DOIVENT ÊTRE ISOLÉES DES AUTRES
Deuxième question. — Est-il convenable d’avoir de grands établissements d’accoucliement bien disposés; ou vaut-il mieux les séjiarcr en plusieurs petites Maternités? Quelle devrait être en ce cas l’importance de ces dernières?
R. Si la construction et la disposition sont convenables et si l’espace est suflisant, les grands établissements ne soni absolument moins avantageux que les petits [RokUansky ^ Oppolzer, Skoda).
Virchow se déclare d’une manière formelle contre les grantls établissements ; il faut construire, i‘épondit-il, plusieurs Maternités dans les différents quartiers de la ville, permettant 800 et au plus i,500 accouchements annuels, renfermant des salles de 20 à 50 lits pour femmes enceintes et des salles d’accouchées n’ayant au })lus que 10 lits.
Les grands établissements sont mauvais. Plus l’établissement est petit, meilleures sont, en général, les conditions hygiéniques (Lange).
On ne saurait admettre la construction de grands établissements; plus la Maternité est petite, plus l’espace qu’elle occupe est grand, meilleures sont les conditions hygiéniques (Ilecker el Schivarz).
Les grands établissements sont mauvais [Loeschner).
Ici encore il y a une remarquable unanimité. Je crois avec Virchow qu’on pourrait à grands frais construire un grand établissement permettant avec quelque sécurité 1 ,500 accouchements annuels ; mais je me prononce énergiquement pour les petits établissements. Les chances d’infection y sont moins grandes, et si une épidémie qu’on ne peut toujours empêcher et dont il faut prévoir la possibilité, s’y développait par contagion, l’évacuation et la fermeture momentanée d’un petit établissement a moins d’inconvénients, puisqu’il n’arrète pas subitement les secours donnés à un grand nombre de femmes enceintes, aussi nous posons cette seconde conclusion :
Une Maternité doit être disposée de manière a permettre de 800 A 1000 ACCOUCHEMENTS AU PLUS par an.
Troisième question. — Pendant les épidémies faut-il admettre le système d’évacuation et de désinfection, et faut-il, en conséquence, construire une maison de rechange {Wechselhaus)^
11 fautavoir une maison de rechange n’ayant que le tiers de l’importance de la Maternité pour y placer, en cas de besoin, les femmes enceintes et accouchées bien portantes (Oppolzer, Skoda, Rokitansky).
Lorsqu’il y a une épidémie, il faut une évacuation complète et absolue (le rétablissement. S’il n’y a que quelques malades, quelques cas isolés de fièvre puerpérale, il faut une évacuation partielle de la maison et une désinfection complète des chambres occupées jiar les malades. La Maternité doit être composée d’nii centre et de deux ailes, dont chacune sera mise tour h tour en activité. La buanderie et la maison de rechange seront assez éloignées de la maison principale {Virchoie).
La simple sé})aration des malades n’est pas d’un grand effet; il faut une maison de rechange et une complète désinfection [Lange).
Même un petit établissement a besoin d’une maison de rechange [Hecker et Schwarz).
Les rajiports entre les différentes maisons doivent être suspendus; en cas de nécessité, il faut une cpiarantaine ‘dhso\ue[Loescimer) .
Comme les hautes autorités médicales dont je viens de rapporter l’opinion, je suis partisan de la séparation des malades, de l’évacuation absolue de la maison d’accouchement en cas d’épidémie, et de la désinfection complète par le badigeonnage des murs, les fumigations, l’ouverture des fenêtres, le repos pendant un ou deux mois ; mais je ne partage pas leur avis quant à la nécessité des maisons de rechange, à moins qu’on n’entende par « maison de rechange » une infirmerie pour les accouchées malades. Si on entendait ce mot comme : Maternité alternante, on se heurterait, en effet, à des difficultés financières, ce qui est déjà grave; mais ce qui l’est plus encore, c’est que cette mesure serait probablement inefficace.
Pour que l’évacuation dans la maison de rechange puisse être utile, il faut qu’elle soit complète, c’est-à-dire qu’elle comprenne tout le personnel dn service médical et des services généraux : cuisine, lingerie, bureaux, etc. En effet, si les accouchées seules occupent la maison de rechange, les gens de service, les employés, les sagesfemmes, les médecins, retournant plusieurs fois par jour dans la maison infectée, apporteront la maladie dans la maison de rechange.
DES MATERMTÉS.
el la séparation sera bientôt illusoire. Pour qu’elle soit réelle, il faudrait avoir en quelque sorte deux exemplaires de la Maternité, la dédoubler avec ses services généraux, et par conséquent se résoudre à des dépenses considérables en vue d’une utilité fort éventuelle et même exceptionnelle; car dans une Maternité bien organisée les épidémies peuvent et doivent être fort rares. Eùt-on môme deux maisons semblables, elle ne devraient pas être à proximité l’une de l’autre dans la même enceinte, sous peine de voir la séparation rester quelquefois inefficace, l’atmosphère pouvant, à aussi courte distance, jouer le rôle d’agent de transport des miasmes contagieux.
Ce qui nous paraît indispensable, et nous croyons que telle est la signification du mot maison de recliange, c’est une infirmerie tout cà fait séparée, comme cela existe partout en Allemagne, en Russie, à Copenhague, en Suisse, pour la petite vérole; infirmerie où l’on transporterait les accouchées aussitôt qu’elles présenteraient un cas individuel et isolé de fièvre puerpérale.
Mais comment suppléer au manque de secours amené par la fermeture de la Maternité, devenue exceptionnellement le théâtre d’une épidémie?
J’ai eu l’honneur de proposer, il y a quelques mois, au directeur général de l’assistance publique, dans des circonstances semblables, el le bonheur de lui voir accueillir et mettre en pratique ce que je crois être le meilleur moyefi à employer : raccouchement au domicile des sages-femmes de la ville. Moyennant un sacrifice pécuniaire assez (considérable, mais de peu de durée, il est facile à une administration de s’entendre avec un certain nombre de saaesfemmes, recevant chez elles des pensionnaires privées venant y faire leurs couches, et de suppléer ainsi au manque des lits d’hôpital. Une femme enceinte se présente à la Maternité pour y accoucher et l’établissement ne peut la recevoir; mais on lui remet un billet à l’adresse de telle ou telle sage-femme privée, et elle y va accoucher comme pensionnaire aux frais de l’administration, qui sait de com-
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DES MATEPNITÉS.
bien de ces lits temporaires elle dispose, combien ont été distribués, combien et quels sont encore ceux disponibles. Nous poserons donc encore les conclusions suivantes :
Toute Ma/ernité doit renfermer une infirmerie spécialement affectée aux femmes atteintes de fmxe puerpérale, et placée dans un hâtiment tout à fait isolé.
La Maternité doit renfermer le double des lits régulièrement occupés, de façon à ce que chaque salle après avoir été occupée pendant le temps nécessaire au rétablissement des accouchées qui y ont reçu asile, puisse être ventilée, et rester inoccupée pendant un temps égal. IJ alternance sera établie entre la partie gauche et la partie droite de la maison ou entre deux étages différents.
Lorsqu un cas de fièvre puerpéivde se sera développé dans une salle; après le tmnsport delà malade àVinfirmerie et le départ des autres femmes accouchées de la même salle et gardées dans une sorte de quarantaine juscpC g leur rétablissement , la salle sera entièrement badigeonnée.
Lorsquhme épidémie se sera développée à la Maternité, aucune nouvelle accouchée n'y sera admise; rétablissement pourra être évacué; mais, dans aucun cas, les accouchées ne seront envoyées dans d'autres établissements d’accouchements. Après son évacuation, l'établissement subira une désinfection absolue, un badigeonnage complet et ne sera remis en activité qu'aprh un repos d'un mois au moins.
Quatrième qiiestion. — La maison d’accouchements et la maison de rechange peuvent-elles être en rapport direct, sous la même direction ou administration, ou doivent-elles être complètement séparées?
R. La maison de rechange peut être placée au voisinage de l’établissement, et rester sous la même administration. Médecins, sages-femmes, linge, etc., doivent être sé}>arés et particuliers pour chacun des établissements (Skoda, llokitansky, Oppolzer).
La direction médicale et l’administration des deux établissements doivent être séparées et indépendantes (Virchow).
La maison tle recliange doit être aussi éloignée que possible de la Maternité, avec la précaution que le personnel médical ou autre des deux maisons soit absolument séparé. L’administration séparée est désirable. Une maison d’accouchemenis doit être isolée et entourée de jardins. La réunion avec des hôpitaux ou des sei vices de gynécologie est IMPARDONNABLE (La?/Y/e) .
Les différents établissements ne doivent pas seulement être séparés par l’espace; ils doivent avoir une direction médicale et administrative séparées ; mobilier, linge, etc., doivent être particuliers à chacun d’eux (Hecker et Schivarz).
Les auteurs que je viens de citer, médecins d’une autorité incontestable sur la matière, sont, comme on le voit, explicites sur tous ces points. Je partage absolument leur avis, sauf cependant une petite modification. Le point essentiel est d’éviter tout rapport direct entre la Maternité et l’infirmerie; mais je ne vois pas quel serait l’inconvénient de laisser sous l’administration financière d’un même directeur l’iiüpital et son annexe; pour tout le reste je suis partisan d’nne séparation complète.
L’infirmerie spéciale sera dirigée par un médecin, ne se livrant j)as en ville à la pratûjue des accouchements, ne résidant pas dans l’établissement ; il sera suppléé par un assistant logé dans la maison, mais ne pouvant sous aucun prétexte entrer dans la Maternité principale. 11 en sera de même des serviteurs; quant au matériel, le linge de l’infirmerie sera lavé dans la buanderie même de l’infirmerie.
Le tunnel, ne livrant passage pour ce qui concerne la cuisine, qu’au wagon de transport, et marchant par un mécanisme, sera le seul moyen de communication directe des deux établissements. Le projet de Maternité par lequel je termine ce travail est basé sur les préceptes que je viens d’examiner succinctement, il est le développement et la démonstration graphique des idées défendues et développées dans ce travail.
DES MATERiMTÉS.
Si dans ce qui concerne l’organisation matérielle de ses hôpilaiix’, Paris a quelque chose à envier à l’étranger; si un cerlaiii nombre d’établissements russes, anglais ou allemands me paraissent pouvoir servir de modèles aux nôtres; dans l’ensemble de son système d’assistance publique, Paris soutient avec avantage la comparaison avec tous les Etals de l’Europe.
Malheureusement, aucune comparaison- n’est possible pour ce qui concerne nos Maternités, et surtout la maison de la rue de Port-Royal; les réformes matérielles nécessaires sont si grandes, qu’elles ne seront suflisantes qu’à la condition d’être radicales. L’épouvantable mortalité qui règne à la Maison d’accouchement l’a condamnée depuis longtemps; et quand on voit l’administration municipale ne pas hésiter à sacrifier plus de vingt millions pour construire, malgré l’avis formel du corps entier des chirurgiens des hôpitaux, un détestable Hôtel-Dieu, on me pardonnera de demander la transformation de la Clinique et la reconstruction de la Maternité, sur le terrain qu’elle occupe aujourd’hui.
Il faudrait en outre créer sur différents points de Paris, quelques petites Maternités dans les quartiers les plus populeux; disposer dans les maisons de secours quelques lits pour y recevoir une accouchée dans les cas d’extrême urgence, éviter les grands services d’accouchement dans les hôpitaux ; et, dans aucun cas, ne pas transférer dans les hôpitaux des malades ayant pris, dans un service spécial, fermé par suite de l’apparition de la maladie, le germe de la fièvre puerpérale qu’elles apportent avec elles.
Enfin, et c’est là le point essentiel, il est urgent que l’administration se décharge d’une lourde responsabilité, qui aujourd’hui lui appartient toute entière; il est urgent que le corps médical des hôpitaux cesse de voir tomber autour de lui des hécatombes de victimes dont il sauverait la plus grande part, si on lui laissait la liberté d’action qui doit lui appartenir et qu’il réclame au nom des intérêts les plus sacrés de l’humanité; au nom des pauvres, des malades; au nom de ceux que l’état déplorable de nos hôpitaux a rendu orphelins.