‹ Des mécanismes respiratoires chez les Crustacés Décapodes; essai de physiologie évolutive, éthnologique et phylogéniqueChapitre 32 sur 82 · PATTES NETTOYEUSES DES (GALATHEIDÉS · texte numérisé non relu

PATTES NETTOYEUSES DES (GALATHEIDÉS

UN

Chez les Galathéidés, où les épipodites sont en train de disparaître, et où la carapace a des mouvements d'écart assez fréquents, les pattes de la cinquième paire se sont également adaptées au nettoiement des branchies.

J. BoxNIER à décrit ces pattes grêles et souples, garnies de poils.

J'ai fait de nombreuses observations sur les Galathea squamifera LEACH qui possèdent encore trois épipodites (St-Vaast, individus provenant du Cavat ; 1898).

Dans leur attitude ordinaire, ces pattes sont repliées sur ellesmêmes ; les méropodites (25 articles) sont dirigés en avant: cachés d’abord en partie sous la lame épimérale du 1" segment abdominal, ils s'appliquent ensuite sur la face externe du branchiostégite ; les carpopodites (3%), de même longueur, sont repliés sous les méropodites ; les dactylopodites (5°) viennent ainsi se placer en arrière de l’arüicle basilaire des quatrièmes pattes thoraciques.

1° Les pattes de la 5° paire peuvent nettoyer la face dorsale du céphalo-thorax, le branchiostégite et son bord, les meéropodites des pattes thoraciques, la face dorsale de l'abdomen.

Pour cela le méropodite se déplace dans un plan tangent au branchiostégite, tandis que le carpopodite se défléchit plus ou moins.

2° Ces appendices peuvent nettoyer la ligne médiane sternale et les articles basilaires des pattes, successivement d’un côté et de l’autre ou simultanément.

Souvent le méropodite s'écarle du corps pour passer sous la quatrième patte thoracique et se diriger en avant; il effectue en même Lemps un mouvement de rotation sur lui-même qui amêne la face mférieure en haut; le carpopodite se met en extension sur lui, et ainsi le dactylopodite, après avoir passé le long des articles basilaires des pattes atteint la base des pattes-mâchoires et la région buccale (allant peut-être chercher dans cette région le produit d’une sécrétion buccale).

3° Les pattes, enfin, peuvent pénétrer dans la cavileé branchiale, pournettoyerles branchies. On provoque d’ailleurs assez difficilement

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ces derniers mouvements. L'introduction de carmin par la partie postérieure du bord du branchiostégite ne détermine pas en général la réaction immédiate des pattes nettoyeuses. Un jour comme j'avais placé une Galathée dans une eau légèrement carminée, ces pattes n’ont pas bougé pendant plusieurs heures; mais elles sont entrées immédiatement en fonction dans l’eau pure.

Pour le nettoyage des branchies, le méropodite se rejette en arrière en effectuant un mouvement de rotalion de 180° autour de l'extrémité proximale, eten maintenant toujours la même face vers le haut ; —le carpopodite se place en dedans au lieu d’être en dehors, le dactylopodite s'engage sous le bord postérieur du branchiostégite, puis pénètre dans la chambre branchiale quand le méropodite achève le mouvement de rotation commencé.

Chez les Porcellanes, les cinquièmes pattes thoraciques sont également des pattes nettoyeuses.

Les. Porcellana platycheles PENNANT qui vivent constamment appliquées sous les rochers offrent une très grande sensibilité à la lumière. Exposé au soleil, un de ces Crustacés perd rapidement tous les réflexes qu'il présente habituellement, pour les recouvrer peu à peu quand on le soustrait à cet agent mhibiteur; les pattes postérieures scules conservent leurs mouvements.

Chez les Porcellana longicornis PENNANT, les pattes nettoyeuses entrent en fonctionnement surtout après les renversements qui, chez cette espèce, sont assez accusés ; elles nettoient en général le bord du branchiostégite, et le dessous de l'abdomen, qui présente souvent des battements répétés; quelquefois elles pénètrent, par un mouvement de rotation compliqué, dans la chambre branchiale.

Déjà Frirz MüLLer [D, a, 80] avait décrit le rôle de ces pattes chez une Porcellane qui était l'hôte d’un gros vers tubicole (Chætoplerus) sécrétant beaucoup de mucus. Une femelle munie d'œufs, conservée longtemps en vie, ne laissait pas ses pattes postérieures en repos : « lantôt elle les enfonçait profondément dans sa chambre branchiale, tantôt elle les promenait sur le dos, parfois même elle les introduisait parmi les œufs, comme un boulanger introduit ses mains dans la pâte ».

S 4. — PATTES NETTOYEUSES DES PAGURIDES.

Chez les Paguridés, gràce au genre de vie tout spécial de ces animaux : 1° l'abdomen et la partie postérieure du céphalothorax sont décalcifiés; ‘2 les pattes postéricures de l'abdomen et les quatrième el cinquième paires thoraciques sont transformées ; courtes, elles présentent vers leurs extrémités des aires rugueuses, toutes couvertes d’écailles, vraisemblablement dues au frottement de la chitine contre les parois aceidentées des coquilles.

L'étude comparée de ces pattes chez les divers Paguridés serait du plus grand intérêt; les aires rugueuses, d’après les observations et les expériences que j'ai faites (section totale ou partielle de ces aires), servent à la progression de l’animal dans sa demeure, el n'ont aucune relalion avec une autre fonction remplie par certains de ces appendices, le nettoiement des branchies.

Voici à ce sujet ce qui se passe chez les Eupagurus bernhardus L.

Observations etexpériencessurles Z’upaqurus bernhardus L. — Les cinquièmes pattes thoraciques sont douées d’une grande mobilité et semblent particulièrement destinées à nettoyer : les aires rugueuses ont une faible étendue; les poils par contre ont une ornementalion compliquée (une ou deux rangées de crochets sur une face, une multitude de petites saillies chitineuses sur Fautre) par rapport à ceux des quatrièmes pattes thoraciques (prolongements en forme d’épines).

Le fonctionnement des paltes thoraciques postérieures se perfectionne avec l'âge, à mesure que les chasses d'eau en arrière s'afjaiblissent.

Jai examiné d’abord les jeunes Pagures qui pullulent sur la plage de St-Vaast, — ces Pagures qui vont d’une coquille à l’autre et qui ont des mœurs si curieuses, décrites par M. Bouvier ; en plongeant ces Crustacés dans de l’eau carminée, j'ai constaté de temps à autre des chasses én arrière, et plus rarement encore des mouvements des pattes nettoyeuses.

Ogs. faite le 8 septembre 1897 sur un très jeune Pagure. — Pendant les dix premières minutes, 4 chasses en arrière ; à la

onzième minute, nouvelle chasse, el mouvements réactionnels de la

cinquième patte : après la sortie d’une bouffée de carmin par le bord postérieur du branchiostégite, cette patte a effectué quelques contorsions et a essayé de pénétrer dans la chambre branchiale, mais, après des essais infructueux, elle est rentrée dans l'immobilité complète.

Il faut peut-être chercher dans ce mouvement réactionnel l’origine de l'adaptation de ce membre, déjà réduit par suite de son rôle locomoteur, au nettoyage de la cavité branchiale. Chez les jeunes, il fonctionne rarement et semble peu habile; chez les adultes, il fonctionne fréquemment et réagit beaucoup plus facilement, comme l'ont montré nettement les expériences que j'ai pratiquées chez les adultes.

Exp. faites en septembre 1897 sur des Pagures adultes. — En déposant du carmin le long du bord du branchiostégite, bord qui est garni de soies filtrantes, une partie de la matière colorante est arrêtée, et l'autre pénêtre dans la chambre respiratoire et vient salir les branchies ; immédiatement les pattes postérieures pénètrent dans la chambre branchiale pour nettoyer ces organes.

ExP. 7 septembre 1887. — Ayant coupé les articles terminaux de la patte nettoyeuse droite (cinquième), j'ai constaté que, après le dépôt du carmin, le moignon exécultait des contorsions désespérées, comme pour amener l'extrémité supprimée à nettoyer les branchies ; pendant ce temps le membre symétrique nettoyait avec fureur la face externe du branchiostégite gauche, son bord cilié, et la cavité branchiale correspondante, qui étaient dans un état de propreté parfaite.

Exp. 8 septembre 1897. — Le lendemain matin, ayant repris celte expérience avec le même animal, j'ai constaté que l'introduction du carmin dans la chambre branchiale gauche ne provoquait ni les mouvements du moignon, ni ceux de l’appendice opposé; au contraire l'introduction des grains colorés dans la chambre droite déterminait des mouvements coordonnés de celui-ci.

Ainsi, ex une nuil, j'ai pu Supprüner la coordination si remarquable des mouvements des deux côtes.

Dans toutes ces expériences, les quatrièmes pattes n'ont réagi dans aucun cas.

SUR LA RESPIRATION DES DÉCAPODES. 205 A Arcachon (septembre 1898) j'ai observé les mêmes Pagures dans des coquilles globuleuses, ne permettant que la protection de l'abdomen; j'ai remarqué que, tandis que les quatrièmes pattes étaient constamment dirigées en arrière, immobiles, et appuyées contre le bord rugueux du péristome, les cinquièmes pattes étaient douées de mouvements fréquents et variés : elles frottaient la face ventrale de l'abdomen, la ligne sternale thoracique, et s'avançaient parfois jusqu'aux pattes-màchoires externes ; de temps à autre, elles pénétraient dans les chambres branchiales.

Observations sur les autres Pagures.— Chezles Clibanarius misanthropus Risso, les Æupagurus anachoretus Risso, el les Diogenes pugilator Roux, les mouvements des cinquièmes pattes suivent presque toujours les renversements ; chez les premiers, la pénétration de la patte netloyeuse dans la cavité branchiale se fait souvent avec une certaine difficulté.

Chez les Paguristes maculatus Risso, les pattes nettoyeuses fonctionnent assez fréquemment, surtout chez les femelles porteuses d'œufs ; on sait que celles-ci portent leurs œufs (de couleur jauneorange) dans un grand sac ovigère situé à gauche de l'abdomen ; les pattes nettoyeuses sont alors presque constamment en mouvement ; elles frottent la face externe du branchiostégite, quelquefois sa face interne; la patte gauche va brasser les œufs, évoluant entre les parois de la poche ou les œufs, ou même à l'intérieur même de leur masse.

On voit encore, d’après ce dernier exemple, que c’est toujours chez les formes à renversements peu prononcés que les pattes nettoyeuses fonctionnent le mieux.

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