CHAPITRE II
Les Cancéridés.
Les Cancéridés sont proches parents des Atélécyclidés. Les formes larvaires se ressemblent beaucoup. On peut trouver une série de passages entre les Afelecyclus et les Cancer pagurus L. de nos côtes; c’est ce qui résulte d’un examen qui a porté sur les espèces suivantes (1).
4° Cancer dentatus BELL (Bouvier det.) ; Pérou, WIENER ;
20 Cancer irroratus SAY. (Mus. comp. 2001. Cambridge) ;
3 Cancer productus RaANDALL (Mus. comp. zool. Cambridge); San Francisco, AGASSIZ ;
4 Cancer borealis Srimpsox ; Am. du N; individus de divers tailles ;
5 Cancer Novæ-Zelandiæ Lucas (Lucas det.) ; Nouvelle- Zélande, la Zélée ;
6° Cancer pagurus L.; St-Vaast.
+ Trichocera (Trichocarcinus) orogonensis Dana (M.-Edw. det.) ; Sitka.
Deux faits ont particulièrement attiré mon attention.
1° J'ai été frappé par la ressemblance du Cancer dentatus BELL avec les Atelecyclus.
Ce Crabe qui vit sur les côtes du Chili (Valparaiso) et du Pérou, a, comme les Atelecyclus, une carapace granuleuse, fortement poilue; l'échantillon que j'ai observé était tout couvert de petites éponges calcaires et devait vivre hors du sable ; toutefois la chambre prostomiale est identique à celle des Afelecyclus: les pattes-mâchoires bien différentes de celle des autres Cancer, avec leurs avancées méropodiales garnies de longs poils raides, dissimulent une dépression prostomiale assez profonde: les antennes, également
(1) Mises à ma disposition par le Professeur E.-L. BOoUvIER.
bien développées, sont assez rapprochées l’une de l’autre pour que les poils qui les garnissent s'enchevêtrent quelque peu.
2° J'ai remarqué qu'au cours du développement ontogénique la carapace s’élargit progressivement par rapport à sa longueur, et qu'en même temps la distance relative des antennes s'accroît.
Ainsi chez de jeunes Cancer borealis Srimpsox le rapport de la
longueur de la carapace à sa largeur maxima, --, est 1,43, tandis que chez les adultes ce rapport devient 1,55.
Or, si l’on considère les diverses espèces de Cancer, on constate
caractères corystidiens s’affaiblissent, et l'on entrevoit ainsi l’impor-
qu'à mesure que la valeur numérique du rapport croit les
LEE Lee nee H tance de la considération des variations de l’indice à — [ pour sérier les diverses formes.
J'ai indiqué dans le tableau suivant ces variations et quelques autres qui paraissent également intéressantes :
ne ER longueur sagittale carapace m7 largeur maxima carapace ae ERSSS longueur sagittale carapace d distance entre les deux antennes Le RE longueur sagittale carapace Paint longueur des max. post. (fléchis) à h longueur des max. post. (fléchis) NI = ; T mn hauteur du méropodite H ; H , H ER hk cie fl D — —- detm L CA CEE |A ARRET VAE AN CRRECR TOR TS RE DRE LATE C. dentatus BELL..... 82mm 1,46 10,1 2,33 24 [dm G. iroratus Say... ... sl 1,47 6,8 2,7 | 25 |d=m C. productus RaNDaLL.| 71 1,97 6,4 2,9 2,5. |d Cm GC. borealis STIMPSON . à JEUNE... ouais 31,5 1,43 » » » »
| AAUITE Res e ce 56 155) 6 2,16 2,6 dm CG. N.-Zelandiæ Lucas.| 35 1,40 6,2 225) 29) dm | ; 19 1,64 | 6 271 | 3 dm C. pagurus LINNÉ ....4. pe k 69 1,62 1 2,9 2,0 dm
226 GEORGES BOHN.
Ce tableau donne lieu à quelques remarques intéressantes. Il y a un certain parallélisme entre les variations des divers indices qui expriment : l'élargissement de la carapace (i), l’écartement des antennes (k), le retrait des pattes-màchoires externes (p), et les variations de forme du méropodite de ces appendices (à).
1° Les Cancer dentatus BELL ont des indices bien distincts de ceux des autres Cancer adultes: la carapace est beaucoup plus étroite par rapport à la longueur (= 1,46); l’écartement des antennes est beaucoup plus faible (4—10, au lieu de 6-7); les pattes mâchoires avancent beaucoup plus (p= ?,3, au lieu de 2,5—2,9) ; l'avancée du méropodite donne à cet article une hauteur relative maxima (celle-ci l'emporte sur la distance interantennaire, fait exceptionnel dans le groupe).
En un mot, les Cancer dentatus BELL ont une chambre prostomiale encore fort nette.
% Les Cancer irroratus Say et productus RANDALL diffèrent déià notablement de celui-ci.
3% Les Cancer borealis SrimpsoN jeunes se rapprochent du Cancer Novæ-Zelandiæ décrit par Lucas. L'échantillon que j'ai observé (déterminé par Lucas lui-même) est de très petite taille et présente des caractères de jeune: très faible élargissement de la carapace (i— 1,40), antennes encore assez rapprochées (4— 6,2), maxillipèdes caractérisés par les mêmes indices que ceux du C. productus RanNDaLL, indices intermédiaires entre ceux du C. dentatus BELL et ceux du C. borealis Srimpsox adultes : 1l y aurait lieu de tenir compte de ces données pour reviser celte espèce.
4 Chez les Cancer ‘pagurus L., on observe des différences numériques assez prononcées entre les divers individus; certains m'ont donné les chiffres extrêmes du tableau ; d’autres au contraire, parfois de taille plus grande, se sont rapprochés des ancêtres par la majorité des indices.
Une série de figures (90 à 94) indiquent les variations de forme du méropodite et l'effacement progressif de la chambre prostomiale.
A l’évolution des formes semble correspondre une évolution des teintes.
La carapace du Cancer dentatus BELL parait être d'un rouge brique ; la chitine se décolore plus ou moins dans l'alcool chez les
Cancer productus RANDALL, trroratus Say, borealis Srimpson, et Novæ-Zelandice Lucas, ce qui indique une assez faible calcification ; celle-ci est plus prononcée chez les €. pagurus L. Le pigment qui entre dans une combinaison calcique orangée devient stable ; toutefois des cas assez fréquents d’albinisme semblent rappeler la vie fouisseuse des ancêtres.
Fra. 90 à 94 (1). — Effacement progressif de la chambre prostomiale chez les Cancer : C. dentatus BELL (C.d.), C. productus RANDALL (C. pr.), C. irroratus SAY (C.1.), C. borealis SrimPsox (C. b.), C. pagurus LiNXÉ, venant de muer (C.p.).
En résumé si l'on considère la série des Cancer (?), on met nettement en évidence la parenté de ceux-ci avec les Atelecyclus.
(1) Ces figures, comme les figures qui suivront (sauf exceptions indiquées), représentent les appendices et organes de la partie gauche de l'animal.
(2) Les Trichocera ne semblent avoir qu’un rapport lointain avec ces formes,
228 GEORGES BOHN.
Le Cancer dentatus BELL est un véritable Atelecyclus ; on peut s’étonner qu'ORTMANN ait intercalé entre ces deux formes presque identiques un type tout à fait différent, celui des Carcinus (Voir chapitre suivant).
Les Cancer perdent peu à peu les caractères dûs à la vie fouisseuse (chambre prostomiale), élargissent leur carapace pour loger les glandes hépatiques et génitales volumineuses, se calcifient davantage et se pigmentent par suite différemment.
Le courant respiratoire, qui chez les Corystidés est si régulier pendant les longues périodes de l’enfouissement, est ici d’une constance remarquable. D'ailleurs les poils du bord antérieur des méropodites qui avertissent le scaphognathite (Voir p. 133) ont disparu petit à petit, et ne se retrouvent guère nettement parmi les Cancer pagurus L. que chez les jeunes, surtout après les périodes de mue.