OBSERVATION XXVI
Méningite simple survenant dans le cours de la fièvre Typhoïde et évoluant comme une mén. Tub. (Tordeus, J. de méd. de Bruxelles, 5 juillet 1890).
Jeanne D.,âgée de 4 ans, est admise dans notre service, à l'hôpital Saint-Pierre, le 2 décembre 1888.
Son père et ses deux sœurs sont en traitement dans le service des adultes, pour fièvre typhoïde. L'enfant est malade depuis une dizaine de jours, malaise général,
céphalalgie, abattement, sommeil agité, appétit nul, soif vive, fièvre, constipation.
Le soir, température 39°.
3 décembre. — Decubitus dorsal.
Température 38°3, pouls accéléré faible, amaigrissement assez prononcé, lèvres croùteuses, langue saburrale.
Le cœur est normal.
A l'auscultation on entend des râles sibilants et ronflants disséminés dans les deux côtés de la poitrine. Ventre souple, indolore. Le ventre présente quelques tâches lenticulaires en voie de régression.
Le foie est normal. La rate perceptible à la palpation.
Prescription. Décoction de quinquina.
Soir, la température atteint 38^7.
4 décembre. — Une selle moulée. Température, 37°7 ; le soir, 37^9.
A partir de ce moment, la température devient normale. Les symptômes typhiques disparaissent. L'enfant engraisse et se lève.
Le 6 janvier. — L'enfant est souffrant et reste alité, on constate de la tristesse, de l'apathie, mais aucune douleur.
Le 5 , elle avait eu un vomissement.
Le soir la température est à 37°7.
Le matin du 6 janvier, 37°5 ; pas de phénomènes morbides.
Le soir, 38°3.
7 janvier 1889. — Température 37°9, 38°7.
On constate de la paralysie du bras droit, les pupilles
sont modérément dilatées ; la langue est humide, recouverte d'un enduit blanchâtre. Le ventre est déprimé en bateau.
La constipation est opiniâtre, pas de toux. L'enfant a eu un vomissement.
Prescription. — Calomel, 0,05 centigrammes toutes les heures.
8 janvier. — -Température, 38°3, 38" 5.
L'enfant a eu deux selles verdâtres. Elle remue le bras droit.
La jambe droite est paralysée, et on constate de la diminution de la sensibilité dans tout le côté droit, la somnolence persiste. Il n'y a pas de vomissements.
9 janvier. — Température, 38" 2, 38° 7.
Les phénomènes continuent surtout dans la jambe droite.
Pas de cris, pas de vomissements.
L'enfant comprend les questions qu'on lui pose, elle montre la langue quand on le lui commande, mais retombe aussitôt dans son assoupissement.
10 janvier. — Température, 38° 5, 38°3.
On constate du strabisme interne à droite. La malade remue le bras droit avec plus de facilité, la jambe reste dans le même état. Il n'y a pas de vomissements, mais des taches méningitiques très apparentes et du ralentissement du pouls qui bat à 70°.
Les pupilles sont dilatées et réagissentfaiblement, injection de la conjonctive, flocons de pus sur les globes oculaires. Strabisme plus accentué.
12 janvier. Température, 37° 8, 38°.
Les mêmes phénomèmes se manifestent. Il y a éva-
cuation involontaire des selles et des urines, la somnolence augmente.
13 janvier. — 3.7° 7, 38° 3. Pas de changement, pas de selles.'
14 janvier. — 38" 8, 38°, selles involontaires, pouls fréquent et faible.
La connaissance est absolue, les pupilles sont dilatées et ne réagissent plus. Pas de cris.
15 janvier. — 37° 8, 39° 5, mouvements convulsifs de la face et des extrémités. Respiration . irrégulière.
16 janvier. — Température, 39°, 39° 6.
Trismus.
17 janvier. — 39° 3, 39° 9, l'i f^ice est rouge, couverte de sueurs, on constate des mouvements convulsifs permanents.
18 janvier. — 39"5, on constate les mêmes phénomènes et en outre du nystagmus ; le pouls est très rapide et bat 200 pulsations, la respiration est irrégulière, les marques d'asphyxie sont accentuées. Mort.
tÂutopsie. — Les méninges sont congestionnées. L'hémisphère gauche présente un exsudât fibrineux jaunâtre occupant particulièrement la partie moyenne.
Cet exsudât se prolonge dans la fente interhémisphérique sur la face supérieure du corps calleux et va jusqu'à la face interne de l'hémisphère droit. Il semble suivre les ramifications de l'artère sylvienne gauche. Il se prolonge en bas jusqu'à la scissure de sylvius et jusqu'au niveau du chiasma des nerfs optiques. L'espace interpédonculaire, la face inférieure de la protubérance
et bulbe se trouvent englobés dans une masse gris
jaunâtre ; le long de la fente de Bichat, on observe un exsudât de même nature.
Les ventricules cérébraux contiennent une sérosité abondante légèrement louche.
La substance cérébrale présente les traces d'un piqueté sanguin assez abondant. Dans l'intestin les plaques de Peyer présentent les lésions de La fièvre typhoïde en voie de réparation, quelques-unes sont déjà cicatrisées.
Pas d'examen bactériologique.
Réflexions. — Nous ne pouvons prononcer sur la nature de cette méningite, mais nous l'avons rapportée parce que c'est un exemple incontestable de méningite suppurée (peut-être typhique) ayant évolué comme une méningite tuberculeuse et parce qu'elle va bien à l'appui de notre théorie que le diagnostic peut être extrêmement difficile de la nature de la méningite, même tuberculeuse. Du reste c'est l'opinion de Niedermeyer qui dit que le diagnostic peut être impossible et aussi d'Henoch qui s'exprime ainsi : « Pour autant que mon expérience me permette de le dire, la marche tumultueuse que l'on donne à la méningite simple, en opposition à la méningite tuberculeuse, n'est pas un critérium absolu. Car il est des cas qui durent plus longtemps que les méningites tuberculeuses. »
Nous citons cette opinion tout en pensant que dans la majorité des cas pourtant, la marche est beaucoup plus rapide des méningites aiguës.
MÉNINGITES A STAPHILOCOaUES
OBSERVATION XXVII D' Galippe. — Journ. des conn. médicales, 1880 — (in Th. Adenot).
Jeune homme de 23 ans pris au mois d'août 1888 de douleurs assez vives vers l'angle maxillaire inférieur gauche, accompagnées d'une fluxion considérable.
Formation d'un gros abcès. Le malade entre dans un service de chirurgie, on lui ouvre son abcès extérieurement. Il quitta l'hôpital et comme le diagnostic véritable de sa lésion n'avait pas été tait, il se fit arracher une dent du maxillaire supérieur du même côté, pensant qu'elle était la cause de son abcès. Tout s'apaisa et pendant deux mois le malade se crut guéri.
Une induration assez résistante était restée à l'angle de la mâchoire et ne "disparaissait pas.
Deux mois après ce premier accident, tous les 15 ou 20 jours la joue se mit à'enfler, restant dans cet état pendant 5 ou 6 jours et cédant à l'influence d'un traitement émollient. Le malade avait observé qu'e le gonflement partait toujours de l'angle de la mâchoire où siégait l'induration dont nous parlons plus haut et que c'était
toujours sur ce point que le gonflement était le plus considérable.
Cet état persista jusqu'au 28 février 1889, époque à laquelle se déclarèrent des accidents inflammatoires très violents. Le malade entre à Necker. On lui fit une incision à la joue, les accidents continuèrent. Les noyaux d'induration s'enflammèrent et s'ouvrirent produisant des fistules intarissables.
Ces fistules existaient au moment de l'examen de M. Galippe et donnaient un pus abondant.
(Suit l'histoire de la lésion locale).
L'examen bactériologique du pus démontra la présence de staphylocoques dorés qui inoculés dans la veine de l'oreille d'un lapin tuèrent l'animal en quelques jours avec abcès rénaux dont le pus contenait du staphylocoque.
Ce malade mourut de méningite suraiguë.
L'autopsie ne pût être faite,