CHAPITRE HI
PREUVES CLINIQUES DE LA PRÉEXISTENCE DE LA MÉNINGITE AUX ACCIDENTS NERVEUX
Donner la preuve sur le vivant que la méningite est le chaînon obligé entre la syphilis et les accidents nerveux n'est pas une chose facile pour des raisons purement pratiques; il y a là des difficultés d’au moins deux ordres :
1° Pour apporter cette preuve, il faudrait ponctionner de temps à autre tous les syphilitiques encore indemnes de troubles nerveux, c’est-à-dire avant qu'ils ne se plaignent de quelque chose. Or des malades qui. n’ont rien n'acceptent pas facilement l’idée d’une ponction lombaire. On ne ponctionne, en général, que le jour où l'accident éclate, Ce n’est donc que dans des cas très rares, par hasard, ou quand on à un semblant de raison pour pratiquer une ponction rachidienne qu’on peut déceler cette méningite intermédiaire,.
2° I y à une autre difficulté. Dans certains services, comme le service des épileptiques de Bicêtre ou des services analogues où l’on ponetionne systématique-
ment tous les malades, il peut arriver que l’on décèle la méningite avant les troubles nerveux. C'est ainsi, je le rappelle, que M. Nageotte a décelé chez un de ses malades la lymphocytose rachidienne bien avant le signe de Robertson. M. Sicard a pu, une fois, dépister une paralysie générale progressive ; qui devait évoluer six mois plus tard. Dans ces deux cas, les malades ne reconnaissaient pas avoir eu la syphilis ; ils n'en poraient aucun stigmate, et si l’on veut pousser le scrupule scientifique très loin, on peut dire que, dans ces cas, à la « chaîne: syphilis méningite, troubles nerveux », 1} manquait le premier anneau, la syphilis.
Et même dans les cas où ‘la syphilis existe, si elle est lointaine, si les malades sont des gens assez âgés qui ont été exposés à d’autres infections ou intoxications, on peut rapporter, à priori (1), la méningite à cette autre infection ou intoxication aussi bien qu'à la syphilis. Aussi, en dehors des cas de paralysie générale progressive ou de tabes au début évoluant loin de la syphilis, j'ai essayé de trouver des cas où les acci-
(1) C’est le raisonnement de ceux qui disent qu'à priori ilbn'ya pas de raison pour qu'il n’y ait que la syphilis quifasse des méningites chroniques. Cela est vrai; mais en médecine là priori, c’est souvent l'hypothèse très lointaine, très compliquée, sans grande probabilité, et l'à priori doit céder le pas au fait. Or rien ne démontre qu’actuellement en Europe, il existe des méningites chroniques aussi intenses, aussi durables que les méningites syphilitiques, qui aient une origine toxique on infectieuse. Mais comme, non plus, je n’ai pas la preuve absolue que quelques méningites chroniques ne peuvent exister en dehors de la syphilis, j'ai tâché, dans la mesure du possible, de me mettre à l'abri de cette objection.