HÉLÈNE PAWLOWNA
Madame^
La science ne reconnaît pas les frontières politiques et place au-dessus de toutes les autres supériorités celle que donnent les services rendus à Thumanité.
En cessant de devenir un rapport officiel, pour rester une œuvre toute personnelle, ce travail sur les Maternités devait (M re dédié à la digne émule de Miss Nightingale; à celle qui
dirige personnellement et soutient de* sa fortune la Maternité d'où est parti le signal des réformes; à celle dont la haute intelligence et le grand cœur ont contribué directement à donner l'impulsion aux progrès de Thygiène hospitalière; à celle qui, en créant, en 1854, Tordre hospitalier des Sœurs de TExaltation de la Croix, ordre dans lequel se confondent pour la première fois, catholiques, protestants et orthodoxes, a su remettre en lumière le véritable but du christianisme, et montrer le terrain sur lequel doivent au dix-neuvième siècle se réunir toutes les confessions chrétiennes : celui de la charité, de la bienfaisance et du dévouement envers ceux qui souffrent. C'était donc à Votre Altesse Impériale que devait être adressée la dédicace de ce travail, puisse-t-elle l'agréer comme l'hommage d'une respectueuse admiration.
Léon LE FORT.
Il est des œuvres qui n'ont pas besoin de préface, soit parce que le nom seul de Icfur auteur suffit pour indiquer l'esprit dans lequel elles sont conçues ; soit parce que le livre lui-même suffit à montrer, sans incertitude possible, les intentions de Técrivain, quelque inconnu qu'il puisse être à ses lecteurs.
Telles ne sont pas les conditions dans lesquelles je me trouve et je crois utile de faire connaître, ou de rappeler, les circonstances qui m'ont conduit à entreprendre et à publier ce travail; je crois surtout indispensable de ne laisser aucun doute sur les intentions qui l'ont dicté.
En 1858, le désir d'étudier quelques points de la chirurgie anglaise, et surtout la question des résections articulaires, m'engagea à retourner en Angleterre et à suivre pendant six mois la pratique des hôpitaux de Londres. Plusieurs faits m'y frappèrent vivement et je fus surtout étonné d y observer fréquemment des guérisons qu'on eût a peine osé espérer dans nos hôpitaux de Paris. Amené par la rédaction d'un mémoire, sur les résections du genou, à étudier la statistique des amputations de cuisse daiis les hôpitaux d'Angleterre, il me suffit d'en comparer les résultats avec ceux fournis, pour les hôpitaux de Paris, parla célèbre statistique de mon regretté maître, M. Malgaigne, pour constater, dans la mortalité consécutive à ces amputations, une grande différence, tout n l'avantage
de TAngleterre, et, en 1 859 j'attirai sur ce point, encore nouveau, Tattenlion de la Société de chirurgie. Ce que j'avais constaté pour les amputations delà cuisse, M. Topinard l'établit, l'année suivante, pour-toutes les amputations, dans son très-remarquable travail sur la chirurgie anglaise.
Cette différence dans les résultats ne pouvait tenir seulement à une différence dans la pratique chirurgicale; je voulus en rechercher les causes et je retournai en 1860 visiter cette fois les principaux hôpitaux de l'Angleterre, de TÈcossc, de rirlande, de la Hollande et de la Belgique ; la campagne de 1859, à laquelle j'avais pris volontairement part comme médecin militaire temporaire, m'avait permis de visiter les hôpitaux de Tltalie et même ceux des provinces vénitiennes, grâce à la mission qui m'échut un jour de remettre à Vérone à l'armée autrichienne un grand nombre de ses blessés, prisonniers de notre armée et soignés par nous dans les hôpitaux de Milan et de Brescia.
M'attachant donc à l'étude de Thygicne hospitalière, il me fut aisé de constater que les conditions hygiéniques générales étaient de beaucoup mieux observées dans les hôpitaux anglais que dans les nôtres: extrême propreté, absence d'encombrement, large aération, chauffage par des cheminées ouvertes, petits hôpitaux substitués en général à nos grandes agglomérations de malades, etc. De retour à Paris, je rassemblais sur ce sujet des matériaux pour un travail spécial, lorsque M. Gosselin, chargé par T Académie de médecine du rapport sur mon second mémoire ayant trait aux résections de la hanche, désirant montrer que l'insalubrité de nos hôpitaux justifiait, pour ce qui regarde ces opérations, la réserve des chirurgiens français, m'engagea à faire en Angleterre une nouvelle enquête sur la fréquence de l'érysipèle et de l'infection purulente. Une nouvelle visite aux hôpitaux de Londres, d'Edimbourg et de Glasgow me prouva que ces complications ordinaires de nos opérations sont beaucoup plus rares en Angleterre qu'à Paris.
Le rapport de M. Gosselin, en amenant à la tribune M. Davenne, ancien directeur général des hôpitaux, provoqua la vive réplique de M. Malgaigne : la discussion sur l'hygiène hospitalière était ouverte à l'Académie de médecine. Dès le début de la discussion je résumai dans un court travail intitulé : Note sur Vkygièue hospitalière en France et en Aî^gleterre^ les points les plus importants de Tétude à laquelle je m'étais livré. Je montrai, par les résultats statistiques obtenus, l'infériorité de nos hôpitaux ; je cherchai à montrer qu'il était néccs-
saire d'entrer dans la voie des réformes ; j'exposai franchement et librement ce
qui était mon opinion ; je blâmai l'état des choses, sans faire remonter jusqu'à l'administration la responsabilité d'une organisation contre laquelle, depuis Tenon et Bailly, aucun médecin^ que je sache, n'avait réclamé ; agir autrement eût été commettre une injustice. L'administration crut cependant devoir, sinon se défendre, du moins faire contrôler les idées émises dans la discussion et dans mon modeste travail. MM. Blondel, inspecteur administratif de nos hôpitaux, et Ser, ingénieur de l'administration, reçurent la mission d*aller visiter les hôpitaux de Londres et, quoique leur enquête n'ait duré que quelques jours, elle nous valut la publication d'un rapport administratif très-consciencieux, fort intéressant et remarquable surtout par sou impartialité.
Les choses en étaient là, lorsqu'au mois de février 1864, M. Ilusson, directeur général de l'administration des hôpitaux, me pria de me charger de visiter, au nom de cette administration, les principaux établisse r.ents hospitaliers de TAllemagne et de la Russie, pour y rechercher les améliorations applicables aux nôtres. En me choisissant pour remplir cette mission, M. Ilusson montrait à tous, ce que je savais déjà, qu'il voulait sincèrement la vérité, puisqu'il confiait à l'impartialité de celui qui ne prouvait son dévouement à l'administration qu'en lui signalant ses imperfections, la rédaction d'un rapport sur l'éiat des hôpitaux étrangers comparés aux nôtres. Fier de cette preuve de confiante estime, j'étais heureux de l'occasion qui m'était offerte de continuer, en les étendant, mes recherches sur l'hygiène hospitalière; accepter cette mission était presque un devoir, malgré les inconvénients qu'avaient alors pour moi une longue absence et l'interruption qui devait en résulter dans mes travaux ordinaires, plus directement en rapport avec la chirurgie.
Un de mes anciens élèves et excellent ami, M. Liouville, interne distingué de nos hôpitaux, eut l'idée heureuse, pour moi, de m' accompagner dans la plus grande partie de ce voyage, et je trouvai en lui non-seulement un aimable compagnon de route, mais encore un observateur habile et un aide dévoué dans la rédaction sur place de mes notes de chaque jour.
De retour après cinq mois d'absence, ma mission n'était pas terminée ; il me fallait rédiger un rapport et ce n'était pas la partie la plus facile et la moins longue de ma tâche. Deux voies se présentaient à moi en cette circonstance :
rapporter avec plus ou moins de détails les faits les plus saillants observés pendant mon voyage ; donner mon appréciation quand il m'était possible de le faire en suffisante connaissance de cause; mais, me borner en définitive à fournir à l'administration un nombre aussi considérable qu'il me serait possible de matériaux relatifs à Tétudc des questions d'hygiène hospitalière ou, plus exactement,
à la constatation de Tétat matériel des hôpitaux étrangers ; ou bien, mettant à
profit mes recherches antérieures en Angleterre, en Hollande, en Suisse, en Italie, essayer de résumer moi-même les questions si diverses que comprend Thygiène des hôpitaux et tenter d*en résoudre quelques-unes.
Le nombre et Timportance des matériaux accumulés entre mes mains, la situation un peu exceptionnelle queme créaient des voyages entrepris et poursuivis depuis plusieurs années dans un but d'étude spéciale, m'ont engagé à choisir le dernier parti : celui de donner à mon rapport plutôt la forme d'un livre sur la matière, que celle d'un compte-rendu administratif ordinaire.
Mais, un tel travail demandait plusieurs années peut-élre pour être terminé et deux questions exigeaient une solution urgente : la reconstruction de l'Hutel- Dieu, la réforme de nos Maternités incessamment décimées par des épidémies meurtrières de fièvre puerpérale.
Pour ce qui concernait le futur Hôtel-Dieu, il fallait tout d'abord résoudre deux importants problèmes : la situation et l'étendue de l'emplacement qu'il devait occui)er; le chiffre de la population qu'il devait abriter. Un mémoire déposé lors de l'enquête ouverte à la mairie du IV' arrondissement, mon discours du 10 octobre 1804 a la Société de chirurgie furent comme la publication anticipée de ces premiers chapitres de mon rapport général, chapitres ayant trait à la situation, à l'étendue et à la population des hôpitaux. Si les idées que j'y émettais furent en concordance parfaite avec celles de mes collègues, avec les conclusions ultérieures de la Société de chirurgie, avec celles de la commission médicale nommée |)ar l'administration des hôpitaux, avec l'opinion de tout le corps médical, elles étaient en opposition avec les projets arrêtés vraisemblablement d'avance par l'administration préfectorale.
Otr sait le sort qu'eut l'importante discussion de la Société de chirurgie ; le corps médical français assiste au douloureux spectacle de voir un hôpital s'élever à grands frais dans des conditions déplorables, malgré l'avis des corps
scientifiques les plus autorisés, malgré les réclamations unanimes des chirurgiens des hôpitaux, malgré le rapport défavorable de la commission médicale nommée parTadministration, malgré les enseignements de Tcxpérience, contre toutes les règles deThygiène nosocomiale, dans un lieu insalubre, sur un espace trop restreint, au prix d'une dépense telle que chaque lit coûtera 1500 francs de loyer, c'est-à-dire le prix d'un appartement ; alors que ce projet d'hôpital d'au moins 600 lits n'avait trouvé dans le corps médical d'autre défenseur, qu'un membre du conseil préfectoral nommé par les auteurs mêmes du projet.
En présence d'un tel état de choses, il était évident pour moi, qu'on ne se préoccuperait même pas d'une opinion personnelle isolée quand il s'agirait de la disposition des bâtiments et des salles de malades,. du mode de chauffage et de ventilation, etc. J'interrompis donc, pour un instant, la rédaction de mon rapport général, pour traiter une des questions partielles qu'il était urgent de résoudre : celle des Maternités.
Je le fis avec d'autant plus d'empressement qu'à la suite d'une erreur commise par moi, dans l'interprétation de la mortalité après l'accouchement, dans le service spécial à domicile, annexé à Guy's Hospital à Londres et non point, comme je l'avais cru, placé dans l'hôpital même, j'avais depuis trois ans commencé des recherches sur les causes qui peuvent amener une différence si grande dans la mortalité après les accouchements, suivant qu'ils ont lieu en ville ou dans les hôpitaux.
Il est impossible de se former une opinion sur le meilleur mode d'organisation d'une Maternité, sur les moyens de diminuer la mortalité qui y règne, sans rechercher quelle est l'étendue de cette mortalité, à quelles maladies elle peut être attribuée et enfin à quelles causes sont dus le développement et la propagation de la fièvre puerpérale ; je ne pouvais résoudre ces questions sans rechercher l'étendue de la mortalité dans les Maternités étrangères; aussi, ce qui ne devait être qu'un court chapitre d'un rapport d'ensemble a pris peu à peu les développements d'un travail spécial, et c'est à ce titre et comme rapport partiel que j'eus l'honneur de le remettre au mois d'avril 1865 à l'administration des hôpitaux.
M. Husson, directeur général, après en avoir pris connaissance, ne crut pas pouvoir l'accepter et le publier au nom de son administration. « Un rapport, »
m'écrivait-il le 23 juin dernier en me remettant le manuscrit et les dessins de ce travail, a un rapport destiné à rendre compte d'une mission administrative n'est autre chose que Texposé de ce qu'on a vu, accompagné des réflexions que le sujet peut inspirer. Le travail que vous m'avez communiqué sur les accouchements contient sans doute beaucoup de faits, dignes d'attention, mais c'est l)lutdt un traité très-développé sur la matière, où la polémique et les théories occupent une grande place, qu'un rapport que je puisse publier comme offrant aux administrations et aux lecteurs studieux la constatation de ce qui existe, D'ailleurs il a des développements qui en font pressentir beaucoup d'autres sur des sujets aussi importants et il me serait impossible, ne fût-ce qu'au point de vue de la dépense, d*engager l'administration dans des frais aussi considérables. »
Je suis loin de contester la justesse des observations faites par le directeur général de l'administration; mais étant médecin et non administrateur, j'ai examiné et discuté en médecin; convaincu, profondément convaincu que les médecins seuls peuvent résoudre les questions d'hygiène hospitalière, j'ai fait et voulu faire un rapport médical et non un rapport administratif; je le soumets aujourd'hui à l'appréciation de tous.
En devenant une publication personnelle, ce travail devait subir et a subi des modiGcations profondes. Le respect des convenances les plus élémentaires m'interdisait de faire, dans un rapport que l'administration devait publier, la critique des établissements hospitaliers dont elle a la direction, et une comparaison avec les hôpitaux étrangers m'eût obligé à le faire ; je m'étais donc borné à montrer à l'administration ce qui existe ailleurs, en lui laissant la tâche facile de tirer les conclusions d'un rapprochement que je m'interdisais de faire. Mon devoir était tout différent en publiant moi-même ce travail; je ne pouvais Iq publier à Paris, sans parler de Paris ; aussi laissant intact tout le reste de mon travail, j'y ai igouté l'histoire de nos Maternités et, après une dernière visite en Angleterre, celle des Maternités et des services à domicile de Londres *.
* J'aurais voulu ajouter à ce travail rhistoire des Maternités d'Italie ; mais je n'ai voulu parler que de ce que j'avais étudié surplace, et lors de mon séjour en Italie, en 1859, je ne m'étais occupé que de l'hygiène générale des hôpitaux ; je ne parlerai donc des établissements de Rome, Milan, Florence, Vérone, Alexandrie^ Turin, que dans mon rapport général sur l'hxgiène hospitalière.
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Ce n*est donc plus un rapport officiel, c'est une œuvre toute personnelle que je publie aujourd'hui sous ma propre responsabilité. Elle n'engage en rien, elle n'eût, du reste, jamais engagé celle de Tadministration des hôpitaux dont les idées sur le sujet si important de Torganisation des Maternités, sont très-vraisemblablement sur bien des points essentiels opposées aux miennes.
Tel est rhistorique de ce livre ; dans quel esprit est-il conçu? C'est ce qu'il me reste à dire.
La statistique, seule, avec l'irrésistible éloquence que possèdent les chiffres, quand ils-portent sur des éléments aussi exactement comparables que l'accouchement, en montrant les tristes résultats qu'ont donné, dans ces derniers temps surtout, nos Maternités de Paris, montre non-seulement leur fâcheuse insalubrité, mais témoigne en même temps qu'elles n'ont pas participé aux progrès considérables effectués depuis dix ans dans les Maternités étrangères. En constatant, et en mettant dans tout son jour des faits aussi regrettables, il m'était impossible de ne pas adresser des critiques et parfois un blâme, non aux personnes, mais aux choses. Ce qui me fait regretter plus vivement encore la nécessité où je me trouve de publier moi- même ce travail, comme œuvre personnelle, c'est que sa publication, par l'administration elle-même, eût enlevé à ces critiques jusqu'à l'apparence même de reproches, et eût transforme ce qui |)eut paraître un acte d'opposition, en l'exposition franche d'une situation, à laquelle des faits, accomplis déjà, montrent qu'on est résolu à porter remède. Telle est l'interprét ition que reçoivent souvent, et malheureusement que méritent quelquefois les critiques qui s'adressent non à soi-même, mais à d'autres; et l'on pourrait voir dans ce travail, avec aussi peu de raison que dans ma note de 1862 sur l'hygiène hospitalière, une attaque contre les administrateurs de nos hôpitaux.
Or, je le dis hautement : en science comme en politique je ne connais d'opposition avouable que celle qui, ne se bornant pas à des critiques stériles et toujours faciles, sait se substituer par la pensée à ceux qui peuvent non-seulement désirer le bien, mais qui doivent encore l'appliquer sous leur propre responsabilité; t^elle qui sait apprécier les difficultés qu'on rencontre inévitablement lorsque de la théorie on passe à la pratique.
Je ne connais d'opposition respectable que celle qui, prenant sa source dans le désir du bien, n'a d'autre but que le bonheur ou le salut des autres ; qui.
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dans la sincérité de sa conscience, cherche à montrer les erreurs à éviter, le progrès à accomplir, sans chercher pour elle-même le privilège de le réaliser. Je ne connais d'opposition loyale que celle qui, loin de prendre sa source dans les vaines et mesquines satisfactions d'un esprit chagrin, d'un amour-propre blessé offre loyalement son concours vers le bien à ceux qu'elle semble combattre et qui n'oublie pas, que, si elle ne doit jamais, et quoi quil arrive^ respecter une erreur, elle doit toujours respecter ceux qui, comme elle, cherchant le bien, se trompent sur les moyens de l'obtenir.
Je répète donc ce que j'écrivais le 18 septembre 1863 {Gazette hebdomadaire de médecine j page 629): « Ce que je repousse énergiquement, c'est Tidée que « j*aie voulu attaquer l'administration des hôpitaux. Quoique je ne sois guère « partisan de notre régime administratif, je ne saurais oublier que ce nom d*ada ministration n'est, dans l'espèce, que celui de M. Husson, de M. Davonne, son a honorable prédécesseur; qu*on ne saurait sans injustice et sans ingratitude « oublier leur dévouement et leurs services ; qu'il n'y a d'accusation possible « que là où il y a eu fautes commises, et que s'il y eut indifférence sur ce c qui se faisait à l'étranger, cette indifférence que nous partagions tous n'était « que trop justifiée par ce sentiment d'aroour-propre national, si malheuc reusement exagéré en France, que tout était pour le mieux à Paris et que « nous avions sur nos voisins une écrasante supériorité.
c Les honorables et si dévoués directeurs, qui se succédèrent à la tète de l'admic nistration de l'Assistance publique ne pouvaient, en fait d'hygiène, que s'en « rapporter aux médecins, les seuls compétents en pareille matière; or, aucune c réclamation de quelque importance n'avait jamais été faite, que nous sachions
« du moins. »
Voilà ce que j'écrivais en 1863 et ce que je répète encore aujourd'hui ; aujourd'hui, cependant, des réclamations se sont produites; ont-elles amené quelques résultats? Je réponds sans hésiter par l'affirmative.
11 n'est pas un seul de nos hôpitaux qui n'ait été l'objet d'améliorations notables depuis les discussions sur l'hygiène hospitalière ; des cheminées * à foyers ouverts ont été placées dans beaucoup de salles de malades, des water-closets admirablement disposés ont remplacé dans plusieurs hôpitaux les lieux infects qui disparaîtront peu à peu ; les murs noircis depuis longues années ont été nettoyés
et badigeonnés, le régime alimentaire a été l'objet d'améliorations sérieuses; des cloisons ont été établies là où elles paraissaient nécessaires et abattues là oii elles paraissaient nuisibles. La Maternité, entre autres, à la suite des réclamations énergiques de quelques médecins des hôpitaux, a été notablement améliorée. L'honorable et si distingué directeur de l'administration de TÂssistance publique de Paris, a déployé le plus grand zèle dans la mission si importante et si difGcile qui lui est confiée ; il a fait tout ce que peut faire un homme d'une haute intelligence mettant au service des meilleures intentions la longue expérience d'un administrateur des plus distingués; secondé par le zèle et Tamour du bien qui animent les chefs de son administration, il a suivi dans ces traditions de dévouement aux intérêts des pauvres et des malades, l'exemple des directeurs généraux et des conseils qui, depuis plus d'un demi-siècle, ont été chargés de Tadministration supérieure des hôpitaux de Paris; et cependant, si je me demande: Les résultats obtenus depuis cinquante ans ont-ils été ce qu'ils auraient pu, ce qu'ils auraient dû être? Je réponds avec regret par la négative»
Malgré les conseils administratifs, où les directeurs si dévoués au bien, qui depuis 1795 se sont succédé à la tète de notre administration hospitalière, les hôpitaux de Paris sont encore dans leur ensemble les plus défectueux et les plus meurtriers de toute l'Europe.
L'organisation du service à domicile à Paris est, au contraire, si Ton en excepte Saint-Pétersbourg qui rivalise avec nous, de beaucoup supérieure à tout ce qui existe en Europe. Incomparablement supérieure à l'assistance oflicicUe, donnée en Angleterre, et à Londres surtout, par les bureaux des pauvres et des paroisses, admirable dans son organisation; admirable dans ses résultats, elle est pour la France un titre de gloire. A quoi tiennent ces apparentes contradictions, c'est ce que je crois pouvoir montrer, et je dois d'autant plus essayer de le faire, que là est, suivant moi, le seul moyen de mettre enfin nos hôpitaux en état de supporter, comme aménagement, et surtout comme résultats, la comparaison avec les hôpitaux étrangers ; c'est, d'ailleurs, pour moi un devoir strict de dégager la responsabilité de mes prédécesseurs, de mes maîtres, de mes collègues et de moi-même, pour un état de choses qu'il ne nous a jamais été donné de modifier; je dois surtout repousser cette responsabilité pour ce qui est
de la permanence d'une trop grande mortalité, que M. Malgaigne avait déjà con-
8tatéeen i849: dont j*ai montré, dès 1859, Texccssive étendue, en la comparant avec ce qu'elle est en Angleterre dans les mêmes conditions ; mortalité contre laquelle nous sommes d'autant plus désarmes, que le médecin n*a aucune part directe dans l'administration matérielle des hôpitaux de Paris. Cette démonstration est d'autant plus nécessaire que dans toute l'Europe, sauf en France et en Belgique, la direction médicale des hôpitaux, appartenant aux médecins et non aux administrateurs, on pourrait imputer soit à rinsufTisance, soit à rindifférence du corps médical des hôpitaux de Paris , la mortalité dont ce travail devra malheureusement, pour ce qui concerne les accouchements, donner une triste preuve.
La différence, si grande, qui existe pour Paris, entre la situation de l'assistance donnée au pauvre contre la misère (mode d'assistance que j'appellerai, par abréviation, sociale) et celle de l'assistance hospitalière, tient à ce que Y administration de Passistance publique de Paris, complètement et absolument compétente quand il s'agit d'organisation des secours à donner aux pauvres, a pu laisser se déployer librement, dans cette partie du service de la bienfaisance» les éminentes qualités de tous ceux qui, à différentes époques, se sont succédé à la tête de cette administration ; et je dois y joindre l'organisation des secours à domicile qui, améliorée et presque constituée à nouveau par Phonorable M. Ilusson, est arrivée à un haut degré de perfection, et peut être revendiquée par lui comme un des plus éminents services rendus à la population pauvre de Paris.
L'infériorité de nos hôpitaux me parait tenir, pour une certaine partie, à la fusion presque absolue dans une même administration de l'assistance sociale et de l'assistance hospitalière; et elle tient, pour la plus grande part, à la nonparticipation directe du corps médical dans l'organisation, Taménagement et la conduite des hôpitaux.
L'administration, ai-je dit, est absolument compétente quand il s'agit d'organiser l'assistance sociale. Il n'est pas besoin, pour le démontrer d'entrer dans de longs détails. Pour constater la réalité et l'étendue des besoins de ceux qui demandent des secours; pour leur portei* les conseils, les consolations, les soins matériels qui peuvent soulager leurs misères, il ne faut partout que de l'intelligence, beaucoup de dévouement et une charité profonde. Ce sont là
des qualités qu'on trouve partout et qui heureusement sont communes en France et à Paris, où tant de personnes aussi dignes de respect par ^intelligence que par le dévouement, administrent nos bureaux de bienfaisance, avec un zèle que secondent puissamment des dames de toutes classes, de toutes conditions et nos admirables sœurs de la charité, cette providence des pauvres. Ici, le bien n'est réalisé que par la dissémination des efforts individuels réunis dans un même but : le soulagement de son semblable.
Mais, pour réunir les ressources, pour les répartir suivant les besoins de chacun des centres d'assistance, pour administrer en un mot le bien des pauvres, il faut lorsqu'il s'agit d'une capitale comme Paris, une centralisation administrative qui imprime une direction identique aux diverses administrations qui, dans chacun des arrondissements de la ville, se partagent la mission à accomplir. Il faut une centralisation financière, une administration centrale en un mot, et pour diriger une semblable administration il faut des connaissances spéciales, une longue habitude que donne seule la pratique de fonctions analogues; Ces qualités d'administrateur, que possèdent à un si haut degré MM. Davenne, Husson et lilondel, ne peuvent se trouver que chez des hommes spéciaux.
L'organisation des secours médicaux, donnés à domicile aux indigents malades, se confond entièrement, dans la pratique, avec Torganisation des secours donnés à l'indigence. Le malade pauvre n'a pas seulement besoin des conseils ou des soins d'un médecin, souvent il faudra des secours, pécuniaires ou en nature, à des enfants dont l'unique soutien était le travail du père ou de la mère de famille atteints par la maladie; souvent il faudra, pour le malade lui-même, du linge, une couverture, du bouillon, du vin, des aliments meilleurs, parfois un matelas, et, c'est au bureau de bienfaisance, c'est aux mêmes personnes qui veillent au soulagement de l'indigence que ces soins appartiendront. Là, le médecin n'agit pas autrement qti'il ne le ferait dans une famille plus favorisée de la fortune; aussi, bien qu*il s'agisse du soulagement d*un malade, l'élément administratif devra primer souvent dans la distribution des secours l'élément médical. C'est donc à la même administration centrale que devra revenir la haute organisation des secours d'assistance médicale à domicile.
Pour remplir ces fonctions, l'administration générale de l'Assistance publique de Paris, telle qu'elle est organisée est absolument dans son rdic ; les faits
prouvent qu'elle a su le remplir dignement et qu'elle n'est nulle part re^téc inférieure à la mission qu'elle doit accomplir.
Si l'assistance hospitalière et Tassistance sociale sont confondues dans le but charitable à atteindre, elles diRerent essentiellement sur les moyens à mettre en œuvre pour y arriver.
L'assistance sociale doit remplir partout une mission difficile : donner aux. indigents valides les secours de lacharité, et aux indigents âges ou inGrmes un asile et un abri ; parfois aussi, donner au pauvre dans ses maladies les secours de la médecine, dans sa triste demeure où il manque souvent, ainsi que sa famille, des objets les plus nécessaires.
Ce sont là de grands et magnifiques sujets d'étude, carie premier surtout pose les plus grands problèmes de l'économie sociale : Assistance tutélaire donnée par la société tout entière aux enfants abandonnés, assistance intellectuelle donnée ou imposée aux enfants du riche et du pauvre, refuge donné temporairement dans des maisons de travail à ceux auxquels le travail libre manque ; secours pécuniaires donnés aux malheureux, que leur misère soit ou non méritée par le chômage, la maladie ou la paresse ; asile donné aux vieillards incapables de pourvoir par eux-mêmes à leur subsistance. Problèmes à la fois magnifiques et redoutables, que l'antiquité n'a pas connus (car elle n'a connu ni les hôpitaux ni l'assistance sociale) et que le christianisme seul devait faire connaître au monde en lui révélant comme les premières lois morales : la fraternité et -la cliarité.
Venir en aide aux malheureux, secourir ceux qui souffrent, prévenir ou soulager les misères, telle est la mission vraiment chrétienne que cherchent aujourd'hui à accomplir comme un dc^voir les souverains envers leurs peuples, ou les Citovenii leii uns envers les autres.
V'dmniaiKUi hospitalière a une mission beaucoup plus définie, mais non moins diflicile : offrir un abri, des soins et les secours de la science à ceux qui, par ïexciiH de leur misère, ne pourraient trouver dans leur demeure ni l'abri, ni les secours nécessaires; à ceux, dont la maladie, difficile à guérir, exigeant des opérations graves, demandant une surveillance constante, des soins expérimentés, exige en même temps rinterventioii active de médecins rompus à toutes les difiicultés de Tart médical ou chirurgical.
L'assistance sociale et Tassistaoce hospitalière emploient donc, pour arriver au but qu'elles doivent atteindre, des moyens très-différents; et elles exigent, chez ceux qui doivent leur donner l'impulsion, des aptitudes absolument différentes. C'est ce qu'ont su comprendre presque toutes les nations de l'Europe ; presque partout, sauf en France et en Belgique, l'assistance à donner aux indigents, et l'assistance à donner aux malades dans les hôpitaux, sont confiées à des administrations différentes.
En Russie, par exemple, où l'assistance sociale est séparée de l'assistance hospitalière, on peut donner et on a donné à des médecins la direction générale de vastes administrations hospitalières. Cette séparation est même une des premières conditions du progrès ; c'est à elle que la Russie doit d'avoir pu confier la direction des hôpitaux civils de tout l'empire (ceux de la couronne exceptés) à notre savant confrère et collègue, M. Pelikan; celle des hôpitaux militaires à M. Zizourin, leminent professeur de la faculté de Kiew; celle des hôpitaux de la marine au docteur Rosenberger; tandis que la haute direction de l'assistance, des hospices et maisons de secours est confiée au dévouement et à l'habile expérience du baron Frederichs ; c'est à cette séparation, c'est à cette direction, confiée à des personnes compétentes^ et, par conséquent, puissantes pour le bien, aidées par une haute et constante impulsion, que la Russie doit de posséder, sans contestation possible, les hôpitaux les meilleurs et les mieux tenus de tous les hôpitaux de l'Europe.
Malheureusement, cette séparation complète n'est pas toujours possible, puisque les ressources financières, attribuées à Tassistance sociale, dérivent parfois d'une même source que celles qui sont affectées à l'assistance hospitalière. Dans ces circonstances, qui se présentent à Paris, il y a impossibilité d'effectuer une séparation radicale ; mais la réunion pourrait n'exister que pour ce qui constitue la gestion financière et administrative : la direction supérieure des institutions de bienfaisance et la direction financière et administrative supérieure des hôpitaux étant centralisées dans les mains d'un administrateur, directeur général de l'assistance publique.
Mais à qui peut ou doit être confiée, pour ce qui concerne l'assistance hospitalière, la direction médicale supérieure? Doit-elle l'être à un médecin, directeur général pour la médecine, partage.'mt avec le directeur général administratif la