacun des murs de façade par-

lent des cloisons qui n’arrivent qu’au tiers de la largeur de la salle, et circonscrivent ainsi des petites cellules, privées de paroi dans la partie qui répond au centre de la salle, et par conséquent largement ouvertes de ce côté; de sorte que la salle se trouve convertie en un long corridor sur lequel s’ouvrent largement, à droite et à gauche, deux rangées de cellules. Chacune de ces cellules, renfermant un lit et un berceau, répond à une fenêtre extérieure : fenêtre qu’il est impossible d’ouvrir lorsque le lit est occupé, sous peine de déterminer, grâce au cloisonnement, un violent courant d’air. Aussi sont-elles presque toujours fermées, et il en résulte alors que l’air stagne et s’immobilise dans le fond de cette demi-cellule, ouverte seulement en avant. Ce mode de cloisonnement, qui ne s’oppose en rien à la contagion, qu’on ne peut mieux comparer qu’aux boxes des écuries anglaises (comme disposition seulement, bien entendu), me paraît chose des plus fâcheuses. Malheureusement, elle a été conseillée par Chaussier, et cela explique peut-être comment elles subsistent toujours, malgré les réclamations faites depuis vingt ans, successivement, par MM. Dubois et Moreau, chirurgiens en chef de cet établissement.

L’infirmerie des femmes accouchées se trouve dans le bâtiment de l’ouest; elle se compose, depuis le mois d’avril 1864 et pour chacun des deux étages, de trois petites salles de trois ou quatre lits, donnant pour chaque étage dix lits; malheureusement, elle est destinée aux femmes malades, quelle que soit leur maladie, de sorte qu’une femme atteinte de pneumonie, de rougeole, de bronchite, se trouve transportée dans le foyer où règne trop souvent la fièvre puerpérale, et se trouve exposée au danger imminent qui résulte de la propagation de cette maladie.

La situation et la disposition de la salle pour l’accouchement est au contraire excellente. Bien éclairée des deux côtés, bien pourvue d’eau, possédant un petit office, cette salle communique directement avec l’amphithéâtre des cours et des opérations, de telle sorte qu’en cas d’intervention chirurgicale, à un moment où plusieurs femmes

sonl en travail d’acc@iïchemenf, il est très-facile de transporter sur le lit d’opération la malheureuse pour laquelle l’art est obligé d’intervenir activement.

Les reproches ne sont pas moins graves pour ce qui concerne la transmission de la maladie par le personnel. Il y a peu de temps encore, le service de l’infirmerie des accouchées malades était fait par les mêmes élèves sages-femmes que le service des accouchées saines. Une élève avait sous son observation une ou deux malades et en même temps une ou deux accouchées. Sortant de donner des soins à sa malade, elle allait toucher une femme enceinte ou changer le linge et faire la toilette spéciale d’une accouchée. Tout ce que j’ai dit jusqu’à présent permet de comprendre quelles facilités une telle pratique donnait à la propagation de la fièvre puerpérale. Aussi cette absence de précautions (que je blâme énergiquement, mais que je n’incrimine pas, puisque, aujourd'hui encore, les idées de contagion 11e sonl pas admises à la Maternité, et étaient, il y a quelques années, énergiquement combattues par MM. Dubois et Moreau, successivement chirurgiens en chef de rétablissement) de la part du personnel, jointes à la réunion dans une même salle d’un grand nombre d’accouchécs, n’explique que trop les redoutables épidémies dont la Maternité a été incessamment le théâtre, épidémies qu’on attribuait à des influences atmosphériques, et presque à une sorte de génie malfaisant venant s’abriter de temps en temps dans l’école d’accouchement, alors que les causes productrices de la mortalité existaient dans l’établissement lui-même, et auraient pu être notablement diminuées.

Moins heureux que pour les Maternités étrangères, nous ne pourrions tracer aujourd’hui, faute de documents scientifiques, l’hisloire médicale de la Maternité. Ce n’est pas, toutefois, que plusieurs travaux importants ne soient sortis de l’école d’accouchement de Paris, et plusieurs épidémies ont eu leurs historiens; mais ces derniers se sont presque toujours bornés à faire l’histoire anatomique ou symptomatologique de la fièvre puerpérale, quelquefois à vanter

telle méthode thérapeutique de préférence à telle autre (en réalité aussi impuissante) sans examiner la question si importante de l’étiologie et sans nous fournir d’éléments statistiques suffisants sur le chiffre de la mortalité par fièvre puerpérale.

M. Tonnelé, dans sa thèse sur la fièvre puerpérale observée à la Maternité en 1829, n’indique rien sous ce rapport; M. Charrier qui, dans la sienne, a décrit l’épidémie de 1854, nous donne, par mois, Je chiffre des décès sans nous indiquer celui des accouchements; seulM. Moreau, en faisant l’histoire de l’épidémie de 1843- 1844, nous fournit du moins cet élément d’appréciation. Pendant huit mois, de janvier à août 1845, la Maternité ne perd que 54 malades sur 2,327, c’est-à-dire 1 ,4 pour 100, résultat malheureusement inconnu depuis plusieurs années ; pas une seule femme ne meurt en juillet, une seule succombe en août, et tout à coup la mortalité s’élève : 34 décès en septembre, 67 en octobre, montrent avec quelle violence y éclate et s’y propage la fièvre puerpérale. C’est cette maladie qui a toujours été la cause de la grande mortalité de l’école d’accouchement. Ainsi en 1854, d’après M. Charrier, 19 femmes y succombent à diverses affections, tandis que 213 meurent par la fièvre puerpérale.

Heureusement, hâtons-nous de le dire, de notables améliorations viennent d’être apportées à ce regrettable état de choses. Le corps médical des hôpitaux s’est ému de l’épouvantable mortalité qui, depuis quelques années surtout, pèse si lourdement sur la Maternité, et l’on s’est enfin décidé à effectuer quelques réformes.

Les grandes salles occupées par les accouchées saines, et qui auparavant régnaient sur toute la longueur du bâtiment, ont été divisées par des cloisons vitrées complètes (mais percées de portes qui ne s’ouvrent que pour les besoins du service) en quatre compartiments, en quatre petites salles dont chacune renferme six lits. Au centre existe une petite cuisine, ou office, séparée également du reste des salles. Le premier étage possède extérieurement une galerie couverte qui règne autour de la cour centrale, cette

galerie a été heureusement utilisée comme moyen de communication particulière avec chaque section principale de la salle. Les petites salles, formées par l’établissement des cloisons vitrées, alternent les unes avec les autres ; quand l’une a été occupée et que les accouchées l’ont quittée, on ouvre largement les fenêtres, on la nettoie, on renouvelle les literies, et on la laisse reposer pendant toute la période d’activité de la section voisine.

Chacune de ces sections possède une cheminée placée au milieu de la salle et d’une assez bonne disposition. Le foyer est à ciel ouvert comme dans les cheminées dites à la prussienne. Le tuyau de fumée et le foyer sont environnés d’une seconde enveloppe dans laquelle circule de l’air, lequel, puisé à l’extérieur par un canal s’ouvrant sur le mur de façade, passant sous le parquet et arrivant sur les côtés et en dehors du foyer, s’échauffe au contact des parois de la cheminée, monte dans la double enveloppe extérieure au tuyau de fumée, et se répand dans la salle à travers des ouvertures percées au niveau du plafond.

L’infirmerie des accouchées malades est, de plus, tout à fait séparée des salles occupées par les accouchées saines ; mais je regrette de le dire: aujourd’hui encore, les malades, qu’elles soient atteintes de fièvre puerpérale ou d’autres affections, sont réunies dans la même infirmerie, disposition éminemment vicieuse, qui doit à tout prix disparaître, car il s’agit de la vie des malheureuses qu’on y transporte.

Je loue hautement l’administration de ses efforts récents pour améliorer la Maternité, mais je dois dire ce que je crois, la vérité; or, je crois ces améliorations, quelque réelles et importantes qu elles soient, absolument insuffisantes; il faut une reconstruction de l’établissement et un changement radical dans la distribution des services du personnel des sages-femmes.

La subdivision de la salle en petites sections par des cloisons vitrées est chose excellente par rapport à ce qui existait; mais croit-on, par hasard, qu’une cloison de verre, dont la porte s’ouvre

à chaque instant pour laisser passer les personnes attachées au service des malades soit une barrière suffisante contre la contagion? Si une fièvre puerpérale se développe chez une accouchée, croit-on qu’il suffise, après son transport à l’infirmerie ou son décès, de renouveler les literies et de laisser reposer la salle huit ou quinze jours sans procéder à un badigeonnage complet des murailles et au lavage du parquet? Croit-on que l’isolement d’une infirmerie soit obtenu par l’occlusion permanente d’une porte, alors qu’elle est placée dans le même bâtiment, dans la même cour, et qu’on y place indistinctement toutes les malades? Ce qui s’est fait depuis le mois de mars 1865 constitue, je me plais à le dire, une amélioration réelle, mais j’ajoute aussi une amélioration insuffisante. Cependant, j’espère; car cela du moins indique que, malgré toutes les dénégations, les idées de contagion pénètrent même à la Maternité de Paris.

J’ai dit qu’il faut un changement radical dans la distribution des services du personnel des sages-femmes ; ce changement, partiellement effectué depuis le mois de mars 1865, est, comme le reste, tout à fait insuffisant. Les élèves sages-femmes, qui, auparavant, donnaient à la fois leurs soins à des femmes saines et à des malades, limitent aujourd’hui leur service à une seule classe d’accouchées ; aujourd’hui l’élève attachée à l’infirmerie ne doit plus prendre soin d’une accouchée saine. Peut-elle, cependant, faire des accouchements, pratiquer le loucher sur les femmes en travail, je l’ignore; mais les élèves sages-femmes, quel que soit le service auquel elles sont attachées, assistent chaque jour aux visites faites à l’infirmerie des accouchées; or c’est là une détestable pratique bien fai te pour propager dans toute la maison, si les circonstances adjuvantes se montrent réunies, une fièvre puerpérale accidentellement développée dans une salle et traitée à l’infirmerie.

Quoiqu’on fasse, il faudra reconstruire la Maternité; puisse le déplorable et ruineux projet d’IIôlel-Dieu, aujourd’hui en cours d’exécution, ne pas mettre obstacle à une reconstruction qu’exige

hautement ce qu’il y a de plus sacré : le respect de la vie humaine.

Je parlerai plus loin de l’organisation de la Maternité comme école d’accouchement, je me borne à dire que l’établissement est confié à un directeur administratif, comme cela existe pour tous les autres hôpitaux de Paris. Un chirurgien en chef, non logé dans l’établissement, est chargé des opérations obstétricales, et il est mandé à l’hôpital toutes les fois que sa présence est jugée nécessaire ; il est de plus chargé de la direction d’une infirmerie où sont placées les accouchées ayant subi quelque opération ou atteintes d’affections chirurgicales; il fait, enfin, comme professeur, un cours théorique d’accouchement aux élèves sages-femmes.

Un chirurgien-adjoint, dont les attributions sont fort mal définies, le supplée ou le remplace. Celte organisation est celle qu’établissait le décret de 1810, mais elle n’a plus aujourd’hui de raison d’être; les deux chirurgiens, absolument collègues, nommés par les mêmes concours, ayant le même titre de chirurgiens des hôpitaux de Paris, n’ont entre eux d’autre inégalité que celle qui résulte de la date de leur nomination.

Un médecin des hôpitaux est chargé du service de l’infirmerie des femmes accouchées, de celle des femmes enceintes et de celle des élèves sages-femmes.

Un interne des hôpitaux est chargé de montrer aux élèves sagesfemmes l’anatomie, la saignée, la vaccine, etc., et d’aider le médecin et les chirurgiens; il habite en dehors de l’établissement.

Une sage-femme en chef réside dans la maison; elle est chargée de l’éducation et de la surveillance des élèves sages-femmes; elle est assistée d’un certain nombre d’aides-sages-femmes.

Telle est sommairement l’organisation d’un établissement qui est une tache pour notre pays et une cause de danger et de mort pour les malheureuses que la misère oblige à y chercher un asile dont la population parisienne commence heureusement à soupçonner le danger.

Page 1