CHAPITRE I
Aperçu sur le fonctionnement de l'appareil respiratoire.
Le fonctionnement de l'appareil respiratoire chez les Crustacés Décapodes est indiqué d’une façon très remarquable dans une note lue à l'Académie des Sciences le 8 octobre 1838 par H. Muxe-EpwaRps, et intitulée : Recherches sur le mécanisme de la respiration chez les Crustacés |D, a, 39]. C’est le compte rendu d'expériences que fit l’illustre zoologiste, en compagnie d'AUDOUI, lors du voyage de ces deux savants à Granville.
Voici les conclusions que l’on peut dégager du mémoire de MILNE- EDwARDS.
I. L'organe actif dans la production du courant respiratoire est le scaphognathite, grande lame ovalaire dépendant de la mâchoire postérieure, mcessamment en mouvement dans le canal qui prolonge en avant la chambre branchiale.
Expérience 1. — Si on ouvre largement la cavité branchiale d'un Crabe, si on enlève la voûte de cette cavité, en ayant soin de ne pas léser le canal antérieur, le courant qui traverse celui-ci d’arrière en avant subsiste.
Donc l'agent actif est situé à l’intérieur de ce canal.
Expérience 2. — Si on laisse intacte la cavité respiratoire, mais si on maintient dans l'immobilité les pattes-mâchoires, et par suite les épipodites qui en dépendent, le courant ne subit pas de variations notables.
Le courant n’est pas dû aux épipodites.
Expérience 3. — Si on coupe le scaphognathite, le courant s'arrète et il n’est pas possible de le rétablir en mettant en mouvement les épipodites.
L'organce acüif n’est autre que le scaphognathite.
II. L'entrée de l’eau dans la chambre branchiale a lieu, chez les Macroures par tout le bord inférièur du branchiostègite, chez les Crabes par un point particulier immediatement en avant des pattes antérieures (sauf le cas des Dorippes, des Leucosies et des Ranines).
Les orifices expirateurs sont toujours situés en avant du cadre buccal.
Expérience 1. — « Nous plaçämes dans un vase rempli d’eau de mer un Maia squinado, en ayant soin de faire plonger dans le liquide l'ouverture de la cavité branchiale située au-devant de la base des pattes antérieures, et de maintenir au-dessus de la surface de l’eau la terminaison du canal par lequel cette même cavité vient communiquer avec l'extérieur, au-devant de la bouche. Les patlesmâchoires externes étaient d'abord rapprochées, et par conséquent la première de ces ouvertures était fermée par le prolongement externe de l’article basilaire de ces organes, mais l'animal ne larda pas à les écarter de façon à relever l'espèce de volet formé par cette pièce solide, et alors nous vimes presque aussitôt l'eau monter dans le canal dont il vient d’être question, et déborder de chaque côté de la bouche en quantité considérable ».
Expérience 2. — « Nous renversâmes ensuite l'animal, de facon à maintenir au-dessus du niveau de l’eau l’ouverture qui auparavant y était plongée, et à placer dans ce liquide l’extrémité du canal qui dans l'expérience précédente était exposée à l'air. Le Maia fit mouvoir comme auparavant ses patltes-mâchoires, mais il n’arriva pas une seule goutte d’eau au bord de l’ouverture ainsi soulevée, et nous remarquâmes bientôt qu'un grand nombre de bulles d'air . s'échappaient de l'extrémité du canal immergé, de la même manière que nous avons vu l’eau en sortir quand l'appareil respiratoire était en communication avec ce liquide par l'ouverture postérieure de la cavité branchiale ».
70 GEORGES BOHN.