‹ Des Méningites Chroniques SyphilitiquesChapitre 11 sur 31 · APE CAO AE NE AT RS EN £ À NX > ? Ü · texte numérisé non relu

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dents évoluaient après une syphilis relativement r'écente, chez des individus jeunes, sans tare antérieure appréciable. |

J'ai réuni ainsi: 5 cas dans lesquels la syphilis est ancienne, 2 dans lesquels la HE est relativement récente.

Je classerai ces faits de la façon suivante: dans un premier groupe, je placerai les cas dans lesquels j'ai observé plus ou moins longtemps la méningite, puis des accidents nerveux; dans un second groupe, je mettrai ceux dans lesquels J'ai observé, et j'observe encore, la méningite seule.

Premier groupe.

Il comprend trois malades qui, après avoir présenté une phase de méningite chronique sans accidents ner-

veux, ont fait, le premier, une méningo-encéphalite

diffuse ; le second, une hémiplégie ; le troisième, une double névrite de la VIII paire.

Voici leurs observations :

1% malade. — C’est un homme de 42 ans, employé de bureau, que je vis pour la première fois à Saint-Louis, en avril 1908, dans le service de M. Thibierge : Il entre parce qu'il est fatigué et éprouve, de temps à autre, un peu de céphalée, sans prédominance nocture d’ailleurs. [la eu la syphilis en 1896 et n’est pas ou s’est peu soigné. Le malade est examiné complètement au point de vue des fonctions nerveuses. On ne lui trouve aucun trouble de la motilité volontaire, aucun trouble des réflexes : les réflexes tendineux, roluliens, achilléens, osseux du poignet, tricipitaux,

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existent des deux côtés; les réflexes cutanés sont normaux ou indifférents : après excitation de la plante, l'orteil ne s'étend ni ne se fléchit.

La sensibilité est normale.

Il n'existe aucun phénomène cérébelleux, aucun trouble dans le domaine des nerfs craniens. ;

Les yeux seuls présentent une particularité, qui attire l’attenüon : les pupilles sont inégales. La pupille gauche est un peu plus large que la droite. De plus, la recherche du réflexe lumineux montre le phénomène suivant : l'œil gauche réagit bien à l'éclairage direct ou à l'éclairage indirect, par conséquent le réflexe consensuel et le réflexe direct sont conservés. Pour l'œil droit, l'éclairage direct et Péclairage indirect produisent une réaction moins ample et plus lente que pour l'œil gauche. Le

réflexe lumineux direct et consensuel est donc modifié sans être

aboli. Le réflexe à la convergence existe. C’est, du reste, cette modification du réflexe lumineux, jointe à la notion de la syphilis ancienne, qui a déterminé la ponction lombaire. J'ai voulu savoir si j'étais en présence d'un signe d'Argyll-Robertson

ébauché.

Mais, à ce moment, le malade ne présentait aucun signe psychique ou somatique qui permit de dire qu'il était atteint de paralvsie générale progressive. Il s’orientait parfaitement dans le temps et dans l'espace, sa mémoire était très nette, ilne faisait aucun acte anormal. Les jours qui avaient précédé son entrée à l'hôpital, il exerçait sa profession d’employé de bureau et on ne lui adressait aucun reproche. À plusieurs reprises les yeux furent examinés très longtemps, très assidûment, et jamais il ne manifesta d’impatience. Il ne se présentait pas d’achoppement de la parole, il ne semblait pas y avoir d'instabilité du visage ou de trémulation de la langue.

Or la ponction lombaire pratiquée montra une énorme lymphocytose rachidienne et une quantité anormale d’albumine dans le liquide céphalo-rachidien. Ceci me fit conclure que j'assistais à la genèse du signe d'Argyll-Robértson. Je ne pensai pas que

sept mois plus lard ce malade serait un paralytique général typique. | |

En effet, j'ai revu cet homme, au mois d'octobre 1908, à la Salpêtrière. Il présentait les signes classiques de la paralysie générale progressive. Il avait énormément maigri, bredouillait en parlant, il était incapable de répéter correctement les:mots classiques. Il avait de la trémulation de la langue, une instabilité perpétuelle du visage, de grands troubles mentaux. La première fois que je l'avais vu, c'était un homme soigneux et proprement habillé ; au mois d'octobre, il était sale et vêtu sans soin. Il oubliait les choses. Quand il vint me consulter à la Salpêtrière, il avait oublié son porte-monnaie. Pour s’en aller, 1l ne savait plus quel chemin le menait chez lui.Je dus lui indiquer sa route et cependant il était venu seul. À ce moment son réflexe lumineux n'était pas plus modifié qu’en avril.

Bref, sept mois avaient suffi pour faire d’un homme qui, en avril, paraissait normal au point de vue intellectuel, un homme tellement affaissé intellectuellement, en octobre, que son placement dans une maison d'aliénés semblait s'imposer.

Ici, par conséquent, la Iymphocytose rachidienne et la méningite dont elle est l'expression ont précédé la paralysie générale progressive.

2° malade. — Le malade est un homme de 52 ans, qui exerce la profession de boulanger. Il n'avait pas d'histoire pathologique jusqu'au moment où ilcontracta la syphilis en 1892, il ya seize ans. Il fut immédiatement soumis aux piqûres de calomel par M. Hirst. Le chanére guérit très rapidement et les accidents secondaires furent très discrets (seulement plaques muqueuses des amygdales). Les piqüres furent continuées pendant trois mois ; puis le malade prit des pilules pendant encore deux ans et demi. Plus tard il abandonna le traitement mercuriel et: se mit à l'iodure de potassium,

Quelqué temps après le chancre, le malade commença à #

souffrir de douleurs dans les membres qu'il rapporte à sa syphilis. Si l’on en croit ce que dit le malade, ces douleurs étaient des douleurs articulaires. Il dit lui-même qu'elles frappaient les genoux, les chevilles, les. épaules. Il leur donne encore le caractère suivant : elles étaient permanentes et ne cessaient que pendant le travail, au moment où il élait échauffé. Elles n'ont jamais eu le caractère de douleurs lancinantes ou fulgurantes, elles ne venaient pas par crise.

Plus tard, à ces douleurs articulaires s’ajouta une céphalée très vive, permanente, à prédominance diurne (il faut se souvenir que le malade est boulanger et était couché le jour).

Enfin, quelque temps après, à cette céphalée s’ajoutèrent des maux d'estomac, dus vraisemblablement à un léger éthylisme (cauchemars nocturnes, pituites matinales, crampes).

Très affecté par ces diverses manifestations morbides {douleurs

arliculaires, céphalée tenace, gastralgie), il se décida à entrer dans le service de M. Troisier, où son observation fut prise par mon collègue Tinel. Un traitement approprié fit disparaitre rapidement les troubles gastriques. Les douleurs rhumatoïdes et la Céphalée persistèrent.

Mis en éveil par la notion de la syphilis ancienne et pensant que ces symptômes persistants étaient peut-être les premières manifestations d'une syphilis cérébro-spinale en évolution, M. Tinel pratiqua une ponction lombaire. Le liquide retiré contenait un très grand nombre d'éléments lymphocytes et aussi polynucléaires.

Depuis, M. Tinel a fait, à des intervalles éloignés, deux nouvelles ponctions lombaires. Il a toujours trouvé des éléments en grand nombre chez ce malade. La ponction lombaire a donc permis de déceler une phase méningée « sans symptômes objectifs d'une maladie du système nerveux » avant les accidents que je vais décrire maintenant :

En octobre 1908, une nuit, alors qu'il travaillait au pétrin, il eut un ictus : brusquement il tomba à terre et il lui fut impossible de se relever. II futtransporté à nouveau à l'hôpital Beaujon.

Il était paralysé des quatre membres, autant d'un côté que de l'autre; il ne pouvait avaler : une bouchée de pain restait dans le pharynx, les liquides revenaient par le nez, la langue était maladroite : il bredouillait en parlant. La face même était intéressée : il pouvait, dit-il, fermer les yeux; mais il ne pouvait siffler et la salive s’écoulait de la bouche. Enfin, il avait un certain degré de ptosis de l'œil droit et il voyait double.

Cet état de paralysie complète, avec troubles de la déglutition, a duré une douzaine de jours. Le malade fut mis au traitement spécifique et peu à peu il put recommencer à marcher et à avaler.

Incomplètement guéri, il revint consulter M. pre qui voulut bien me le faire examiner.

Actuellement, trois mois après l’iclus, il ne reste que des vestiges de ce qui s’est passé ; mais il en reste suffisamment pour qu'on puisse affirmer que le malade a été atteint d’une affection organique du système nerveux.

Ses réflexes tendineux sont modifiés. En général, tous les réflexes du membre inférieur et du membre supérieur gauche, moins le réflexe tricipital, sont plus forts que les mêmes du côté droit (1). Les réflexes cutanés sont les suivants : réflexes abdominaux normaux, réflexes crémastériens paraissant abolis; réflexe cutané plantaire de Babinski en flexion des deux côtés. Les mouvements instinctivement associés sont troublés : la flexion de la cuisse sur le bassin existe des deux côtés avec prédominance à gauche; on trouve le signe du peaucier à droite. Actuellement encore il existe des troubles de la déglutition et de la phonation, de la diplopie dans les mouvements extrêmes de latéralité par paralysie de la [IT° paire. Les pupilles réagissent à la lumière. Enfin, la ponction lombaire a décelé, encore au mois de novembre 1908, c’est-à-dire, il y a deux mois, une énorme lymphocytose. Par conséquent, ce malade a présenté, et présente encore, une lésion organique du système nerveux.

(4) À vrai dire, tous les réflexes tendineux paraissent faibles pour un homme qui a présenté, à un moment donné, une tétraplégie.

Il y a lieu de penser que cette lésion est liée à une tromhose passagère et incomplète du tronc basilaire ou de ses branches, puisque, pour produire les symptômes observés, il faut une lésion des deux voies pyramidales, des deux faisceaux géniculés, une altération du noyau de la IIl° paire. Cette trombose, à laquelle sont dues la tétraplégie et l’ébauche de syndrome pseudo-bulbaire que présente le malade, est donc la seconde phase d’une syphilis cérébro-spinale, dont la première phase évoluait il v a un an sous la forme d’une méningite chronique syphilitique isolée et révélée grâce à la ponction lombaire.

3e malade. — La malade est une enfant de 8 ans. Sa syphilis est ide date toute récente. Elle contracta, en mars 1907, un chancre de la lèvre supérieure, dont elle porte encore la trace sur la moitié gauche de celle-ci.

Ïl n’y eut pas d'accident secondaire décelable. La petite malade a été vue, dès cette époque, par M. Thibierge, le fait est donc sûr, aussi sûr qu'un fait clinique peut l'être. Mais, dès le mois de mai 1907, elle faisait une gomme de la clavicule, une kératite interstilielle, diagnostiquées par M. Chaillous.

J'insiste sur cette kératite, parce que MM. Thibierge et Ravaut n'ont jamais vu, moi-même je n’ai jamais vu durant le temps que j'ai passé à Saint-Louis ou à Broca un cas de kératite interstitielle non accompagnée, au moins à une période de son évolution, de lymphocytose ‘rachidienne, c’est-à-dire de réaction méningée. C’est là une règle à laquelle je ne connais pas, jusqu'ici, d'exception. Donc on peut dire, en ayant beaucoup de probabilités pour soï, que la méningite existait chez cet enfant dès mai 1907.

A cetle époque elle fut mise à la liqueur de Van Swieten; la gomme, la kéralite guérirent,.

Les choses allaient bien quand, les premiersjours de mars 1908, soit un an après l'accident initial, un nouveau phénomèneapparut: l'enfant devint sourde en quelques jours.

Un matin, sa mère l'appela à plusieurs reprises pour déjeuner, elle ne vint pas; sa mère la gronda et lui demanda des explica- Lions, elle répondit : « Je n’entends pas, j'ai le chemin de fer dans les oreilles. » Peut-être, dit maintenant la mère, l’acuité auditive baissait-elle depuis quelques jours.

Je vis l'enfant pour la première fois le 14 mars 1908. Le 17 mars, ses oreilles furent examinées chez M. Babinski par M. Weil. Il me remit la note suivante : l'enfant Yvonne L... présente des signes nets d'allération labyrinthique (diminution de la perception aérienne et de la perception osseuse — Weber à droile, latéralisation du son du côté de la meilleure oreille — entend lous les diapasons des deux côtés, mieux à droite qu’à gauche « voie aérienne », avec une diminution considérable de la durée de la perception). La voie haute est entendue pour O. G.

àom. 10, pour O. D. à 6 m. 25. Pas de lésion goss moyenne. Le vertige vollaïque était normal.

Il n'existait aucun autre signe d’une altération organique du système nerveux (réflexes tendineux et cutanés normaux, pas de Robertson, pas d'autre lésion des nerfs bulbaires, pas de troubles sensitifs, objectifs ou subjectifs).

Très rapidement, malgré le traitement (depuis le 1% mars 10 piqûres d'huile au calomel ou d'huile grise, de o igr. 05 ‘chacune), lasurdité augmenta, l'oreille droite se prit comme d'oreille

gauche. En juillet 1908, la petite malade était complètement -

sourde ; elle n’entendait rien de ce qui se disait autour d'elle, à tel point que sa mère songeait à la placer à l'Institution des sourds-muets pour la rééduquer. M. Weil, qui l'a revue récemment, m'a envoyé la note suivante : « Votre petite malade a de la névrite de la VIII paire. »

Ainsi, en cinq mois, de mars à juillet inelüs, s’est établie, chez

une enfant de 8 ans, syphililique depuis un an, une surdité

bilatérale à peu près complète, sans qu’on puisse déceler chez

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elle d'autre he nerveux qu'une énorme lymphocytose rachidienne.

En effet, dès mon premier examen, J'avais pratiqué chez cetle enfant une ponction lombaire. Depuis, trois autres ont été pratiquées (fin avril, juin, novembre 1908). Les quatre fois on a trouvé la même ly mphocylose abondante avec de l’albumine. La dernière fois, la réaction de Wassermann fut recherchée, elle se montra faiblement positive. Cette petite fille est donc atteinte d'une surdité étroitement liée à une méningite chronique.

Le fait que j'ai constaté cette Iymphocytose dès le début de la maladie, début palpable ici, et pour cause, Joint à cet autre que l’enfanta présenté à un momentde

la kératite intersütielle, par conséquent, très vraisem-

blablement une réaction méningée, rend quasi certaine la préexistence de cette méningite aux phénomènes auriculaires

Ainsi, comme danses cas précédents, la lésion du nerf acouslique apparait chez celle enfant comme le troisième stage d’une maladie en évolution, dont les précédents ont élé l'infection syphililique d'abord, la méringile ensuile. | |

Je vais maintenant rapporter les cas dans lesquels on

ne trouve que les deux premiers chaînons de Ia maladie, c'est-à-dire la syphilis et la méningite.

2° groupe.

I contient deux malades :

4 malade. — C’est un homme de 35 ans, employé des postes. Il a eu la syphilis en mai 1901, c'est-à-dire il y a neuf ans.

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